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lundi 14 mars 2011

Bulletproof

Année faste pour Damon Wayans, qui tourne avec de bons réalisateurs dans des comédies largement acceptables. À l'épreuve des balles signe aussi l'arrivée de qualité de Ernest R. Dickerson dans le champ des comédies de duellistes blanc/noir.

BULLETPROOF - Ernest R. Dickerson (1996)


Rock Keats (Damon Wayans) et Archie Moses (Adam Sandler) sont deux petites frappes qui vivent de vol de voiture et autres larcins.
En réalité Keats est un flic en mission ; et celle-ci touche à sa fin alors que son comparse lui présente enfin un gros bonnet, Colton (James Caan) un concessionnaire auto et dealer à ses heures. Mais l'opération se déroule mal et Archie tire malencontreusement une balle sur Keats. Il s'en sort vivant (avec une plaque en fer dans le crâne) tandis que son ex-ami est arrêté et accepte de témoigner contre une remise de peine et une protection policière qu'il exige de voir remplie par l'agent Keats. Mais Colton et ses hommes entendent bien l'empêcher de témoigner...

En quelques films, Ernest R. Dickerson -l'ancien chef op' de Spike Lee- s'essaie avec succès à tous les styles (le drame urbain avec Juice et l'horreur avec Surviving the Game). Le voilà maintenant aux manettes d'une fort sympathique comédie policière. Il s'assure les services Damon Wayans, spécialiste de ce mélange de comédies et d'action (comme dans Mo' Money ou The Great White Hype). Son duo avec Adam Sandler, jeune crétin adepte de films pornos, fonctionne à merveille.
Le film propose tour à tour des séquences bien musclés, des fusillades et des poursuites épiques. Les méchants sont odieusement méchant, le tenancier de l'hôtel délicieusement vicieux et les facéties d'Adam Sandler franchement hilarantes.

Le casting secondaire est peu fournis en Afro-Américains ; on peut noter Kristen Wilson (Who's the Man ?, Get on the Bus, Dr. Dolittle et Dr. Dolittle 2), Bill Nunn (comparse de Spike Lee sur School Daze, Do the Right Thing, Mo' Better Blues et He Got Game, mais il est aussi présent dans New Jack City, Sister Act, Money Train et la trilogie des Spiderman), Steve White (Coming to America, Do the Right Thing, Harlem Nights, Mo' Better Blues, Clokers, Get on the Bus...) et Gwen McGee (Do the Right Thing et Cradle 2 the Grave).

dimanche 13 juin 2010

Juice

Ernest Roscoe Dickerson -longtemps chef opérateur attitré de Spike Lee- commença son bout de chemin en tant que réalisateur après l'aventure Malcolm X, et s'inscrivant dans la veine des films urbains (tels que les précurseurs Boyz N the Hood et New Jack City, et le cultissime Menace II Society).

JUICE - Ernest R. Dickerson (1992)



Harlem, 1991. Roland Bishop (2pac Shakur), Quincy "Q" Powell (Omar Epps), Raheem Porter (Khalil Kain) et Erin "Steel" Thurman (Jermaine Hopkins) sèchent les cours et utilisent leur temps libre à traîner dans les rues, à squatter une salle d'arcade où ils s'affrontent à Street Fighter et volent des 33 tours de rap. Leurs journées sont aussi rythmées par les embrouilles avec un gang de latinos et le harcèlement de la police.
Les quatre amis -qui se surnomment "The Wrecking Crew"- se convainquent de faire un braquage. Q hésite : il a réussi une audition pour devenir DJ et doit se produire le samedi soir.
Finalement, il accepte et le crew braque un vieil épicier. Mais Bishop pète un plomb et assassine le commerçant sans raison, puis Raheem qui s'opposait à lui...

Pour cette première réalisation, Dickerson vise juste. S'appuyant sur un excellent soundtrack, il propose un film en deux parties bien maîtrisées ; la première, plus proche du documentaire bon-enfant sur la vie des ados de Harlem, une sorte de Cooley High transposé dans les années 90, et la deuxième beaucoup plus sombre suit la fuite en avant dans la violence de Bishop/2Pac et tombe dans le drame psychologique et le thriller haletant.
Difficile de ne pas chercher d'analogie dans la forme avec le maître Spike Lee, dont on reconnaît l'influence ne serait-ce que dans la scène d'ouverture où un rap survolté qui accompagne les quatre protagonistes dans leur réveil (quasiment calquée sur Do the Right Thing).

Le casting fait la part belle aux pionniers du mouvement hip-hop à travers un des personnages principaux : le quasi-légendaire 2Pac qui s'en tire très bien alternant le gangster sans scrupule et le bon garçon incompris. Apparaissent aussi Queen Latifah, Fab 5 Freddy, Dr. Dre et Ed Lover (qui tiendront les premiers rôles l'année suivante dans Who's the Man ?), EPMD (Erick Sermon et Parrish Smith), Treach, Special Ed, DJ Red Alert...
On a aussi droit à Samuel L. Jackson, Rony Clanton (le mémorable Sonny Carson) en inspecteur de police et à Lauren Jones qui joue la mère de Raheem (ex-femme de Michael Schultz qui assure le casting de Cooley High, et qui joue de petits rôles dans The Liberation de L.B. Jones et Car Wash).
Enfin, Ernest R. Dickerson s'appuie sur le monteur Sam Pollard (lui aussi complice de Spike Lee), les cascadeurs David S. Lomax et Jeff Ward, et l'incontournable directrice de casting black Jaki Brown.

mercredi 9 juin 2010

Bones

Le filon des films fantastiques blacks ne s'est jamais vraiment tari. Je ne compte pas m'étendre vraiment sur ces productions post-blax', juste évoquer ce film -assez proche de la trame de JD's Revenge- de l'ancien fidèle chef op' de Spike Lee, Ernest Roscoe Dickerson (qui accompagne Lee de She's Gotta Have It jusqu'à Malcolm X, puis récemment Miracle At Santa Anna).

BONES - Ernest Dickerson (2001)


Dans les années 70, le mac Jimmy Bones (Snoop Doggy Dogg) règne sur son quartier, qui l'apprécie. Mais il est assassiné. Sa maison devient une bâtisse hantée, fuie par les habitants.
Vingt ans plus tard, sa veuve Pearl (Pam Grier) a élevé seule sa fille Cynthia. Shotgun, son ancien bras droit vit toujours en face de la maison et tente de distancer les curieux. Eddie Mack continue de dealer et l'officier Lupovich (Michael T. Weiss) se sucre sur l'argent des trafics.
Jeremiah Peet, lui, a quitté le quartier pour élever ses enfants dans une banlieue pavillonaire. Pourtant, ses deux fils et leur bande rachètent la maison maudite pour en faire une discothèque...
L'esprit de Jimmy commence à s'agiter et projète sa vengeance.

Le générique est astucieux et la réalisation est plutôt une réussite ; Dickerson donne un vrai rythme au film sans surenchère gore. Précisément, les scènes stressantes et fantastiques sont toujours léchées, et prétexte à une photo très stylisée. L'humour et un propos vaguement social sont là aussi pour tempérer l'ambiance d'épouvante, à l'image du capitaliste noir sans scrupule ou encore dans la réplique tordante : "L'industrie du poulet est aux mains du Ku Klux Klan ! T'as déjà vu un poulet noir ?"

Ernest Dickerson se fait (et nous fait) un joli cadeau, dans les flash-backs imprégnés de soul cinema ! Avec un filtre orangé, Dickerson nous propose un véritable hommage à la blaxploitation et à ses pimps . Et qui de plus qualifié en 2000 que le rappeur Snoop Doggy Dogg ? C'est aussi la note négative du film ; autant la performance de Snoop en pimp façon Willie Dynamite, est plutôt sympathique, autant dans la deuxième partie du film et son interprétation de l'esprit vengeur est assez faible.
L'interprétation de Pam Grier est sans surprise. Par contre, le petit plaisir du casting réside dans le rôle de Michael T. Weiss (le héros de la série TV Le Caméléon) qui campe un flic obèse aux pratiques douteuses.Caché derrière sa fenêtre, même ses fans aurant du mal à reconnaître la grande danseuse Jeni Le Gon (aperçu dans Stormy Weather et de nombreux rôles de "noire" comme dans Sundown)

Bref, un film très acceptable (voire étonnant si l'on part avec un a priori négatif) grace à la réalisation inventive et stylisée de Ernest Roscoe Dickerson et à l'interprétation des acteurs. Sans compter que pour le fan que je suis, un film avec Pam Grier ne peut pas être totalement un mauvais film...