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mercredi 5 septembre 2012

The Final Comedown

Là où Top of the Heap utilise le burlesque pour sortir son héros du quotidien, celui d'Emeute à Los Angeles opte pour l'action politique pour changer le cours de sa vie  et de ses frères sœurs...

THE FINAL COMEDOWN - Oscar Williams (1972)


Johnny Johnson (Billy Dee Williams) est le chef d'un groupe de militants afro-américains. Avec ses camarades, il déclenche une opération qui tourne mal et finit en fusillade ; Johnny est touché. Retranché dans une ruelle en attendant un docteur et l'assaut de la police, Johnny se remémore des passages de sa vie : son enfance, ses expériences amoureuses, sa révolte contre ses parents, sa rencontre avec le dirigeant nationaliste noir Imir (Raymond St. Jacques), l'impossibilité d'avoir un job décent à cause de sa couleur...
Oscar Williams écrit et réalise ce véritable brûlot politique ; il livre un film incroyable, aussi percutant que Sweet Sweetback... bien que artistiquement moins innovant. Contrairement à Melvin Van Peebles, Oscar Williams continuera de tourner après ce film ultra-politique : la comédie -légère mais politique- Five on the Black Hand Side, Hot Potato avec Jim Kelly, Death Drug avec Philip Michael Thomas et il signe les scenarii de Truck Turner et Black Belt Jones.

Sous l'impulsion de Roger Corman, le pape du cinéma bis, le film est remonté, agrémenté de 20 minutes supplémentaires et ressortis sous le nom Blast ! C'est un petit studio français qui, Le chat qui fume, qui en propose la version "director's cut", avec en prime des sous-titres français de très bonne facture (ainsi qu'une débauche de bonus).
Le budget est serré, les scènes d'action légèrement surjouée mais bien stylisée et les cascadeurs sont à l'honneur entre Henry Kingi, Clifford Strong  (D.C. Cab, I'm Gonna Git You Sucka, Ghost Dad, il joue aussi dans Harlem Nights) et Ernest Robinson (Halls of Anger, The Spook Who Sat by the Door, Cleopatra Jones, Black Samson, The Black Six, Dr. Black, Mr. Hyde). Le tout accompagné de la musique endiablée du compositeur Wade Marcus et du monstrueux guitariste de jazz Grant Green.

Avec des moyens rudimentaires, le scénariste/réalisateur impose son rythme, malmène le spectateur avec une violence crue et maîtrisée, et le plonge dans une ambiance suffocante de guérilla urbaine et des flashbacks qui permettent de comprendre le parcours d'un jeune afro-américain ordinaire qui pense à l'avenir, au travail et aux filles mais se trouve en butte face au racisme institué et l'exemple de parents méritants, mais trop soumis aux Blancs selon le jeune héros en quête d'indépendance tant familiale que politique...
Le film est un condensé de toutes les problématiques de l'époque pour la communauté afro-américaine, rien ne semble laissé au hasard : du travail du père cireur de chaussure à la solidarité des blancs libéraux et travailleurs juifs, de la représentation de la sexualité (avec une intense scène d'amour) aux petites phrases et aux regards apparemment anodins mais chargé du racisme ordinaire, de l'ami traumatisé par ce qu'il a fait et vu au Vietnam aux harcèlements policiers contre les militants...
Par contre, sans en dévoiler beaucoup, c'est le nihilisme et le désespoir qui prennent le pas sur la résistance et l'espoir.

Étonnamment le jeune débutant Billy Dee Williams ne sera pas non plus handicapé par ce rôle politique : il devient le dandy incontournable de la période (Lady Sings the Blues, Hit !, The Take, Mahogany, The Bingo Long Traveling...) et atteint la renommée avec sa participation aux deux derniers volets de Star Wars.
Le casting est assez resseré. Il y a D'Urville Martin, plutôt habitué à des blaxploitation movies plus groovy, dont la liste est d'ailleurs impressionnante : Black Like Me, Guess Who's Coming to Dinner, Watermelon Man, The Legend of Nigger Charley, Hammer, Black Caesar, Book of Numbers, The Soul of Nigger Charley, Hell Up in Harlem, The Zebra Killer, Sheba, Baby, Boss Nigger, Dolemite, Disco 9000, Death Journey, Black Samurai, Blind Rage...
En "guest", apparaît le grand Raymond St. Jacques, acteur phare qui s'engage réellement en apportant sa caution et sa renommée au film.
D'autres sont moins connus, tels Ed Cambridge (Trouble Man, Cool Breeze, Melinda, Friday Foster, Soul of the Game, Deep Cover), Cal Wilson (Halls of Anger, The Great White Hope, Five on the Black Hand Side, Baby Needs a New Pair of Shoes, Disco 9000), Morris D. Erby (The Lost Man, A Man Called Adam) ou Pamela Jones (Buck and the Preacher, The Limit, Passing Through).

mardi 26 octobre 2010

Dolemite

A mille années-lumière de l'univers réaliste et bon-enfant de Poitier, l'année 75 marque l'arrivée fracassante de Rudy Ray Moore sur les écrans, et le cinéma afro-américain voit naître une icône ultra-populaire (dont les productions ne franchiront que tard les barrières des salles des quartiers noirs, et toucheront essentiellement les fans de cinéma bis).
Le résultat est tout incomparable... pour le meilleur comme pour le pire.



DOLEMITE - D'Urville Martin (1975)


Accusé à tord de recel de fourrures volées et de drogue, Dolemite (Rudy Ray Moore) purge une peine de prison. Mais, malgré son arrestation, la drogue circule toujours dans son quartier et son neveu a même été assassiné... Avec l'aide de Queen Bee (Lady Reed), il est donc libéré contre sa collaboration pour démanteler le réseau criminel dirigé Willie Green (D'Urville Martin).
Harcelé par l'inspecteur corrompu Mitchell (John Kerry), il écume alors le ghetto, se produisant dans les clubs afro-américains ou enquêtant dans la rue... Petit à petit, Dolemite rebâtit sa réputation auprès des gens et reprend la main sur ses combattantes, les Dolemite Girls...


Rudy Ray Moore débute sur les planches comme comédien, il crée son personnage de Dolemite qui va lui coller à la peau. Et, surfant sur la mode des films soul, il porte l'adaptation à l'écran.
Héros à la virilité surdéveloppée alliée à une carrure impressionnante, il arbore costumes colorés, vestes à flanelles, chapeau et canne... Il aligne aussi les conquêtes, qui s'avèrent être sa garde rapprochée de Dolemite Girls, aussi sexy que bagarreuses.
Il faut rajouter à ça une voix incomparable et un débit très personnel, ainsi que de nombreuses scènes, en club ou dans la rue, où il toaste dans un slam avant-gardiste. Dernière spécificité : son karaté très particulier, à la fois grossier et surjoué.
D'ailleurs, si les gangsta-rappeurs des années 90 ont emprunté à un héros blax leur vulgarité, leur bling-bling et leur harem, c'est bien à Dolemite ; mais d'un rôle de composition à prendre au ixième degré, ils en ont fait un mode de vie, se complaisant dans le luxe illusoire et la misogynie crasse.

La réalisation de D'Urville Martin -second rôle incontournable des films blax- est plutôt mauvaise, en tout cas sans éclat. Si le charme de ces films résident dans ce coté mal filmé, horriblement monté et ostensiblement cheap, on peut tout de même regretter que D'Urville ne se soit pas contenté de son métier d'acteur...

Voilà les ingrédients qui font de Dolemite un héros iconoclaste de la blaxploitation ; à la fois proche et si différent des Black Caesar, Slaughter et autres Willie Dynamite.Et le résultat est tout de même captivant par son amateurisme assumé, inversement proportionnel à l'aura de Dolemite.

R.R. Moore fait jouer ses amis, si bien qu'on ne les retrouve guère que dans ses films ou dans de petites productions indépendantes. Lady Reed et Jimmy Lynch apparaissent dans les quatre titres, Jerry Jones dans trois, Freddie DeFox, Cardella Di Milo (déjà vu dans Blackenstein et Baby Needs a New Pair of Shoes) et O.C. Wilson dans les deux premiers... A noter aussi John Kerry (qui reprendra les traits du méchant Blanc trente cinq ans plus tard dans le génial Black Dynamite), René Van Clief (Velvet Smooth), Dino Washington, West Gale et Vincent Barbi (que l'on peut croiser aussi dans Sweet Sweetback..., le premier dans un rôle similaire de pasteur haut en couleur) et Abel Jones dont c'est la seule apparition sur grand écran et écrira l'année suivante le scénario de Death Journey.