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lundi 18 octobre 2010

Uptown Saturday Night

Après le succès du western Buck and the Preacher et le drame A Warm December, Sidney Poitier se lance dans la réalisation d'une série de trois comédies où il partage l'affiche avec le facétieux Bill Cosby.

UPTOWN SATURDAY NIGHT - Sidney Poitier (1974)



Steve Jackson (Sidney Poitier) est un ouvrier et un bon père de famille, un working class hero anonyme vivant avec sa femme (Rosalind Cash). Son pote Wardell Franklin (Bill Cosby) est plus groovy. Un soir, ce dernier l'emmène au Zenobia, un club BCBG réputé pour ses jeux et ses belles femmes. Alors que les dés sourient à Wardell, des braqueurs surgissent, dépouillent la bonne société et repartent avec un beau butin, dont le portefeuille de Steve.
Le lendemain, la chance semble tourner : Steve gagne à la loterie... Mais le ticket était dans son portefeuille !
Steve et Wardell se mettent en quête des braqueurs. Sur leur route, ils croisent Lincoln (Roscoe Lee Browne), un politicien opportuniste, et sa femme adepte du Zenobia, le détective/escroc "Sharp Eye" Washington (Richard Pryor), quelques belles gueules de caïds et de pimps, le révérend (Flip Wilson)...
Les deux compères s'attachent même les services du gangster "Geechie Dan" Beauford (Harry Bellafonte)...
Scénarisé par Richard Wesley et produit par Melville Tucker pour la Warner, Poitier fait dans la comédie légère, et le résultat est plutôt réussi (même si l'on sent Poitier hésitant dans ses premiers en tant que réalisateur de comédie).
La quête des deux compères permet l'utilisation de multiples personnages souvent savoureux. Le film s'apparente à une sorte de road movie dans un quartier afro-américain avec ses habitants "normaux", ses pimps et ses escrocs, ses politiciens, ses prêcheurs... ce qui en fait tout de même un film plutôt sympathique.

Mention spéciale pour le génial Harry Bellafonte qui surjoue un pastiche de Marlon Brando et dont la seule présence suffit à regarder et apprécier ce film.
Après une entrée dramatique dans la blaxploitation avec Hickey and Boggs, Bill Cosby se trouve in fine au premier plan avec son bagou légendaire (on l'imagine presque improvisant sur le tournage). Poitier reste plutôt en retrait, mais se réveille dans une belle scène de fin sur le toit d'une voiture... Le reste du casting est au petits oignons puisque l'on a droit à Richard Pryor, Rosalind Cash, Calvin Lockhart, Don Marshall, Roscoe Lee Browne (Black Like Me, Up Tight !, The Liberation of L.B. Jones, Super Fly T.N.T., Jumpin' Jack Flash), Paula Kelly, Lee Chamberlin, Lance Taylor Sr., le danseur Harold Nicholas (qui collabore aux célèbres The Emperor Jones et Stormy Weather, ainsi qu'à Disco 9000), Lincoln Kilpatrick et les cascadeurs Henri Kingi et Jophery C. Brown.

dimanche 3 octobre 2010

Carmen Jones

Difficile de clore cette évocation des productions mettant en scène exclusivement des Afro-Américains sans parler de cette intéressante adaptation de Carmen par Otto Preminger. On sent que l'on est dans une transition, l'on voit poindre des jeunes premiers beaux et talentueux... mais il faudra encore attendre 15 ans pour voir les Afro-Américains prendre leur destin cinématographique à bras le corps.

CARMEN JONES - Otto Preminger (1954)



Dans une base en Caroline du Nord, le jeune Joe (Harry Belafonte) sert en tant que soldat. Sa petite amie le rejoint pour se marier...
Carmen (Dorothy Dandridge), elle, est une civile qui travaille à l'usine de parachute de la base. Elle fait tourner la tête des soldats avec son sex appeal débordant. Suite à une bagarre qu'elle provoque, elle est arrêtée et Joe est chargé de l'escorter jusqu'à la prison d'Etat. Mais le jeune soldat tombe vite sous le charme et après leur première nuit d'amour, la belle s'est envolé. Jugé comme déserteur, joe est emprisonné tandis que Carmen promet de l'attendre.
Mais Carmen est volage, elle s'amourache d'un boxeur en vogue : Husky Miller (Joe Adams)...

Alors que le film sort aux Etats-Unis en 1954, les salles obscures hexagonales ne le projetteront qu'en 1981 pour d'obscures batailles de droits d'auteur.
En effet, le livret diffère de l'original pour des raisons évidentes d'adaptation à la trame ; d'abord présenté à broadway, son succès intéresse la 20th Century Fox qui reprend le scénario et le livret de Oscar Hammerstein II. La scène mythique dans les arènes de Séville est ici transposée dans une salle de boxe de Chicago, l'usine de cigares transformée en usine de parachutes...

Véritable réussite technique, ce drame musical réunit pour la deuxième fois Harry Belafonte et Dorothy Dandridge ; mais les deux acteurs principaux ne sentaient pas les capacités vocales pour mener à bien le projet. Preminger a donc fait enregistré les voix par l'incontournable soprano de l'époque, Marylin Horne (et pour Bellafonte et Joe Adams, respectivement Marvin Hayes et LeVern Hutcherson). Le résultat est bluffant de réalisme !
Dorothy Dandridge est confondante de réalisme et c'est tout naturellement qu'elle est nommé aux Oscars comme "meilleur actrice" (et l'aurait largement mérité, mais le cinéma US est ce qu'il est : un cinéma avant tout de, pour et par les Blancs).
On n'échappe cependant pas à une caricature du mode de vie des afro-américains (l'auteur Oscar Hammerstein II et le réalisateur Otto Preminger sont des Blancs). Et le coté aguichant et dangereux de Carmen/Dandridge renvoie directement à la figure stéréotypée de la "mulâtresse tragique", la métisse à la vie sexuelle débridée et jamais assouvie.
Cependant, comme tous les films précédemment évoqués, il y a tout de même une certain sentimentalisme dans le traitement, une volonté de se différentier des productions canoniques et des rôles mineurs et caricaturaux laissés aux Noirs.

Du coté des seconds rôles il faut signaler Pearl Bailey, Brock Peters (Slaughter's Big Rip-Off), Roy Glenn (Guess Who's Coming to Dinner, tick... tick... tick... et The Great White Hope) Bernie Hamilton (Scream Blacula Scream ou Bucktown), DeForest Covan (que l'on peut apercevoir entre autres dans Black Samson), Joe Adams manager de Ray Charles, Diahann Carroll, Archie Savage et Carmencita Romero qui joue aussi dans Cabin In the Sky. Enfin, Jester Hairston -que l'on connaît comme acteur- est ici crédité comme chef d'orchestre.


En 2001, le réalisateur Robert Towsend (pourtant très inspiré dans les années 80) réalise pour MTV une adaptation "moderne" : Carmen : A Hip Hopera avec Beyoncé Knowles, Mekhi Phifer et Mos Def.

lundi 14 décembre 2009

Buck And The Preacher

Et voilà que notre Sidney se lance dans la réalisation avec ce western de derrière les fagots. Titré en français Buck et son complice, Poitier s'offre un rôle à sa mesure, un héros qui se défend par tous les moyens nécessaires et sort définitivement des rôles de gentil docteur, de mari désexué et d'icône intégrationniste.

BUCK AND THE PREACHER - Sidney Poitier (1972)


Buck (Sidney Poitier) est un cowboy. Il escorte les caravanes d'Afro-Américains fraîchement affranchis qui cherchent des terres et goûtent une liberté fraîchement acquise. Mais il est aussi poursuivi par Deshay (Cameron Mitchell) qui a juré sa mort. Un jour, tentant d'échapper à ses poursuivants, Buck vole le cheval d'un drôle de prêtre (Harry Belafonte)... qui devient vite son compagnon de route. Ensemble, en déjouant les pièges, Buck et "the preacher" vont tenter de sauver leurs peaux tout en aidant le convoi à traverser la plaine.Ce premier film de Sidney Poitier en tant que réalisateur est une vraie réussite !
Tous les ingrédients du western sont là : chevauchées soulevant des nuages de poussières, canyons, villes étouffantes, fusillades, Indiens et attaque de banque... De la maquerelle au shériff sympa, en passant par le banquier chétif, tous les rôles sont là. Mais les stéréotypes véhiculés par les John Ford ou Wayne sont bien loin ; les Noirs ne sont pas que des domestiques ignares aux yeux globuleux et les Indiens des anthropophages à plumes.
Poitier s'en sort à merveille dans un rôle plus musclé que ce qu'on lui donnait jusqu'alors. Harry Belafonte est -toujours- génial, inquiétant et sympathique à la fois, sortant son flingue de sa bible. L'acteur de film B, Cameron Mitchell entame ses rôles de méchants -vous aurez compris que c'est le Blanc :-) - dans la blaxploitation (Slaughter ou The Klansman) et il fait ça plutôt bien. On peut regretter que Ruby Dee (qui joue la compagne de Poitier) se retrouve dans un rôle un peu secondaire, Poitier ne pousse malheureusement pas la déconstruction des stéréotypes jusqu'à offrir un rôle intéressant à une femme...
On retrouve aussi Tony Brubaker dans un petit rôle (le chef du convoi) et qui assure les cascades dans Come Back, Charleston Blues ou Detroit 9000, joue dans Cotton Comes to Harlem, Slaughter's Big Rip-Off, Black Gunn, Sugar Hill, Black Samson, The Soul of Nigger Charley, Friday Foster...
A signaler aussi, une légende du cinéma noir en la personne de Clarence Muse (une carrière qui commence en 1929, avec près de 150 films ou séries, dont Car Wash) dans le rôle d'un vieillard, un peu sorcier.

Le film commence par cette explication :
"The Civil War was over and by law the slaves were freed.
But when the promise of land and freedom was not honorated,
many ex-slaves journeyed out the land of bondage
in search of new frontiers, where they could free at last.

They placed their hopes in the hand of the few black
wagonmasters that knew the territory of the West.
None of this came easy, for not only did they have
to overcome a hostilewilderness,
but night riders and bounty hunters were hired,
by “persons unknown” to hunt them down
and turn them back to the fields.

This picture is dedicated to those men, women and children
who lie in gravesas unmarked as their place in history. "