samedi 18 mai 2013

The Running Man

L'année précédent son retour plein d'auto-dérision dans I'm Gonna Git You Sucka, Jim Brown campe un -gentil- méchant dans Running Man...

THE RUNNING MAN - Paul Michael Glaser (1987)

2019, les Etats-Unis sont devenus un pays totalitaire où sévit la famine et les jeux télévisés utilisés pour divertir les masses. Ben Richards (Arnold Schwarzenegger) officie comme policier. Mais un soir il refuse d'obéir à l'ordre de tirer sur la foule ; il est arrêté et incarcéré dans une prison high tech dont il parvient à s'enfuir, avec ses amis Laughlin et Weiss (Yaphet Kotto & Marvin J. McIntyre)
Les autorités remettent la main sur Richards qui se voient obligé de participer à talk show trash où s'affrontent à mort des détenus...
Jim Brown est quatrième au générique, mais il n'apparaît que très peu. C'est pourtant en préparant ma filmographie de Brown que j'ai décourvert ce film, à coté duquel j'étais totalement passé dans mon adolescence. Etonnant, car il allie tous les codes qui faisait les bons blockbusters de l'époque : héros musclé incarné par Schwarzenegger, action et haute-technologie (pour l'époque, s'entend), monde post-appocalyptique et totalitaire... le tout adapté d'un roman d'anticipation de Stephen King, qu'il publie en 1982 sous le pseudonyme de Richard Bachman.

En outre le réalisateur est le Starsky de notre enfance : Paul Michael Glaser ! Il se voit confier un confortable budget de 27 millions de dollars. Les résultats au box office sont convaincants avec des recettes s'élevant à 38 million. Difficile à croire aujourd'hui, tant les effets spéciaux sont datés ! En plus, c'est vraiment le faux-film rebelle par excellence, où le héros combat "par hasard" un régime totalitaire caricatural à souhait.

En tout cas, on oubliera vite ce film pour ce qui dans la filmographie de Jim Brown. Il faut signaler aussi un petit pour un autre très grand acteur, largement sous-utilisé ci : Yaphet Kotto, un des premiers policiers gradés afro-américains (aux cotés d'Anthony Quinn dans Across 110th Street) ou le méchant opposé à James Bond dans Live and Let Die.
Pour son bestiaire de méchant, le directeur de casting va piocher dans les catcheurs reconvertis en acteurs comme Erland van Lidth (que l'on peut apercevoir aussi dans Stir Crazy de Sidney Poitier).

mardi 14 mai 2013

I'm Gonna Git You Sucka

Alors que sa carrière est en dent de scie durant les années 80, Jim Brown se prête avec beaucoup d'humour à un hommage parodique aux films blaxploitation I'm Gonna Git You Sucka, première livraison de Keenen Ivory Wayans...

I'M GONNA GIT YOU SUCKA
Keenen Ivory Wayans (1988)


Jack Spade (Keenen Ivory Wayans) retourne dans le foyer maternel après l'"O.G." ("Over Gold", une overdose d'or) de son frère; celui-ci avait de mauvaises fréquentations et des dettes contractées auprès du caïd local, Mister Big.
Spade se rend au concours annuel des gangs, il y rencontre John Slade (Bernie Casey), héros de la lutte anti-gang et ancien amant de sa mère (Ja'net DuBois), espérant s'en faire un allié.
Ils s'enjoignent rapidement l'aide de Hammer et Slammer (Isaac Hayes & Jim Brown), puis de Kung-Fu Joe (Steve James) et Flyguy, un pimp à l'ancienne (Antonio Fargas). Ensemble, ils vont nettoyer le quartier...

L'ambiance des productions soul est bien retranscrite : les traits marquant de la période sont pasticher avec humour, mais toujours avec une sentiment de respect affectueux. Ces traits sont grossis volontairement : on aperçoit le cascadeur doublant Ja'net DuBois, on rencontre l'incontournable militant révolutionnaire paranoïaque (Clarence Williams III) dont les chérubins blancs et blonds récitent des rédactions sur ce "Blanc pouilleux de Lincoln", la chanteuse de club -incarnée par Kim Wayans- qui en fait des tonnes en chantant "Oh When the Saints". La palme allant peut-être à ce dialogue entre Jim brown et K. I. Wayans :
"- Qu'est-ce qui te fait croire que tu peux être un "black heroe" ?
- Je suis un ancien joueur de football."

Il y a aussi des parodies d'Abby, de The Mack (avec le concours de pimp de l'année gagné -forcément !- par Antonio Fargas), des films d'action soul, du sow télévisé culte Soul Train et de Jim Kelly. Ainsi qu'une vanne récurrente sur les thèmes musicaux avec un Bernie Casey déambulant dans la rue sur le thème de Shaft interprété un groupe qui marche dans ses pas.

Les stars de l'époque (Bernie Casey, Isaac Hayes et Jim Brown) et les secondes gueules jouent le jeu à fond, à l'image des Ja'net DuBois (Five on the Black Hand Side, A Piece Of the Action, la série TV culte Roots), Marilyn Coleman (Willie Dynamite, Disco Godfather et le plus récent Menace II Society), les cascadeurs Bob Minor et Tony Brubaker, l'incontournable Antonio "Huggie" Fargas.
Mais aussi des acteurs plus jeunes comme Chris Rock, Kadeem Hardison (qui jouera un des rôles principaux de Panther, et apparaît dans School Daze, White Men Can't Jump, Vampire in Brooklyn, The 6th Man, Showtime), Robin Harris et nombre d'autres, les Wayans au premier rang, ayant collaboré à l'excellent Hollywood Shuffle de Robert Towsend qui fait donc assez logiquement une brève apparition.

Enfin, cette production offre aussi un rôle à un dinosaure du cinéma noir : Jester Hairston, musicien et acteur qui participe aux mythiques The Green Pastures, Carmen Jones, The Sun Shines Bright de John Ford, à Lilies of the Field et In the Heat of the Night avec Sidney Poitier, et à quelques films soul comme Lady Sings The Blues ou The Bingo Long Traveling All-Stars & Motor Kings.



vendredi 10 mai 2013

One Down, Two To Go

Dernier "grand" film pour Jim Kelly, Les 4 justiciers n'est pas à la hauteur des précédentes réunions des stars de la blax...

ONE DOWN, TWO TO GO - Fred Williamson (1982)

Chuck (Jim Kelly) est le capitaine d'une équipe californienne venant concourir dans un tournoi de karaté. Avec son ami Ralph (Richard Roundtree), il se rend compte que les combats sont truqués par le mafieu Rossi (Peter Dane). Après cette découverte, Chuck est victime d'une tentative d'assassinat et la fille de Ralph de viol...
Pour contrer la vengeance des mafieux et remettre la main sur l'argent perdu dans le tournoi truqué, ils appellent à la rescousse leurs anciens collègues new-yorkais, Cal et J (Fred Williamson & Jim Brown).
Une fois passée le plaisir de voir défiler à l'écran les noms des quatre acteurs principaux de la blaxploitation (Richard "Shaft" Roundtree, Jim Kelly, Fred "the Hammer" Williamson et Jim Brown) l'intérêt s'étiole rapidement au fil des longs combats d'ouverture et de la lourdeur avec laquelle l'intrigue est mise en place. On se raccroche au duo Brown/Williamson (qui fonctionne grâce à une réelle complicité hors plateau), à de trop rares combats ou bien des répliques ultimes comme "You're maybe good in Kung Fu but I'm an expert in Gun Fu!", mais l'ensemble est très moyen pour un fan de la blaxploitation et probablement inepte pour quelqu'un qui n'a jamais vu un film des nos héros.
Ce film vient une fois encore confirmer que Fred Williamson est un piètre réalisateur, sans sens de la mise en scène. En témoigne la scéquence de présentation entre lui et Jim Brown : la caméra les suit en voiture pendant trois minutes, avec une platitude extrême et une mauvaise musique typique des années 80 ! En outre, même si notre quatre "blax'star" sont réunis sur le papier, on les voit trop peu ensemble et leur jeu, comme leur importance dans le scénario, est par trop inégal. Par exemple, impossible de comprendre d'où vient l'idée saugrenue de blesser Chuck/Jim Kelly dès le début et de l'empêcher ainsi d'exposer ses talents martiaux (celui-ci est d'ailleurs habitué aux rôles étonnemment limités lorsqu'ils jouent avec ses amis, comme dans Take a Hard Ride, où il incarne un Indien muet). On en arrive même à regretter ce gâchis d'un casting quasi-inédit (il faudra attendre Original Gangstas de Larry Cohen, mais cette fois malheureusement sans Kelly).

Dans la distribution, on peut noter pêle-mêle une belle brochette d'acteurs italo-américains : Joe Spinell, Tony Gazzo et Willi Cicci  (qui jouent dans les deux premiers volets, respectivement, de The Godfather et Rocky) et Peter Dane (Black Samurai, Black Starlet). Il y aussi les actrices afro-américaines Paula Sills (No Way Back et Disco 9000) et Angela Robinson, mariée à l'aceteur John Witherspoon, elle apparaît dans The Meteor Man ou Soul Plane.
L'équipe des cascades est des plus étoffées avec Captain Haggerty -un dresseur de chien au physique immanquable, qui est tour à tour cascadeurs et acteurs-, Harry Madsen (Superfly, Claudine, Aaron Loves Angela, The Wiz, The Hitter, See No Evil, Hear No Evil, New Jack City, Inside Man...), Frank Ferrara (The Warriors, The Last Dragon, The Last Boy Scout, Hoffa, Sugar Hill, Woo, Amistad, Head of State, Bad Boys II, Hitch, I Am Legend, Meet Dave, The Taking of Pelham 1 2 3...) et Aaron Banks, un médiatique prof de karaté (qui coache Williamson depuis Mean Johnny Barrows).

lundi 6 mai 2013

Three The Hard Way

L'année précédent Take a Hard Ride, Brown, Kelly et Williamson étaient réunis pour la première dans un film explosif...

THREE THE HARD WAY
Gordon Parks Jr. (1974)

Jimmy Lait (Jim Brown) est un producteur de musique. Son quotidien feutré prend un nouveau tour lorsque son ami House (Junero Jennings) s'échappe d'une mystérieuse prison où les Afro-Américains servent de cobayes. Ce témoin gênant est supprimé, tandis que ses assassins capturent  la compagne de Jimmy, Wendy (Sheila Frazier).
L'aide de Jagger, puis de l'expert en arts martiaux Mister Keyes (Fred Williamson & Jim Kelly), ne sera pas superflue pour Jimmy.
Entre fusillades et bastons, les trois amis mettent à jour un complot visant à empoisonner l'eau avec un produit tuant exclusivement les Afro-Américains. Ce projet fou est entretenu par Monroe Feather (Jay Robinson) et son organisation paramilitaire raciste...
Après le controversé mais cultissime Superfly, Gordon Parks Jr. livre selon moi un des meilleurs films d'action de la blaxploitation, et concentre tout ce qui fait l'attrait de ces black action movies si particulier, dont les mélodies accrocheuses de The Impressions.
D'abord, le trio d'acteurs bien utilisés (à contrario du gâchis, 10 plus tard, de One Down, Two to Go). La première scène où apparaît Jim Kelly, victime d'un coup monté, est vraiment énormissime ! Et on il renouvelle son désormais classique car wash fighting (comme dans Black Belt Jones). Le numéro de duettiste de Brown et Williamson fonctionne bien lui aussi.
Avec une telle réunion, c'est bien sûr l'action qui prime. Et on est plus que servi dans ce domaine avec une diversité des décors qui rivalise avec la surenchère dans les explosions... La réalisation est bien  maîtrisée avec tout le panel du genre (fusillades, kung-fu, courses poursuites, explosions...) et qui assume la surenchère avec un final magistral où nos trois durs Brown, Williamson et Kelly prennent d'assaut la base paramilitaire !
Le budget était donc au rendez-vous et très bien utilisé par Parks Jr. dont on excuse les quelques erreurs au montage tant l'ensemble est jubilatoire.
Pour ce qui est du montage justement, Three The Hard Way a connu trois versions différentes (qui sont détaillées par Foxy Bronx sur son site), entre pour des raisons de censure et de classement "R". Ici les captures d'écran viennent du quadruple DVD édité par Warner et comportant des sous-titres français. Toutes les conditions sont donc réunies pour vous procurer ce film !
Le scénario est léger et prétextes aux scènes susmentionnées. Mais tellement jouissif : un complot raciste et un poison ciblant exclusivement les Noirs ! Les deux hommages parodiques Undercover Brother et Black Dynamite reprennent d'ailleurs cette trame complotiste, et Malcolm D. Lee va jusqu'à nommer son méchant Feather...

La distribution est réussie, et en particulier les seconds rôles afro-américains comme la magnifique Sheila Frazier, habituée à tourner pour la famille Parks (Superfly et The Super Cops), Charles Mc Gregor (Come Back, Charleston Blue, Across 110th Street, Gordon's War, Blazing Saddles, Aaron Loves Angela, That's the Way of  the World, The Baron), les moins connus Junero Jennings (The Mack, Slaughter's Big Rip-Off, Black Samson) et Marie O'Henry (Dr. Black, Mr. Hyde, Joey, The Glove) et les cascadeurs Jophery C. Brown et Bob Minor.

vendredi 3 mai 2013

Take a Hard Ride

Classé dans la catégorie des westerns spaghetti, La chevauché terrible emprunte largement à la Blaxploitation, avec la réunion des trois démolisseurs de Three the Hard Way : Jim Brown, Fred Williamson et Jim Kelly, opposés ici au méchant de western incarné, Lee "Sentenza" Van Cleef !

TAKE A HARD RIDE - Antonio Margheriti (1975)

Pike (Jim Brown) est chargé de convoyer 86000 $ à travers les pleines de l'Ouest, pour le compte de son patron décédé.
En chemin, Tyree (Fred Williamson) -joueur de poker peu scrupuleux- lui prête main forte lors d'une première attaque et se joint à lui. Au détour d'un sentier, ils viennent en aide à une prostituée (Catherine Spaak) et un Indien muet Kashtok (Jim Kelly). L'étrange équipage continue sa route.
Ils sont poursuivis par toutes sortes de bandits, un shériff véreux et surtout le chasseur de primes Kiefer (Lee Van Cleef), qui se souvient avoir vu Pike sur un de ses avis de recherche..
Outre ses poursuivants en quête du magot, Pike doit aussi se méfier de Tyree comme de Catherine...
Accompagnée de la musique de Jerry Goldsmith, Margheriti propose un western spaghetti assez classique qui a pour principal argument de réunir les trois stars de la blaxploitation Jim Kelly, Jim Brown et Fred Williamson, opposés au méchant par excellence : Lee "Sentenza" Van Cleef !
Brown est le héros typique, sans peur et sans reproche ; Williamson un bad boy sans trop de scrupules... rien de bien innovant au royaume de la blaxploitation. La seule grande surprise réside finalement dans le personnage d'Indien (sic) campé par Jim Kelly qui ne prononce pas un mot mais nous gratifie de quelques acrobaties (le pauvre n'a pas cette chance dans One Down, Two To Go, avec ses acolytes, puisqu'il est victime d'une agression qui le rend inapte à combattre).

C'est la deuxième coopération de Jim Brown et Lee Van Cleef, cinq ans après El Condor. Ils se retrouveront quelques années plus tard dans Kid Vengeance de Joseph Manduke. Ici, l'issue de leur affrontement laisse, pour ma part, un goût d'inachevé.

Il faut aussi noter la présence de quelques autres protagonistes d'un autre film réunissant nos trois démolisseurs : Three the Hard Way. Comme par exemple Charles McGregor (second rôle à l'allure de Stepin Fetchit enrobé, croisé dans  Superfly, Come Back, Charleston Blue, Across 110th Street, Gordon's War, Blazing Saddles, Aaron Loves Angela, That's the Way of the World, The Baron) , le scénariste Eric Bercovici ou le cascadeur Hal Needham...

jeudi 25 avril 2013

Jim Brown

Le 17 février 1936, sur l'île de St. Simons en Géorgie, naît le petit James Nathaniel Brown. Il passe son enfance dans une relative pauvreté et une autarcie (conséquences de l'insularité et de la ségrégation), qui s'avéra salutaire, puisque le petit James Nathaniel grandit finalement assez loin du racisme et de la dure vie urbaine, dans une famille aimante et protectrice.
A 8 ans, il quitte St Simons et rejoint sa mère  à New York ; mais leurs relations sont tendues et Jim sera finalement élevé par ses grands-parents.
Au lycée, Jim devient une star sportive et sort avec la chef des cheerleaders... Le mythe est en marche.

Le temps des records
C'est donc fort logiquement, grâce à un système de promotion très spécifique au Etats-Unis, qu'il peut s'inscrire à l'Université de Syracuse. Et les différents coachs voient rapidement les talents du jeune homme. Au football, il aligne les réussites, les records universitaires et les faits de gloire lors des matchs. Mais Jim pratique aussi en parallèle le basket et la crosse où il excelle là aussi.

Et lorsqu'il quitte la fac en 1957, il entre dans la prestigieuse NFL, la ligue de football américain. Il rejoint les Cleveland Browns et jouera sous leur maillot jusqu'en 65 où il met un terme à sa carrière sportive.
En huit années, Jim Brown aura marqué le football d'une empreinte indélébile, alignant là encore des records insensés. Beaucoup n'ont été que rarement égalé, certains toujours pas. Il est encore aujourd'hui célébré comme un des meilleurs sportifs de tous les temps (son "successeur" sera Ernie Davis, auquel une biographie est consacré en 2008 : The Express, Brown y est interprété par Darrin Dewitt Henson).
Mais à 29 ans, en pleine gloire, Jim Brown met un terme à sa carrière et en profite pour s'atteler à son nouveau défit : le cinéma !

Premier clap
Charismatique et servi par un physique travaillé, notre ex-footballeur se voit offrir des rôles musclés qui annoncent les mâles invincibles de la blaxploitation.
En ces temps-là, Sidney Poitier incarnait le gendre idéal. Il jouait dans des romances gentillettes, des drames et des comédies progressistes mais inoffensives et dût attendre sa vingtième année de carrière pour gifler un blanc (dans In the Heat of the Night).
Dès Rio Conchos, Jim Brown propose un personnage différent de ceux de Poitier. Certes, il meurt souvent avant la fin et inaugure en un sens les rôles de faire-valoir produits à la chaîne dans les 80s et 90s. Mais il incarne des rôles alors inédit, échappant aux attributs négatifs des oncles Tom des années 50, comme aux rôles policés d'un Poitier. Pour la première fois des personnages positifs, virils et combattifs qui peuvent rivaliser avec leurs comparses blancs apparaissent sporadiquement dans les salles obsucres, et c'est Jim Brown qui les interprète ! Dans un cinéma hollywoodien où les Noirs étaient désexués depuis 60 ans, Jim Brown est l'incarnation de la virilité afro-américaine.
Dans The Grasshopper et 100 Rifles, l'ultime tabou est levé puisque ses personnages ont des relations sexuelles explicites avec une blanche, fait encore inédit dans le cinéma hollywoodien à cette époque.

Cependant, il n'y pas encore de libération totale de la représentation de l'homme noir. Si l'on y prête attention, la grande majorité des films de Brown le place hors de la société américaine moderne ; il tourne ainsi dans des westerns (Rio Conchos, 100 Rifles et El condor), des films de guerre à l'étranger (The Dirty Dozen, Dark of the Sun et Ice Station Zebra) et même le premier Slaughter se passe loin du territoire américain.
Tout ce qui normalise sa présence à l'écran, qui le rend l'égal d'un personnage blanc, est comme relativisé par l'éloignement spatial et/ou temporel de l'histoire (même dans Riot et tick... tick... tick... il est loin de la société urbaine où se nouent les problématiques de la Communauté afro-américaine).
Cet ancrage de ses personnages dans la société contemporaine, c'est ce que va lui apporter la blaxploitation.

Blaxploitation time !
La même année que Slaughter sort Black Gunn qui nous plonge dans une ambiance urbaine, avec des militants afro-américains opposés à la mafia blanche, et Jim Brown en dandy branché mais prêt à se défendre !
Dans Slaughter's Big Rip-Off, le scénario se déroule là encore dans une ambiance urbaine où se côtoient des seconds rôles importants de la blax comme Gloria Hendry, Scatman Crothers et Dick Anthony Williams.
Three the Hard Way marque l'apothéose des black action movies avec la réunion explosive des trois plus grandes stars du moment : Brown, Fred "the Hammer" Williamson et Jim Kelly (le trio se reformera une décennie plus tard dans One Down To Two Go, mais pour le pire cette fois).

Notre ex-footballeur ne se limite pas à ces nouveaux héros urbains, il continue à jouer dans des westerns et films de guerre exotiques ou de prison : respectivement Take a Hard Ride et Kid Vengeance d'une part et I Escaped from Devil's Island, The Slams et Pacific Inferno d'une autre.
On peut conclure que Jim Brown n'est pas un acteur de blaxploitation, mais bel et bien un acteur tout court avec une marque de fabrique qui dépasse largement les canons obligés des soul movies. Ainsi, après Sidney Poitier, Brown est incontestablement l'acteur afro-américain qui marque le cinéma des années 70.

Malgré la diversité de ses projets, la déclinaison de la blax fragilise sa carrière. Il participe bien à CHiPs, Hooker ou K 2000.
Brown revient sur grand écran en 1987 dans The Running Man, dans un petit rôle face au super-héros Schwarzenegger. L'année suivante, il décroche une tête d'affiche dans l'hillarante parodie de la blaxploitation signée Keenen Ivory Wayans : I'm Gonna Git You Sucka.


Dans la même veine semi-autobiographique, Jim Brown apparaît en 1996 dans la distribution de Mars Attacks, où il joue un ancien sportif qui a raté sa reconversion et trime comme figurant dans un casino. La même année Larry Cohen rassemble la dream team de la blax (Brown, Pam Grier, Fred Williamson, Richard Roundtree, Paul Wienfield et Ron O'Neal) dans Original Gangstas.
Il collaborera ensuite avec Spike Lee, en jouant dans He Got Game et She Hate Me. Entre temps, Lee lui consacre un très bon documentaire : Jim Brown All American.

Echecs et zones d'ombre...
Alors que la blaxploitation décline, Jim Brown se lance dans la production avec son ami d'alors Richard Pryor (et l'actrice Sheila Frazier) avec l'envie de faire de vivre un cinéma afro-américain. Les projets s'amoncellent : The Story of Paul Robeson, The Color Purple, Purple Rain... mais aucun ne verra le jour chez Indingo : les relations entre Brown et Pryor s'enveniment (essentiellement du fait de ce dernier, empétré dans ses addictions) et l'aventure de la production s'arrête là.
Plus grave, les histoires de Brown avec ses compagnes est jalonné d'accusions de viol et de violences. Il a cependant toujours été innocenté...

L'engagé
Malgré ses talents, Jim Brown fut victime comme ses semblables du racisme et de la ségrégation. Mais les manifs et les meetings ne l'intéressent pas.
co-fondateur Negro Industrial & Economic Union. Il incite les Afro-Américains à créer des entreprises et à peser économiquement sur la société. Il profite de sa renommée pour acquérir le soutien et les financements de personnalités et sportifs importants, comme Muhammad Ali.
 En 1988, Brown se concentre sur un nouveau combat : le soutien à la jeunesse des ghettos, où sévit la guerre entre Bloods et Crips. Il fonde l'Amer-I-Can Program pour aider les prisonniers à se réinsérer, à travers un programme éducatif qui leur redonne une estime de soi.


1964

1967

1968

1969
Kenner

1970

1972

1973

1974

1975

1977

1978
Fingers

1979

1982

1987

1988

1989
Crack House
L.A. Heat

1996
Mars Attacks !
Original Gangstas

1998
He Got Game



Kid Vengeance

Alors que décline la mode de la blaxploitation, Jim Brown parvient à survivre dans des sous-genres qui lui ont réussi : le film d'action carcéral avec Pacific Inferno, le thriller avec Fingers et le western avec Les cavaliers du diable (parfois injustement renommé Take Another Hard Ride)...

KID VENGEANCE - (1977)

Les Garrett sont des pionniers, ces colons qui se déplacent dans le far west en quête d'une terre. Mais les mauvaises rencontres sont légions et la famille Garrett est décimée par Mc Clain (Lee Van Cleef) et sa bande de hors-la-loi sous les yeux du jeune Leif (Tom Thurston) : son père est assassiné, sa mère violée puis tuée et sa sœur capturée par les gangsters.
Leif tombe sur un prospecteur solitaire nommé Isaac (Jim Brown) qui a déjà un compte à régler avec la bande de Mc Clain. Avec cette aide précieuse, le jeune homme essaie de retrouver sa sœur et venger ses parents...
Coproduction israëlo-américain, ce western spaghetti (avec l'importation pour l'occasion du compositeur italien Francesco De Masi, qui signa entre la BO de The Arena) m'a laissé une impression mitigée.
L'intrigue est minimaliste, le rythme d'une lenteur improbable et les rares effets spéciaux sont ratés. En plus on voit peu Jim Brown, pourtant en haut de l'affiche.
Malgré ces défauts évidents la vengeance du gamin prend une tournure violente inattendu. La composition de Lee Van Cleef rajoute un intérêt certain, puisqu'il campa une nouvelle sorte de salaud toujours plus vil que ce qu'il avait fait jusqu'alors ! Ce film signe la dernière collaboration de Jim Brown et Lee Van Cleef (après l'oubliable El Condor et le très blax Take a Hard Ride).

On peut reconnaître quelques gueules qui apparaissent dans des films et téléfilms apparentés à la blaxploitation tels Matt Clark (Black Like Me, In the Heat of the Night, Honky) et Tim Scott (In the Heat of the Night, Guess Who's Coming To DinnerShaft - The Kidnapping, Roots Next Generation)