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mercredi 22 février 2012

Guess Who

Black/White fut un incontestable succès commercial, mais un épouvantable "hommage" à Guess Who's Coming to Dinner !

GUESS WHO - Kevin Rodney Sullivan (2005)

Theresa (Zoe Saldana) doit profiter de leur 25 ans de mariage de ses parents pour le présenter son petit ami, Simon (Ashton Kutcher). Mais celui-ci Blanc, et le père de Theresa, Percy Jones (Bernie Mac), risque d'être tatillon sur la question.
Il prend d'abord le chauffeur de taxi (Mike Epps) pour son gendre, puis a du mal à cacher sa surprise. Pour faire bonne impression, Simon s'embourbe dans des mensonges, et la relation entre les deux hommes vire au cauchemar...
Un carton ! C'est peu pour qualifier le succès d'exploitation de ce film ; il rapporte plus de 100 millions. Pourtant, à mon sens, si le début est prometteur, l'ensemble du film s'avère lourdaud. On se lasse vite de l’engrenage des mornes péripéties. Assumé comme le remake du film de 1967 Guess Who's Coming to Dinner, avec Sidney Poitier, il n'y arrive pas à la cheville. Malgré tous les reproches que l'on peut faire à l'original, il traitait du racisme dans une société ségréguée...

Ici, sous prétexte de "renverser" les préjugés, on nous fait finalement le coup d'un pseudo-"racisme anti-blanc" qui serait le miroir du racisme ordinaire (contre les Afro-Américains mais généralement les minorités). C'est oublié un peu vite que le racisme tant qu'il n'est qu'un sentiment personnel est regrettable et condamnable, mais lorsqu'il est une réalité sociale et politique -comme la ségrégation et son cortège de lois discriminatoires- il prend une toute autre importance ! Ainsi du point de vu comique comme politique, cette adaption moderne est en deçà de son modèle Guess Who's Coming to Dinner !

Longtemps cantonné au soutien des acteurs principaux dans de grosses productions comme Ocean's Eleven, Head of State, Charlie's Angels : Full Throttle ou Bad Santa, Bernie Mac décroche enfin un premier rôle dans Mr. 3000. Il tournera ensuite dans Pride et Transformers ; il décède en 2008, après avoir tourné son ultime film : Soul Men. Zoe Saldana est alors assez peu connue, elle a depuis conquis ses jalons de grande actrice après le succès d'Avatar et de Colombiana.
Souvent les Blancs sont des pépites, succuleusement crétins ou machiavéliques. Ici, Ashton Cutsher joue sans conviction et son personnage est sans âme, juste un jeune premier insignifiant...
Etonnemment Mike Epps n'est pas crédité au générique, où apparaissent Richard T. Jones, Denise Dowse, Nadine Ellis et deux anciens de la blaxploitation : Hal Williams qui débute dans Cool Breeze et Richard Lawson (Scream Blacula Scream, Black Fist et Sugar Hill, il joue en 2007 dans l'excellent I'm Through with White Girls... puis dans Love For Sale et For Colored Girls).

lundi 11 avril 2011

Blue Streak

Voilà une de ses comédies policières qui inondèrent les années 80 et 90. Martin Lawrence, après l'énorme succès de Bad Boys, prête donc son comique à ce Flic de haut vol...

BLUE STREAK - Les Mayfield (1999)


Miles Logan (Martin Lawrence) est as du cambriolage, mais trahi par un comparse, sa dernière opération tourne mal et il a juste le temps de planquer un énorme diamant dans une conduite d'aération d'un immeuble en chantier avant de se faire arrêter. A sa sortie de prison, il file directement récupéré le diams, mais l'immeuble est devenu... un commissariat !
Il se fait alors passer pour l'officier Malone. Ses méthodes pas très orthodoxes le propulsent tout de même inspecteur, tandis qu'il tente par tous les moyens de récupérer son diamant...
Dès sa sortie, cette comédie d'action des plus classiques cartonne au box-office et les bénéfices atteignent 120 millions de dollars. Il faut dire que les ingrédients du blockbuster sont réunis pour le pire comme pour le meilleur : héros black est jovial et fort en gueule, seconds rôles calibrés, grosses cylindrés et scènes d'action réussies, BO hip hop dans le vent...
Le rôle-titre est confié à Martin Lawrence, malheureusement trop habitué à ce genre de productions. Pour les raisons évoquées plus haut, ce n'est pas le plus mauvais (on pense à Black Knight ou Big Momma's House 2), mais Lawrence est cantonné au sempiternel gentil noir inoffensif, au bagout inaltérable et à l'improvisation dans la peau.Et il rajoute un maximum dans les mimiques et les déhanchés. Un Beverly Hills Cop des années 90, en somme...

Bien entendu, le film est truffé de "gueules" habituées des films d'action comme Peter Greene, Saverio Guerra, William Forsythe, Frank Medrano, Richard C. Sarafian, Carmen Argenziano. Quant aux acteurs noirs, il y a bien un petit rôle tenu par Dave Chappelle (The Nutty Professor, Woo, Undercover Brother, Block Party), égal à lui-même, et aussi les seules représentantes de la gent féminine, il faut l'avouer totalement inutiles malgré leur relative notoriété : Tamala Jones (qui débute dans Booty Call), Octavia Spencer (The Sixth Man, Big Momma's House, Breakin' All the Rules, Bad Santa, Beauty Shop...) et Nicole Ari Parker (Soul Food, Black Dynamite...). Petite perle : l'acteur et cascadeur Eddy Donno est au générique ; quasiment inconnu, il présente pourtant un palmarés étonnant : les films blax' Black Samson et Cleopatra Jones & The Casino Of Gold, puis plus Beverly Hills Cop II, Money Train, Fled, Independence Day, Norbit...

jeudi 11 décembre 2008

Bulworth

Voilà une comédie pour le moins étonnante, qui plonge dans le quotidien et les luttes afro-américaines du point de vue d'un sénateur blanc dépressif...

BULWORTH - Warren Beatty (1998) 

Le sénateur démocrate Jay Billington Bulworth (Warren Beatty) est en campagne pour sa réélection. Mais il est surtout dans une période dépressive intense. Tandis qu'il contracte une assurance-vie de 10 millions de dollars (en échange de son rejet d'une loi sur les aides sociales), il passe un contrat sur sa propre tête.
Mais, dans une église afro-américaine, il répond tout d'un coup avec une sincérité teintée de cynisme à l'assistance médusée... Captivée par son franc-parler, Nina (Halle Berry) et ses amies veulent participer à sa campagne et le sénateur Bulworth les suit dans un club hip-hop. A partir de là, il rappe lors de ses discours auprès des industries pharmaceutiques et hurle "Socialism !", accuse de racisme les producteurs hollywoodiens, dénonce la collusion média/politique/trusts...
Bulworth reprend -par ces facéties et la compagnie de Nina- goût à la vie tout en se plaisant à dire la vérité. Mais le contrat sur sa tête n'est pas annulé...

Warren Beatty est ici scénariste, réalisateur, producteur et interprète. On n'atteint pas la précision et le niveau politique de Reds, sa grande fresque biographique sur le le plus bolchévique des Américains, John Reed. Mais Warren Beatty se sort très bien de ce film qui aurait pu être une énième comédie libérale paternaliste.
Initialement produit par la Fox, on comprend largement que cette boîte de production, plutôt enclin aux thèses réacs, ait freiné des quatre fers lors de la sortie du film, en en limitant au maximum la distribution ; et les bénéfices arrivent à peine à compenser le budget initial. A mon goût, ce film est une des comédies les plus pertinente de cette décennie : on rit, on vibre et on réfléchit. Une alchimie finalement assez rare...

Le personnage peut paraître teinté de paternalisme ; mais à y regarder de près, l e déroulement des évènement bat en brèche cette hypothèse et donne un caractère plus probable et réaliste aux évolutions du personnage principal. Autant dire qu'il part de loin, et sa récente conversion progressiste ne comble pas des années de socialisation dans un milieu blanc, riche et dominant. Les personnages noirs eux font office de remise sur les rails de la réalité : pauvreté, racisme, habitats insalubres et délinquance mais aussi instruction, solidarité, résistance...
Or les références politiques et culturelles traduisent un véritable intérêt pour la communauté afro-américaine, ses modes de vie et ses luttes. Et la bande-originale résume bien le "métissage" des tendances dont ce nourrit ce film : une partition originale signée du grand Ennio Morricone, mais aussi des hits endiablés de Public Ennemy, Dr. Dre, Wu Tang Clan ou Cypress Hill.

Les seconds rôles sont pléthores : Halle Berry, Don Cheadle, Thomas Jefferson Byrd, Michael Clarke Duncan, John Witherspoon, Helen Martin, Sheryl Underwood, Barry Shabaka Henley, Lee Weaver, Wendell Pierce, James Pickens Jr., Armelia McQueen, Myra J., Isaiah Washington, Ariyan A. Johnson... Coté casting blanc, on a tout de même droit à Paul Sorvino, mais aussi William Baldwin et Larry King.
Plus surprenante est la présence du militant, philosophe et universitaire Amiri Baraka, qui fait de brèves apparitions mais tient une place très particulière.