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mercredi 16 février 2011

Who's the Man ?

Les années 90 ont été marquées aussi par l'explosion du hip-hop , de toutes ses formes de disciplines, et le cinéma n'a pas échappé à la vague...

WHO'S THE MAN ? - Ted Demme (1993)


Dr. Dre et Ed Lover travaillent dans un barbershop ; mais ils sont de piètres coiffeurs et leur patron Nick Crawford (Jim Moody) les incite à se recycler... dans la police. Ils réussissent leur concours et intègrent la police de New-York.
Leurs méthodes sont originales et laxistes ; mais lorsque Nick meurt dans l'explosion de son salon, les deux compères investissent leur fonction et essaient de mettre la main sur les meurtriers...

Dr. Dre et Ed Lover avaient fait de brèves apparitions dans Juice, ils se retrouvent ici en haut de l'affiche de ce film resté relativement confidentiel.
Autant le dire, le scénario est faible et les acteurs principaux ne brillent pas par leur jeu.

A posteriori, le film ne tient que comme une trace de l'âge d'or du rap US. Pour les allergiques, il suffit de passer sa route. Pour les amateurs de film hip-hop choral ce film vaut le détour, sans nourrir toutefois de grands espoirs...
Le nombre d'acteurs de métier est plutôt limité ; on reconnaît la "gueule" de Badja Djola, Bernie Mac, Randy Frazier, Jim Moody et Linque Ayoung. Mais l'on s'amuse surtout à traquer les apparitions de dizaines de rappeurs dont, parmi les plus connus, Ice T (qui avait débuté dans le culte New Jack City), KRS-One, Kris Kross, Naughty By Nature, Queen Latifah, Kool G. Rap, Eric B., Stretch, Pete Rock, Busta Rhymes...

dimanche 20 juin 2010

New Jack City

En 1971, Melvin Van Peebles avait lancé -à son corps défendant- la vague de la Blaxploitation avec son mythique Sweet Sweetback's Baadasssss Song. Vingt ans plus tard, et parallèlement à Spike Lee et son explosif Do the Rigth Thing, au Boyz N the Hood de John Singleton et à Juice de Ernest R. Dickerson, Mario Van Peebles (qui avait fait ses premiers pas dans le chef d'oeuvre avant-gardiste de son père) contribue lui aussi à asseoir une mode cinématographique : les "urban films", les films sur le ghetto et les problèmes sociaux des Afro-Américains.

NEW JACK CITY - Mario VanPeebles (1991)



Nino Brown (Wesley Snipes) et son gang des CMN -pour Cash Money Brothers- est la valeur montante du deal de cocaïne à New-York.
Scotty Appleton (Ice T) et son collègue Nick traquent la drogue dans la Grosse Pomme. Ils se servent de Pookie (Chris Rock), un petit junkie et dealer sans envergure pour infiltrer les CMN.
L'infiltration tourne court avec la mort de Pookie.
Appleton décide alors de rejoindre à son tour la bande de Nino ; il va s'y faire accepter et devenir un des plus proches de Nino Brown, déclenchant les jalousies. Mais ce dernier sombre peu à peu dans la paranoïa et la mégalomanie...

Le soundtrack fait partie des meilleurs du genre avec de grand nom du rap US. Bien entendu, certains -qui deviendront des grands voire des légendes du mouvement hip-hop- font leur apparition à l'écran tel Ice T bien sûr mais Fab 5 Freddy, ou Flavor Fav de Public Ennemy. L'ambiance "street credibiliy" traversera l'Atlantique puisque dans la VF le doublage d'Ice T est assuré par un certain Joey Starr.

Celà peut paraître insignifiant, mais Van Peebles renoue avec les scènes d'amour entre Afro-Américain. Depuis une décennie, on pouvait noter une régression de ce point de vue. Là où les héros de la blaxploitation, femmes ou hommes, assumaient leur sexualité et que les scènes sensuelles -y compris "inter-raciales"- étaient une avancée permise par le genre (malgrès les dérives voyeuristes) ; les années 80 marquent un véritable reflux, où les Noirs sont cantonnés à des rôles comiques et désexués tels les icones Eddy Murphy et Whoopie Goldberg, ou à l'inverse à des prédateurs sexuels (Danny Glover dans La Couleur Pourpre et Mister T dans Rocky III étant les meilleurs exemples) ; tandis que les corps enlacés ne sont plus montrés et par là, la sexualité noire niée. Or, on sait combien les préjugés sexuels ont été entretenus pour favoriser le racisme et la ségrégation. Cette réhabilitation -entamée en 86 par She's Gotta Have It de Spike Lee- est donc un des aspects positifs du film.

Mario VanPeebles réussit aussi l'exploit de ne pas présenter des personnages manichéens, et en particulier de créer -grâce aux talents de Wesley Snipes- un Nino Brown à la fois détestable et victime d'une société inégalitaire et raciste.

Là où son père et son Sweetback... avait été le succès indépendant de 1971, la première réalisation de Mario VanPeebles rapporte plus de 45.000.000 $ pour un budget de 8 millions et se révèle le plus gros succès indépendant de 1992.

Van Peebles redonne un rôle Tracy Camilla Johns (la Nola Darling de She's Gotta Have It), utilise aussi l'inusable second rôle Thalmus Rasulala (Blacula, Willie Dynamite, Friday Foster...), Bill Cobbs (Greased Lightning, A Hero Ain't Nothin'... et The Hitter) et Clebert Ford. Enfin, il donne sa chance au jeune Chris Rock (qui jouera une parodie de gangsta dans CB4 quelques années plus tard).
Il s'appuie sur une grosse équipe technique dont, entre autres, les cascadeurs Jeff Ward et David S. Lomax et le costumier Bernard Johnson (Don't Play Us Cheap, Claudine, Willie Dynamite et The Bingo Long Traveling All-Stars & Motor King).

dimanche 13 juin 2010

Juice

Ernest Roscoe Dickerson -longtemps chef opérateur attitré de Spike Lee- commença son bout de chemin en tant que réalisateur après l'aventure Malcolm X, et s'inscrivant dans la veine des films urbains (tels que les précurseurs Boyz N the Hood et New Jack City, et le cultissime Menace II Society).

JUICE - Ernest R. Dickerson (1992)



Harlem, 1991. Roland Bishop (2pac Shakur), Quincy "Q" Powell (Omar Epps), Raheem Porter (Khalil Kain) et Erin "Steel" Thurman (Jermaine Hopkins) sèchent les cours et utilisent leur temps libre à traîner dans les rues, à squatter une salle d'arcade où ils s'affrontent à Street Fighter et volent des 33 tours de rap. Leurs journées sont aussi rythmées par les embrouilles avec un gang de latinos et le harcèlement de la police.
Les quatre amis -qui se surnomment "The Wrecking Crew"- se convainquent de faire un braquage. Q hésite : il a réussi une audition pour devenir DJ et doit se produire le samedi soir.
Finalement, il accepte et le crew braque un vieil épicier. Mais Bishop pète un plomb et assassine le commerçant sans raison, puis Raheem qui s'opposait à lui...

Pour cette première réalisation, Dickerson vise juste. S'appuyant sur un excellent soundtrack, il propose un film en deux parties bien maîtrisées ; la première, plus proche du documentaire bon-enfant sur la vie des ados de Harlem, une sorte de Cooley High transposé dans les années 90, et la deuxième beaucoup plus sombre suit la fuite en avant dans la violence de Bishop/2Pac et tombe dans le drame psychologique et le thriller haletant.
Difficile de ne pas chercher d'analogie dans la forme avec le maître Spike Lee, dont on reconnaît l'influence ne serait-ce que dans la scène d'ouverture où un rap survolté qui accompagne les quatre protagonistes dans leur réveil (quasiment calquée sur Do the Right Thing).

Le casting fait la part belle aux pionniers du mouvement hip-hop à travers un des personnages principaux : le quasi-légendaire 2Pac qui s'en tire très bien alternant le gangster sans scrupule et le bon garçon incompris. Apparaissent aussi Queen Latifah, Fab 5 Freddy, Dr. Dre et Ed Lover (qui tiendront les premiers rôles l'année suivante dans Who's the Man ?), EPMD (Erick Sermon et Parrish Smith), Treach, Special Ed, DJ Red Alert...
On a aussi droit à Samuel L. Jackson, Rony Clanton (le mémorable Sonny Carson) en inspecteur de police et à Lauren Jones qui joue la mère de Raheem (ex-femme de Michael Schultz qui assure le casting de Cooley High, et qui joue de petits rôles dans The Liberation de L.B. Jones et Car Wash).
Enfin, Ernest R. Dickerson s'appuie sur le monteur Sam Pollard (lui aussi complice de Spike Lee), les cascadeurs David S. Lomax et Jeff Ward, et l'incontournable directrice de casting black Jaki Brown.

mardi 17 mars 2009

She's Gotta Have It

Depuis 10 ans, peu de nouveautés dans les comédies estampillées "blacks"... Mais voilà qu'un petit réalisateur de Brooklyn vient dynamiter le genre ! Un film -que l'on trouve en France sous le titre Nola Darling n'en fait qu'à sa tête- plein de trouvailles esthétiques et un scénario étonnant et décalé.

SHE'S GOTTA HAVE IT - Spike Lee (1986)


Nola Darling (Tracy Camilla Johns) est une jeune artiste, une femme indépendante qui vit sa vie comme elle l'entend. Elle a ses trois amants masculins : le poète romantique Jamie Overstreet, le B-boy militant Mars Blackmon et le parvenu misogyne Greer Childs (Tommy Redmond Hicks, Spike Lee & John Canada Terrell) et une amante (Raye Dowell).
Alors, bien sûr, Nola est accusée d'être une "freak", une obsédée sexuelle.

Un film superbe, présenté sous forme de faux reportage et tourné en noir et blanc (un peu à la manière de Charles Burnett dans Killer of Sheep). On y explore l'univers de Nola, alternant interviews et flash-back. On vit ses histoires avec chacun de ses amants, sa copine lesbienne, sa bio racontée par ses proches...
She’s Gotta Have It est le premier film de Spike Lee. Il le produit lui-même, avec sa maison de production 40 Acres and a mule (en référence à la promesse faite aux esclaves par les Yankees de recevoir une terre et une mule, promesse non-tenue bien évidemment). A la fin du générique, Spike Lee pose, poing ganté et fermé en l'air. Les bases sont jetées...
Au niveau des chiffres et récompenses, le film -indépendant donc- rapporte 11 millions de dollars, pour un budget initial de 175 000 dollars. Pour ce film, Lee reçoit le Prix de la Jeunesse à Cannes en 1986.

Nola Darling c'est l’anti-stéréotype. Nola Darling brouille en effet les codes auxquels nous ont habitués les films blax' par exemple. Elle cultive une multitude de goûts, comme le prouve son attirance égale pour Greer, Mars et Jamie. Et Spike Lee montre la sexualité noire d’une façon totalement inédite, a fortiori pour une femme noire. A croire que tous ceux qui ont pu critiquer le maître Lee sur sa supposée misogynie n'ont jamais vu ce film. Dommage par ailleurs que ce personnage de femmes "indépendantes" ait été complètement délaissé par le nouveau cinéma afro-américain...

Toute la famille Lee est là : sa sœur Joie joue l'ancienne colloc' de Nola, tandis que son père Jim Lee compose la Bande-Originale du film et incarne le père de Nola... Ainsi que ceux qui vont devenir ses complices de longues années : le producteur Monty Ross, le chef op' Ernest R. Dickerson, le responsable des décors Wynn Thomas, l'homme à tout faire Marcus Turner...
Et outre les acteurs principaux, on déniche les copains de la première heure comme Reginald Hudlin (qui deviendra réalisateur de succès comme House Party, Boomerang et The Great White Hype), Eric Payne, le rappeur Fab 5 Freddy, Erik Dellums...
A signaler, Mars Blackmon (interprété par Spike Lee himself) est un B-boy génialissime, "black and proud" et qui se vante d’être à l’origine de la candidature de Jesse Jackson à la présidentielle américaine : « Vous avez vu, il s’est présenté à cause de moi, Mars Blackmon. Je lui ai donné l’idée. "Présente-toi, Jesse !" ». Le personnage sera réutilisé par Nike qui tourne quelques spots pour ses célèbres baskets.