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samedi 1 juin 2013

He Got Game

Lee surfe sur la surexpostion mondiale du basketball et comme beaucoup d'autres (on pense à Space Jam ou The Sixth Man) se plie à la mode. Le résultat est magistral...
Ce film marque aussi le début d'une collaboration avec la légende du football et ancienne star de la blaxploitation : Jim Brown.

HE GOT GAME - Spike Lee (1998)

Jake Shuttlesworth (Denzel Washington) est en prison pour meurtre... Mais le directeur, sous les ordres du gouverneur, lui offre un permission d'une semaine avec à la clé une libération totale. Sa mission : convaincre son fils Jesus (Ray Allen), un basketteur prometteur, de rejoindre la Big State University et d'y intégrer l'équipe de basket.
Y arriver confine au miracle. D'une part parce que le jeune prodige des parquets est courtisé par tous les coachs du pays, "conseillé" par sa petite amie Lala, son oncle Bubba, son pote Big Time Willie (Rosario Dawson, Bill Nunn & Roger Smith Guenveur)... Tous les procédés sont bons pour recruter Jesus !
D'autre part Jake était en prison pour le meurtre de sa femme, la mère de Jesus...
6 ans après Malcolm X, Spike Lee et Denzel Washington se retrouvent pour un drame social avec en toile de fond le trouble milieu du baskettball universitaire. Le sujet semble moins percutant que la biographie du leader assassiné, pourtant le réalisateur new-yorkais livre un film presque parfait (s'il n'y avait pas quelques longueurs) et Denzel Washington est tout simplement brillant

Lee mutiplie les segments, alterne les ambiances et les contrastes comme le présent et les flash-back, il enrobe ses personnages de ses travelling si personnels et fait la part belle aux dialogues. La mise en scène est splendide, le montage parfait, la direction d'acteurs est au niveau. Pour preuve la performance de Ray Allen, jeune basketteur des Bucks de Milwaukee choisi par Lee en personne ; ce dernier mise beaucoup sur le réalisme et tient absolument à décrocher un joueur en activité pour tenir le rôle de Jesus et, après de nombreuses auditions, il insiste pour faire des essais avec Ray Allen.

He Got Game est un drame, un film sombre qui dresse un tableau bien négatifs des rapports humains et de la cupidité.
Comme d'habitude, en tout cas dans les meilleurs films du maître Lee, il y a peu de personnages "bons" ; tous sont traversés d'envies, de névroses, d'égoïsme comme d'altruisme... Toutes et tous essaient ici d'influencer le jeune Jesus selon les bénéfices qu'ils espèrent en tirer. Et s'il ne prend pas position, comme à son habitude, pour un de ses caractères Spike Lee dresse un tableau sans concession sportif et si dénonciation il y a, elle est systémique.
Encore une fois, il est presque risible de voir, dans les commentaires sur diverses plate-formes, comme certains ne voient Spike Lee que sous la lorgnette ethnique, et arrivent à trouver des passages racistes dans chacun de ses films. A l'opposé de ces faux procès improbables, He Got a Game compte parmi ses meilleurs projets.
Spike Lee décroche des caméos de Michael Jordan, Scottie Pippen, Shaquille O'Neal et d'autres moins connu.

Il s'appuie toujours sur sa garde rapprochée : pour ce qui de la partie technique et artistique on retrouve le directeur artistique Wynn Thomas, le monteur Barry Alexander Brown, les chefs opératrice Ellen Kuras et Malik Hassan Sayeed, la directrice de casting Aisha Coley...
Pour la distribution, si le casting s'étoffe de la présence de Milla Jovovich et Rosario Dawson, on retrouve toujours la bande chère à Spike Lee : Thomas Jefferson Byrd, John Turturro, Roger Guenveur Smith, Bill Nunn, Lonette McKee, la petite Zelda Harris, Joseph Lyle Taylor, Hill Harper, Arthur J. Nascarella...

vendredi 28 octobre 2011

Bamboozled

Voilà un film de Spike Lee -plus ou moins oublié et politiquement très incorrect- mais qui fait pour moi parti de ses meilleures productions. Titré The Very Black Show en Français, le film est quasiment entièrement tourné en caméra digitale donnant une impression de docu (on retrouve même un montage et des effets parfois très proche du Sweet Sweetback... de Melvin Van Peebles) 


BAMBOOZLED - Spike Lee (2000)
 
Pierre Delacroix (Damon Wayans) est un scénariste afro-américain ; il travaille pour une chaîne de télé et se voit refuser son dernier show jugé "pas assez black" par son patron. Il prépare alors un projet explosif : ressusciter le concept de minstrel show (spectacle où des acteurs blancs noircis au cirage interprétaient des numéros clownesques, de mauvais tours de claquettes et débitaient des sortes de "blagues") ; mais là, les deux acteurs principaux seront des Afro-Américains maquillés en noir. Rebaptisés Mantan (Savion Glover) et Sleep’n Eat (Tommy Davidson) deviennent les héros de Mantan : the New Millenium Minstrel Show où ils reprennent les sketchs , postures, danses et stéréotypes les plus éculés de la tradition raciste des minstrel shows.
Contrairement à l'idée du créateur Pierre Delacroix, le public est au rendez-vous et le show devient pour les Afro-Américains comme pour les Blancs un véritable succès (chaque spectateur est noirci et déclare au présentateur "I'm a nigger").
Un final magistral montage d’extraits de vieux minstrel show, de films avec Stepin Fetchit, Mantan Moreland et autres Autant en emporte le vent, Song of the South ou The Jazz Singer, et de cartoons racistes (dont nous avons déjà parlé). Un final qui exprime et symbolise une violence inouïe pour des millions de Noirs asservis, puis mis au ban de la société et parallèlement caricaturés, animalisés et infantilisés dans les films, shows ou cartoons durant tous le XXème siècle. Les deux publicités censées sponsoriser l'émission sont plus vraies que natures et complètement tordante (ci-dessous).
Dans ce film Jada Pinckett-Smith occupe l’unique rôle positif et l'incarne à merveille. Et l'on peut sourire quand on sait la réputation de misogynie faite à Spike Lee qui donne en réalité aux femmes des rôles majeurs dans ces histoires... Le producteur campé par Michael Rapaport est parfait en "spécialiste des afro-américains" exalté aux multiples photos de sportifs noirs mais aux préjugés bien ancrés. Quant à Damon Wayans il interprète un personnage profond, ambigüe plus dramatique que comique et s'en sort plutôt bien dans ce registre.
Thomas Jefferson Byrd, acteur qui revient dans de nombreux films de Lee, fait lui aussi une performance énorme dans le rôle du chauffeur de salle, Honeycutt. A signaler enfin le rappeur Mos Def (Civil Brand, Showtime, Block Party, Be Kind Rewind, Next Day Air) ou le révérend Al Sharpton et Johnny Cochran dans leurs propres rôles...