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mercredi 2 janvier 2013

Black Samson

Acteur et cascadeur, Charles Bail débute dans la réalisation avec Black Samson...

BLACK SAMSON - Charles Bail (1974)

Samson (Rockne Tarkington) tient un bar, il fait le service et corrige les clients qui importunent les danseuses. Armé de son bâton et flanqué de son lion Hoodoo, Samson protège aussi les habitants du quartier.
Mais la famille Nappa ambitionne d'inonder ce quartier de ses produits stupéfiants, en particulier  Johnny (William Smith) soucieux de prouver à son oncle Joe (Tito Vandis) ses qualités de chef.
Johnny Nappa multiplie les coups bas pour arriver à ses fins : coups de pression, infiltration d'une danseuse à sa solde, enlèvement de la petite amie de Samson, Leslie (Carol Speed)...
L'ancien joueur de football Rockne Tarkington (vu dans peu de films soul excepté The Great White Hope, Melinda et Black Starlet) prête son physique impressionnant à la déclinaison blaxploitation du mythe de Samson (sauf qu'il ne tire pas sa force de son superbe afro, mais de son bâton). D'abord acteur et cascadeur, Charles Bail se lance dans la réalisation, sans grand génie pour la mise en scène ou la direction d'acteur, il récidive cependant l'année suivante avec la coproduction Warner/Shaw Cleopatra Jones and the Casino of Gold. Les séquences de bagarres sont heureusement bien orchestrées et Bail mobilise tout un pool de cascadeurs afro-américains parmi les meilleurs tels Bob Minor, Tony Brubaker, Peaches Jones, Marvin Walters, Gene LeBell, Terry Leonard, Ernest Robinson... mais aussi blancs comme Hank Calia, Nick Dimitri, Charlie Picerni, Wayne King Sr., Phil Adams. Si bien que plus de la moitié du casting est l'auteur de ses propres cascades.
Quant à l'équipe technique, beaucoup de similitudes entre ce Black Samson, Black Starlet et Sweet Jesus, Preacherman : le chef décorateur Ed Cosby, Henning Schellerup (directeur de la photographie des deux premiers et réalisateur du troisième, ainsi que de deux autres films obscurs :  The Black Bunch et The Black Alley Cats).

Black Samson est donc un blaxploitation assez typique avec son héros quasi-invincible protégeant ses frères et sœurs de la drogue et de la mafia italo-américaine. Si plusieurs réflexions sur le racisme et la pauvreté fusent, l'ensemble n'est que prétexte à dérouler le script et à provoquer bastons et courses poursuites (agrémentées de courtes scènes de danse topless). La scène finale enchaîne une bonne course-poursuite -avec le bâton de Samson dépassant par l'ouverture du toit !- et l'aide de dizaines d'habitants venus prêter main forte à leur héros ; très intéressante image de la solidarité communautaire pas si fréquente que ça dans les films blax.

Habitué des rôles de méchant dans la blaxploitation : Hammer, une apparition dans The Thing With Two Heads, Sweet Jesus, Preacherman, Boss Nigger, William Smith s'avère le meilleur personnage de ce film et campe à la perfection un méchant raciste et misogyne. Son homme de main est joué par Joe Tornatore (Sweet Sweetback's Baadasssss Song, Cleopatra Jones, Top of the Heap...) et son oncle pragmatique par Tito Vandis (A Piece of the Action).
Carol "Abby" Speed incarne la petite amie du héros et l'on peut reconnaître dans les rues des seconds couteaux tels Damu King (Shaft, Top of the Heap, Black Girl, Sweet Jesus..., The Black Godfather, Blackjack), Marilyn Joi (Hammer, Coffy, Detroit 9000, Hitman, Black Starlet, The Candy Tangerine Man, Black Samurai), Junero Jennings (The Mack, Slaughter's Big Rip-Off, Three the Hard Way,...), Ken Bell (The Black Godfather) et le vieil acteur Napoleon Whiting (débutant dans les années 50, il fut longtemps cantonné aux rôle de serviteurs et autre Pullman porter).

lundi 8 mars 2010

Hell Up in Harlem

La suite de Black Caesar, retitré Casse dans la ville en français, est un bon gros film d'action ! Il reprend la trame de fond du premier opus et permet à Fred "the Hammer" Williamson de revêtir les habits de Tommy Gibbs...
...pour notre plus grand plaisir !

HELL UP IN HARLEM
Larry Cohen (1973)


Tommy Gibbs (Fred Williamson) est retrouvé, touché par une balle, par son père (Julius Harris) dans un terrain vague ; il est toujours en possession d'un livre de compte qui mentionne le nom de flics ripoux. Pris en charge par sa bande, Tommy est emmené à l’hôpital.
Petit à petit, Tommy "Black Caesar" Gibbs se remet sur pied et se venge méthodiquement. Tandis que son père devient son premier lieutenant, Tommy continue son ascension...

Le film commence au moment de la tentative de meurtre contre Tommy qui constitue la longue dernière séquence de Black Caesar. On est loin du premier opus (version intégrale ou coupée) qui contenait nombre message et une trame pertinente. Ici, place à l'action pure et dure et quelques instants de charme avec Gloria Hendry ou Margaret Avery. Et le résultat n'en est pas moins génial !

Les scènes d'action se succèdent : bagarre à main nue et arts martiaux contre les Japonais, infiltration sous-marine et fusillade, élimination systématique... Larry Cohen multiplie les caméras embarqués et les scènes urbaines qui renforcent le réalisme du film.

Sur la BO de Freddie Perren, Larry Cohen reconstitue son casting secondaire précédent avec D'Urville Martin, Gloria Hendry et Julius Harris (à qui il offre un rôle beaucoup plus étoffé -et improbable). Il appelle en plus l'éternel second Tony King dans le rôle de l'homme de main sans scrupule (comme dans Bucktown), Margaret Avery, Esther Sutherland (en mammy, dans une des scènes les plus jubilatoires de la blax'), Al Kirk...

Une fois n'est pas coutume, je remplace le trailer habituel (ici) par deux scènes génialissimes (dont celle avec Esther Sutherland). Bon visionnage. et jetez-vous sur ces deux films si vous ne les avez pas vu !!

jeudi 4 mars 2010

Black Caesar

Black Caesar (sous-titré Le parrain de Harlem en VF) est de ces films phares de la blaxploitation qui impose une nouvelle sorte de héros afro-américain. A l'instar de Shaft, Cleopatra Jones, Slaughter ou Foxy Brown, Tommy "Black Caesar" est un héros qui en jette !

BLACK CAESAR - Larry Cohen (1973)


1953, à New-York, un jeune cireur de chaussure fricotte avec la pègre ; rossé par un policier véreux -McKinney (Art Lund)- il perd l'usage de sa jambe gauche. Il finit en prison, emportant avec lui ses rêves d'ascension sociale.
Douze ans plus tard, Tommy (Fred Williamson) sort de prison. Il exécute un contrat pour la mafia italienne et commence une collaboration inédite avec Mendoza qui lui octroie un territoire. Le Révérend Rufus (D'Urville Martin) camouffle les bénéfices de la prostitution, des loteries et du racket derrière sa paroisse (exonérée d'impôts), tandis que Joe "the Brain" les réinvestit dans des affaires lucratives et légales.
En possession d'un livre de compte avec le nom de policiers corrompus, Tommy Gibbs gravit les échelons de la pègre, se retrouve à travailler aux côtés de son ennemi juré le capitaine McKinney...

Excellent ! il n'y a pas d'autres mots pour qualifier ce Black Caesar. Tous l'univers des films de mafia sont réunis : un héros mégalo et tourmenté, des lieutenants , des ennemis prêts à tout pour conserver leurs parts de marchés, son lot de violence, fusillade et fêtes guindés sur fond de mandoline... Mais Larry Cohen dynamite en même temps le genre, il rajoute des costumes colorés, afros et bacchantes, décors urbains hyper-réalistes, rythmes soul et poursuites en voitures, sur fond de misère sociale et de ségrégation raciale.
Gibbs rachète l'appartement (meubles et vêtements) du blanc pour lequel travaille sa mère.
Les symboles du racisme ambiant et de lutte nécessaire sont légions, souvent avec violence : flic qui menace de castrer le jeune Tommy, l'humiliation du cirage (et la "revanche" à la fin), l'expropriation des patrons de sa mère...

Fred Williamson, véritable figure la blaxploitation, campe un parrain paternaliste qui combine profit personnel et charité envers la Communauté, un héros musclé et tourmenté avide de vengeance et de gloire. Les seconds rôles de qualité suivent : D'Urville Martin en pasteur flamboyant, Julius Harris dans le rôle de Mister Gibbs, le père de Tommy, la belle Gloria Hendry, Art Lund très convaincant dans le détestable captain McKinney, Don Pedro Colley et bien sûr l'incontournable Bob Minor aux cascades.

Le film doit aussi son succès à la B.O.F. inspirée de James Brown, dont Down & Out in New York City.
Et comme dans ce genre de petite production, des techniciens ou producteurs se retrouent devant la caméra ; ici Cecil Alonzo (qui fait de même dans Superfly) et James Dixon. Dans le même genre, j'en profite pour évoquer Marvin Kerner, ingénieur du son sur une dizaine de film blax (essentiellement de l'AIP) et le monteur George Folsey Jr. (qui produira dans les années 80 les comédies d'Eddie Murphy : Un fauteuil pour deux et Un Prince à New-York).
Autre caractéristique des petits budget ont du bond, et du talent de Larry Cohen : les scènes urbaines prennent un réaliste saisissant avec les -vrais- passants hagards devant un Fred Williamson ensanlanté ou jetant des coups d'oeil à la caméra.

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L'analogie avec le Scarface de DePalma est flagrante : héros flamboyant et pathétique à l'origine plus que modeste, avec une mère qui s'est tuée à la tâche pour l'élever et un père absent, un ami d'enfance vécu comme un traître, une vie amoureuse catastrophique, et plus généralement l'ascension fulgurante suivie de la descente vertigineuse vers une déchéance totale. Une vision très noire -et réaliste- du mythique "american dream" emprunté par Tony Montana et Tommy Gibbs.

Cependant, le film que l'on peut aujourd'hui voir en DVD, ou sur les écrans français à l'époque, n'est pas la version sortie dans les salles US. En effet, la mort de Tommy avait provoqué la colère des spectateurs afro-américains, ulcérés de voir un véritable héros noir échouer et mourrir, et Larry Cohen a finalement coupé la scène finale au montage. Les merveilles du business ont fait le reste puisque cette épuration a permis de sortir une suite aux aventures de Tommy Gibbs : Hell Up In Harlem.
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