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lundi 10 septembre 2012

The Spook Who Sat by the Door

On continue sur les films militants avec l'incroyable film d'Ivan Dixon : Notre agent de Harlem

THE SPOOK WHO SAT BY THE DOOR 
- Ivan Dixon (1973)

Le sénateur Hennington (Joseph Mascolo) en pleine réélection a l'idée d'ouvrir la CIA à des membres noirs. Voilà donc l'agence qui intègrent donc une promotion exclusivement d'hommes afro-américains. Le seul à parvenir au bout de la formation est Dan Freeman (Lawrence Cook), un travailleur social de Chicago, apparemment bien sous tous rapport.
Mais au bout de quelques années de travaux ingrats au sein de l'agence, Dan Freeman démissionne et retourne à Chicago reprenant son boulot ,au contact des pauvres du ghetto. Freeman a une idée en tête : recruter des militants nationalistes noirs pour les entraîner à la guérilla urbaine en vue d'opérations politique. Il crée les "Freedom Fighters"...
Le titre est à double sens. "The spook who sat by the door" fait référence aux premiers temps de l'affirmative action lorsque les entreprises remplissaient leur quotas raciaux en engageant un portier noir. Le mot spook peut être entendu aussi comme agent secret... et il résume la double problématique avancée par Ivan Dixon : le questionnement de l'affirmative action et l'actualité de la révolution noire.

Malgré un lieu commun qui fantasme la blaxploitation comme un courant militant, rares sont les films vraiment politiques ; et dans ce petit cercle fermé de moins d'une dizaine de titres, The Spook... est le seul à présenter positivement un groupe paramilitaire organisé capable de rivaliser efficacement avec les forces de l' "ordre".
Dixon semble suivre les préceptes de Melvin Van Peebles qui dans son journal de tournage de Sweetback... affirmait que "le film ne pourra pas se contenter d'être un simple discours didactique projeté [...] dans un cinéma vide, à l'exception de dix ou vingt frères déjà convaincus qui me taperont sur l'épaule en me disant que le film dit vraiment la vérité. [...] Il doit être capable d'exister comme un produit commercial viable sinon il n'aura aucun pouvoir". C'est clairement l'ambition d'Ivan Dixon qui construit son film avant tout comme un film d'action et d'espionnage de facture assez classique ; la différence c'est que le héros est un révolutionnaire et que le réalisateur, complaisant, prend le temps d'expliciter sa pensée politique. Rare ! Dixon fait oeuvre de pédagogie ; il fait s'affronter les deux grandes tendances des militants afro-américains, expose -parfois un peu lourdement- les thèses de chacun et parvient à divertir les adeptes de films d'action et d'espionnage tout en développant un discours contestataire.

Entre la musique signée Herbie Hancock, de bons dialogues et un rythme soutenu, on passe plus qu'un bon moment devant The Spook... Et, même si je ne m'explique pas comment ce film put être diffusé sans encombre, il reçoit à sa sortie un accueil enthousiaste, dans la population afro-américaine en particulier. Le fait qu'il ait longtemps été difficilement visionnable (Warner l'a réédité en DVD à la demande) n'a pas terni sa réputation, qui s'en est même trouvée renforcée comme le film le plus ouvertement révolutionnaire de la blaxploitation. Dans les bonus DVD, on peut voit le réalisateur et acteur Robert Towsend témoignant de l'effet positif que lui fit ce héros révolutionnaire, en comparaison des Super Fly, Shaft et autres Willie Dynamite.

Et c'est vrai que Lawrence Cook incarne un autre style de héros, moins viril et arrogant mais tout aussi efficace ! Après de petits rôles dans  The Man, Cotton Comes to Harlem, The Landlord et Trouble Man, Cook accède là au rôle plus intéressant de sa carrière (suivront entre autres Lord Shango et Posse, le western post-blaxploitation de Mario Van Peebles).
En outre, il y a pas mal de seconds rôles de l'époque tels que Paula Kelly (Cool Breeze, Top of the Heap, Three Tough Guys, Uptown Saturday Night, Drum, Jo Jo Dancer..., D.R.O.P. Squad), J.A. Preston (qui tournera dans nombres de séries), Doug Johnson (The Lost Man, Buck and the Preacher, Cleopatra Jones, Let's Do It Again, Stir Crazy), Paul Butler (The Blues Brothers, To Sleep with Anger, Strictly Business), Don Blakely (Shaft's Big Score !, Harlem Nights, Pulp Fiction), Beverly Gill (Scream Blacula Scream), Colostine Boatwright (Cooley High), Lenart Norris (Mahogany) et Joseph Mascolo (le méchant de Shaft's Big Score !) qui incarne un sénateur prêt à toutt pour sa réélection.

lundi 24 octobre 2011

The Blues Brothers

Voilà un film que j'avais oublié de chroniquer lors de ma rétrospective des comédies des années 80. Oubli réparé aujourd'hui, mais oubli révélateur du problème que soulève ce film (que j'adore par ailleurs) pour qui s'intéresse à la culture afro-américaine : comment un duo de Blancs décroche un succès si important en utilisant systématiquement musique, personnages et références noir-américaines ?

THE BLUES BROTHERS - John Landis (1980)

"Joliet" Jake Blues (John Belushi) -fraîchement libéré de prison- et son frère Elwood (Dan Aykroyd) s'attèlent à une impérieuse mission : réunir 5000 $ pour sauver l'orphelinat où ils ont grandi, et où vit leur père spirituel Curtis (Cab Calloway), menacé d'expulsion.
Pour réunir l'argent, ils projettent de reformer leur groupe et donner un énorme concert. Ils doivent d'abord retrouver leurs comparses éparpillés.
Pendant leurs recherches, au volant de leur Bluesmobile, ils doivent convaincre leurs musiciens et amis de reprendre la route avec eux, jouer dans des bouges pour se rôder, échapper à la police, àet des nazis et des musiciens de country, et déjouer les pièges d'une mystérieuse femme (Carrie Fisher)...
L'idée des Blues Brothers naît dans le Saturday Night Live, où officient John Belushi et Dan Aykroyd. Aux deux comédiens, se rajoutent entre autres le bassiste et le guitariste de Booker T. & the MGs : Donald "Duck" Dunn et Steve Cropper (qui fait aussi un invisible caméo dans Be Kind Rewind), ainsi que Willie "Too Big" Hall aux percussions -qui fut membre de The Bar-Kays et batteur d'Isaac Hayes (il apparaît aussi dans Soul Men). Et la mayonnaise prend tellement bien que le groupe prend réellement vie en sortant un premier album en 1978 : Briefcase Full of Blues.

Incontestable succès, critique, public et commercial (115 millions rien qu'en exploitation en salle), The Blues Brothers sonne tout de même comme un énorme hold-up.
Examinons d'abord les raisons de ce succès mérité. Le duo des frères est complètement décalé, -fringués comme des mafieux de pacotille, lunettes noires et rouflaquettes- ils s'imposent par leur flegme et leur loufoquerie austère. Les séquences musicales sont fortes et possèdent incontestablement une énergie communicative (à l'image du cultissisme "Everybody Needs Somebody to Love").
Les cascades et les effets spéciaux sont ultra-réussis, en particulier la coure-poursuite finale en voiture et le monstrueux carambolages de voitures de police...
Enfin, les grand noms de la soul, du funk et du blues répondent présents, et viennent offrir leur talent : Cab Calloway et son Hi De Ho Man, James Brown, John Lee Hooker, Ray Charles, Aretha Franklin qui, dans une scène magistrale , reprend son Freedom face à son restaurateur de mari (par ailleurs aux claviers) ou encore Chaka Khan.

Quant au "hold-up", il vient justement de ces stars afro-américaines et il est assez symptomatique de la récupération en règle qui est à l’œuvre dans les années 80s : le "blanchissement" -la normalisation d'un point de vue hollywoodien- de thèmes afro-américain (dont l'exemple phare pourrait être Rocky, cet improbable boxeur blanc qui défait ses adversaires afro-américains).
Ici c'est donc une partie de la culture noire qui est utilisée -à bon escient- mais avec des personnages principaux blancs. Bien sûr celà fait aussi parti du ressort comique, avec cet aspect décalé des frères Blues, avec leurs costumes de mafieux et leur immersion dans un milieu afro-américain.
Attention, il n'y a pas de racisme dans ce film (le groupe de nazis qui s'oppose aux héros en est d'ailleurs la preuve).

Les acteurs principaux sont donc des musiciens (dont les membres du groupe qui reprennent leurs postes dans la séquelle Blues Brothers 2000 : Steve Cropper, Willie "Too Big" Hall, Alan Rubin, Matt Murphy, Tom Malone, Lou Marini, Murphy Dunne, Donald "Duck" Dunn).
Mais il y aussi quelques acteurs bien choisis comme Carrie Fisher (la Princesse Leïa dans Star Wars), Steven Williams (reconnu comme le Capitaine Fuller de 21 Jump Street, il débute dans Cooley High et The Monkey Hu$tle), les réalisateurs Steven Spielberg et Franck Oz (Bowfinger), Charles Napier (récemment décédé, il participe à Original Gangstas, Steel et Nutty Professor II: The Klumps), James Avery, Mr. T, Paul Butler...
Le film est produit et monté par George Folsey Jr. (Hammer, Black Caesar, les épisodes de la série Shaft : The Kidnapping, The Capricorn Murders et The Murder Machine, J.D.'s Revenge, Coming to America et Bulletproof).

jeudi 3 février 2011

Strictly Business

Jeune acteur lors de la vague des films soul, Kevin Hooks va s'imposer dans la décennie 90 comme un réalisateur d'action movie et gagner ses galons grâce au détonnant Passenger 57. Pour l'heure il débute avec cette comédie...

STRICTLY BUSINESS - Kevin Hooks (1991)



Bobby (Tommy Davidson) est un fêtard dégourdi avec les filles, il travaille comme préposé au courrier dans une grande entreprise new-yorkaise de l'immobilier. Waymon (Joseph C. Phillips), lui, est haut placé dans l'entreprise et espère même en prendre la co-direction, à condition de mener à bien la signature de nouveaux contrats juteux ; par contre sa vie sentimentale est plutôt morose, tiraillé qu'il est entre sa compagne tyranique et son amour secret, la belle Natalie (Halle Berry).
Les deux hommes vont s'entraîder : Bobby apprenant à Waymon à conquérir Nathalie, en échange de quoi il l'aide à progresser dans l'entreprise en le prenant comme stagiaire.

Kevin Hooks réalise là son premier film, remplaçant au pied levé le réalisateur remercié par Warner Bros. Mais sa carrière a commencé voilà deux décennies en tant qu'acteur dans des drames tels que le sublime Sounder, Aaron Loves Angela de Gordon Parks, A Hero Ain't Nothin' But a Sandwich ou encore le feuilleton sportif The White Shadow. Il devient réalisateur dans les années 80, mais uniquement de séries TV. Ainsi, son premier essai sur grand écran s'avère relativement concluant, bien que le succès ne soit pas totalement au rendez-vous, dans une année pourtant lucrative pour la nouvelle vague afro-américaine. Le producteur Nelson George se fait rare ensuite, bien qu'il travaille entre autres avec Chris Rock, avec qui il produit CB4 et Good Hair.

Le scénario mêle romance, comédie et revêt même un intérêt sociologique dans sa description des rapports sociaux dans la communauté noire, qui a vu depuis plusieurs années certains de ses membres s'élever dans la hiérarchie sociale. Loin d'être assommant, Strictly Business décrit tout cela avec un certain recul et un regard parfois satyrique. A signaler aussi une scène d'amour entre Phillips et Berry, encore rare pour l'époque.

Le casting sympathique réunit de jeunes talents afro-américains tels que Tommy Davidson, Anne-Marie Johnson, Isaiah Washington, Ellis Williams, Joe Torry, Paul Butler (acteur de second rang, et de séries en particulier, qui débute cependant dans le brulôt politique The Spook Who Sat By the Door, et joue dans l'excellent To Sleep with Anger de Charles Burnett et le culte The Blues Brothers), ainsi que les deux stars en devenir Halle Berry et Samuel L. Jackson (incontournable second rôle des films des jeunes réalisateurs afro-américains de la fin des 80s et du début des 90s). Ce sont aussi les débuts de Toy Van Lierop aux maquillages (Lean on Me, See No Evil, Hear No Evil, Boomerang, Vampire in Brooklyn, Mister G., The Nutty Professor, Life, Bowfinger, The Best Man, Hitch, You Don't Mess with the Zohan, I Am Legend, Precious...).