Affichage des articles dont le libellé est GF. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est GF. Afficher tous les articles

mardi 31 juillet 2012

Shaft - The Murder Machine

La première et unique saison s'arrête sur La machine à tuer.

SHAFT - Episode 7
THE MURDER MACHINE - Lawrence Dobkin (1974)

Le Lieutenant Al Rossi (Eddie Barth) vient de recueillir des aveux importants d'un repenti, capable de faire tomber un caïd important.
De son coté, John Shaft (Richard Roundtree) s'apprête à marier des amis à lui qui doivent sceller leur union au tribunal, au moment même où le prisonnier de Rossi va comparaître.
C'est ce moment qu'un tueur à gage (Clu Gulager) très consciencieux choisit pour abattre le traître ; le marié meurt lors de l'attentat. Shaft en fait une affaire personnelle et veut mettre la main sur ce tueur introuvable, qui en retour veut l'éliminer car il est le seul à pouvoir le reconnaître...
Toujours trop long et pas assez dynamique à mon goût, ce dernier opus des aventures du privé de Harlem bénéficie toutefois d'un scénario et de personnages intéressants, en particulier celui du tueur à gage incarné par Clu Gulager qui, entre deux assassinats, vit une vie de famille des plus ordinaires.

Toujours est-il qu'après sept épisodes, la série s'achève sur de mauvais bilans d'audience, et la version mi-chèvre mi-chou de Shaft qu'ont tentée de populariser les producteurs n'a pas prise : trop édulcorée pour le public originel et trop commune en tant que série policière pour capter le grand public.
Très reconnaissable avec sa boule à zéro et sa barbiche, Sid Haig apparaît dans une scène mais n'est pas crédité au générique.
Signalons dans un tout petit rôle la présence de Bill Walker, un acteur qui débute dans les années 40 dans des rôles de servant et d'employé des wagons-lits Pullman, il joue dans Riot, The Great White Hope, tick... tick... tick..., A Piece of the Action ou encore The Wiz ; fils d'un esclave affranchi, Walker milite pour les droits civiques et contracte l'un des premiers mariages inter-racial d'Hollywood (avec l'actrice canadienne Peggy Cartwright).

Shaft - The Capricorn Murders

L'affaire Capricorne : avant-dernier épisode, mais toujours peu d'âme dans cette aventure télévisuelle de John Shaft...

SHAFT - Episode 6
THE CAPRICORN MURDERS - Allen Reisner (1974)

Gil Kirkwood (David Hedison), le propriétaire de la société Capricorn INternational est aux abois, sa situation financière le pousse tenter de tuer sa femme Joanna (Cathy Lee Crosby), riche d'un collier de plusieurs millions de dollars. Celle-ci réchappe de l'incendie dans lequel son mari espérait la voir mourrir, mais le collier a disparu du coffre.
Avec un homme de main (Robert Phillips) pas très agréable dans les pattes, John Shaft (Richard Roundtree) doit protéger Johanna, retrouver le collier et dénouer un meurtre...

Le début de ce sixième volet laisse espérer avec une machiavélique machination et une tentative de meurtre au lance-flamme... mais le rythme est par trop saccadé, certaines scènes   particulièrement cheap.

Maintes fois comparse de Jim Brown (The Dirty Dozen, Slaughter, The Slams et I Escaped from Devil's Island), Robert Phillips traîne ici sa gueule cassée qui fait de lui un méchant caricatural à souhait. il joue aussi dans Detroit 9000, Mean Johnny Barrows, Cry freedom...L'équipe technique compte aussi quelques pointures comme le technicien du son Hal Watkins (Shaft, Top of the Heap, Shaft's Big Score, Hammer, Shaft in Africa, Brothers et Penitentiary), le monteur et producteur George Folsey Jr. qui participe à quelques projets blax (Black Caesar, Bone, Bucktown ou J.D.'s Revenge), à deux autres épisodes de la série Shaft (The kidnapping et The Murder Machine) puis des films de John Landis (The Blues Brothers, Trading Places, Coming to America)

lundi 30 juillet 2012

Shaft - The Kidnapping

L'enlèvement transplante Shaft dans un cadre bucolique...

SHAFT - Episode 4
THE KIDNAPPING - Alexander Singer (1973)

John Shaft (Richard Roundtree) est à la une des journaux, cette fois il est célébré comme un héros pour avoir démantelé une organisation mafieuse.
Mais à trop attirer l'attention, le détective afro-américain devient la cible d'un complot : trois malfrats, apparemment noirs, kidnappent la femme d'un banquier, Elliot Williamson (Paul Burke), et exigent 250 milles dollars que seul Shaft doit livrer.
Victime d'une excès policier, Shaft se doit absolument apporter la rançon, mais aussi se cacher des policiers du shérif Bradley (Frank Marth)...
La scène d'ouverture est tirée de Shaft's Big Score, avec la course poursuite en hélicoptère. Accroche facile mais réussie, cependant cet artifice masque difficilement la poussivité de cet épisode. L'idée du gang de malfrats se faisant passer pour des noires pourraient être acceptable, mais les pérégrinations campagnardes de notre détective citadin sont d'une lenteur plombante. Quant à l'amitié avec le gentil blanc du coin, c'est d'un sentimentalisme qu'on attend surtout pas dans cette série !

On se console à peine avec la belle Jayne Kennedy (Lady Sings the Blues, Let's Do It Again, The Muthers,  Death Force et Body and Soul), la femme de l'acteur Leon Isaac Kennedy ; elle ne fait qu'une brève et inutile apparition.
Coté équipe technique, on retrouve quelques noms importants du cinéma afro-américain : le directeur de la photographie Michel Hugo (Trouble Man et The Spook Who Sat by the Door) et le monteur et producteur George Folsey Jr. (Hammer, Black Caesar, J.D.'s Revenge, The Blues Brothers, Coming to America et Bulletproof). Coté blanc, il y a Tim Scott (In the Heat of the Night, Guess Who's Coming To Dinner, Kid Vengeance, Roots 2).

lundi 24 octobre 2011

The Blues Brothers

Voilà un film que j'avais oublié de chroniquer lors de ma rétrospective des comédies des années 80. Oubli réparé aujourd'hui, mais oubli révélateur du problème que soulève ce film (que j'adore par ailleurs) pour qui s'intéresse à la culture afro-américaine : comment un duo de Blancs décroche un succès si important en utilisant systématiquement musique, personnages et références noir-américaines ?

THE BLUES BROTHERS - John Landis (1980)

"Joliet" Jake Blues (John Belushi) -fraîchement libéré de prison- et son frère Elwood (Dan Aykroyd) s'attèlent à une impérieuse mission : réunir 5000 $ pour sauver l'orphelinat où ils ont grandi, et où vit leur père spirituel Curtis (Cab Calloway), menacé d'expulsion.
Pour réunir l'argent, ils projettent de reformer leur groupe et donner un énorme concert. Ils doivent d'abord retrouver leurs comparses éparpillés.
Pendant leurs recherches, au volant de leur Bluesmobile, ils doivent convaincre leurs musiciens et amis de reprendre la route avec eux, jouer dans des bouges pour se rôder, échapper à la police, àet des nazis et des musiciens de country, et déjouer les pièges d'une mystérieuse femme (Carrie Fisher)...
L'idée des Blues Brothers naît dans le Saturday Night Live, où officient John Belushi et Dan Aykroyd. Aux deux comédiens, se rajoutent entre autres le bassiste et le guitariste de Booker T. & the MGs : Donald "Duck" Dunn et Steve Cropper (qui fait aussi un invisible caméo dans Be Kind Rewind), ainsi que Willie "Too Big" Hall aux percussions -qui fut membre de The Bar-Kays et batteur d'Isaac Hayes (il apparaît aussi dans Soul Men). Et la mayonnaise prend tellement bien que le groupe prend réellement vie en sortant un premier album en 1978 : Briefcase Full of Blues.

Incontestable succès, critique, public et commercial (115 millions rien qu'en exploitation en salle), The Blues Brothers sonne tout de même comme un énorme hold-up.
Examinons d'abord les raisons de ce succès mérité. Le duo des frères est complètement décalé, -fringués comme des mafieux de pacotille, lunettes noires et rouflaquettes- ils s'imposent par leur flegme et leur loufoquerie austère. Les séquences musicales sont fortes et possèdent incontestablement une énergie communicative (à l'image du cultissisme "Everybody Needs Somebody to Love").
Les cascades et les effets spéciaux sont ultra-réussis, en particulier la coure-poursuite finale en voiture et le monstrueux carambolages de voitures de police...
Enfin, les grand noms de la soul, du funk et du blues répondent présents, et viennent offrir leur talent : Cab Calloway et son Hi De Ho Man, James Brown, John Lee Hooker, Ray Charles, Aretha Franklin qui, dans une scène magistrale , reprend son Freedom face à son restaurateur de mari (par ailleurs aux claviers) ou encore Chaka Khan.

Quant au "hold-up", il vient justement de ces stars afro-américaines et il est assez symptomatique de la récupération en règle qui est à l’œuvre dans les années 80s : le "blanchissement" -la normalisation d'un point de vue hollywoodien- de thèmes afro-américain (dont l'exemple phare pourrait être Rocky, cet improbable boxeur blanc qui défait ses adversaires afro-américains).
Ici c'est donc une partie de la culture noire qui est utilisée -à bon escient- mais avec des personnages principaux blancs. Bien sûr celà fait aussi parti du ressort comique, avec cet aspect décalé des frères Blues, avec leurs costumes de mafieux et leur immersion dans un milieu afro-américain.
Attention, il n'y a pas de racisme dans ce film (le groupe de nazis qui s'oppose aux héros en est d'ailleurs la preuve).

Les acteurs principaux sont donc des musiciens (dont les membres du groupe qui reprennent leurs postes dans la séquelle Blues Brothers 2000 : Steve Cropper, Willie "Too Big" Hall, Alan Rubin, Matt Murphy, Tom Malone, Lou Marini, Murphy Dunne, Donald "Duck" Dunn).
Mais il y aussi quelques acteurs bien choisis comme Carrie Fisher (la Princesse Leïa dans Star Wars), Steven Williams (reconnu comme le Capitaine Fuller de 21 Jump Street, il débute dans Cooley High et The Monkey Hu$tle), les réalisateurs Steven Spielberg et Franck Oz (Bowfinger), Charles Napier (récemment décédé, il participe à Original Gangstas, Steel et Nutty Professor II: The Klumps), James Avery, Mr. T, Paul Butler...
Le film est produit et monté par George Folsey Jr. (Hammer, Black Caesar, les épisodes de la série Shaft : The Kidnapping, The Capricorn Murders et The Murder Machine, J.D.'s Revenge, Coming to America et Bulletproof).

lundi 14 mars 2011

Bulletproof

Année faste pour Damon Wayans, qui tourne avec de bons réalisateurs dans des comédies largement acceptables. À l'épreuve des balles signe aussi l'arrivée de qualité de Ernest R. Dickerson dans le champ des comédies de duellistes blanc/noir.

BULLETPROOF - Ernest R. Dickerson (1996)


Rock Keats (Damon Wayans) et Archie Moses (Adam Sandler) sont deux petites frappes qui vivent de vol de voiture et autres larcins.
En réalité Keats est un flic en mission ; et celle-ci touche à sa fin alors que son comparse lui présente enfin un gros bonnet, Colton (James Caan) un concessionnaire auto et dealer à ses heures. Mais l'opération se déroule mal et Archie tire malencontreusement une balle sur Keats. Il s'en sort vivant (avec une plaque en fer dans le crâne) tandis que son ex-ami est arrêté et accepte de témoigner contre une remise de peine et une protection policière qu'il exige de voir remplie par l'agent Keats. Mais Colton et ses hommes entendent bien l'empêcher de témoigner...

En quelques films, Ernest R. Dickerson -l'ancien chef op' de Spike Lee- s'essaie avec succès à tous les styles (le drame urbain avec Juice et l'horreur avec Surviving the Game). Le voilà maintenant aux manettes d'une fort sympathique comédie policière. Il s'assure les services Damon Wayans, spécialiste de ce mélange de comédies et d'action (comme dans Mo' Money ou The Great White Hype). Son duo avec Adam Sandler, jeune crétin adepte de films pornos, fonctionne à merveille.
Le film propose tour à tour des séquences bien musclés, des fusillades et des poursuites épiques. Les méchants sont odieusement méchant, le tenancier de l'hôtel délicieusement vicieux et les facéties d'Adam Sandler franchement hilarantes.

Le casting secondaire est peu fournis en Afro-Américains ; on peut noter Kristen Wilson (Who's the Man ?, Get on the Bus, Dr. Dolittle et Dr. Dolittle 2), Bill Nunn (comparse de Spike Lee sur School Daze, Do the Right Thing, Mo' Better Blues et He Got Game, mais il est aussi présent dans New Jack City, Sister Act, Money Train et la trilogie des Spiderman), Steve White (Coming to America, Do the Right Thing, Harlem Nights, Mo' Better Blues, Clokers, Get on the Bus...) et Gwen McGee (Do the Right Thing et Cradle 2 the Grave).

samedi 15 janvier 2011

Coming to America

Après le succès de son spectacle Eddie Murphy Raw et son incursion en tant que scénariste dans Beverly Hills Cop II, Eddie Murphy écrit ce scénario original et arrive à mener à bien son projet, réalisé par John Landis. La renommée d'Un prince à New-York sera mondiale.

COMING TO AMERICA - John Landis (1988)



Le Prince Akeem (Eddie Murphy) s'ennuie ferme dans son royaume de Zamunda. En plus, pour ses 21 ans, ses royaux parents (James Earl Jones & Madge Sinclair) ont prévu de lui faire épouser un fille qu'il n'a jamais vu. Avec son serviteur et ami Semmi (Arsenio Hall), ils décident de quitter le royaume et d'aller aux Etats-Unis, dans le Queens à New-York ; le Prince veut trouver une femme qui l'aime pour ce qu'il est, pas pour ce qu'il possède.
Ils prennent un appart glauque dans le Queens, et découvrent peu à peu l'Amérique. Rakeem un jour aperçoit la jolie Lisa, il en tombe amoureux. Pour l'approcher, Akeem et Semmi travaillent dans le fast-food de son père, Cleo McDowell (John Amos). Mais ils ne sont que de simples employés, et Lisa est fiancé avec le beau et prétentieux Daryll (Eriq La Salle)...
La notoriété de Murphy lui permet de postuler au scénario de ses films. Et l'on note une différence de taille puisque l'intrigue se situe dorénavant dans la communauté afro-américaine.
Rappellant l'influence de Pryor, Eddie Murphy et Arsenio Hall jouent plusieurs personnages secondaires (et comme Richard Pryor, dans Which Way Is Up ?, ils incarnent des vieux ou des pasteurs). La plus intéressante de ces incarnations étant un vieux Juif traînant au barbershop. A son père spirituel Pryor, Eddie Murphy emprunte aussi le nom de "Zamunda".

Réalisé par le très bon John Landis (à qui l'on doit des blockbusters tels The Blues Brothers, An American Werewolf in London, Trading Places, le mauvais Flic de Beverly Hills 3, et bien sûr les clips Thriller et Black or White du King of Pop, Michael Jackson), le film reste ambiguë. D'un coté, il s'inscrit dans une lignée d'un certain cinéma afro-américain, par des clins d'oeil appuyés et des marqueurs culturels forts, un casting plutôt impressionnant. Pourtant, il y a une persistance des traits particuliers aux stéréotypes hollywoodiens comme l'invisibilité des relations sexuelles et une représentation de l'Afrique et des Africains directement issue des pires fantasmes américains et plus généralement colonialistes.

Coté casting secondaire, on a droit à Eriq La Salle (Benton dans Urgences) qui interprète un savoureux jeune premier arrogant, une brève apparition de Cuba Gooding Jr. (pour son premier rôle sur grand écran), Paula Brown, Tanya Lynne Lee. Dans ces années-là, il n'y a quasiment pas de casting afro-américain sans Samuel L. Jackson, ce film ne fait donc pas exception.
L'on retrouve ensuite des stars de la vaque "soul cinema" : James Earl Jones, Madge Sinclair, John Amos (qui, dans la série Roots, incarna Kunta Kinte, surnom dont les vieux du barbershop affublent affectueusement le prince Akeem), et un -trop- court passage avec Calvin Lockhart.
Coté technique, ont aussi fait leurs classes dans les productions soul des années 70 : le montage est assuré par George Folsey Jr. (qui -comme pour Un fauteuil pour deux- produit le film), les coiffures par Robert L. Stevenson et le maquillage par Rick Baker (que l'on avait vu en gorille dans The Thing With Two Heads) qui permet de véritables transformations des deux comédiens principaux.
Martin Lawrence plancherait sur un remake, Return To Africa, dont le personnage central, un ouvrier du Queens, apprend qu'il est l'héritier d'un royaume africain...

samedi 11 décembre 2010

Trading Places

On sort clairement des comédies de bas étage pour rentrer dans la cour des grands avec cette satyre du monde de la finance, réalisée par John Landis, qui met en vedette un duo comique efficace : Eddie Murphy et Dan Aykroyd. Un fauteuil pour deux reçut un grand succès et fait partie de ces films rediffusés périodiquement (dans une VF catastrophique qui rend mal le talent de Murphy).

TRADING PLACES - John Landis (1983)

Louis Winthorpe III (Dan Aykroyd) est un trader prometteur, un requin de la finance aux tuyaux imbattables qui rapportent de juteuses plus-value à ses employeurs, Randolph et Mortimer Duke. Ces deux frères aiment à se chamailler sur l'influence de la nature ou du milieu social sur les individus et se lancent dans un expérience : ils provoquent la déchéance de Winthorpe, et le remplacent dans ses attributions par un Afro-Américain, arnaqueur à la petite semaine : Billy Ray Valentine (Eddie Murphy).
Celui-ci s'adapte parfaitement à sa nouvelle situation et au luxe dans lequel il est
Alors que Winthorpe se remet lentement dans les bras d'Ophelia (Jamie Lee Curtis) et découvre la vie ordinaire, Valentine se rend compte qu'il est en fait le jouet des Duke...
Après le succès de The Blues Brothers, c'est la deuxième collaboration entre le réalisateur John Landis et le comique Dan Aykroyd, et cette comédie se place comme le succès incontestable de cette année-là, avec de multiples récompenses (dont les Oscars des meilleurs acteur et actrices de seconds rôles pour Denholm Elliott et Jamie Lee Curtis) et des recettes d'exploitation dépassant 90 millions de dollars. Deux ans après 48 Hours, Murphy confirme sa place parmi les meilleurs acteurs et les plus payés d'Hollywood.

On rit : les répliques sont bien senties, les principaux personnages sont réussis et les rebondissements ne manquent pas... Pourtant, le râleur que je suis ne peut pas manquer d'élever certaines critiques.
D'abord, même dans sa descente au enfers, Aykroyd se dégotte une petite amie ; alors que Murphy, même riche, est d'une incroyable chasteté, refusant les avances de filles -blanches- dénudées dans son lit... De plus, alors qu'il s'approprie tout de la vie de son prédécesseur blanc (maison, emploi, connaissances, valets...), on aurait pu s'attendre aussi à ce qu'il couche -ou au moins courtise- sa fiancée.
La question de l'invisibilité de la sexualité des héros noirs se pose pour presque toutes les comédies des années 80, et en particulier pour celles réalisés par des Blancs.
Rajoutons à cette critique centrale, quelques clichés sur les afro-américains (mis à part Murphy, tous les autres personnages sont des serviteurs ou des flics) et l'Afrique, à travers la caricature incarnée par Murphy à la fin tandis que Dan Aykroyd -grimmé en jamaïcain- remet au goût du jour les blackfaces d'antan.

Toutefois, si l'on évacue la question raciale, le film s'avère critique et grinçant. La description de l'aristocratie blanche est sans concession : entre le cynisme des frères Duke, la pruderie pincée des femmes, l'insouciance des financiers brassant des millions, et leur mépris et leur méconnaissance à tous pour les masses, noires ou blanches... D'ailleurs, seuls les personnages populaires (la prostituée et le majordome) sont épargnés.
Et, de fait, la performance de Murphy est tout de même noyée au milieu de celles des très bons acteurs blancs. On peut tout de même entrapercevoir Giancarlo Esposito, très jeune prisonnier, Bill Cobbs, Avon Long (à jamais associé à Chicken George dans Roots) et Ron Taylor.

dimanche 6 juin 2010

JD's Revenge

Pour clore cette série sur les films d'épouvante ou de SF à la sauce blaxploitation, j'évoquerai ce Vengeance d'outre-tombe, un polar fantastique d'Arthur Marks.

JD'S REVENGE - Arthur Marks (1976)
Au début des annés 40, J.D. Walker -une petite frappe de la Nouvelle Orléans- est tué, accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis...
Trente ans plus tard, Ike (Glynn Turman) vit une vie tranquille, faite d'études en droit, de match de foot et de sortie avec sa compagne Christella (Joan Pringle). Un soir de sortie avec des amis, il participe à un spectacle d'hypnose. Pendant la scéance, il voit une drôle de scène.
Irrésistiblement attiré par le tonitruant pasteur Elija Bliss (Louis Gossett Jr.), il assiste à ses prêches et il rencontre sa fille Roberta (Alice Jubert) qui ressemble trait pour trait à celle de ses visions...
La paranoïa s'installe. Petit à petit le voilà possédé par l'esprit, il est en prise à de véritables crises de schyzophrénie ; il bat Christella, agresse une cliente de son taxi et singe coiffure et costume du défunt J.D. Walker et marche dans ses pas pour découvrir la vérité sur sa mort.

On ne peut pas accuser Arthur Marks d'avoir épuisé le filon de la blax'. Il en a au contraire exploré les nombreuses possibilités : chacun de ses films traite de thèmes différents, met en avant des actrices et acteurs différents et s'intéresse à des genres différents (le film policier avec Detroit 9000, l'action testostéronnée à la Bucktown, l'espionnage et le charme dans Friday Foster et la comédie avec The Monkey Hustle). C'est dans un polar fantastique, plus ou moins d'horreur, qu'il nous entraîne cette fois.
Grace à un scénario plutôt bien ficelé et une bonne BO (qui ressemble presque à un rap de RZA lors de la scène finale), Arthur Marks nous transporte à travers les quartiers chauds de New Orleans, les clubs de striptease glauques, les églises noires et les entrepôts crasseux.

Les sous-titres ne donnent pas entière satisfaction pour ce qui est de l'exactitude, à l'image du docteur proposant à Glynn de fumer un peu de beuh alors que le sous-titres français parle de repos... Mais on ne va pas bouder notre plaisir puisque ce JD's Revenge est facilement disponible dans la collection Soul Cinema.
Performance sans accroc de Glynn Turman qui alterne à merveille les rôles d'étudiant modèle et de dangereux psychopathe. Une vraie performance.
Celui qui incarna Fiddler dans Roots, Louis Gossett Jr. campe un pasteur prêchant contre le diable blanc, dans la plus pure tradition de Chester Himes.
On reconnaît quelques seconds rôles habituels : Alice Jubert, Fuddle Bagley, Stephanie Faulkner, David McKnight et surtout l'incroyable Bob Minor en mari cocufié dans la scène ci-dessous.


jeudi 4 mars 2010

Black Caesar

Black Caesar (sous-titré Le parrain de Harlem en VF) est de ces films phares de la blaxploitation qui impose une nouvelle sorte de héros afro-américain. A l'instar de Shaft, Cleopatra Jones, Slaughter ou Foxy Brown, Tommy "Black Caesar" est un héros qui en jette !

BLACK CAESAR - Larry Cohen (1973)


1953, à New-York, un jeune cireur de chaussure fricotte avec la pègre ; rossé par un policier véreux -McKinney (Art Lund)- il perd l'usage de sa jambe gauche. Il finit en prison, emportant avec lui ses rêves d'ascension sociale.
Douze ans plus tard, Tommy (Fred Williamson) sort de prison. Il exécute un contrat pour la mafia italienne et commence une collaboration inédite avec Mendoza qui lui octroie un territoire. Le Révérend Rufus (D'Urville Martin) camouffle les bénéfices de la prostitution, des loteries et du racket derrière sa paroisse (exonérée d'impôts), tandis que Joe "the Brain" les réinvestit dans des affaires lucratives et légales.
En possession d'un livre de compte avec le nom de policiers corrompus, Tommy Gibbs gravit les échelons de la pègre, se retrouve à travailler aux côtés de son ennemi juré le capitaine McKinney...

Excellent ! il n'y a pas d'autres mots pour qualifier ce Black Caesar. Tous l'univers des films de mafia sont réunis : un héros mégalo et tourmenté, des lieutenants , des ennemis prêts à tout pour conserver leurs parts de marchés, son lot de violence, fusillade et fêtes guindés sur fond de mandoline... Mais Larry Cohen dynamite en même temps le genre, il rajoute des costumes colorés, afros et bacchantes, décors urbains hyper-réalistes, rythmes soul et poursuites en voitures, sur fond de misère sociale et de ségrégation raciale.
Gibbs rachète l'appartement (meubles et vêtements) du blanc pour lequel travaille sa mère.
Les symboles du racisme ambiant et de lutte nécessaire sont légions, souvent avec violence : flic qui menace de castrer le jeune Tommy, l'humiliation du cirage (et la "revanche" à la fin), l'expropriation des patrons de sa mère...

Fred Williamson, véritable figure la blaxploitation, campe un parrain paternaliste qui combine profit personnel et charité envers la Communauté, un héros musclé et tourmenté avide de vengeance et de gloire. Les seconds rôles de qualité suivent : D'Urville Martin en pasteur flamboyant, Julius Harris dans le rôle de Mister Gibbs, le père de Tommy, la belle Gloria Hendry, Art Lund très convaincant dans le détestable captain McKinney, Don Pedro Colley et bien sûr l'incontournable Bob Minor aux cascades.

Le film doit aussi son succès à la B.O.F. inspirée de James Brown, dont Down & Out in New York City.
Et comme dans ce genre de petite production, des techniciens ou producteurs se retrouent devant la caméra ; ici Cecil Alonzo (qui fait de même dans Superfly) et James Dixon. Dans le même genre, j'en profite pour évoquer Marvin Kerner, ingénieur du son sur une dizaine de film blax (essentiellement de l'AIP) et le monteur George Folsey Jr. (qui produira dans les années 80 les comédies d'Eddie Murphy : Un fauteuil pour deux et Un Prince à New-York).
Autre caractéristique des petits budget ont du bond, et du talent de Larry Cohen : les scènes urbaines prennent un réaliste saisissant avec les -vrais- passants hagards devant un Fred Williamson ensanlanté ou jetant des coups d'oeil à la caméra.

!!! SPOIL !!! SPOIL !!! SPOIL !!! SPOIL !!!
L'analogie avec le Scarface de DePalma est flagrante : héros flamboyant et pathétique à l'origine plus que modeste, avec une mère qui s'est tuée à la tâche pour l'élever et un père absent, un ami d'enfance vécu comme un traître, une vie amoureuse catastrophique, et plus généralement l'ascension fulgurante suivie de la descente vertigineuse vers une déchéance totale. Une vision très noire -et réaliste- du mythique "american dream" emprunté par Tony Montana et Tommy Gibbs.

Cependant, le film que l'on peut aujourd'hui voir en DVD, ou sur les écrans français à l'époque, n'est pas la version sortie dans les salles US. En effet, la mort de Tommy avait provoqué la colère des spectateurs afro-américains, ulcérés de voir un véritable héros noir échouer et mourrir, et Larry Cohen a finalement coupé la scène finale au montage. Les merveilles du business ont fait le reste puisque cette épuration a permis de sortir une suite aux aventures de Tommy Gibbs : Hell Up In Harlem.
!!! SPOIL !!! SPOIL !!! SPOIL !!! SPOIL !!!