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mardi 4 décembre 2012

Deliver Us From Evil

Avec ce dernier long métrage, on peut conclure d'Horace Jackson qu'il est un précurseur du cinéma néo-réaliste impulsé par le Killer of Sheep de Charles Burnett...

DELIVER US FROM EVIL - Horace Jackson (1977)

Chris Townes (Renny Roker) est considéré comme un asocial ; il se débat dans des boulots dégradants avec des supérieurs blancs qui le harcèlent. Après un passage par l’hôpital psychiatrique, Chris tente de maîtriser sa rage.
Sa première rencontre avec Mindy (Marie O'Henry) est catastrophique, mais il harcèle la jeune femme, tente de la protéger d'un gang de dealers, s'intéresse à Joey (Danny Martín) le jeune handicapé dont Mindy s'occupe.
Chris n'est pas amoureux d'elle, mais il s'accroche à elle comme à une bouée...
 Trois ans après Tough !, le remake du film de Truffaut Les 400 coups, et six ans après le très bon The Bus Is Coming, Horace Jackson livre son dernier film puis disparaît de la circulation ou tout de moins du monde du cinéma.
Sur Deliver Us From Evil, parfois titré plus sobrement Joey, il est à la fois producteur, réalisateur et scénariste. Et il est difficile de résumer l'histoire, tant le script est d'une part riche et à vocation didactique et philosophique et, d'autre part, que les invraisemblances sont parfois criantes.


En cette fin des 70s (synonyme d’essoufflement du mouvement des droits civiques, de l'échec relatif du Black Power, et d'un processus de moyennisation de la Communauté), dresse un bilan des plus sombres de la vie d'un afro-américain lambda, thème abordé par Top of the Heap. A travers la tension psychique qui anime le héros, entre son envie de vivre et sa rage face aux obstacles d'une société moderne aux multiples violences, il interroge le salariat, le racisme, la drogue, l'omniprésence de la religion, l'éducation... Ces questions, Jackson les pose à la Communauté afro-américaine elle-même comme le rappelle le refrain récurrent : "Look what we're doing to ourselves !"

Le casting composé essentiellement d'amateurs pose, plus que dans les autres projets de Jackson, un problème dans le rythme du film. Seul Renny Roker, déjà présent sur Tough !, est un acteur confirmé ; celles et ceux qui lui donnent la réplique ont un jeu relativement pauvre.
Citons tout de même quelques comédiennes et comédiens déjà aperçus comme Marie O'Henry (Three the Hard Way, Dr. Black, Mr. Hyde, The Glove), Marc Hannibal (The Grasshopper, Amazons Against Superman), Gloria Delaney (Black Girl, The Human Tornado, A Piece of the Action, Blue Collar, Penitentiary, Crossroads), ou encore Loretta King, Maurice Emanuel, Larry Kinley Jr., Irene Stokes et Chuck Wells qui devient par la suite chef machiniste.

samedi 1 décembre 2012

The Bus Is Coming

Trois ans avant Tough !, Horace Jackson s'illustre comme scénariste du trop méconnu The Bus is Coming...

THE BUS IS COMING - Wendell Franklin (1971)

Billy Mitchell (Mike B. Sims) rentre du Vietnam pour l'enterrement de son frère Joe, leader des droits civiques de Compton assassiné par des policiers racistes. La Communauté lui rend hommage, et en particulier ses camarades de combat, adeptes du "Black Power" et de l'auto-défense, menés par Michael (Burl Bullock). Celui-ci est persuadé que l'assassinat de Joe n'est que le prélude de la liquidation systématiques des leaders afro-américains et plaide pour la vengeance et la contre-attaque.
Tout en essayant de les retenir, Billy enquête sur les circonstances de la mort de son frère...
Voilà l'unique film dirigé par Wendell Franklin ; assitant de réalisation sur The Cosby Show, il co-produit un autre soul movie : Joey (aka Deliver Us from Evil) que réalise justement son scénariste actuel Horace Jackson.
En tout cas, l'équipe de production est afro-américaine et le sujet comme le traitement de The Bus is Coming le place en position de film fondateur de la blaxploitation. Malheureusement il est très mal distribué et n'est projeté que dans très peu de salle ; bien que plébiscité par le Festival de Los Angeles, il ne fait pas le poids face à l'énorme succès de Shaft, sorti un mois plus tôt. Et contrairement au film de Gordon Parks, The Bus is Coming n'a aucun aspect de divertissement, c'est au contraire un drame social voire politique.
Le budget est minimal mais bien utilisé et Wendell J. Franklin assure une bonne mise en scène. L'amateurisme des acteurs renforcent le réalisme des situations, et seule Stephanie Faulkner aura une petite carrière, dont quelques films blax comme Black Fist, Death Journey et  J.D.'s Revenge.

Horace Jackson décrit la violence des rapports raciaux dans les Etats-Unis des 70s. Chaque catégorie est présente : communauté noire, activistes "Black Power", vétéran du Vietnam, femmes, policiers racistes... Or, tout en actant la centralité du racisme dans son récit, Jackson essaie d'éviter le manichéisme (tant prisé par les futures productions blax des grands studios) et ses personnages sont parfois déconcertant (à l'image du flic raciste qui a une maîtresse noire).
Pour ma part, je regrette cette position "objective" trop en avance sur son temps (quelques années plus tard, le film serait rentré parfaitement dans la veine du cinéma néo-réaliste impulsé par Charles Burnett).
Cependant, l'exercice est incontestablement réussi et trop peu récompensé par le faible impact en terme de public.

mardi 27 novembre 2012

Tough !

Autre drame mettant en scène des enfants, parfois retitré Johnny Tough !


TOUGH ! - Horace Jackson (1974)
Johnny Banks (Dion Gossett) vit avec sa mère et son beau-père (Sandy Reed & Renny Roker) ; elle est très rejetante vis-à-vis de son fils qui multiplie les bêtises pour attirer son attention. A l'école, ça ne va pas mieux en particulier avec son professeur Mister Bishop.
Un jour qu'il sèche les cours, Johnny croise sa mère dans les rues ; punition assurée ? Il n'en est rien car Johnny vient de découvrir un secret plus gros : sa mère a un amant !
Les tensions familiales et le désamour de sa mère entraîne Johnny sur une bien mauvaise pente...

Les connaisseurs de la blaxploitation et les cinéphiles chevronnés auront reconnu dans ce résumé une histroire déjà portée à l'écran sous d'autres lattitudes. Il s'agit en effet de l'adaptation du film de François Truffaut : Les 400 coups.
Horace Jackson réalise pour la première fois (après avoir livré le scénario de The Bus is Coming) un long métrage, et il s'attaque à un projet artistiquement ambitieux en transposant l'histoire de Truffaut dans la communauté afro-américaine des seventies. La BO -un peu décevante à mon goût- est composée par Dennis Coffey (le guitariste des Funk Brothers, le groupe de la Motown)

La mauvaise distribution conduit invariablement à l'échec commercial du film et son oubli au fil du temps. En effet, il sort en double programme avec Together Brother et il est vendu comme un film d'exploitation qu'il n'est pas.
Et bien entendu, les deux films sont techniquement incomparables ; la mauvaise qualité d'image et de son de la copie que j'ai visionnée (et je doute qu'il en existe une autre) renforce la médiocrité de la photographie et même de la mise en scène de Jackson par rapport à Truffaut. Mais c'est l'intention qui compte, et celle de d'Horace Jackson est excellente, et gageons qu'avec des moyens plus importants le résultat eût été totalement convaincant ; comme le prouve d'ailleurs les éléments rajoutés : la scène où Johnny supplie son beau-père de ne pas le laisser en maison de correction est courte mais d'une émotion intense, celle des petites filles se défendant contre un violeur est jubilatoire et la fin énormément différente coupe le souffle.

Renny Roker est l'acteur le plus professionnel du casting (dont Melinda, Brothers, Deliver Us From Evil...) et son interprétation du beau-père dépassé mais sympathique est plutôt réussie. Le jeune Dion Gossett ne reprendra, lui, jamais le chemin des tournages, malgré sa prestation incroyable de petit garçon dépressif. Il y a aussi Sandra Reed, la mère, et l'acteur Tobar Mayo (Abar, the First Black Superman) crédité au générique mais que je n'ai pas vu à l'écran).
Derniers mots sur DeForest Covan ; il est relativement méconnu en tant qu'acteur, il peut pourtant se targuer d'une carrière de près de 60 ans, de St. Louis Blues à To Sleep with Anger en passant par Carmen Jones, Black Samson, Rocky ou Body and Soul. Il est ici au poste assistant de réalisation comme sur les deux autres projets d'Horace Jackson : The Bus is Coming et Joey.