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jeudi 25 décembre 2008

Shaft's Big Score !

Les nouveaux exploits de Shaft : la suite que Gordon Parks offre à son héros presqu'invicible John Shaft. 

SHAFT’S BIG SCORE ! - Gordon Parks (1972)

Juste avant de mourir dans l'explosion de son entreprise funéraire, Cal Asby (Robert Kya-Hill) a le temps de planquer un joli tas de billets et de prévenir son ami  John Shaft (Richard Roundtree) qu'il a de sérieux problèmes. Shaft est aussi l'amant de sa soeur Arna (Rosalind Miles), il fait donc de la résolution de ce meurtre une affaire personnelle !
Grâce à ses liens avec le Capitaine Bollin (Julius Harris) et les gangsters Bumpy Jonas et Willy (Moses Gunn & Drew Bundini Brown), les soupçons de Shaft s'orientent rapidement vers Johnny Kelly (Wally Taylor), l'associé de Cal qui a une grosse ardoise chez le mafieu raffiné mais intraitable : Gus Mascola (Joseph Mascolo).
Shaft est prêt à tout pour démasquer les assassins de son ami...
Produit pour moins de 2 millions de dollars, ce deuxième volet rapporte plus de 10 millions ! Réussite incontestable, Parks a investi son surplus financier dans un casting plus étoffé (dont Julius Harris, découvert dans Nothing But a Man), des décors branchés et un final énorme qui en nous en met plein les mirettes, avec mitraillage en règle dans un cimetière, poursuite en voiture, en bateau et en hélicoptère !

D'un point de vue technique, c'est probablement le plus réussi de la trilogie ; il y manque pourtant de l'âme de Harlem. Le décor s'est déplacé dans les quartier plus huppés, ce qui donne un très bon méchant maniéré et pervers incarné par Joseph Mascolo (qui joue aussi dans The Spook Who Sat by the Door), mais on y perd en ambiance urbaine. Les immeubles délabrés sont remplacés par de lumineux appartements design et des clubs branchés.
Cependant, ce dépaysement n'empêche détails et allusions plus ou moins marquées du sceau du "black power" : tension raciale au commissariat, chauffeur blanc, victoire du héros afro-américain sur les mafieux blancs... et toujours un aspect très sexualisé du héros qui multiplie les conquêtes. Tout en montrant quelques seins (coutume frivole de l'époque plutôt que voyeurisme intéressé), Parks filme les scènes d'amour à travers des filtres ou des miroirs déformants. Il n'en reste pas moins que la sexualité des Noirs est encore un tabou visuel dont Gordon Parks se joue visiblement.

Malgré de nombreux dialogues et de rares scènes d'action, la mise en scène est réussie et la réalisation parvient à donner un rythme, jusqu'à l'apothéose finale à classer parmi le tiercé gagnant des meilleures fusillades de la blaxploitation (quelques images sont reprises dans The Kidnapping) ! On retiendra aussi la scène du club, sorte de clip qui alterne show exotique de danseuses aux costumes flamboyants avec les sombres escaliers où Shaft se fait tabasser.

En sourdine le thème mythique d'Isaac Hayes, officiellement indisponible pour enregistrer, Gordon Parks se charge du soundtrack, résolument plus jazzy (il avait déjà une solide expérience avec la BOF de son premier long métrage The Learning Tree).

Drew Bundini Brown a pris un peu de galon et se retrouve en troisième position au générique, juster derrière Moses Gun, lui aussi rescapé du premier opus. De nouveaux personnages sont introduits : Julius Harris devient le nouveau lieutenant/ami de Shaft, Rosalind Miles (The Black Six, Friday Foster), Don Blakely (dans les 90s, il apparaît dans Harlem Nights et Pulp Fiction), Thomas Anderson (The Learning Tree, Trick Baby, The Legend of Nigger Charley et Don't Play Us Cheap), Wally Taylor (Cotton Comes to Harlem, Cool Breeze, Lord Shango, Crossroads, The Golden Child), Robert Kya-Hill (seulement quelques films dont Slaves) et la plantureuse Kathy Imrie, quasiment absente des écrans par la suite.
Coté équipe technique, Gordon Parks reconduit les responsables de chaque équipe de Shaft : le chef op' Urs Furrer, le costumier Joe Aulisi, Martin Bell au maquillage, les ingénieurs du son Hal Watkins et Lee Bost et le décorateur Robert Drumheller... Ainsi que Alex Stevens et Marvin Walters à la coordination des cascades.

jeudi 21 août 2008

Shaft

"- Who's the black private dick
that's a sex machine to all the chicks ?
- Shaft !"
C'est sur cette chanson mythique de feu Isaac Hayes que débute le premier film du héros le plus représentatif du cinéma de blaxploitation : Shaft (titré Les nuits rouges de Harlem pour la sortie française).
SHAFT - Gordon Parks (1971)

John Shaft (Richard Roundtree) est un détective privé qui officie à Harlem. Il est engagé par Bumpy Jonas (Moses Gunn), un gros caïd qui fait dans la prostitution et la drogue, pour retrouver sa fille kidnappéé, semble-t'il, par Ben Buford (Christopher St. John) et ses hommes qui composent un groupe de militants "Black Power". Bien qu'il n'aime pas beaucoup les activités de Bumpy, Shaft accepte la mission contre un salaire plus que correct.
Il met à contribution son réseau d'indics et sa connaissance de Harlem pour retrouver Ben. Lorsqu'il met la main dessus, le groupe de militants et Shaft sont victimes d'une fusillade... Et, entre le témoignage de Ben et les informations de l'inspecteur Androzzi (Charles Cioffi), Shaft comprend que la fille de Bumpy a été en fait enlevée par la mafia, passablement énervée de voir le caïd local lui raffler ses parts de marché...
Alors que la MGM était au bord de la faillite, le salut vient d'un petit photographe moustachu qui a l'idée d'adapter un roman à succès d'Ernest Tidyman ; ce dernier co-écrit le scénario avec John D.F. Black (scénariste de séries, on lui doit aussi Trouble Man).
Gordon Parks a réalisé deux ans avant The Learning Tree, un drame biographique poignant, mais la consécration lui vient de ce film emblématique d'une époque, et annonciateur de la déferlante de productions afro-américaines : la blaxploitation !

On comprend aisément le succès tant communautaire que "grand public" de ce film. Le rythme est soutenu, l'action bien maîtrisée, l'intrigue tient la route et les personnages secondaires sont bien trouvés ; rajoutons à ça la musique, véritable personnage du film, envoutante et qui colle si parfaitement aux situations... et tous les ingrédients d'un bon polar sont réunis.
Ce qui en fait un film quasi-cathartique pour la jeunesse afro-américaine c'est que jusqu'alors les points positifs que je viens d'égrainer s'appliquaient à des héros blancs pour un public blanc. Or voilà que déboule un super héros afro-américain, qui vient de la rue et ne s'en laisse pas compter, un héros qui couche avec des femmes (et des Blanches !), aide la communauté, lutte et triomphe des mauvais Blancs...

La scène d'ouverture condense tout ce qui fera l'identité de la blaxploitation : héros intrépide aux manières de bad boy, déambulation urbaine avec son cortège de commerces et d'enseignes lumieuses (jusqu'à barbershop, commerce représentatif entre tous pour les Afro-Américains), musique omniprésente signée d'une star de la soul)...
Si le film n'est pas politique au premier chef, la nouvelle image des Afro-Américains qu'il véhicule est tout de même un fait politique, comme la traduction sur grand écran du slogan Black is beautiful !
Shaft est donc un grand classique de la blaxploitation et même du cinéma des 70s, facile d'accès pour se lancer dans la Blaxploitation avec une BO de rêve par Isaac Hayes, une intrique qui tient la route, un héros qui a la classe incarné par Richard Roundtree ; le rôle qui lui collera à la peau (dans trois autres films : Shaft's Big Score, Shaft in Africa et Shaft 2000 et une série TV de 7 épisodes). Outre Moses Gunn, déjà connu, le casting regorge d'actrices  et d'acteurs qui font leurs premiers pas dans la blaxploitation et qui réapparaîtrons souvent : Antonio Fargas, Tony King, Al Kirk, Ed Bernard, Tommy Lane, Lee Steele, Alan Weeks, Gertrude Jeannette... Christopher St. John quant à lui écrit, réalise et joue dans le très bon Top of the Heap.
A signaler aussi la présence Drew Bundini Brown, proche de Muhammad Ali ; entraineur et soigneur, il serait même l'auteur du célèbre "Float like a butterfly, sting like a bee", Jamie Foxx lui prête ses traits dans le Ali de Mickael Mann. Drew Bundini Brown eut sa petite carrière d'acteur : on le retrouve dans Aaron Loves Angela, The Greatest, Penitentiary III ou encore The color Purple de Spielberg.

Il existe un court documentaire sur le tournage de Shaft : Soul on Cinema, Filming Shaft on Location.