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mardi 14 mai 2013

I'm Gonna Git You Sucka

Alors que sa carrière est en dent de scie durant les années 80, Jim Brown se prête avec beaucoup d'humour à un hommage parodique aux films blaxploitation I'm Gonna Git You Sucka, première livraison de Keenen Ivory Wayans...

I'M GONNA GIT YOU SUCKA
Keenen Ivory Wayans (1988)


Jack Spade (Keenen Ivory Wayans) retourne dans le foyer maternel après l'"O.G." ("Over Gold", une overdose d'or) de son frère; celui-ci avait de mauvaises fréquentations et des dettes contractées auprès du caïd local, Mister Big.
Spade se rend au concours annuel des gangs, il y rencontre John Slade (Bernie Casey), héros de la lutte anti-gang et ancien amant de sa mère (Ja'net DuBois), espérant s'en faire un allié.
Ils s'enjoignent rapidement l'aide de Hammer et Slammer (Isaac Hayes & Jim Brown), puis de Kung-Fu Joe (Steve James) et Flyguy, un pimp à l'ancienne (Antonio Fargas). Ensemble, ils vont nettoyer le quartier...

L'ambiance des productions soul est bien retranscrite : les traits marquant de la période sont pasticher avec humour, mais toujours avec une sentiment de respect affectueux. Ces traits sont grossis volontairement : on aperçoit le cascadeur doublant Ja'net DuBois, on rencontre l'incontournable militant révolutionnaire paranoïaque (Clarence Williams III) dont les chérubins blancs et blonds récitent des rédactions sur ce "Blanc pouilleux de Lincoln", la chanteuse de club -incarnée par Kim Wayans- qui en fait des tonnes en chantant "Oh When the Saints". La palme allant peut-être à ce dialogue entre Jim brown et K. I. Wayans :
"- Qu'est-ce qui te fait croire que tu peux être un "black heroe" ?
- Je suis un ancien joueur de football."

Il y a aussi des parodies d'Abby, de The Mack (avec le concours de pimp de l'année gagné -forcément !- par Antonio Fargas), des films d'action soul, du sow télévisé culte Soul Train et de Jim Kelly. Ainsi qu'une vanne récurrente sur les thèmes musicaux avec un Bernie Casey déambulant dans la rue sur le thème de Shaft interprété un groupe qui marche dans ses pas.

Les stars de l'époque (Bernie Casey, Isaac Hayes et Jim Brown) et les secondes gueules jouent le jeu à fond, à l'image des Ja'net DuBois (Five on the Black Hand Side, A Piece Of the Action, la série TV culte Roots), Marilyn Coleman (Willie Dynamite, Disco Godfather et le plus récent Menace II Society), les cascadeurs Bob Minor et Tony Brubaker, l'incontournable Antonio "Huggie" Fargas.
Mais aussi des acteurs plus jeunes comme Chris Rock, Kadeem Hardison (qui jouera un des rôles principaux de Panther, et apparaît dans School Daze, White Men Can't Jump, Vampire in Brooklyn, The 6th Man, Showtime), Robin Harris et nombre d'autres, les Wayans au premier rang, ayant collaboré à l'excellent Hollywood Shuffle de Robert Towsend qui fait donc assez logiquement une brève apparition.

Enfin, cette production offre aussi un rôle à un dinosaure du cinéma noir : Jester Hairston, musicien et acteur qui participe aux mythiques The Green Pastures, Carmen Jones, The Sun Shines Bright de John Ford, à Lilies of the Field et In the Heat of the Night avec Sidney Poitier, et à quelques films soul comme Lady Sings The Blues ou The Bingo Long Traveling All-Stars & Motor Kings.



lundi 1 novembre 2010

The Bingo Long Traveling All-Stars & Motor Kings

C'est par comédie sportive que la Motown -et plus précisément Berry Gordy- et les studios Universal s'engoufrent dans la vague bénéficiaire des comédies soul. Ils s'appuient sur un casting de choix et une intrigue dans le milieu du baseball de l'entre-deux-guerres.

THE BINGO LONG TRAVELLING ALL-STARS
& MOTOR KINGS - John Badham (1976)

Bingo Long (Billy Dee Williams) est un grand lanceur de la Negro American League à la fin des années 30 ; il ne supporte plus les conditions de travail imposée par le proprio de son équipe, Sallison Potter.
Avec le receveur Leon Carter (James Earl Jones), ils décident de monter leur propre équipe et débauchent des joueurs dont Joe Calloway (Stan Shaw) et Charlie Snow (Richard Pryor).
Les Motor Kings de Bingo Long prennent la route et jouent contre les équipes locales qu'ils rencontrent pendant leur périple.
Voyant d'un mauvais oeil l'ascension de ces concurrents, Sallison Potter leur propose un marché : rencontrer les Negro All-Stars. S'ils gagnent, l'équipe sera intégéré à la Negro American League, dans le cas contraire, chaque sportif devra réintégrer son staff d'origine. Mais le cupide Potter envoie ses gorilles kidnapper Joe Calloway.


Produit par Berry Gordy le boss de la Motown, cette incursion dans la blaxploitation est plutôt étonnante de la part de John Badham à qui l'on doit par exemple Saturday Night Fever et War Games. Il paraît même que Universal et Berry Gordy avaient d'abord jeté leur dévolu sur Spielberg (qui aurait refusé).
Au final, c'est un petit film agréable, plutôt bien réalisé et qui ne nécessite pas un bac+7 en baseball. Bien au contraire, il donne même envie de se pencher sur l'histoire de ce sport. En plus le fond peut être sérieux, évoquant l'exploitation des sportifs et bien sûr la ségrégation, mais dans l'ensemble le ton reste toujours léger. Un divertissement intelligent en somme.

Chaque personnage renvoie à des noms connus du base-ball comme Jackie Robinson, le premier Afro-Américain à jouer dans la prestigieuse Major League Baseball (proche du personnage joué par Stan Shaw) et tandis que la corpulante Mabel Bing renvoie à la seule femme propriétaire d'une équipe, Effa Manley.

Billy Dee Williams et James Earl Jones tiennent leur rôle à merveille -et l'on se ne peut que regretter leur sous-utilisation au fil des années 80. Le casting, assuré par Don Phillips, fait la part belle aux seconds rôles hauts en couleur à l'image de Richard Pryor (qui tente par tous les moyens d'intégrer la MLB, se faisant passer tantôt pour Carlos Nevada, un latino, tantôt un amérindien, le Chef Takahoma), le cascadeur et acteur Jophery C. Brown, Stan Shaw, DeWayne Jesse, Mabel King, Tony Burton, Sam Laws ou encore Alvin Childress (Amos Jones, du criticable mais mythique Amos & Andy).



vendredi 17 septembre 2010

The Green Pastures

Fable théâtrale des années 30, Les verts pâturages est adapté au cinéma et transpose des épisodes de la Bible dans le Vieux Sud peuplés de Noirs (on est bien loin à l'époque des "Afro-Américains" ou "Africain-Américains").

THE GREEN PASTURES - William Keighley (1936)



Mister Deeshee est le pasteur d'un petit village de Louisiane. Il fait le catéchisme pour les enfants qui l'interrogent sur le fonctionnement des nuages, les animaux, la nature...
Mais ce jour-là, le révérend Deeshee va leur apprendre La Génèse, l'histoire de la création du Monde fortement influencé par les croyances populaires afro-américaines.
Il dépeint le Paradis, avec ses anges, ses chérubins, ses activités ludiques et la bonne humeur de tous ses habitants, qui déambulent sous l'oeil avisé de l'Archange Gabriel (Oscar Polk) et surtout de De Lawd -comprenez "The Lord", Dieu- (Rex Ingram).
Le pasteur explique la création de l'Univers, d'Adam et Eve, du déluge et de l'Arche de Noé (Eddie "Rochester" Anderson), de Moïse et Aaron contre Pharaon...Interdit de salles dans plusieurs pays pour "blasphème", cette adaptation est un réussite artistique. Les astuces techniques sont bluffantes pour l'époque : anges sur des nuages, deux personnages à l'écran joués par le même acteur, transformation d'un bâton en serpent... Les prouesses visuelles sont légions et les figurants très nombreux (dont beaucoup appartiennent aux choeurs d'Hall Johnson).
On a bien sûr droit à la "revue nègre" -des danseurs en tenues légères se trémoussant sur du jazz-, à quelques stéréotypes raciaux (on est dans une production Warner des années 30 tout de même !). Mais l'ensemble est divertissant et, tout en participant de la construction des stéréotypes noirs à l'écran, le film offre de vrais rôles à des acteurs trop souvent limités à des personnages de faire-valoir et/ou de bouffon.
Il va de soit que le point de vue afro-américain sur la Bible présenté ici est en fait celui d'un Blanc sur ce qu'il croit être les croyances populaires noires. Cependant je pense que les réalisateurs et scénaristes étaient portés par une réelle envie de rendre hommage aux croyances et aux adaptations typiquement afro-américaine de l'ancien testament (spécifiquement de l'allégorie de Moïse/Moses guidant son peuple vers la "Terre Promise").

Rex Ingram est magistral en De Lawd omnipotent. Beaucoup d'acteurs font leurs premiers pas dans le métier : Mantan Moreland, William Broadus qui est plus connu pour incarner The Negro Soldier, film de propagande pour favoriser l'engagement des Afro-Américains dans les troupes US durant la 2nde Guerre Mondiale. Jester Hairston débute lui aussi sa longue carrière : chanteur puis chef d'orchestre comme dans Carmen Jones, mais aussi acteur au rôles multiples (In the Heat of the Night, The Bingo Long Travelling... et même I'm Gonna Git You Sucka). Ou encore Reginald Fenderson termine sa carrière dans The Man (le premier film proposant un président noir, incarné par James Earl Jones).
En 1937, Warner Bros a décliné le concept dans un cartoon : Clean Pastures (chroniqué ici et visible ).
Plus étonnant encore, la télévision française diffusa (en prime-time le 24 décembre 1964 !) une adaptation magnifique signée Jean-Christophe Averty : Les verts pâturages.

mardi 17 août 2010

Lady Sings the Blues

Dans cet été bien rempli, le fort beau billet de Culture Street sur Billie Holiday m'incite à publier cette fiche sur la très réussie biographie de la chanteuse ; un projet Motown piloté par Berry Gordy et une première et très convaincante prestation de Diana Ross.

LADY SINGS THE BLUES - Sidney J. Furie (1972)

Suite à son viol sordide, la jeune Eleanora (Diana Ross) arrive à New-York où elle retrouve sa mère (Virginia Capers), une employée de maison qui n'a pas grand chose à lui offrir ; elle lui trouve un travail dans un bordel de Harlem. Eleanora fait le ménage pour un maigre salaire, puis se prostitue finalement.
Mais ce dont elle rêve c'est de chanter dans le club d'en face. Un soir, elle quitte le bordel et arrive à imposer au patron du nightclub, Jerry (Sid Melton), de l'auditionner. Convaincu, il l'engage... sous le nom de Billie Holiday.
Ses prestations ne convainquent pas le public (qui préfère les filles nues), mais lui permettent de faire ses classes, au côté de Piano Man (Richard Pryor) qui l'accompagnera pendant le reste de sa carrière. Coté sentimental, elle s'énamoure d'un jeune dandy Louis McKay (Billy Dee Williams).
Rapidement, des musiciens -blancs- lui proposent de les suivre en tournée à travers le pays ; c'est le début de la gloire, mais aussi des mélanges explosifs de drogues et d'alcool conjugués à une dépression accrue...

Le scénario est basé essentiellement sur l'autobiographie de Billie Holiday (ce qui n'est en rien synonyme de réalité, puisque celle-ci serait déjà plutôt édulcorée, quant à la dureté de sa jeunesse en particulier). Mais les grands moments marquants de sa vie sont habilement amenés, à l'image de sa découverte du Sud et de ses trop célèbres lynchages (qui lui inspirent son émouvant "Strange Fruits"), de son internement, du Carnegie Hall...
Dès le générique, l'on sent une ambiance pesante, noire, soutenue par la musique orchestrale du compositeur français Michel Legrand. A l'image de sa vie, le film recèle une tension tragique tout du long... on souffre pour et avec Billie Holliday.
Le film raconte la vie d'un personnage, mais raconte aussi une époque et un point de vue, celui d'une jeune Afro-Américaine à la voix hors-norme au destin à la fois commun et particulier.

Gordy fait plus que réussir son pari d'imposer dans un grand biopic sa femme, égérie des Supremes. Il remporte un grand succès, aussi bien financier qu'auprès du public et des critiques ; il obtient en sus 5 nominations aux Oscars (ce que se fait rarement alors pour un film noir), dont une pour la meilleure actrice.
Il faut dire que tous les moyens sont là ; la réalisation est léchée. Les séquences musicales s'appuient sur un certain nombres de pros (Paul Hampton, la chanteuse Yvonne Fair, le vieil acteur et musicien Jester Hairston...), ainsi que la partition et la direction d'orchestre de Michel Legrand. Enfin, les acteurs de qualité sont au rendez-vous (un casting de Joe Scully). Billie Dee Williams interprète à la perfection un dandy amoureux, Richard Pryor joue là un de ses rôles "traditionnels" qui -à mon avis- lui vont à merveille (loin des mimiques de ces comédies des années 80) ; mais aussi Virginia Capers, Scatman Crothers et Sid Melton, ainsi que quelques gueules croisées ça ou là telles que Jayne Kennedy, Isabel Sanford (Guess Who's Coming To Dinner, Hickey and Boggs, Soul Soldier puis  Original Gangtsas et Sprung), Tracee Lyles, Norman Bartold ou Lynn Hamilton.

vendredi 4 décembre 2009

In the Heat of the Night

Pour continuer sur la lancée des films de Sidney Poitier, après le propret et gentillet Guess who's coming to diner, les trois prochains films que j'aborderai sont emblématiques des phases qu'à traverser Poitier, du gendre idéal poli et désexué en un héros fort et indomptable (qu'il produira et mettra lui-même en scène).
Sorti en France sous le titre Dans la chaleur de la nuit, ce film fait parti de ces précurseurs -un peu involontaires- de la Blaxploitation.

IN THE HEAT OF THE NIGHT
Norman Jewison (1967)




Une petite ville du Mississippi -le Sud profond, quoi- l'officier de police Sam Wood patrouille et découvre un macchabée. Il tombe sur un Afro-Américain qui attend le train, et se trimballe avec de l'argent... Le coupable est tout est tout trouvé.
Sauf que c'est de Virgil "they call me Mr." Tibbs (Sidney Poitier), de la brigade criminelle de Philadelphie. Sommé de collaborer à l'enquête, voilà Virgil Tibbs, aux cotés du shérif Gillepsie (Rod Steiger), un gars bourru mais finalement sympathique, enquêtant dans ce patelin remplis de rednecks, d'histoires pas claires et de vieux réflexes sudistes (lynchages, exploitation dans les champs de coton, viols...).
Premier d'un tryptique inégal (puis d'une série TV) avec le personnage de Mister Tibbs, ce In The Heat of the Night est vraiment excellent.
L'ambiance du Sud est pesante, on la ressent, comme la chaleur à l'écran. Cette ville est pleine de rednecks, où le shériff est aux ordres d'à peu près tout sauf de la loi. Et Poitier s'en tire à merveille et se fait respecter dans cette ambiance (la baffe magistrale que prend le propriétaire des champs de coton ). Même si le personnage n'est pas parfait, Poititer se voit enfin confier un rôle à sa mesure de grand acteur, un vrai premier rôle dans un vrai polar.
Le scénar' est bien ficelé, et c'est Stirling Silliphant (The Liberation of L.B. Jones ou encore Shaft In Africa) qui est derrière le crayon.
Rajouter à ce cocktail explosif la BO de Quincy Jones et ça nous fait un très bon film !!
Il sera sacré "meilleur film" aux Oscars de 67, et recevra aussi deux autres statuettes pour le "meilleur montage" et le "meilleur mixage son". On remarque l'absence de Poitier au palmarès. Le film recevra aussi trois Golden Globes : "meilleur film dramatique", "meilleur scénario" et "meilleur acteur dans un film dramatique"... pour Rod Steiger (le Shérif). Poitier ne sera jamais récompensé pour ses rôles d'homme "normal", seul ses rôles bonhommes lui vaudront les honneurs officielles de la profession, étonnant, non ?