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samedi 11 décembre 2010

Trading Places

On sort clairement des comédies de bas étage pour rentrer dans la cour des grands avec cette satyre du monde de la finance, réalisée par John Landis, qui met en vedette un duo comique efficace : Eddie Murphy et Dan Aykroyd. Un fauteuil pour deux reçut un grand succès et fait partie de ces films rediffusés périodiquement (dans une VF catastrophique qui rend mal le talent de Murphy).

TRADING PLACES - John Landis (1983)

Louis Winthorpe III (Dan Aykroyd) est un trader prometteur, un requin de la finance aux tuyaux imbattables qui rapportent de juteuses plus-value à ses employeurs, Randolph et Mortimer Duke. Ces deux frères aiment à se chamailler sur l'influence de la nature ou du milieu social sur les individus et se lancent dans un expérience : ils provoquent la déchéance de Winthorpe, et le remplacent dans ses attributions par un Afro-Américain, arnaqueur à la petite semaine : Billy Ray Valentine (Eddie Murphy).
Celui-ci s'adapte parfaitement à sa nouvelle situation et au luxe dans lequel il est
Alors que Winthorpe se remet lentement dans les bras d'Ophelia (Jamie Lee Curtis) et découvre la vie ordinaire, Valentine se rend compte qu'il est en fait le jouet des Duke...
Après le succès de The Blues Brothers, c'est la deuxième collaboration entre le réalisateur John Landis et le comique Dan Aykroyd, et cette comédie se place comme le succès incontestable de cette année-là, avec de multiples récompenses (dont les Oscars des meilleurs acteur et actrices de seconds rôles pour Denholm Elliott et Jamie Lee Curtis) et des recettes d'exploitation dépassant 90 millions de dollars. Deux ans après 48 Hours, Murphy confirme sa place parmi les meilleurs acteurs et les plus payés d'Hollywood.

On rit : les répliques sont bien senties, les principaux personnages sont réussis et les rebondissements ne manquent pas... Pourtant, le râleur que je suis ne peut pas manquer d'élever certaines critiques.
D'abord, même dans sa descente au enfers, Aykroyd se dégotte une petite amie ; alors que Murphy, même riche, est d'une incroyable chasteté, refusant les avances de filles -blanches- dénudées dans son lit... De plus, alors qu'il s'approprie tout de la vie de son prédécesseur blanc (maison, emploi, connaissances, valets...), on aurait pu s'attendre aussi à ce qu'il couche -ou au moins courtise- sa fiancée.
La question de l'invisibilité de la sexualité des héros noirs se pose pour presque toutes les comédies des années 80, et en particulier pour celles réalisés par des Blancs.
Rajoutons à cette critique centrale, quelques clichés sur les afro-américains (mis à part Murphy, tous les autres personnages sont des serviteurs ou des flics) et l'Afrique, à travers la caricature incarnée par Murphy à la fin tandis que Dan Aykroyd -grimmé en jamaïcain- remet au goût du jour les blackfaces d'antan.

Toutefois, si l'on évacue la question raciale, le film s'avère critique et grinçant. La description de l'aristocratie blanche est sans concession : entre le cynisme des frères Duke, la pruderie pincée des femmes, l'insouciance des financiers brassant des millions, et leur mépris et leur méconnaissance à tous pour les masses, noires ou blanches... D'ailleurs, seuls les personnages populaires (la prostituée et le majordome) sont épargnés.
Et, de fait, la performance de Murphy est tout de même noyée au milieu de celles des très bons acteurs blancs. On peut tout de même entrapercevoir Giancarlo Esposito, très jeune prisonnier, Bill Cobbs, Avon Long (à jamais associé à Chicken George dans Roots) et Ron Taylor.

mercredi 17 novembre 2010

Greased Lightning

Rebondissant directement sur le succès de Car Wash, Michael Schultz et Richard Pryor se lancent dans une collaboration fructueuse financièrement, mais plutôt pauvre d'un point de vue artistique. Ce film restant plutôt au-dessus du lot...

GREASED LIGHTNING - Michael Schultz (1977)

A la fin de la 2nde guerre mondiale, Wendell Scott (Richard Pryor) revient dans son village d'enfance, en Géorgie, après avoir servi dans l'armée. Il rencontre Mary (Pam Grier) lors de sa fête de retour au pays. Les deux jeunes gens tombent amoureux et se marient. Ils économisent pour réaliser le rêve de Wenndell : devenir pilote de course.
Pour l'instant, il travaille comme taxi ; mais il trempe aussi dans la contrebande de whisky (ce qui a lui permet de développer ses connaissances en mécanique auto pour rendre ultra-performantes des voitures ordinaires, capable de distancer la police). Il ne se fera attraper qu'une fois par les autorités locales.
C'est ce palmarès qui lui vaudra d'être proposé pour conduire un bolide lors d'une course organisée dans le comté. Il perd, mais il prend goût à la course, et va désormais passer son temps libre à booster des voitures pour gagner.

Oliver Wendell Scott fut le premier Afro-Américain -et le seul- à gagner la course principale de la "National Association for Stock Car Auto Racing" (NASCAR). C'est son histoire romancée que nous propose ici Michael Schultz (sur un scénario auquel a collaboré Melvin Van Peebles).

A mon sens le plus intéressant des films issus de la collaboration Pryor/Schultz (le premier en fait, vu qu'il ne tenait qu'un petit rôle dans Car Wash). On sent que l'on est encore dans les années 70 même si les meilleurs titres du soul cinema sont derrière, le genre ne s'est pas encore totalement effacé au profit de comédies légères voire décébrées. Accompagné par la musique Fred Karlin (The Take et Leadbelly de Gordon Parks), il s'agit d'ailleurs moins d'une comédie que d'un biopic traité sur un ton enoué (essentiellement dû à la présence de Richard Pryor, qui reste pour l'occasion plutôt réservé, dans un de ses rôles sérieux qui lui vont tellement mieux, comme dans le sublime Lady Sings the Blues).

Pam Grier est sublime (il est finalement rare de la voir en mère de famille, personnage qu'elle incarne très bien, avec un zeste de glamour et une vraie sincérité).
Pour le reste du casting, on peut citer Bill Cobbs, Minnie Gentry, Clebert Ford, Cleavon Little (le héros de Blazing Saddles)...
J'ai envie de parler aussi des premiers pas de Robert L. Stevenson qui s'imposera dans les décennies suivantes comme LE coiffeur des Afro-Américaines tels Whoopie Goldberg, Angela Bassett ou encore Samuel L. Jackson.

dimanche 20 juin 2010

New Jack City

En 1971, Melvin Van Peebles avait lancé -à son corps défendant- la vague de la Blaxploitation avec son mythique Sweet Sweetback's Baadasssss Song. Vingt ans plus tard, et parallèlement à Spike Lee et son explosif Do the Rigth Thing, au Boyz N the Hood de John Singleton et à Juice de Ernest R. Dickerson, Mario Van Peebles (qui avait fait ses premiers pas dans le chef d'oeuvre avant-gardiste de son père) contribue lui aussi à asseoir une mode cinématographique : les "urban films", les films sur le ghetto et les problèmes sociaux des Afro-Américains.

NEW JACK CITY - Mario VanPeebles (1991)



Nino Brown (Wesley Snipes) et son gang des CMN -pour Cash Money Brothers- est la valeur montante du deal de cocaïne à New-York.
Scotty Appleton (Ice T) et son collègue Nick traquent la drogue dans la Grosse Pomme. Ils se servent de Pookie (Chris Rock), un petit junkie et dealer sans envergure pour infiltrer les CMN.
L'infiltration tourne court avec la mort de Pookie.
Appleton décide alors de rejoindre à son tour la bande de Nino ; il va s'y faire accepter et devenir un des plus proches de Nino Brown, déclenchant les jalousies. Mais ce dernier sombre peu à peu dans la paranoïa et la mégalomanie...

Le soundtrack fait partie des meilleurs du genre avec de grand nom du rap US. Bien entendu, certains -qui deviendront des grands voire des légendes du mouvement hip-hop- font leur apparition à l'écran tel Ice T bien sûr mais Fab 5 Freddy, ou Flavor Fav de Public Ennemy. L'ambiance "street credibiliy" traversera l'Atlantique puisque dans la VF le doublage d'Ice T est assuré par un certain Joey Starr.

Celà peut paraître insignifiant, mais Van Peebles renoue avec les scènes d'amour entre Afro-Américain. Depuis une décennie, on pouvait noter une régression de ce point de vue. Là où les héros de la blaxploitation, femmes ou hommes, assumaient leur sexualité et que les scènes sensuelles -y compris "inter-raciales"- étaient une avancée permise par le genre (malgrès les dérives voyeuristes) ; les années 80 marquent un véritable reflux, où les Noirs sont cantonnés à des rôles comiques et désexués tels les icones Eddy Murphy et Whoopie Goldberg, ou à l'inverse à des prédateurs sexuels (Danny Glover dans La Couleur Pourpre et Mister T dans Rocky III étant les meilleurs exemples) ; tandis que les corps enlacés ne sont plus montrés et par là, la sexualité noire niée. Or, on sait combien les préjugés sexuels ont été entretenus pour favoriser le racisme et la ségrégation. Cette réhabilitation -entamée en 86 par She's Gotta Have It de Spike Lee- est donc un des aspects positifs du film.

Mario VanPeebles réussit aussi l'exploit de ne pas présenter des personnages manichéens, et en particulier de créer -grâce aux talents de Wesley Snipes- un Nino Brown à la fois détestable et victime d'une société inégalitaire et raciste.

Là où son père et son Sweetback... avait été le succès indépendant de 1971, la première réalisation de Mario VanPeebles rapporte plus de 45.000.000 $ pour un budget de 8 millions et se révèle le plus gros succès indépendant de 1992.

Van Peebles redonne un rôle Tracy Camilla Johns (la Nola Darling de She's Gotta Have It), utilise aussi l'inusable second rôle Thalmus Rasulala (Blacula, Willie Dynamite, Friday Foster...), Bill Cobbs (Greased Lightning, A Hero Ain't Nothin'... et The Hitter) et Clebert Ford. Enfin, il donne sa chance au jeune Chris Rock (qui jouera une parodie de gangsta dans CB4 quelques années plus tard).
Il s'appuie sur une grosse équipe technique dont, entre autres, les cascadeurs Jeff Ward et David S. Lomax et le costumier Bernard Johnson (Don't Play Us Cheap, Claudine, Willie Dynamite et The Bingo Long Traveling All-Stars & Motor King).

mercredi 14 avril 2010

A Hero Ain't Nothin' But a Sandwich

Adapté du roman éponyme d'Alice Childress, ce film antérieur à la vague de la blaxploitation s'attaque au problème de la drogue dans la Communauté afro-américaine et sa jeunesse en particulier.

A HERO AIN'T NOTHIN' BUT A SANDWICH
Ralph Nelson (1978)


Benjie est un jeune garçon ; son père est parti sans explication du foyer, tandis qu'il vit vit avec sa mère Sweets (Cicely Tyson), Butler son beau-père (Paul Winfield) et grand-mère Helen (Helen Martin).
Benjie semble brillant -aux moins dans le cour du professeur Nigeria (Glynn Turman).
Mais le jeune adolescent est en proie à des troubles, en proie à l'incompréhension de l'abandon de la famille par son père, à des sentiments d'injuste et de révolte... Petit à petit, influencé par ses copains, il sombre dans l'héroïne. Jusqu'à son internement...
Tourné à South Central, le film est vraiment poignant et réaliste, sans fausse tragédie ; tout y paraît d'une cruelle réalité (malgré une fin différente du roman). Ce drame est accompagné par une partition signée par Tom McIntosh (assistant de Isaac Hayes sur Shaft et compositeur du trop peu connu The Bus Is Coming).

La scène de shoot avec Kevin Hooks est d'une certaine violence sourde tout en étant plutôt pudique. Le jeune Larry B. Scott présente un personnage plus que convaincant. Et la performance de Kevin Hooks est aussi très remarquable ; il campe avec une perversité sadique un dealer (on est loin des pimps flamboyant de l'âge d'or de la blax').

Non seulement le casting réunit une palette d'acteurs, mais en plus l'interprétation est au rendez-vous (ce qui n'est pas toujours le cas dans les films blax'). Quant au couple Cicely Tyson/Paul Winfield, il est tout simplement parfait. Étonnant Glynn Turman dans le rôle d'un atypique professeur qui enseigne les grands noms des luttes afro-américaines : Douglass, Malcolm X, W.E.B. Dubois, Nat Turner, Marcus Garvey.
A signaler aussi Helen Martin (qui joue dans Cotton Comes to Harlem mais s'impose surtout comme second rôle dans nombre de comédies des années 90 : Hollywood Shuffle, House Party 2, Beverly Hills Cop 3, Don't Be a Menace..., I Got the Hook Up, Bulworth), Arthur French (Car Wash, The Wiz, Fingers, Malcolm X, ou encore Crooklyn), le jeune Eric Blunt (Car Wash), Arnold Johnson (il joue le premier rôle dans Putney Swope, puis apparaît dans Shaft et même Menace II Society)...