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samedi 1 décembre 2012

The Bus Is Coming

Trois ans avant Tough !, Horace Jackson s'illustre comme scénariste du trop méconnu The Bus is Coming...

THE BUS IS COMING - Wendell Franklin (1971)

Billy Mitchell (Mike B. Sims) rentre du Vietnam pour l'enterrement de son frère Joe, leader des droits civiques de Compton assassiné par des policiers racistes. La Communauté lui rend hommage, et en particulier ses camarades de combat, adeptes du "Black Power" et de l'auto-défense, menés par Michael (Burl Bullock). Celui-ci est persuadé que l'assassinat de Joe n'est que le prélude de la liquidation systématiques des leaders afro-américains et plaide pour la vengeance et la contre-attaque.
Tout en essayant de les retenir, Billy enquête sur les circonstances de la mort de son frère...
Voilà l'unique film dirigé par Wendell Franklin ; assitant de réalisation sur The Cosby Show, il co-produit un autre soul movie : Joey (aka Deliver Us from Evil) que réalise justement son scénariste actuel Horace Jackson.
En tout cas, l'équipe de production est afro-américaine et le sujet comme le traitement de The Bus is Coming le place en position de film fondateur de la blaxploitation. Malheureusement il est très mal distribué et n'est projeté que dans très peu de salle ; bien que plébiscité par le Festival de Los Angeles, il ne fait pas le poids face à l'énorme succès de Shaft, sorti un mois plus tôt. Et contrairement au film de Gordon Parks, The Bus is Coming n'a aucun aspect de divertissement, c'est au contraire un drame social voire politique.
Le budget est minimal mais bien utilisé et Wendell J. Franklin assure une bonne mise en scène. L'amateurisme des acteurs renforcent le réalisme des situations, et seule Stephanie Faulkner aura une petite carrière, dont quelques films blax comme Black Fist, Death Journey et  J.D.'s Revenge.

Horace Jackson décrit la violence des rapports raciaux dans les Etats-Unis des 70s. Chaque catégorie est présente : communauté noire, activistes "Black Power", vétéran du Vietnam, femmes, policiers racistes... Or, tout en actant la centralité du racisme dans son récit, Jackson essaie d'éviter le manichéisme (tant prisé par les futures productions blax des grands studios) et ses personnages sont parfois déconcertant (à l'image du flic raciste qui a une maîtresse noire).
Pour ma part, je regrette cette position "objective" trop en avance sur son temps (quelques années plus tard, le film serait rentré parfaitement dans la veine du cinéma néo-réaliste impulsé par Charles Burnett).
Cependant, l'exercice est incontestablement réussi et trop peu récompensé par le faible impact en terme de public.

dimanche 6 juin 2010

JD's Revenge

Pour clore cette série sur les films d'épouvante ou de SF à la sauce blaxploitation, j'évoquerai ce Vengeance d'outre-tombe, un polar fantastique d'Arthur Marks.

JD'S REVENGE - Arthur Marks (1976)
Au début des annés 40, J.D. Walker -une petite frappe de la Nouvelle Orléans- est tué, accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis...
Trente ans plus tard, Ike (Glynn Turman) vit une vie tranquille, faite d'études en droit, de match de foot et de sortie avec sa compagne Christella (Joan Pringle). Un soir de sortie avec des amis, il participe à un spectacle d'hypnose. Pendant la scéance, il voit une drôle de scène.
Irrésistiblement attiré par le tonitruant pasteur Elija Bliss (Louis Gossett Jr.), il assiste à ses prêches et il rencontre sa fille Roberta (Alice Jubert) qui ressemble trait pour trait à celle de ses visions...
La paranoïa s'installe. Petit à petit le voilà possédé par l'esprit, il est en prise à de véritables crises de schyzophrénie ; il bat Christella, agresse une cliente de son taxi et singe coiffure et costume du défunt J.D. Walker et marche dans ses pas pour découvrir la vérité sur sa mort.

On ne peut pas accuser Arthur Marks d'avoir épuisé le filon de la blax'. Il en a au contraire exploré les nombreuses possibilités : chacun de ses films traite de thèmes différents, met en avant des actrices et acteurs différents et s'intéresse à des genres différents (le film policier avec Detroit 9000, l'action testostéronnée à la Bucktown, l'espionnage et le charme dans Friday Foster et la comédie avec The Monkey Hustle). C'est dans un polar fantastique, plus ou moins d'horreur, qu'il nous entraîne cette fois.
Grace à un scénario plutôt bien ficelé et une bonne BO (qui ressemble presque à un rap de RZA lors de la scène finale), Arthur Marks nous transporte à travers les quartiers chauds de New Orleans, les clubs de striptease glauques, les églises noires et les entrepôts crasseux.

Les sous-titres ne donnent pas entière satisfaction pour ce qui est de l'exactitude, à l'image du docteur proposant à Glynn de fumer un peu de beuh alors que le sous-titres français parle de repos... Mais on ne va pas bouder notre plaisir puisque ce JD's Revenge est facilement disponible dans la collection Soul Cinema.
Performance sans accroc de Glynn Turman qui alterne à merveille les rôles d'étudiant modèle et de dangereux psychopathe. Une vraie performance.
Celui qui incarna Fiddler dans Roots, Louis Gossett Jr. campe un pasteur prêchant contre le diable blanc, dans la plus pure tradition de Chester Himes.
On reconnaît quelques seconds rôles habituels : Alice Jubert, Fuddle Bagley, Stephanie Faulkner, David McKnight et surtout l'incroyable Bob Minor en mari cocufié dans la scène ci-dessous.


mercredi 26 mai 2010

Black Fist

On sort momentanément de la thématique soul/épouvante pour s'attarder sur ce film qui offre la vedette à Richard Lawson (dont j'ai parlé à plusieurs reprises dans les derniers billets.
Bogard, Black Streetfighter, Poing d'acier, Le combattant ou bien encore Get Fisk... Les retitrages sont nombreux pour ce film qui surfe sur la mode cinématographique naissante des combats de rues.

BLACK FIST - Timothy Galfas (1975)
Leroy Fisk (Richard Lawson) est un jeune Afro-Américain au chômage. Pour survivre et offir un avenir à sa femme enceinte, Florence (Annazette Chase), Leroy se lance dans des combats de rue. Il perd son premier combat, mais entre tout de même dans l'écurie de Logan (Robert Burtt) qui pourvoit largement à ses besoins.
Pressé de toutes parts, racketté par Heineken le flic ripou (Dabney Coleman), Leroy veut raccrocher mais accepte un dernier combat pour 20.000 $.
Mais Logan et Heineken, n'entendent pas la chose de cette façon...

Ultra-violence et scénario tenant sur une feuille OCB petit format, ce Black Fist est de facture assez bonne au regard du ridicule budget dont disposait le réalisateur, le quasi-inconnu Timothy Galfas ; dans les dernières minutes du film, Galfas tente même une approche très nouvelle vague cheap.....

Composée en deux parties bien -voire trop- distinctes : d'un coté l'éternelle ascencion d'une p'tite frappe qui veut survivre, puis la chute vertigineuse et la vengeance. Black Fist n'en reste pas moins très agréable à regarder lorsqu'on aime le genre.
Richard Lawson trouve enfin un premier rôle dans un film soul. Pour le reste du casting on retrouve des actrices et acteurs familiers, aussi bien les seconds rôles noirs comme Annazette Chase (The Mack, Truck Turner, Sounder 2,...), Stephanie Faulkner (The Bus Is Coming, Cooley High et JD's Revenge), Ed Rue (très petite filmographie, bien qu'on le croise dans Sweet Sweetback's Baadasssss Song, et comme ingénieur son sur Wattstax ou le plus récent House Party), et Philip Michael Thomas (le Ricardo Tubbs de Miami Vice) dans un petit rôle de pimp. A leur cotés, des Blancs habitués des rôles de flics véreux, de gros bras ou de mafieux tels que Morris Buchanan, Nicholas Worth, l'imposant H.B. Haggerty. Coté cascades, c'est Tony Brubaker qui est aux commandes.

dimanche 4 avril 2010

Cooley High

Au rang des chroniques sociales, un des meilleurs films de cette époque reste Cooley High. L'on prête souvent à ce long métrage d'être le pendant black de American Graffitti de Georges Lucas.


COOLEY HIGH - Michael Schultz (1975)


Cochise, Preach (Lawrence Hilton-Jacobs & Glynn Turman), Pooter et leurs copains sont élèves au Collège Cooley, à Chicago. Pour eux, c'est le temps des filles, des sorties en bande, des boums et des bagarres.
Habitués à sécher les cours malgrès les remontrances de leur prof d'histoire (Garrett Morris), Cochise et Preach se retrouve un soir dans une voiture volée et croisent les flics : la course poursuite commence. Et les emmerdes aussi...
Ce film aux abords un peu légers est pourtant une véritable chronique sociale qui dépeint le quotidien de la jeunesse des ghettos dans les années 60. Le film alterne des scènes classiques de teen movies, des passages comiques et des moments tragiques.
Il aborde tout à la fois avec humour et sérieux les problèmes liées à l'adolescence -des garçons-, à la violence, à la précarité...
Le scénario est d'Eric Monte (à qui l'on doit aussi celui du dessin animé The Nine Lives of Fritz the Cat), et la chaîne ABC s'en inspira pour créer sa série What's happening !!

Un pur film de la blaxploitation du point de vue de sa pléïade d'acteurs de petits seconds rôles : Garrett Morris (qui joue aussi dans Car Wash (il végète ensuite dans des séries et quelques films, puis retrouvera des seconds rôles dans les années 2000 avec Black Rose of Harlem, How High, The Salon, Who's Your Caddy ?, The Longshots), Joseph Carter Wilson, Stephanie Faulkner (The Bus Is Coming et JD's Revenge où elle retrouve Glynn Turman), Lynn Caridine, Steven Williams -le capitaine Fuller de 21 Jump Street- et Nathaniel Reed (les deux derniers seront l'année suivante dans Monkey Hustle), Colostine Boatwright (The Spook Who Sat By the Door), James Kingsley (Scream Blacula Scream).
C'est aussi la première apparition à l'écran de Robert Towsend (futur réalisateur de l'excellent Hollywood Shuffle). Bien sûr aussi à quelques techniciens récurrents, avec un coté familial : le mixeur Bill Pellak, le monteur Christopher Holmes, Lauren Jones (la femme de réalisateur) ; on s'aperçoit que l'équipe technique comme les acteurs rempilent pour The Monkey Hustle.

La musique originale est composée par Freddie Perren, mais l'on retiendra surtout le choix de titres-phares de la Motown : Baby love (des Suprêmes) pour la scène d'ouverture, The Temptations, Smokey Robinson & The Miracles, The Four Tops...