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mardi 22 mars 2011

B*A*P*S

Après plusieurs années d'absence, Robert Townsend revient avec Les Reines De Beverly Hills. Mais le talentueux réalisateur semble avoir perdu sa verve impertinente...

B*A*P*S - Robert Townsend (1997)


Nisi (Halle Berry) est serveuse dans un snack de la banlieue d'Atlanta en Georgie. Avec sa collègue et amie Mickey (Natalie Desselle), elles rêvent de faire carrière à Los Angeles : monter le premier snack/salon de coiffure et de devenir danseuses pour se lancer...
Leur périple se passe différemment : elles rencontrent le vieux Donald Blakemore (Martin Landau), un riche aristocrate vivant à Beverly Hills. Ce dernier était dans sa jeunesse amoureux d'une afro-américaine. Son neveu embauche Nisi pour se faire passer pour la petite-fille de cet amour de jeunesse, pour redonner à son oncle un peu de bonheur au crépuscule de sa vie.
Mickey va remplacer la nourriture diétique du vieux Blackmore par la "soul food", la musique classique par le hip-hop...
Et voilà les deux banlieusardes provinciales qui deviennent des "Black American Princesses" (BAPs)

On peut regretter la tournure que prend ce film de Robert Towsend, qui nous a habitué à bien mieux en combinant humour et propos pertinent (en particulier avec Hollywood Shuffle, mais on pense aussi à The Five Heartbeats ou The Meteor Man).
L'on sourit dans la globalité ; on peut même aller jusqu'à rire lorsque Berry et Desselle (qui joue peu, on la retrouve dans How To Be A Player) se retrouvent dans un restaurant huppé et sautent sur toutes les stars qu'elles croisent...
Mais la vulgarité des deux héroïnes est trop prononcée à mon goût, et la clé du succès et de la richesse reposent -sans trop en dire- sur leur abandon des codes populaires, sur leur chance d'être gentille avec un vieux Blanc richissime... Je le répète, Robert Towsend nous offrit bien mieux.

Comme on peut s'y attendre, une tripotée de guests qui apparaissent brièvement : Bernie Mac (habitué de ces caméo dans les comédies de Towsend ou des frères Wayans), le mythique Rudy Ray Moore en vieil ouvrier se prenant pour Dolemite, Anthony Johnson, Darrel Heath... Et comme l'action se situe en partie à Hollywood, nombres de stars font leur petite apparition dans leurs propres rôles : les rappeurs LL Cool J et Heavy D, l'acteur Leon (joli coeur dans Waiting to Exhale), le basketteur médiatique Dennis Rodman, le chanteur de Shalamar : Howard Hewett, l'actrice et présentatrice de MTV Downtown Julie Brown... La BO est signée par Stanley Clarke, et les costumes par Ruth E. Carter.

mardi 23 mars 2010

Amistad

Deuxième incursion de Spielberg, après l'infâme Couleur pourpre, dans l'histoire des Afro-Américains avec une fresque gargantuesque et sirupeuse sur l'esclavage. On est loin des stéréotypes racistes omniprésents dans The Color Purple, mais le film est moins centré sur la dénonciation de l'esclavage que sur la magnificence des Etats-Unis d'Amérique et la valeur de sa Justice et de sa Démocratie.

AMISTAD - Steven Spielberg (1995)


1839, La Amistad, un bateau négrier espagnol fait voile vers le Nouveau Monde avec sa cargaison d'esclaves. Menée par Cinque (Djimon Hounsou), une révolte des esclaves leur permet de prendre les commandes du vaisseau et ils tentent de retourner en Afrique... Mais, proche des côtes américaines, il est arraisonné tandis que les esclaves sont emprisonnés.
L'Espagne réclame son bien alors que Roger Baldwin -un jeune avocat flanqué de son majordome/secrétaire Joadson (Morgan Freeman)- défend les esclaves et demande pour eux le statut de réfugiés. S'ensuivent plusieurs procès pour tenter de démontrer que ces naufragés ne sont pas des marchandises.


Steven Spielberg est un bon réalisateur, que l'on aime ou pas ses films, il n'y a pas vraiment matière à discussion sur ce point. Par contre c'est bien les sujets qu'il choisit et la façon dont il les traite que la critique -française en particulier- a toujours été plutôt indulgente avec lui.
Pour les points positifs, Spielberg filme sans fard l'horreur de l'esclavage, la puanteur des cales et les traîtements bestiaux des négriers.
Par contre, la narration est d'une platitude hollywoodienne attendue (longs flash-back, procès-fleuve et scènes de plaidoiries interminables, foules haineuses au début et humanistes à la fin, le bon sauvage prononçant ses premiers mots anglais en scandant "liberté", les esclaves trouvant dans la Bible espoir et matière à l'apprentissage de la lecture, grande morale finale de Anthony Hopkins de plus de dix minutes...).Plus qu'un brûlot anti-esclavagiste, Amistad est en fait une ode à la bourgeoisie blanche libérale aux Etats-Unis, grand timonier de la liberté. Amistad n'est pas l'histoire d'un combat d'esclaves pour leur liberté, c'est plutôt la mise en image d'une vision fantasmée et idéaliste du prétexte donnés par quelques capitalistes blancs pour imposer l'industrialisation et la fin de l'esclavage aux Etats du Sud quasi-féodaux.
Spielberg ne fait pas le procès de l'Amérique esclavagiste, mais le procès de l'Espagne pourvoyeuse d'esclave; il n'a pas choisi de filmer la vie de Natt Turner (qui mena en Virginie la plus grande révolte d'esclave), ni de montrer la vie dans les plantations américaines ; au contraire, il choisit des esclaves appartenant aux Espagnols, des esclaves sur le sol cubain qui deviennent libres sur les sol américain (nous n'échappons pas à la morale appuyée sur l'indépendance de la Justice américaine !).

La preuve ultime de l'aspect secondaire des esclaves dans cette histoire se trouve dans l'ordre du générique : le personnage principal Cinque/Djimon Hounsou (finalement préféré Isaach De Bankolé) n'y est crédité qu'en quatrième position. Par ailleurs, à signaler la présence du reconnaissable et excellent acteur Pete Postlethwaite (habitué des films sociaux anglais).
Coté équipe technique, le monteur Michael Kahn, habitué des films de Spielberg après avoir collaboré à pas mal de films blax', et Ruth E. Carter la costumière de presque tous les films de Spike Lee.

mardi 13 octobre 2009

He Got Game

Lee surfe sur la surexpostion mondiale du basketball et comme beaucoup d'autres (on pense à Space Jam ou The Sixth Man) se plie à la mode. Le résultat est magistral...

HE GOT GAME - Spike Lee (1998)

Jake Shuttlesworth (Denzel Washington) est en prison pour meurtre... Mais le directeur, sous les ordres du gouverneur, lui offre un permission d'une semaine avec à la clé une libération totale. Sa mission : convaincre son fils Jesus (Ray Allen), un basketteur prometteur, de rejoindre la Big State University et d'y intégrer l'équipe de basket.
Y arriver confine au miracle. D'une part parce que le jeune prodige des parquets est courtisé par tous les coachs du pays, "conseillé" par sa petite amie Lala, son oncle Bubba, son pote Big Time Willie (Rosario Dawson, Bill Nunn & Roger Smith Guenveur)... Tous les procédés sont bons pour recruter Jesus !
D'autre part Jake était en prison pour le meurtre de sa femme, la mère de Jesus...
6 ans après Malcolm X, Spike Lee et Denzel Washington se retrouvent pour un drame social avec en toile de fond le trouble milieu du baskettball universitaire. Le sujet semble moins percutant que la biographie du leader assassiné, pourtant le réalisateur new-yorkais livre un film presque parfait (s'il n'y avait pas quelques longueurs) et Denzel Washington est tout simplement brillant

Lee mutiplie les segments, alterne les ambiances et les contrastes comme le présent et les flash-back, il enrobe ses personnages de ses travelling si personnels et fait la part belle aux dialogues. La mise en scène est splendide, le montage parfait, la direction d'acteurs est au niveau. Pour preuve la performance de Ray Allen, jeune basketteur des Bucks de Milwaukee choisi par Lee en personne ; ce dernier mise beaucoup sur le réalisme et tient absolument à décrocher un joueur en activité pour tenir le rôle de Jesus et, après de nombreuses auditions, il insiste pour faire des essais avec Ray Allen.

He Got Game est un drame, un film sombre qui dresse un tableau bien négatifs des rapports humains et de la cupidité.
Comme d'habitude, en tout cas dans les meilleurs films du maître Lee, il y a peu de personnages "bons" ; tous sont traversés d'envies, de névroses, d'égoïsme comme d'altruisme... Toutes et tous essaient ici d'influencer le jeune Jesus selon les bénéfices qu'ils espèrent en tirer. Et s'il ne prend pas position, comme à son habitude, pour un de ses caractères Spike Lee dresse un tableau sans concession sportif et si dénonciation il y a, elle est systémique.
Encore une fois, il est presque risible de voir, dans les commentaires sur diverses plate-formes, comme certains ne voient Spike Lee que sous la lorgnette ethnique, et arrivent à trouver des passages racistes dans chacun de ses films. A l'opposé de ces faux procès improbables, He Got a Game compte parmi ses meilleurs projets.
Spike Lee décroche des caméos de Michael Jordan, Scottie Pippen, Shaquille O'Neal et d'autres moins connu.

Il s'appuie toujours sur sa garde rapprochée : pour ce qui de la partie technique et artistique on retrouve le directeur artistique Wynn Thomas, le monteur Barry Alexander Brown, les chefs opératrice Ellen Kuras et Malik Hassan Sayeed, la directrice de casting Aisha Coley...
Pour la distribution, si le casting s'étoffe de la présence de Milla Jovovich et Rosario Dawson, on retrouve toujours la bande chère à Spike Lee : Thomas Jefferson Byrd, John Turturro, Roger Guenveur Smith, Bill Nunn, Lonette McKee, la petite Zelda Harris, Joseph Lyle Taylor, Hill Harper, Arthur J. Nascarella...