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vendredi 28 octobre 2011

The Original Kings of Comedy

L'année même où il sort Bamboozled, Spike Lee réalise pour MTV un docu-spectacle sur la tournée des stars du stand-up Bernie Mac, Cedric the Entertainer, Steve Harvey et D.L. Hughley...

THE ORIGINAL KINGS OF COMEDY - Spike Lee (2000)



Spike Lee réalise donc un nouveau documentaire qui suit Cedric the Entertainer, Bernie Mac, D.L. Hughley et Steve Harvey lors des deux dernières dates -à Charlotte- de leur tournée intitulée Kings of Comedy.
Steve Harvey est le maître de cérémonie... Il introduit ses trois acolytes et livre de plus courtes prestations, mais entre chaque comiques. Il livre entre autre un sketch tendre sur la "old school", pas celle du hip hop mais des soul men et women des années 60 et 70 aux chansons d'amour immortelles.
D.L. Hughley se lance dans une fantastique improvisation, taillant un costards à plusieurs membres du public.

Mais ce sont surtout Cedric the Entertainer et Bernie Mac qui enflamment le public et offrent chacun une prestation talentueuse.
Le premier évoquent la différence entre les Noirs qui "espèrent" et les Blancs qui "souhaitent" et rebondit sur l'actualité, évoquant entre autre l'éventualité d'un président noir.
La partie de Bernie Mac se présente plutôt comme une succession d'anecdotes personnelles et d'auto-dérision ; il se lance dans une dissection du terme "mother fucker" et une longue tirade totalement génialissime dans laquelle il l'emploie plus d'une trentaine de fois.
Le budget de production était très faible, et l'exploitation en salle rapporte plus de dix fois la mise, avec environ 38 millions de dollars. Mais l'alchimie entre ces bêtes de scène et le public dépasse largement les bilans compatbles. S'il y a une seule chose à retenir de ce show, c'est la communion avec le public, l'ambiance et la ferveur que l'on ne retrouve nulle part ailleurs que dans les salles -de spectacles mais aussi de cinéma- afro-américaines. Le public est hilare, se lève, hurle, danse avec la musique... En France, la fin des années 2000 verront éclore une tentative de décliner cette tradition proprement afro-américaine : le Comedy Club de Jamel Debbouze, où les jeunes artistes sont en interaction directe avec le public.

Spike Lee est entouré de plusieurs de ses proches : ses directeur artistique et monteurs quasi-attitrés, respectivement Wynn Thomas et Barry Alexander Brown, ainsi qu'un chef opérateur, Malik Hassan Sayeed, avec qui il collabore quelques fois (Crooklyn, Clockers, Girl 6, He Got Game).

dimanche 27 mars 2011

The Players Club

Après le succès de Friday, Ice Cube débarque avec un projet qu'il scénarise, produit et réalise : The Players Club...

THE PLAYERS CLUB - Ice Cube (1998)



Diana Armstrong (LisaRaye) est une jeune fille indépendante ; elle quitte la maison familiale pour suivre ses études, tout en élevant seule son fils. Elle rencontre Tricks et Ronnie (Adele Givens & Chrystale Wilson) qui l'incitent à travailler dans le club de striptease de Dollar Bill (Bernie Mac). Diana étudie le jour et danse la nuit, en évitant au maximum de traîner dans les histoires louches de ses collègues.
Lorsque sa cousine Ebony (Monica Calhoun) débarque en ville quatre ans plus tard, Diana doit la prendre sous son aile. Ebony est embauchée à son tour au club, mais se trouve vite confronter à l'alcool, à l'argent facile et elle n'a pas la force de caractère de Diamond pour y résister.
Le budget est minime (5 millions de dollars) mais aligne une incroyable liste d'acteurs et actrices afro-américains : Jamie Foxx, Bernie Mac, LisaRaye, Faizon Love, Tommy "Tiny" Lister, Michael Clarke Duncan, Monica Calhoun, Anthony J. Johnson, Badja Djola, Alex Thomas, Terrence Howard, Charlie Q. Murphy, Oren Williams, Jossie Thacker, Adele Givens, Samuel Monroe Jr., Chrystale Wilson, Clyde Jones, Tracey Cherelle Jones... ainsi que les rapeurs Luther "Luke" Campbell et Master P.
Enfin Ice Cube s'adjoint les services de quelques "anciens" tels John "Kunta" Amos, Judyann Elder (Melinda et le téléfilm A Woman Called Moses) et Dick Anthony Williams (Up Tight !, The Lost Man, The Mack, Slaughter's Big Rip-Off et Five on the Black Hand Side).
Ces castings pléthoriques ne sont pas toujours gage de qualité ; cependant ici chacun est utilisé avec parcimonie, faisant du liant entre les différentes histoires qui se télescopent.

C'est le seul film d'Ice Cube comme réalisateur (il porte aussi les casquettes de producteur, scénariste et acteur). Il prend la bonne décision en ne reprenant pas plus tard la caméra, car ses talents pour la réalisation sont assez limités. Par contre, il est accompagné des professionnels consacrés du moment : le chef opérateur Malik Hassan Sayeed, les maquilleuses Debra Denson et Stacye P. Branche, la directrice de casting Kim Hardin (Monica R. Cooper), la monteuse Suzanne Hines ou encore les cascadeurs William Washington, April Weeden-Washington, Eddie L. Watkins et Big Daddy Wayne.

En plus, son scénario tient la route. Entre action, drame, humour et charmes, on ne s'ennuie pas et même on réfléchit ; en effet, Ice Cube propose derrière une apparente légèreté des thèmes pertinents. D'abord, mettre une femme au premier plan est plutôt une gageure et reste rare encore en cette fin des 90s ; ce personnage principal (confié à LisaRaye qui débute au cinéma) est en plus celui d'une femme forte et indépendante.
En outre, Ice Cube filme les séquences de strip avec une certaine retenue, et aborde de front certains sujets comme le marché du sexe, les violences faites aux femmes et même le viol.
Ensuite, on peut aussi imaginer qu'en utilisant à contre-emploi Dick Anthony Williams (habitué aux rôles de mac rutilant dans les 70s) comme un père de famille protecteur pas très heureux de savoir sa fille danser dénudée, Ice Cube pose un regard critique sur l'apologie des pimps dans les produits culturels afro-américains, de la blaxploitation aux urban films. Enfin, et sans dévoiler la fin en partie tragique, il se donne un -petit- rôle plutôt positif en posant les limites de l'acceptable.

Certaines scènes sont tout simplement jubilatoires comme cette danseuse fessant un flic en lui faisant hurler "I'm Black and I'm proud !" (et je ne résiste pas à vous la faire partager) :

lundi 2 novembre 2009

Crooklyn

Comme dans Do the Right Thing, Spike Lee filme avec amour la vie dans le quartier de Bedford-Stuyvesant, mais cette fois dans les années 70...

CROOKLYN - Spike Lee (1994)


Eté 1973, Bedford-Stuyvesant, un quartier de Brooklyn à New York.
Carolyn Carmichael (Alfre Woodard) essaie tant bien que mal d'éduquer ses nombreux et turbulents enfants, en composant avec son mari Woodrow (Delroy Lindo), musicien sans le sou. Pour les enfants, le quotidien est fait de jeux, de discussions sur le perron de l'immeuble, de saut à la corde, de matchs de basket à la télé...
Mais le couple Carmichael peine à joindre les deux bouts, et s'engueulent fréquemment. Un jour, les parents profitent d'un voyage dans la famille de Woody pour y laisser leur fille Troy (Zelda Harris) quelques temps. La petite déteste Tante Song (Frances Foster) et son affreux chien, et à son retour à Brooklyn, le quotidien de la famille va changer...
Deux ans après sa fresque historique Malcolm X, Spike Lee livre là un film semi-autobiographique, tour à tour comique, intimiste et dramatique. Joie et Cinqué Lee (la sœur et le frère de Spike) co-écrivent le scénario avec lui.
On sourit en voyant le jeune qui rappelle Spike Lee, avec ses lunettes énormes et déjà fan des Knicks. La musique originale est signée Terence Blanchard ; mais le film est surtout rythmé par les hits de l'époque : "Pusherman" de Curtis Mayfield, "Hey Joe" d'Hendrix, "ABC" des Jackson 5, le thème de Shaft. C'est aussi l'occasion de voir des épisodes de "Soul Train", des pubs d'époque, des affiches de Muhammad Ali contre Frazier...

Malgré des débuts prometteurs (3ème au box-office), il peine à rentrer dans ses frais. Il faut dire que le film n'atteint pas les qualités des précédents, le scénario est parfois décousu et l'effet voulu de déformation de l'image (lors de toutes les scènes où Troy est chez sa tante) est assez désagréable. Cependant, cette comédie dramatique reste intéressante tant visuellement qu'au niveau de l'histoire, et à la façon presque sociologique dont Spike Lee filme Bedford-Stuyvesant et ses habitants. Ici, il n'y a pas de caïds ultra-classes, de drogués heureux ou des pimps rutilants. Juste des gens normaux essentiellement afro-américains, mais aussi asiatiques, italos, latinos...

Un petit mot pour celui qui incarne le père : Delroy Lindo est un acteur qu'on croise rarement (Malcolm X, Clockers, le téléfilm Soul of the Game, Romeo Must Die...) mais il dégage de lui un charisme rare et son interprétation apporte beaucoup au film.
Robi Reed dirige toujours le casting, mais l'on retrouve peu des acteurs fétiches des films précédents. Spike s'octroie un tout petit rôle de junkie, se croisent aussi Isaiah Washington, Ivelka Reyes, Vondie Curtis-Hall, Joie Lee, Bokeem Woodbine, Harvey Williams, Peewee Love, Rich Pierrelouis, Zay Smith (qui rejoue seulement dans Miracle at Santa Anna et est embauché comme assistant stagiaire sur Inside Man).
En plus quelques anciens : Frances Foster (qui débute dans Take a Giant Step, joue 20 ans plus tard dans A Piece of the Action, puis apparaît essentiellement dans des séries), Arthur French (Car Wash, The Wiz, Fingers, A Hero Ain't Nothin'...) et Norman Matlock (dont le premier film est le mythique Across 110th Street).
C'est le premier film sans Ernest R. Dickerson à la photographie, il est remplacé par Arthur Jafa (plutôt habitué des documentaires, il tient le même poste dans Daughters of the Dust et dirige la seconde équipe sur Malcolm X).

mardi 13 octobre 2009

He Got Game

Lee surfe sur la surexpostion mondiale du basketball et comme beaucoup d'autres (on pense à Space Jam ou The Sixth Man) se plie à la mode. Le résultat est magistral...

HE GOT GAME - Spike Lee (1998)

Jake Shuttlesworth (Denzel Washington) est en prison pour meurtre... Mais le directeur, sous les ordres du gouverneur, lui offre un permission d'une semaine avec à la clé une libération totale. Sa mission : convaincre son fils Jesus (Ray Allen), un basketteur prometteur, de rejoindre la Big State University et d'y intégrer l'équipe de basket.
Y arriver confine au miracle. D'une part parce que le jeune prodige des parquets est courtisé par tous les coachs du pays, "conseillé" par sa petite amie Lala, son oncle Bubba, son pote Big Time Willie (Rosario Dawson, Bill Nunn & Roger Smith Guenveur)... Tous les procédés sont bons pour recruter Jesus !
D'autre part Jake était en prison pour le meurtre de sa femme, la mère de Jesus...
6 ans après Malcolm X, Spike Lee et Denzel Washington se retrouvent pour un drame social avec en toile de fond le trouble milieu du baskettball universitaire. Le sujet semble moins percutant que la biographie du leader assassiné, pourtant le réalisateur new-yorkais livre un film presque parfait (s'il n'y avait pas quelques longueurs) et Denzel Washington est tout simplement brillant

Lee mutiplie les segments, alterne les ambiances et les contrastes comme le présent et les flash-back, il enrobe ses personnages de ses travelling si personnels et fait la part belle aux dialogues. La mise en scène est splendide, le montage parfait, la direction d'acteurs est au niveau. Pour preuve la performance de Ray Allen, jeune basketteur des Bucks de Milwaukee choisi par Lee en personne ; ce dernier mise beaucoup sur le réalisme et tient absolument à décrocher un joueur en activité pour tenir le rôle de Jesus et, après de nombreuses auditions, il insiste pour faire des essais avec Ray Allen.

He Got Game est un drame, un film sombre qui dresse un tableau bien négatifs des rapports humains et de la cupidité.
Comme d'habitude, en tout cas dans les meilleurs films du maître Lee, il y a peu de personnages "bons" ; tous sont traversés d'envies, de névroses, d'égoïsme comme d'altruisme... Toutes et tous essaient ici d'influencer le jeune Jesus selon les bénéfices qu'ils espèrent en tirer. Et s'il ne prend pas position, comme à son habitude, pour un de ses caractères Spike Lee dresse un tableau sans concession sportif et si dénonciation il y a, elle est systémique.
Encore une fois, il est presque risible de voir, dans les commentaires sur diverses plate-formes, comme certains ne voient Spike Lee que sous la lorgnette ethnique, et arrivent à trouver des passages racistes dans chacun de ses films. A l'opposé de ces faux procès improbables, He Got a Game compte parmi ses meilleurs projets.
Spike Lee décroche des caméos de Michael Jordan, Scottie Pippen, Shaquille O'Neal et d'autres moins connu.

Il s'appuie toujours sur sa garde rapprochée : pour ce qui de la partie technique et artistique on retrouve le directeur artistique Wynn Thomas, le monteur Barry Alexander Brown, les chefs opératrice Ellen Kuras et Malik Hassan Sayeed, la directrice de casting Aisha Coley...
Pour la distribution, si le casting s'étoffe de la présence de Milla Jovovich et Rosario Dawson, on retrouve toujours la bande chère à Spike Lee : Thomas Jefferson Byrd, John Turturro, Roger Guenveur Smith, Bill Nunn, Lonette McKee, la petite Zelda Harris, Joseph Lyle Taylor, Hill Harper, Arthur J. Nascarella...