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samedi 22 février 2014

Superfly

Je vous propose pour les prochaines chroniques un retour sur un film emblématique de la blaxploitation : Superfly !


SUPERFLY - Gordon Parks Jr. (1972)

Priest (Ron O'Neal) est un dealer important de Harlem. Mais il en marre de cette vie et décide de raccrocher. Il compte finir  sur un dernier coup avec son pote Eddie (Carl Lee). Un million à se partager après avoir revendu 30 kg de cocaïne pure et après la belle vie !
Pour la matière première, il peut compter sur Scatter (Julius Harris), son ancien mentor rangé des affaires.
Mais les choses tournent mal après l'arrestation d'un de ses petits vendeurs, Fat Freddie (Charles McGregor), qui donne des infos à la police...
Premier film pour Gordon Parks Jr. (il n'en réalise que quatre - Thomasine & Bushrod, Three the Hard Way et Aaron Loves Angela), et le succès est direct. Produit pour seulement 300 000 $, il en rapporterait près de 30 millions, Superfly marque les esprits de son temps et imprègne la culture populaire afro-américaine ; à l'image de la Cadillac Eldorado customisée qui lance la mode appelée "pimpmobile" (déclinée dans les années 2000 dans le realityshow Pimp my Ride).

Si l'on doit retenir un seul parallèle avec le Shaft de son père, c'est dans la scène d'ouverture ; on retrouve un sens particulier pour planter le décor. Deux petites frappes déambulent dans Harlem, accompagné de la chanson Little Child Runnin' Wild de Curtis Mayfield. La musique et les deux personnages annexes provoquent une plongée magique dans le Harlem des années 70s.
Il faut dire que sa musique et les différents titres (celui évoqué précédemment ou encore Freddie's Dead, Pusherman ou Superfly) sont intimement lié à la réussite du film. La musique et la voix envoûtantes de Mayfield sont un acteur à part entière de cette production devenue culte et sont, comme la mode du pimpin', repris amplement par les rapeurs des 90s (dont par exemple l'hommage à la blax' de Snoop Dogg : Doggy Dogg World).

C'est le premier rôle d'ampleur pour Ron O'Neal (qui en avait tenu un petit dans The Organization). Totalement identifié à son personnage, il ne parviendra pas vraiment à rebondir au fil du temps, contrairement aux Jim Brown, Pam Grier et autre Fred Williamson.
Le reste de la distribution est composée d'actrices et acteurs de la période : Carl Lee (pour la petite histoire, il joue dans The Cool World le rôle d'un caïd appelé... Priest !), Sheila Frazier qui rejouera pour les Parks père et fils (The Super Cops et Three the Hard Way) et retrouve Ron O'Neal dans Superfly T.N.T. et The Hitter, ou bien encore Julius Harris, Charles McGregor et K.C., véritable pimp qui fournit la Cadillac du héros, assure la sécurité du tournage moyennant une place au générique et un petit salaire  (idem dans Across 110th Street et That's the Way of the World).

Le producteur Sig Shore avait débuté dans le cinéma en distribuant des films étrangers comme Les 400 coups et Hiroshima Mon Amour ou encore Black Jesus (un film italien pré-blaxploitation, basé sur la vie de Partice Lumumba) ; il trouve ici une franchise qu'il exploite jusqu'au bout en produisant la séquelle Superfly T.N.T., puis récidive en 1990 avec The Return of Superfly qu'il réalise. Le scénariste Phillip Fenty écrit les deux premiers opus (puis écrit et réalise The Baron avec Calvin Lockhart).

Comme pour Black Caesar ou The Mack, le film tombe presqu'à son corps défendant, dans le piège de la glorification du deal et la banalisation de la drogue au mieux, dans la persistance d'un cliché présentant les Afro-Américains comme des délinquants au pire. Bien sûr, on ne peut faire le procès à Gordon Parks d'avoir sciemment voulu l'un ou l'autre ; la volonté du héros de vouloir arrêter, tout comme le dénouement tendent à prouver le contraire mais Priest fonctionne pour la jeunesse noire des 70s comme Scarface aujourd'hui, une sorte de modèle du gars d'en bas qui s'en sort par tous les moyens.
Le film sera d'ailleurs sur la liste noire de la Coalition Against Blaxploitation menée par le révérend Jesse Jackson (qui rassemble entre autres la puissante NAACP et le SCLC créés par Luther King).


lundi 6 mai 2013

Three The Hard Way

L'année précédent Take a Hard Ride, Brown, Kelly et Williamson étaient réunis pour la première dans un film explosif...

THREE THE HARD WAY
Gordon Parks Jr. (1974)

Jimmy Lait (Jim Brown) est un producteur de musique. Son quotidien feutré prend un nouveau tour lorsque son ami House (Junero Jennings) s'échappe d'une mystérieuse prison où les Afro-Américains servent de cobayes. Ce témoin gênant est supprimé, tandis que ses assassins capturent  la compagne de Jimmy, Wendy (Sheila Frazier).
L'aide de Jagger, puis de l'expert en arts martiaux Mister Keyes (Fred Williamson & Jim Kelly), ne sera pas superflue pour Jimmy.
Entre fusillades et bastons, les trois amis mettent à jour un complot visant à empoisonner l'eau avec un produit tuant exclusivement les Afro-Américains. Ce projet fou est entretenu par Monroe Feather (Jay Robinson) et son organisation paramilitaire raciste...
Après le controversé mais cultissime Superfly, Gordon Parks Jr. livre selon moi un des meilleurs films d'action de la blaxploitation, et concentre tout ce qui fait l'attrait de ces black action movies si particulier, dont les mélodies accrocheuses de The Impressions.
D'abord, le trio d'acteurs bien utilisés (à contrario du gâchis, 10 plus tard, de One Down, Two to Go). La première scène où apparaît Jim Kelly, victime d'un coup monté, est vraiment énormissime ! Et on il renouvelle son désormais classique car wash fighting (comme dans Black Belt Jones). Le numéro de duettiste de Brown et Williamson fonctionne bien lui aussi.
Avec une telle réunion, c'est bien sûr l'action qui prime. Et on est plus que servi dans ce domaine avec une diversité des décors qui rivalise avec la surenchère dans les explosions... La réalisation est bien  maîtrisée avec tout le panel du genre (fusillades, kung-fu, courses poursuites, explosions...) et qui assume la surenchère avec un final magistral où nos trois durs Brown, Williamson et Kelly prennent d'assaut la base paramilitaire !
Le budget était donc au rendez-vous et très bien utilisé par Parks Jr. dont on excuse les quelques erreurs au montage tant l'ensemble est jubilatoire.
Pour ce qui est du montage justement, Three The Hard Way a connu trois versions différentes (qui sont détaillées par Foxy Bronx sur son site), entre pour des raisons de censure et de classement "R". Ici les captures d'écran viennent du quadruple DVD édité par Warner et comportant des sous-titres français. Toutes les conditions sont donc réunies pour vous procurer ce film !
Le scénario est léger et prétextes aux scènes susmentionnées. Mais tellement jouissif : un complot raciste et un poison ciblant exclusivement les Noirs ! Les deux hommages parodiques Undercover Brother et Black Dynamite reprennent d'ailleurs cette trame complotiste, et Malcolm D. Lee va jusqu'à nommer son méchant Feather...

La distribution est réussie, et en particulier les seconds rôles afro-américains comme la magnifique Sheila Frazier, habituée à tourner pour la famille Parks (Superfly et The Super Cops), Charles Mc Gregor (Come Back, Charleston Blue, Across 110th Street, Gordon's War, Blazing Saddles, Aaron Loves Angela, That's the Way of  the World, The Baron), les moins connus Junero Jennings (The Mack, Slaughter's Big Rip-Off, Black Samson) et Marie O'Henry (Dr. Black, Mr. Hyde, Joey, The Glove) et les cascadeurs Jophery C. Brown et Bob Minor.

vendredi 3 mai 2013

Take a Hard Ride

Classé dans la catégorie des westerns spaghetti, La chevauché terrible emprunte largement à la Blaxploitation, avec la réunion des trois démolisseurs de Three the Hard Way : Jim Brown, Fred Williamson et Jim Kelly, opposés ici au méchant de western incarné, Lee "Sentenza" Van Cleef !

TAKE A HARD RIDE - Antonio Margheriti (1975)

Pike (Jim Brown) est chargé de convoyer 86000 $ à travers les pleines de l'Ouest, pour le compte de son patron décédé.
En chemin, Tyree (Fred Williamson) -joueur de poker peu scrupuleux- lui prête main forte lors d'une première attaque et se joint à lui. Au détour d'un sentier, ils viennent en aide à une prostituée (Catherine Spaak) et un Indien muet Kashtok (Jim Kelly). L'étrange équipage continue sa route.
Ils sont poursuivis par toutes sortes de bandits, un shériff véreux et surtout le chasseur de primes Kiefer (Lee Van Cleef), qui se souvient avoir vu Pike sur un de ses avis de recherche..
Outre ses poursuivants en quête du magot, Pike doit aussi se méfier de Tyree comme de Catherine...
Accompagnée de la musique de Jerry Goldsmith, Margheriti propose un western spaghetti assez classique qui a pour principal argument de réunir les trois stars de la blaxploitation Jim Kelly, Jim Brown et Fred Williamson, opposés au méchant par excellence : Lee "Sentenza" Van Cleef !
Brown est le héros typique, sans peur et sans reproche ; Williamson un bad boy sans trop de scrupules... rien de bien innovant au royaume de la blaxploitation. La seule grande surprise réside finalement dans le personnage d'Indien (sic) campé par Jim Kelly qui ne prononce pas un mot mais nous gratifie de quelques acrobaties (le pauvre n'a pas cette chance dans One Down, Two To Go, avec ses acolytes, puisqu'il est victime d'une agression qui le rend inapte à combattre).

C'est la deuxième coopération de Jim Brown et Lee Van Cleef, cinq ans après El Condor. Ils se retrouveront quelques années plus tard dans Kid Vengeance de Joseph Manduke. Ici, l'issue de leur affrontement laisse, pour ma part, un goût d'inachevé.

Il faut aussi noter la présence de quelques autres protagonistes d'un autre film réunissant nos trois démolisseurs : Three the Hard Way. Comme par exemple Charles McGregor (second rôle à l'allure de Stepin Fetchit enrobé, croisé dans  Superfly, Come Back, Charleston Blue, Across 110th Street, Gordon's War, Blazing Saddles, Aaron Loves Angela, That's the Way of the World, The Baron) , le scénariste Eric Bercovici ou le cascadeur Hal Needham...

dimanche 4 novembre 2012

The Baron

Dernier film de la période blaxploitation pour Calvin Lockhart, qui se n'apparaîtra plus que sporadiquement dans des films (comme Coming to America) ou la série Dynasty...

THE BARON - Phillip Fenty (1977)
Le Baron Wolfgang von Tripps (Calvin Lockhart) est un acteur à succès qui se lance dans le projet de produire un film uniquement avec des actrices et acteurs afro-américains. S'il a tourné plusieurs scènes, il lui faut de l'argent pour boucler le tournage et lancer la distribution. Il emprunte de l'argent à des gens pas fréquentables, comme The Cokeman (Charles McGregor) qui veut être remboursé sur le champ ; lui-même englué dans des dettes envers le prevers et raciste Joey (Richard Lynch).
Pressé par The Cokeman, et pour entrer en fond, le Baron Wolfgang von Tripps est prêt pas à jouer les gigolos auprès d'une riche femme blanche (Joan Blondell)... Cependant, c'est avec l'aide de sa petite copine top model Caroline et son ami Joe (Marlene Clark & Leonard Jackson), que le Baron combat The Cokeman -et ses féroces dobermans- et l'infâme Joey...
Nul doute que les producteurs nourrissaient le secret espoir de faire de ce Baron, incarné par le classieux Calvin Lockhart, un concurrent sérieux à Shaft ou Slaughter. Le héros est un homme presque ordinaire qui se trouve embarqué dans un combat contre la mafia auquel il n'était pas préparé mais dont il se sort avec panache ! Clavin Lockhart s'avère très convaincant dans la peau de ce héros bel homme, intelligent, indépendant, courageux et ambitieux.
La réalisation est signée Phillip Fenty qui débute devant la caméra, après avoir scénarisé Superfly et Superfly T.N.T.
Le casting est assez incroyable, réunissant de grands noms, malheureusement sous-utilisés, comme Raymond St. Jacques et Marlene Clark (qui avait déjà partagé l'affiche avec Lockhart sur The Beast Must Die), elle conclue ici sa courte carrière cinématographique mais est devenue une icône des soul movies.

Quant au soundtrack, il est composé par Gil Scott-Heron ! Celui-ci est déjà connu, notamment son titre "The Revolution Will Not Be Televised", pourtant cette BOF n'a pas eu les honneurs d'une sortie en vinyle, ni récemment en CD.

Il y a au casting un de mes acteurs favoris de l'époque  : Leonard Jackson, l'incomparable Mister Brooks de Five on the Black Hand Side et le héros de Super Spook (puis Car Wash, The Brother from Another Planet, The Color Purple, Boomerang).
Samm-Art Williams joue là son premier rôle sur grand écran (son dernier sera A Rage in Harlem) ; il est surtout un dramaturge et un comédien de théatre, puis dans les années 80 et 90, il se fait scénariste de séries comme The Fresh Prince of Bel Air. Notons encore Charles McGregor (Across 110th Street, Gordon's War, Three the Hard Way, That's the Way of the World, Blazing Saddles, Aaron Loves Angela, Take a Hard Ride), Beverly Johnson (The Meteor Man, How to Be a Player, Good Deeds), Vicki Baltimore (The Wiz).

samedi 24 septembre 2011

Blazing Saddles

Comédie assez typique de Mel Brooks, Le shérif est en prison prend un autre relief en pleine vague blaxploitation...

BLAZING SADDLES - Mel Brooks (1974)



1874, dans l'Ouest, le chemin de fer bute sur des sables mouvants : il faut changer l'itinéraire et passer par Rock Ridge. Hedley Lamarr (Harvey Korman), qui veut racheter les terrains, sème le trouble dans la ville en dépêchant une bande de desperados ; il utilise son influence auprès du Gouverneur (Mel Brooks) pour faire nommer le shériff : Bart, un ouvrier afro-américain (Cleavon Little). Lamarr espère que la populace de Rock Ridge -où tous les habitants s'appellent Johnson- refusera ce nouveau shériff incomptétant et quittera la ville.
Cependant Bart, avec l'aide de Jim (Gene Wilder) -alcoolique et dépressif mais qui fut connu comme Waco Kid aux "mains les plus promptes de l'Ouest"-, se tire mieux que prévu de son intégration auprès des habitant et de sa lutte contre les brigands...
Le rêve de tout producteur : produit pour moins de 3 millions de dollars, il en rapporte 120 ! En sus il remporte 3 Oscars, auxquelles s'ajoutent d'autres récompenses à travers le monde.
Pourtant le tournage ne fut pas de tout repos et Warner tança plusieurs fois Mel Brooks pour ses audaces, son humour à base de flatulence et sa collaboration avec Richard Pryor. Celui-ci aurait du jouer le personnage principal ; mais les producteurs s'y opposèrent fermement, déjà passablement énervés de son travail comme scénariste !

Un film au premier abord sympathique, voire très agréable pour qui aime l'humour loufoque de Mel Brooks, mais qui soulève nombre de questions quant à la représentation des Noirs.
A la fois, il est évident que le racisme est dénoncé -par la voie de l'humour- dans l'apparent premier degré des personnages blancs : les hommes renvoyant les Afro-Américains à leur ancien statut d'esclave ou les traitant comme des dangers, et les femmes les couvant de leurs regards envieux... Or précisément, malgré l'humour et l'utilisation jusqu'à l'absurde de préjugés en vogue sur les Noirs, le film contribue pour moi à les renforcer.

A défaut de Pryor, c'est donc Cleavon Little qui campe le personnage prinicpal et s'en tire plutôt bien ; Cleavon Little incarne Super Soul dans le mythique Vanishing Point, mais étonnamment il ne participe pas à la vague blax excepté au début (Cotton Comes to Harlem) et à la fin (Greased Lightning). Impossible de rater Charles McGregor avec son crane luisant (très actif dans la blax, il joue dans Superfly, Across 110th Street, Gordon's War , Three the Hard Way, That's the Way of the World, Take a Hard Ride, Aaron Loves Angela et The Baron).
Les rares autres acteurs afro-américains sont essentiellement des cascadeurs tels Eddie Smith et Marvin Walters, le moins connu Alex Brown (Across 110th Street, Black Belt Jones, Cleopatra Jones, The Color Purple, Coming to America, I'm Gonna Git You Sucka, Glory, Ghost Dad, Vampire in Brooklyn et Holy Man) et le Blanc George Fisher (il débute avec Melinda et Blacula, et participe à de gros blockbuters, collaborant à de plus petites productions afro comme Posse, Menace II Society et House Party 2).
Le casting blanc est plus large et éclectique. Evoquons Mel Brooks bien sûr qui campe différent personnages avec force mimiques, et Gene Wilder (qui joue en duo avec Richard Pryor dans les très moyens Stir Crazy et See No Evil, Hear No Evil) toujours dans un registre de niais au grand cœur. Il y a aussi un David Huddleston qui apparaît dans quelques films aux thématiques raciales (Black Like Me, Slaves, The Klansman et The Greatest), ainsi que le réalisateur de Slaughter et Cleopatra Jones : Jack Starrett.

mercredi 21 septembre 2011

Across 110th Street

Produit par United Artists, Meurtres dans la 110ème rue est incontestablement un des meilleurs films classé comme "blaxploitation", il diffère cependant de la plupart des autres production du genre par une réalisation conséquente et un casting génial.

ACROSS 110th STREET - Barry Shear (1972)



Déguisés en flics, trois petites frappes -Jim Harris, Joe Logart et Henry Jackson (Paul Benjamin, Ed Bernard & Antonio Fargas)- organisent un braquage qu'ils espèrent parfait ; mais il tourne mal et se finit dans un bain de sang. Le trio s'enfuit avec 300000 $, laissant sur le carreau 7 cadavres.
Or, ces trois bras cassés se sont attaqués à un trop gros poisson : la mafia de New-York. Nick Di Salvio (Tony Franciosa) est sur leurs traces et leur sort paraît scellé...
D'un autre coté, le lieutenant Pope (Yaphet Kotto), un jeune gradé afro-américain, se retrouve en charge de l'enquête. Il va devoir composer avec son collègue italo-américain, le capitaine Frank Mattelli (Anthony Quinn), un vieux briscard aux méthodes et aux idées importées de l'Alabama...
Barry Shear est jusqu'alors un prolixe réalisateur de série TV, Across the 110th est un des rares longs métrages auquel il s'attèle. Pourtant, il réussit là un des meilleurs films estampillé "blaxploitation", un polar réaliste filmé avec une certaine crudité, accompagné d'une BOF mythique ; il réunit en outre réunit un casting incroyable. La même année, Fouad Said produit un autre polar moins connu mais tout aussi réussi : Hickey & Boggs avec Bill Cosby et Robert Culp.
La réalisation offre un style haletant, de jolies plongées et des déambulations dans Harlem (où le bon déroulement du tournage fut monnayer avec un mac de New-York crédité au générique : K.C. qui offre les mêmes services pour Superfly et That's the Way of the World).

La chanson éponyme qui sert de générique est interprété par Bobby Womack, l'interprétation de la partition est confiée à J.J. Johnson & His Orchestra. Ce titre a dépassé largement l'audience du film (fort respectable toutefois), devenant un véritable tube. Il faut préciser que la musique présentée sur disques -et réutilisé dans Jackie Brown et American Gangster- est sensiblement différente de la musique originale, inédite à ce jour : dans le film les instrumentaux sont bien plus pêchus et moins sirupeux, les percussions plus présentes et des chœurs lancent le refrain. Plus généralement, la plupart des instrumentaux sont retravaillés, et certains ne sont carrément pas édités.

On ressent la tension raciale aussi bien chez les malfrats que dans les rangs de la police. Ainsi le film arrive à retranscrire l'émergence des revendications égalitaires de la communauté noire, à travers le combat de Pope pour obtenir le respect de ses collègues, de la mafia afro pour s'émanciper de ses mentors historiques ou des individus "lambda" -incarnés par le trio de braqueurs- qui ont les rêves et aspirations de tout un chacun...

Yaphet Kotto et Anthony Quinn forment le duo antinomique parfait. Kotto dans un style sobre incarne l'incorruptible tandis que Quinn excelle dans la composition du vieux flic raciste et légèrement ripou. Cependant, c'est Paul Benjamin qui se révèle comme le véritable héros du film, un héros anonyme, un Noir "qui ne compte pas". Antonio Fargas joue un des autres braqueurs qui aime les beaux costumes et les filles, préfigurant les rôles qu'il enchaîne dès lors et qui se concrétisent avec celui d'Huggy-les-bons-tuyaux dans Starsky et Hutch. Citons aussi en vrac Gloria Hendry (actrice sous-employée qui joue dans les plus grands titres blax : Black Caesar, Live and Let Die, Slaughter's Big Rip-Off, Hell Up in Harlem, Black Belt Jones et Savage Sisters), Ed Bernard (Shaft, Together Brothers, la série The Whithe Shadow), Paul Harris (The Mack, Let's Do it Again, The Slams et Truck Turner où il tient son rôle le plus important), Charles McGregor (Superfly, Blazing Saddles, Three the Hard Way, Take a Hard Ride, Aaron Loves Angela et The Baron), Adam Wade (Shaft, Come Back, Charleston Blue, Claudine), Arnold Williams (Cotton Comes to Harlem, Live and Let Die, Scream Blacula Scream), Richard Ward (The Cool World, Black Like Me, Nothing But a Man, The Learning Tree, Brother John, Mandingo) et Gilbert Lewis (Cotton Comes to Harlem, Gordon's War, Body and Soul).
D'autres franchissent la décennie 70 et réapparaissent plus tard tels Gerry Black (habitué des séries, il joue dans des films plus récents comme Blankman et First Sunday), Clebert Ford (Trick Baby, Greased Lightning puis New Jack City, A Rage in Harlem, Malcolm X, Ghost Dog), Norma Donaldson (Willie Dynamite puis House Party, The Five Heartbeats et Poetic Justice).

jeudi 1 avril 2010

Aaron Loves Angela

La deuxième rôle de Kevin Hooks, le jeune héros de Sounder, lui est offert par Gordon Parks, qui meurt quelques années plus tard dans un accident d'avion au Kenya. Le prometteur et talentueux réalisateur de Superfly et Three the Hard Way nous entraîne -péniblement- dans une histoire d'amour à la Roméo & Juliette, façon Afro vs. Latinos...

AARON LOVES ANGELA
Gordon Parks, Jr. (1975)

Aaron (Kevin Hooks) est un jeune basketteur. Son père, Ike (Moses Gunn) une ancienne gloire des parquets, tient maintenant un café et rêve pour son fils des titres qu'il n'a pas eu...
Les ambrouilles vont bon train sur le terrain comme dans la rue entre Afro-Américains et Latinos. Pourtant, et malgré tout, Aaron le jeune Afro-Américain de Harlem et Angela la Portoricaine (Irène Cara) sont amoureux.
Un jour, Aaron raccompagne Angela dans son quartier. En guise d'au revoir, elle lui dépose un baiser sur la joue ; il n'en faut pas plus pour que Aaron se fasse chasser manu militari du quartier par de jeunes Latinos. Il est sauvé de justesse par Beau (Robert Hooks), un pimp de Harlem.
Les deux amoureux sont obligés de se retrouver pour fricoter dans un appartement délabré, qui accueille les magouilles de Beau...

Un mélange entre le drame romatique à la Roméo et Juliette et la chronique sociale qui a du mal à se situer entre ces deux possibilités ; peut-être la copie redimensionnée 4:3 y est-elle pour quelque chose (mais à qualité de visionnage équivalente, Honky mérite plus qu'on s'y attarde). Mais tout de même, là où Three The Hard Way ou Superfly, sonnaient comme de vraies réussites au niveau de la réalisation et du rythme (malgré de petits moyens), ce Aaron Loves Angela peine à convaincre...
Dommage aussi pour le personnage d'Angela est plutôt pauvre, on ne connaît rien d'elle à part sa relation avec Aaron et sa famille. Mais c'est le premier film d'Irène Cara que l'on retrouve dans Sparkle et qui connaîtra une gloire momentanée avec son premier rôle dans Fame.

Au niveau du casting, se côtoient de grands noms comme Robert Hooks (Trouble Man) et Moses Gunn (habitué de la famille Parks) et de petits rôles de la blax' comme Leon Pinkney (Car Wash), Drew Bundini Brown (Shaft, Shaft's Big Score ! et plus tard The Color Purple), et des habitués des productions de Parks Jr. (Three the Hard Way, Superfly...) : Norman Evans, Charles McGregor (que l'on croise aussi dans Across 110th Street et Blazing Saddles), Harry Madsen (ici acteur, mais reconverti dans les cascades -comme dans le récent Inside Man de Spike Lee), Alex Stevens (coordinateur des cascades et qui joue aussi un petit rôle).
Le basketteur Walt Frazier, alors au sommet de sa carrière, apparaît dans le film, puis se reconvertira dans les commentaires (et fera un caméo dans Eddie en 96).