dimanche 21 octobre 2012

Eldridge Cleaver, Black Panther

Un an avant la sortie des entretiens de John Evans et Huey Newton, un autre cinéaste s'intéresse lui aussi aux Black Panthers...

ELDRIDGE CLEAVER, BLACK PANTHER 
- William Klein (1970)

Auteur de Soul on Ice (traduit par Un noir à l'ombre) qu'il écrit en prison, Eldridge Cleaver devient ministre de l’information du Black Panther Party (que décrit très bien Agnès Varda dans Black Panthers en 1968). Mais suite à une fusillade avec la police (et la mort du jeune Bobby Hutton) à Oakland, Cleaver est accusé de meurtre et fuit en Algérie. C'est dans cet exil algérien que William Klein réalise ce documentaire.

Ce n'est pas une biographie du leader des Panthers que livre Klein, plutôt une série d'entretiens avec Cleaver et un portrait sur le vif pendant cette période d'exil où Cleaver est à la fois recherché par la police américaine et en rupture avec la ligne politique du BPP et de ses deux responsables principaux, Huey P. Newton et Bobby Seale.

On perçoit largement que la distance de Cleaver avec la réalité sociale afro-américaine et les campagnes du parti l'amène sur la voie de la glorification de la violence et un romantisme totalement déconnecté des tâches politiques du BPP. Aux abois, paranoïaque -en partie à juste titre- et en contact avec les forces anticolonialistes africaines, Cleaver s'enfère dans un ultra-gauchisme de façade.
Je ne suis pas sûr que c'est l'intention de Klein de montrer ça, mais c'est bien rétrospectivement ce portrait de Cleaver que véhicule le documentaire, celui d'un dirigeant isolé dans un exil lointain (impression totalement inverse dans Huey P. Newton: Prelude to Revolution).

Par ailleurs, le reste de la "carrière" d'Eldridge Cleaver tend à prouver cette pente gauchiste :
lors de son retour aux USA, il tentera de se présenter en tant que Républicain (chose assez cocasse pour celui qui immortalisa le slogan "I Fuck Ronald Reagan"), puis s'investit dans la secte Moon, puis les Mormonds...
C'est en tant que GI que William Klein débarque à Paris, en 1948. Ce n'est que 7 ans plus tard qu'il retourne aux Etats-Unis. D'abord photographe, il produit des livres qui font date sur New York, Rome, Tokyo, Moscou ou Paris. Il se lance dans des courts métrages, travaille avec Louis Malle sur Zazie dans le métro, puis prend définitivement son envol comme réalisateur de films (Qui êtes-vous, Polly Maggoo ?, Mr. Freedom, Le couple témoin...) et de documentaires. Dans les deux cas, l'engagement est toujours présent : pour la victoire du Viêt Minh (Loin du Vietnam avec Jean-Luc Godard, Alain Resnais, Agnès Varda), les mouvements anti-impérialistes (Festival panafricain d'Alger).
Klein affiche une solidarité pour les Afro-Américains et les Noirs en général ; outre ce documentaire, il signe aussi Muhammad Ali, the Greatest et The Little Richard Story.

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