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samedi 4 décembre 2010

The Toy

C'est peu dire qu'avec Le joujou Richard Pryor participe à l'un de ses pires films et à une comédie aux relents racistes rarement vus dans la décennie précédente.


THE TOY - Richard Donner (1982)

Jack Brown (Richard Pryor) est un pigiste sans emploi de Bâton-Rouge, Louisiane. Accablé de dettes, il risque de perdre sa maison et - prêt à tout- il arrive à décrocher un boulot de femme de ménage pour le magnat local, U.S. Bates (Jackie Gleason). Lors d'un dîner cossu, il accumule les maladresses et se fait virer.
Mais le rejeton Bates, délaissé autant que pourri-gâté, tombe littéralement sous le charme ludique de Jack et le veut comme jouet. Bates et Jack trouvent un arrangement financier, et ce dernier répond pour un temps aux desideratas de la petit peste...
Quel recul et quel gâchis ! Quel recul dans l'utilisation des Afro-Américains à l'écran, et quel gâchis du talent des acteurs, et en particulier de Richard Pryor ! Avec The Toy nous voilà revenu aux temps de Shirley Temple et Bill "Bojangles" Robinson.

Rajoutons à celà une multiplication des drapeaux sudistes dans tout le film. Et lorsque le propos devient sérieux, il bascule dans une leçon de vie d'une platitude attendue. Peut-être que la seule réussite du film est de nous faire haïr le gamin

Le film est plus affligeant que marrant ; le talent de Pryor est étouffé et se réduit à un rôle de faire-valoir, digne des coons mangeurs de pastèques de la première moitié du siècle. De même pour la fade réalisation de Richard Donner bien meilleurs dans des films d'action légers (comme les 4 Arme fatale).
Probablement pour répondre aux politiques de quotas, les producteurs se sont triturés pour trouver quelques acteurs noirs. Mais Annazette Chase et Virginia Capers se font rares et l'on peut entrevoir Tony King. Maigre consolation pour un tel navet raciste !

mardi 11 mai 2010

Ganja & Hess

Au rang des films charcutés, je présente Ganja and Hess. Il y a des director's cut qui présentent peu d'intérêt, excepté pour les fans. Là c'est bien à un vrai massacre que ce sont livrés divers producteurs et monteurs, et le director's cut est ressorti miraculeusement il y a peu, redonnant vie à une œuvre originale et splendide.

GANJA & HESS - Bill Gunn (1973)

Hess Green (Duane Jones), archéologue et anthropologue, étudie la civilisation disparue de Mythia, sur le fleuve Niger ; ces habitants vouaient un culte au sang humain. Il engage un nouvel assistant, Georges Meda (Bill Gunn). Pris de folie, ce dernier poignarde le chercheur avec une étrange dague, puis se suicide.
Hess, lui, ne meurt pas. Au contraire, l'antique dague nigérienne lui confère l'immortalité ; le pendant de ce pouvoir immense s'accompagne d'un besoin insatiable de sang humain.
C'est alors que le Docteur Hess rencontre la belle Ganja (Marlene Clark), la veuve de son assistant.
Hess et Ganja vont alors entamer une relation passionnelle, imprégnée de la soif de sang...
Plus proche de Sweet Sweetback's Baadasssss Song que de Blacula, ce film est un petit chef-d'oeuvre. Comme pour Sweetback, le spectateur est décontenancé, balotté, immergé, énervé et envouté ; Bill Gunn l'invite à plonger dans un vrai cinéma d'auteur, un pari artistique, une véritable œuvre d'art. La réalisation et la B.O. (lunaire, de Sam Waymon) sont innovantes, la trame de fond n'est qu'un prétexte à une introspection sur le thème de l'identité afro-américaine, de la religiosité

Deux moments particulièrement beaux et intenses moment est pour moi la longue scène d'amour quasi-rituelle, avec des plans langoureux (on est loin des scènes érotiques quelconques de la plupart des films de cette période) qui magnifient les corps, et la scène de gospel endiablé.
La sortie aux Etats-Unis est un ratage. Malgré une présentation au Festival de Cannes (1973) où il est ovationné, Ganja and Hess va subir deux charcutages consécutifs des négatifs originaux (Bill Gunn disparaîtra même du générique) et des retitrages racoleurs surfant sur la blaxploitation puis le succès de L'exorciste. il faut attendre la fin des années 90 pour voir ressurgir une copie de la version originale de Bill Gunn et une réédition DVD très fournie.
Bill Gunn réunit un joli et talentuex casting avec Duane Jones, le héros de La nuit des mort-vivants de Romero, la belle habituée des films d'épouvante blacks Marlene Clark, (lui offrant probablement son rôle le plus profond), Leonard Jackson (qui campe le détestable Mister Brooks dans Five On the Black Hand Side), Mabel King, Tommy Lane... Son chef opérateur James E. Hinton (qui fait ses débuts dans Don't Play Us cheap, et revient dix ans plus tard dans le film qui signe le retour de Melvin VanPeebles : Identity Crisis).

dimanche 14 février 2010

Bucktown

Casting de rêve pour ce film musclé qui rassemble pour la première fois deux des grandes figures de la Blaxploitation : Pam Grier et l'ex-joueur de football, Fred "the Hammer" Williamson.

BUCKTOWN - Arthur Marks (1975)


Duke (Fred Williamson) arrive à Bucktown pour enterrer son frère, un patron de bar officiellement décédé d'une pneumonie... Duke reprend le bar, mais il se rend vite compte que la police locale est corrompue jusqu'à l'os, et tient le maire sous sa coupe.
Bien sûr, il refuse de payer et se retrouve avec de gros ennuis... Entre-temps, Aretha (Pam Grier) est tombé sous son charme. Mais leur première nuit d'amour se conclue par une fusillade en règle de la maison de Duke par la police.
Duke appelle à la rescousse son ami Roy (Thalmus Rasulala) et ses gars. En quelques jours, la ville est nettoyée de ses policiers véreux, mais Roy et ses hommes prennent rapidement leur place et extorquent à leur tour de l'argent aux habitants de Bucktown. Duke est laissé tranquille par son pote Roy, mais un des méchants gorilles (Tony King) décide de foutre la merde en tabassant un ami de Duke. C'est le début des problèmes...

Arthur Marks connaît son boulot : la réal est impec'. Et il sait quels acteurs engager pour faire un film qui marche, alors il alingne les têtes d'affiche : Pam Grier, Fred Williamson et Thalmus Rasulala. On peut que le rôle de Pam Grier soit assez peu développé, dommage... Arthur Marks se rattrape la même année en lui offrant le rôle principal de Friday Foster ; il réalise aussi d'autres films phares de la blaxploitation : Detroit 9000, J.D.'s Revenge et The Monkey Hustle.
Les seconds rôles sont truffés d'habitués des films blax' : Tony King, Tierre Turner, Bernie Hamilton, Art Lund (comme en guise de revanche, puisqu'il incarne le commissaire de Black Caesar), Bob Minor à la cascade, et un certain Carl Weathers -qui deviendra le mythique Apollo Creed dans la série des Rocky- joue ici dans son premier long métrage.
Le film est résolument tourné vers l'action : le dézingage des flics véreux, l'utilisation d'un prototype militaire, la scène de baston "à la loyale" entre Roy et Duke...
La B.O. est assuré par Johnny Pate (à qui l'on doit les excellents soundtracks de Brother on the Run,   Shaft in Africa, Dr. Black, Mr. Hyde et la série Shaft).

mercredi 24 décembre 2008

Shaft

"- Who's the black private dick
that's a sex machine to all the chicks ?
- Shaft !"
C'est sur cette chanson mythique de feu Isaac Hayes que débute le premier film du héros le plus représentatif du cinéma de blaxploitation : Shaft (titré Les nuits rouges de Harlem pour la sortie française).

SHAFT - Gordon Parks (1971)

John Shaft (Richard Roundtree) est un détective privé qui officie à Harlem. Il est engagé par Bumpy Jonas (Moses Gunn), un gros caïd qui fait dans la prostitution et la drogue, pour retrouver sa fille kidnappéé, semble-t'il, par Ben Buford (Christopher St. John) et ses hommes qui composent un groupe de militants "Black Power". Bien qu'il n'aime pas beaucoup les activités de Bumpy, Shaft accepte la mission contre un salaire plus que correct.
Il met à contribution son réseau d'indics et sa connaissance de Harlem pour retrouver Ben. Lorsqu'il met la main dessus, le groupe de militants et Shaft sont victimes d'une fusillade... Et, entre le témoignage de Ben et les informations de l'inspecteur Androzzi (Charles Cioffi), Shaft comprend que la fille de Bumpy a été en fait enlevée par la mafia, passablement énervée de voir le caïd local lui raffler ses parts de marché...
Alors que la MGM était au bord de la faillite, le salut vient d'un petit photographe moustachu qui a l'idée d'adapter un roman à succès d'Ernest Tidyman ; ce dernier co-écrit le scénario avec John D.F. Black (scénariste de séries, on lui doit aussi Trouble Man).
Gordon Parks a réalisé deux ans avant The Learning Tree, un drame biographique poignant, mais la consécration lui vient de ce film emblématique d'une époque, et annonciateur de la déferlante de productions afro-américaines : la blaxploitation !

On comprend aisément le succès tant communautaire que "grand public" de ce film. Le rythme est soutenu, l'action bien maîtrisée, l'intrigue tient la route et les personnages secondaires sont bien trouvés ; rajoutons à ça la musique, véritable personnage du film, envoutante et qui colle si parfaitement aux situations... et tous les ingrédients d'un bon polar sont réunis.
Ce qui en fait un film quasi-cathartique pour la jeunesse afro-américaine c'est que jusqu'alors les points positifs que je viens d'égrainer s'appliquaient à des héros blancs pour un public blanc. Or voilà que déboule un super héros afro-américain, qui vient de la rue et ne s'en laisse pas compter, un héros qui couche avec des femmes (et des Blanches !), aide la communauté, lutte et triomphe des mauvais Blancs...

La scène d'ouverture condense tout ce qui fera l'identité de la blaxploitation : héros intrépide aux manières de bad boy, déambulation urbaine avec son cortège de commerces et d'enseignes lumieuses (jusqu'à barbershop, commerce représentatif entre tous pour les Afro-Américains), musique omniprésente signée d'une star de la soul)...
Si le film n'est pas politique au premier chef, la nouvelle image des Afro-Américains qu'il véhicule est tout de même un fait politique, comme la traduction sur grand écran du slogan Black is beautiful !
Shaft est donc un grand classique de la blaxploitation et même du cinéma des 70s, facile d'accès pour se lancer dans la Blaxploitation avec une BO de rêve par Isaac Hayes, une intrique qui tient la route, un héros qui a la classe incarné par Richard Roundtree ; le rôle qui lui collera à la peau (dans trois autres films : Shaft's Big Score, Shaft in Africa et Shaft 2000 et une série TV de 7 épisodes). Outre Moses Gunn, déjà connu, le casting regorge d'actrices  et d'acteurs qui font leurs premiers pas dans la blaxploitation et qui réapparaîtrons souvent : Antonio Fargas, Tony King, Al Kirk, Ed Bernard, Tommy Lane, Lee Steele, Alan Weeks, Gertrude Jeannette... Christopher St. John quant à lui écrit, réalise et joue dans le très bon Top of the Heap.
A signaler aussi la présence Drew Bundini Brown, proche de Muhammad Ali ; entraineur et soigneur, il serait même l'auteur du célèbre "Float like a butterfly, sting like a bee", Jamie Foxx lui prête ses traits dans le Ali de Mickael Mann. Drew Bundini Brown eut sa petite carrière d'acteur : on le retrouve dans Aaron Loves Angela, The Greatest, Penitentiary III ou encore The color Purple de Spielberg.

Il existe un court documentaire sur le tournage de Shaft : Soul on Cinema, Filming Shaft on Location.