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mercredi 24 octobre 2012

Black Panthers

Les Français sont décidément attiré par le mouvement Black Power ! Ainsi, quelques années avant William Klein et son portrait d'Eldridge Cleaver, c'est Agnès Varda qui s'y colle...

BLACK PANTHERS - Agnès Varda (1968)

Alors qu'elle accompagne son mari Jacques Demy à Hollywood, Agnès Varda va découvrir la fac de Berkeley et ses mouvements radicaux ainsi que, dans la banlieue de Los Angeles, la petite ville d'Oakland qui vit la naissance et l'expansion éclair d'un mouvement politique inédit, mélange de marxisme et de nationalisme noir (américain) : le Black Panthers Party.
Ce parti doit sa renommée et la sympathie des masses afro-américaines à sa pratique de patrouilles armées qui contrôlent les agissements de la police. Les leaders seront rapidement harcelés et traqués par les forces répressives et racistes. et le co-fondateur du BPP, Huey P. Newton, est emprisonné pour le meurtre d'un policier (qu'il n'a pas commis).
Les "panthères noires" organisent alors un vaste mouvement de soutien...

Agnès Varda est une des premières cinéastes à s'intéresser aux Black Panthers Party, et propose un documentaire sur le vif, en l'occurence un rassemblement festif et politique de la campagne "Free Huey" (ainsi que quelques démonstrations militaires à travers Oakland et des plans de l'inquiétante police municipale).
Elle filme les principaux dirigeants qui se succèdent à la tribune : Bobby Seale, Stokely Carmichael, Kathleen Cleaver, Ron Dellums (père de l'acteur Erik Dellums, abonné aux premiers films de Spike Lee)... tout comme elle s'intéresse aux militantes et militants anonymes. Probablement dans la même période que John Evans (pour Prelude to Revolution), elle décroche aussi une interview en prison avec le ministre de la défense Huey P. Newton.

En moins de 30 minutes, Varda dresse un portrait à la fois subjectif (dans le sens où elle éprouve une sympathie certaine pour le BPP et sa cause), complet et précis des positions politiques principales du parti et de sa stratégie révolutionnaire.
Cadres et militants de base évoquent le programme en 10 points, l'égalité homme/femme, l'auto-défense face à la police, la tactique de front large avec les radicaux blancs...

Ce reportage est une vraie pépite, car sans le savoir Agnès Varda immortalise certains moments et discours qui deviendront "historiques" (Mario Van Peebles en tire plusieurs scènes qu'il reproduit dans son excellent Panther). Elle offre non seulement le premier film français sur le sujet mais aussi un des premiers documents audio-visuels conséquents sur le tout jeune parti des Black Panthers.

dimanche 21 octobre 2012

Eldridge Cleaver, Black Panther

Un an avant la sortie des entretiens de John Evans et Huey Newton, un autre cinéaste s'intéresse lui aussi aux Black Panthers...

ELDRIDGE CLEAVER, BLACK PANTHER 
- William Klein (1970)

Auteur de Soul on Ice (traduit par Un noir à l'ombre) qu'il écrit en prison, Eldridge Cleaver devient ministre de l’information du Black Panther Party (que décrit très bien Agnès Varda dans Black Panthers en 1968). Mais suite à une fusillade avec la police (et la mort du jeune Bobby Hutton) à Oakland, Cleaver est accusé de meurtre et fuit en Algérie. C'est dans cet exil algérien que William Klein réalise ce documentaire.

Ce n'est pas une biographie du leader des Panthers que livre Klein, plutôt une série d'entretiens avec Cleaver et un portrait sur le vif pendant cette période d'exil où Cleaver est à la fois recherché par la police américaine et en rupture avec la ligne politique du BPP et de ses deux responsables principaux, Huey P. Newton et Bobby Seale.

On perçoit largement que la distance de Cleaver avec la réalité sociale afro-américaine et les campagnes du parti l'amène sur la voie de la glorification de la violence et un romantisme totalement déconnecté des tâches politiques du BPP. Aux abois, paranoïaque -en partie à juste titre- et en contact avec les forces anticolonialistes africaines, Cleaver s'enfère dans un ultra-gauchisme de façade.
Je ne suis pas sûr que c'est l'intention de Klein de montrer ça, mais c'est bien rétrospectivement ce portrait de Cleaver que véhicule le documentaire, celui d'un dirigeant isolé dans un exil lointain (impression totalement inverse dans Huey P. Newton: Prelude to Revolution).

Par ailleurs, le reste de la "carrière" d'Eldridge Cleaver tend à prouver cette pente gauchiste :
lors de son retour aux USA, il tentera de se présenter en tant que Républicain (chose assez cocasse pour celui qui immortalisa le slogan "I Fuck Ronald Reagan"), puis s'investit dans la secte Moon, puis les Mormonds...
C'est en tant que GI que William Klein débarque à Paris, en 1948. Ce n'est que 7 ans plus tard qu'il retourne aux Etats-Unis. D'abord photographe, il produit des livres qui font date sur New York, Rome, Tokyo, Moscou ou Paris. Il se lance dans des courts métrages, travaille avec Louis Malle sur Zazie dans le métro, puis prend définitivement son envol comme réalisateur de films (Qui êtes-vous, Polly Maggoo ?, Mr. Freedom, Le couple témoin...) et de documentaires. Dans les deux cas, l'engagement est toujours présent : pour la victoire du Viêt Minh (Loin du Vietnam avec Jean-Luc Godard, Alain Resnais, Agnès Varda), les mouvements anti-impérialistes (Festival panafricain d'Alger).
Klein affiche une solidarité pour les Afro-Américains et les Noirs en général ; outre ce documentaire, il signe aussi Muhammad Ali, the Greatest et The Little Richard Story.

samedi 14 mai 2011

Panther

Une dizaine d'année avant Baadasssss !, Mario Van Peebles tourne un premier film adapté d'un roman de son père Melvin sur l'épopée des Black Panthers.

PANTHER - Mario Van Peebles (1995)


Oakland, 1966. Judge (Kadeem Hardison) est un jeune vétéran du Vietnam qui étudie maintenant à Berkeley. Il suit, circonspect, la création du "Black Panther Party for Self Defense" par Bobby Seale et Huey Newton (Courtney B. Vance & Marcus Chong). Le BPP commence par un simple militant faisant la criculation en lieu et place d'un feu rouge inexistant. Puis viennent les premières patrouilles armées pour protéger les Afro-Américains de la police, les ventes du Petit Livre Rouge pour financer les activités du parti, l'escorte de Betty Shabazz (Angela Bassett)...
Judge s'engage finalement, et rapidement Huey Newton lui confie une mission secrète : laisser croire aux flics qu'il est prêt à balancer des infos.
Le FBI de J. Edgar Hoover s'inquiète des activités "subversives" du parti, et dépêche des agents sans scrupule (dont Roger Guenveur Smith) pour éradiquer le BPP et ses bases sociales. Huey est emprisonné, puis Bobby, et au bureau local Tyrone (Bokeem Woodbine) soupçonne Judge d'être un indic...
Dans Panther, Mario Van Peebles met en image l'histoire légèrement romancée -sur la base du roman de son père Melvin intitulé Top Secret- du Black Panther Party for Self Defense. La raconter du point de vue d'un militant ordinaire renforce la crédibilité et les potentialités d'adhésion du public.

Les anecdotes historiques sont bien présentes : les premiers financements, l'armement progressif, la propagande dans les ghettos, les patrouilles armées organisées par le parti pour contrôler les flics, les petits déjeuners gratuits et les tests de dépistage de l'anémie... On y voit bien sûr les actions les plus spectaculaire comme l'invasion de la chambre de Californie par les Black Panther armés jusqu'au dent et menés par Bobby Seale, la reconstitution de la célèbre photo de Huey avec le fusil et la lance africaine sur le fauteuil, son arrestation, la campagne au cri de "Free Huey" et son procès... Non seulement il y a ces faits, mais aussi pléthore de références politiques de l'époque : les liens avec les étudiants blancs pacifistes et les autres communautés des Etats-Unis, les livres de Frantz Fanon et Karl Marx sur les tables, trainant sur les tables des militants, ...

Mario suit clairement les traces de son père et sait qu'il faut de l'entertainment pour intéresser le public. Et donc, pour servir le propos -qui ne s'enfonce jamais dans le préchi-précha-, les scènes d'action et les intrigues personnelles viennent donner du rythme à ce biopic d'un genre rare.
Tout celà est bien filmé, mélangeant film classique, images d'époques et reconstitutions (souvent incroyablement réussies). Un film très complet donc, où se croisent des dizaines de références : les liens avec les étudiants blancs pacifistes et les autres communautés des Etats-Unis, le discours fortement teintés de marxisme, les grands noms du mouvement noir comme Eldridge Cleaver, Stockeley Carmichael (dont le discours est reprise du Black Panthers d'Agnès Varda), Betty Shabazz, les livres de Frantz Fanon et Karl Marx sur les tables. Bien sûr, le scénario s'écarte de la vérité historique, compactant des évènements ou même en les inventant (comme la manière dont s'opère la scission d'Eldrige Cleaver). Voilà les ingrédients de ce film réussi, rythmé par les hits de l'époque la musique de Stanley Clarke.

Mario, sur les conseils de sa directrice de casting Robi Reed, confie les premiers rôles à des jeunes acteurs peu connus, et réservent quelques grands rôles à des stars reconnues. Le guest le plus intéressant symboliquement, c'est bien sûr Angela Bassett qui interprète Betty Shabazz (la veuve de Malcolm X), comme une manière de place Panther dans la lignée du Malcolm X de Spike Lee où elle interprétait le même rôle. Mario Van Peebles endosse lui le costume de Stokely Carmichael, et son père Melvin celui d'un vieux poivrot prophétisant que si les Noirs ont des armes, ils s'entretueront. Enfin dernier clin d’œil à la période, puisque l'ex-activiste blanc Jerry Rubin (reconvertie dans les années 80 au libéralisme sauvage de Reagan) interprète un juge ; il décède avant la sortie du film.
Habitué des seconds rôles (School Daze, I'm Gonna Git You Sucka, White Men Can't Jump, Vampire in Brooklyn, The 6th Man, Showtime), Kadeem Hardison trouve incontestablement ici son meilleur rôle. Le reste du casting propose une pléïade de seconds rôles, tels Marcus Chong (Matrix), trois acteurs de Menace II Society : Tyrin Turner, Yolanda Whittaker et Anthony Johnson (que l'on retrouve aussi dans House Party, House Pary 3, Friday, I Got the Hook Up, B*A*P*S), Bokeem Woodbine (Crooklyn, Dead Presidents, Jason's Lyric, Gridlock'd, Life, Ray, Black Dynamite), Bobby Brown (A Thin Line Between Love and Hate, Gang of Roses, Nora's Hair Salon I & II), Wesley Jonathan (Baadasssss !, Roll Bounce, Steppin: The Movie, Speed-Dating), Jenifer Lewis (Sister Act, Poetic Justice, The Meteor Man, Sister Act 2, Girl 6, Who's Your Caddy ?, Meet the Browns, The Princess and the Frog), Ann Weldon qui a joué dans la pépite bis Alabama's Ghost, Chris Tucker, Courtney B. Vance, Jeris Poindexter, Lahmard J. Tate, Chris Rock... Mention spéciale à un des acteurs fétiches de Spike Lee, Roger Guenveur Smith qui se retrouve dans la peau du salaud de flic de service, chose pas facile dans ce film où tous les autres actrices et acteurs se retrouvent du bond coté de la barricade en incarnant des membres du parti.
Hors de prix sur les sites de ventes en ligne, la réédition ne semble toujours pas à l'ordre du jour... Vous pouvez le voir ici en VOst.