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mercredi 22 août 2012

Shaft 2000

30 ans après le premier film mettant en scène John Shaft, John Singleton s'attaque à une suite...


SHAFT - John Singleton (2000)


Un jeune noir (Mekhi Phifer) est retrouvé mort devant un bar branché de New York. John Shaft (Samuel L. Jackson) se retrouve sur l'affaire et arrête le principal suspect : Walter Wade Jr. (Christian Bale), le fils d'un riche promoteur immobilier. Excédé par les remarques racistes du jeune milliardaire, Shaft le frappe et se fait suspendre alors que Wade est libéré sous caution...

Deux ans plus tard, Shaft a été muté aux stups, dans un commissariat de Harlem. Avec son équipe, il mène un guerre contre les dealers. Mais lorsqu'il est informé du retour de Wade sur le sol américain, Shaft le cueille à sa descente de l'avion ; mais lorsque celui-ci est à nouveau libéré, Shaft démissionne sur les conseils de son oncle (Richerd Roundtree) et décide de faire les choses à sa manière !

D'autant que lors de son bref séjour en prison, Wade a fait la connaissance d'un caïd de Harlem : Peoples Hernandez (Jeffrey Wright). Les deux hommes trouvent vite leurs intérêts à s'allier pour empêcher se venger de Shaft...

On peut juger de deux points de vue ce film ; d'une part en tant que film policier d'action moderne. D'autre part, en tant que remake (ou plus exactement le spin-off) de Shaft, LE film emblématique de la blaxploitation, qui sauva la MGM de la faillite et qui rassembla les talents du réalisateur Gordon Parks, de l'acteur Richard Roundtree et du "Black Moses" Isaac Hayes.

En tant que film d'action, il n'y pas grand chose à reprocher :  courses poursuites à travers New York, bastons à main nue ou au couteau, méchants savoureusement allumés... Et là où l'on pouvait reprocher à la série TV Shaft d'avoir mis la pédale sur la violence, on a ici des fusillades bien sanguinolentes. Cependant, on aurait pu attendre mieux de John Singleton, capable de livrer un Boyz N the Hood comme un 2 Fast 2 Furious.
La réussite au box office est d'ailleurs éclatante, avec plus 100 millions de recette (pour un budget assez important de 46 millions).

Pour ce qui est de l'affiliation à la franchise originale, elle me laisse sur ma fin. Le "père" de Shaft, le photographe et réalisateur Gordon Parks, donne pourtant son onction au film, en faisant un rapide caméo dans un bar connu de Harle. Idem pour Richard Roundtree qui reprend le rôle du John Shaft "historique" qui vient prodiguer ses conseils à son neveu.
L'idée originale de Singleton était d'en faire son fils, et de mettre les deux en vedettes ; mais les producteurs ne l'ont pas suivi ; pas plus qu'ils n'ont accepté Don Cheadle comme acteur principal.
Samuel Jackson s'en tire finalement très bien et, légèrement plus violent que son prédécesseur, il en affiche la non-chalance et la classe. Il s'avère en plus un allié de John Singleton face aux producteurs prêts à dénaturer le personnage... Le résultat ne lui a pas plu et il refuse de rempiler pour d'autres opus (dont un devant être, semble-t'il, confié à Richard Roundtreer lui-même pour le réaliser !)

En somme, on passe un bon moment devant ce film d'action... si l'on parvient à oublier que nous sommes face à la version modernisée de Shaft ! Et j'imagine que les fans de films d'action regrettent, eux, les "hommages" à la blaxploitation.

Christian Bale campe un affreux petit arriviste mais est l'autre méchant lui fait de l'ombre : Jeffrey Wright, qui se fait remarquer dans son rôle de caïd
Pour le reste, ça fourmille de seconds rôles plus ou moins réussis : l'ex Miss America Vanessa Williams (Soul Food, Hoodlum, personnage central des dernières saisons de Desperates Housewives), Mekhi Phifer (à jamais associé au Docteur Pratt de Urgences), Ruben Santiago-Hudson (Coming to America, American Gangster et les séries Law & Order et Castle), Stu "Large" Riley (Woo, The Best Man, The Adventures of Pluto Nash), le rapeur Busta Rhymes (plutôt rare sur les écrans : Who's the Man ?), Gano Grills (Ghost Dog, Gangsta Cop, Bamboozled, Marci X), Sonja Sohn (Slam, la série géniale The Wire), Lanette Ware (Pootie Tang, Bad Company)  le rapeur Bonz Malone (Slam, Life et Brooklyn Babylon), le footballeur Lawrence Taylor...

vendredi 28 octobre 2011

Bamboozled

Voilà un film de Spike Lee -plus ou moins oublié et politiquement très incorrect- mais qui fait pour moi parti de ses meilleures productions. Titré The Very Black Show en Français, le film est quasiment entièrement tourné en caméra digitale donnant une impression de docu (on retrouve même un montage et des effets parfois très proche du Sweet Sweetback... de Melvin Van Peebles) 


BAMBOOZLED - Spike Lee (2000)
 
Pierre Delacroix (Damon Wayans) est un scénariste afro-américain ; il travaille pour une chaîne de télé et se voit refuser son dernier show jugé "pas assez black" par son patron. Il prépare alors un projet explosif : ressusciter le concept de minstrel show (spectacle où des acteurs blancs noircis au cirage interprétaient des numéros clownesques, de mauvais tours de claquettes et débitaient des sortes de "blagues") ; mais là, les deux acteurs principaux seront des Afro-Américains maquillés en noir. Rebaptisés Mantan (Savion Glover) et Sleep’n Eat (Tommy Davidson) deviennent les héros de Mantan : the New Millenium Minstrel Show où ils reprennent les sketchs , postures, danses et stéréotypes les plus éculés de la tradition raciste des minstrel shows.
Contrairement à l'idée du créateur Pierre Delacroix, le public est au rendez-vous et le show devient pour les Afro-Américains comme pour les Blancs un véritable succès (chaque spectateur est noirci et déclare au présentateur "I'm a nigger").
Un final magistral montage d’extraits de vieux minstrel show, de films avec Stepin Fetchit, Mantan Moreland et autres Autant en emporte le vent, Song of the South ou The Jazz Singer, et de cartoons racistes (dont nous avons déjà parlé). Un final qui exprime et symbolise une violence inouïe pour des millions de Noirs asservis, puis mis au ban de la société et parallèlement caricaturés, animalisés et infantilisés dans les films, shows ou cartoons durant tous le XXème siècle. Les deux publicités censées sponsoriser l'émission sont plus vraies que natures et complètement tordante (ci-dessous).
Dans ce film Jada Pinckett-Smith occupe l’unique rôle positif et l'incarne à merveille. Et l'on peut sourire quand on sait la réputation de misogynie faite à Spike Lee qui donne en réalité aux femmes des rôles majeurs dans ces histoires... Le producteur campé par Michael Rapaport est parfait en "spécialiste des afro-américains" exalté aux multiples photos de sportifs noirs mais aux préjugés bien ancrés. Quant à Damon Wayans il interprète un personnage profond, ambigüe plus dramatique que comique et s'en sort plutôt bien dans ce registre.
Thomas Jefferson Byrd, acteur qui revient dans de nombreux films de Lee, fait lui aussi une performance énorme dans le rôle du chauffeur de salle, Honeycutt. A signaler enfin le rappeur Mos Def (Civil Brand, Showtime, Block Party, Be Kind Rewind, Next Day Air) ou le révérend Al Sharpton et Johnny Cochran dans leurs propres rôles...