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mercredi 18 juillet 2012

Shaft's Big Score !

Les nouveaux exploits de Shaft : la suite que Gordon Parks offre à son héros presqu'invicible John Shaft. 

SHAFT’S BIG SCORE ! - Gordon Parks (1972)

Juste avant de mourir dans l'explosion de son entreprise funéraire, Cal Asby (Robert Kya-Hill) a le temps de planquer un joli tas de billets et de prévenir son ami  John Shaft (Richard Roundtree) qu'il a de sérieux problèmes. Shaft est aussi l'amant de sa soeur Arna (Rosalind Miles), il fait donc de la résolution de ce meurtre une affaire personnelle !
Grâce à ses liens avec le Capitaine Bollin (Julius Harris) et les gangsters Bumpy Jonas et Willy (Moses Gunn & Drew Bundini Brown), les soupçons de Shaft s'orientent rapidement vers Johnny Kelly (Wally Taylor), l'associé de Cal qui a une grosse ardoise chez le mafieu raffiné mais intraitable : Gus Mascola (Joseph Mascolo).
Shaft est prêt à tout pour démasquer les assassins de son ami...
Produit pour moins de 2 millions de dollars, ce deuxième volet de Shaft rapporte plus de 10 millions ! Réussite incontestable, Parks a investi son surplus financier dans un casting plus étoffé (dont Julius Harris, découvert dans Nothing But a Man), des décors branchés et un final énorme qui en nous en met plein les mirettes, avec mitraillage en règle dans un cimetière, poursuite en voiture, en bateau et en hélicoptère !

D'un point de vue technique, c'est probablement le plus réussi de la trilogie ; il y manque pourtant de l'âme de Harlem. Le décor s'est déplacé dans les quartier plus huppés, ce qui donne un très bon méchant maniéré et pervers incarné par Joseph Mascolo (qui joue aussi dans The Spook Who Sat by the Door), mais on y perd en ambiance urbaine. Les immeubles délabrés sont remplacés par de lumineux appartements design et des clubs branchés.
Cependant, ce dépaysement n'empêche détails et allusions plus ou moins marquées du sceau du "black power" : tension raciale au commissariat, chauffeur blanc, victoire du héros afro-américain sur les mafieux blancs... et toujours un aspect très sexualisé du héros qui multiplie les conquêtes. Tout en montrant quelques seins (coutume frivole de l'époque plutôt que voyeurisme intéressé), Parks filme les scènes d'amour à travers des filtres ou des miroirs déformants. Il n'en reste pas moins que la sexualité des Noirs est encore un tabou visuel dont Gordon Parks se joue visiblement.

Malgré de nombreux dialogues et de rares scènes d'action, la mise en scène est réussie et la réalisation parvient à donner un rythme, jusqu'à l'apothéose finale à classer parmi le tiercé gagnant des meilleures fusillades de la blaxploitation (quelques images sont reprises dans The Kidnapping) ! On retiendra aussi la scène du club, sorte de clip qui alterne show exotique de danseuses aux costumes flamboyants avec les sombres escaliers où Shaft se fait tabasser.

En sourdine le thème mythique d'Isaac Hayes, officiellement indisponible pour enregistrer, Gordon Parks se charge du soundtrack, résolument plus jazzy (il avait déjà une solide expérience avec la BOF de son premier long métrage The Learning Tree).

Drew Bundini Brown a pris un peu de galon et se retrouve en troisième position au générique, juster derrière Moses Gun, lui aussi rescapé du premier opus. De nouveaux personnages sont introduits : Julius Harris devient le nouveau lieutenant/ami de Shaft, Rosalind Miles (The Black Six, Friday Foster), Don Blakely (dans les 90s, il apparaît dans Harlem Nights et Pulp Fiction), Thomas Anderson (The Learning Tree, Trick Baby, The Legend of Nigger Charley et Don't Play Us Cheap), Wally Taylor (Cotton Comes to Harlem, Cool Breeze, Lord Shango, Crossroads, The Golden Child), Robert Kya-Hill (seulement quelques films dont Slaves) et la plantureuse Kathy Imrie, quasiment absente des écrans par la suite.
Coté équipe technique, Gordon Parks reconduit les responsables de chaque équipe de Shaft : le chef op' Urs Furrer, le costumier Joe Aulisi, Martin Bell au maquillage, les ingénieurs du son Hal Watkins et Lee Bost et le décorateur Robert Drumheller... Ainsi que Alex Stevens et Marvin Walters à la coordination des cascades.

dimanche 24 juillet 2011

Slaves

Distribué en France sous les noms de La Maitresse Noire ou d'Escalves, le réalisateur black-listé Herbert J. Biberman réunit à l'écran la chanteuse Dionne Warwick, le débutant Ossie Davis et l'acteur hollywoodien Stephen Boyd.

SLAVES - Herbert J. Biberman (1969)

Luke (Ossie Davis) est un jeune esclave, dans une plantation du Kentucky, au milieu du XIXème siècle ; il a le respect et la confiance de son maître qui lui a promis de l'affranchir. Mais le maître a des soucis financiers et sa parole vaut plus grand chose : il met en vente Luke et Jericho (Robert Kya-Hill).
C'est Nathan MacKay (Stephen Boyd) qui se porte acquéreur, un exploitant aux pratiques libertines et perverses. Parmi celles-ci son appétance pour les jeunes esclaves et sa passion pour Cassy (Dionne Warwick)...
Herbert J. Biberman est surtout connu pour son brûlot Salt of the Earth, un film révolutionnaire qui lui vaudra, en plus de son appartenance au Parti Communiste, de subir la censure et les foudres du maccarthysme. Slaves est auto-produit et sort pour le moins discrètement, mais il bénéficie tout de même d'une présentation au festival de Cannes. Autant d'arguments qui peuvent donner envie de se jeter sur ce film rare. J'ai personnellement été déçu.
Certes, la violence de l'esclavage est représentée crument, les relations entre le maître et ses esclaves femmes poussé à son paroxysme... En plus, n'oubliant pas que donner les premiers rôles à des Noirs -même d'un film sur l'esclavage- est encore une rareté, voire une provocation.
Cependant, le film peine à décoller. Tout semble cheap ; c'est bien sûr la conséquence du maigre budget, mais celà ressort aussi d'une volonté de Biberman de montrer sans fard les méfaits de l'esclavage. Et le résultat me paraît plus handicapant que didactique. En outre la relation perverse entre les personnages de Dionne Warwick et Stephen Boyd est dérangeante, celle-ci semblant "jouer" des perversités de son maître.

Ce qui nous amène aux acteurs... Dionne Warwick était déjà une chanteuse connue lorsqu'elle accepte de tenir le premier rôle féminin de ce film ; il faut bien avouer qu'elle ne brille pas par son jeu. Ce sera d'ailleurs son seul long métrage (elle joue dans diverses séries ou y apparaît en tant que guest star). Je trouve ça étonnant que celle-ci ait accepté un tel rôle pour un si sulfureux cinéaste. On peut se poser la même question pour Stephen Boyd acteur confirmé de péplums incontournables (dont le plus connu est bien sur Ben-Hur), qui apparaît l'année suivante dans le téléfilm Carter's Army. Plus compréhensible est la présence Ossie Davis ; on connaît plus sa fibre militante, et il ne met pas autant sa carrière en jeu. Par ailleurs, c'est en plus la première fois qu'il se retrouve seul en haut de l'affiche.
Le méchant contremaître est campé par Julius Harris ; il avait joué à la perfection le père alcoolique dans Nothing But a Man, il participe ensuite aux grands classiques de la blaxploitation : Shaft's Big Score !, Super Fly, Trouble Man, Black Caesar et sa séquelle Hell Up in Harlem, le meilleur volet de la trilogie comique de Sidney Poitier Let's Do It Again, et enfin le James Bond soul : Live and Let Die. Outre Robert Kya-Hill (Shaft's Big Score, Roots : Next Generation), le reste du casting est plutôt composé d'anonymes. Vous pouvez trouver ce film en qualité VHS et avec un bande-son française sur La Caverne des Introuvables.