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vendredi 8 mars 2013

Slaughter's Big Rip-Off

Après le succès de Slaughter (et de Black Gunn), c'est tout naturellement que l'AIP et Jim Brown remettent le couvert pour L'exécuteur noir...


SLAUGHTER'S BIG RIP OFF
Gordon Douglas (1973)

Lors d'un déjeuner champêtre entre Slaughter (Jim Brown) et ses amis, un petit avion rôde et mitraille les convives et tuent deux amis de l'ancien "Green Beret". Il se lance à la recherche des meurtriers.
Mais la police soupçonne notre héros, le deal avec la police : Slaughter doit trouver une liste de flics, journalistes et politiciens corrompus pour être blanchi.
Avec l'aide de Joe Creole (Dick Anthony Williams), il infiltre la forteresse ennemie et se procure la précieuse liste.
Le chef de l'Organisation, Duncan (Ed McMahon), n'en est que plus énervé contre Slaughter et confie à Kirk (Don Stroud) le soin de s'en débarasser. Celui-ci va capturer sa copine Marcia (Gloria Hendry)...

Les inconvénients du premier opus sont ici résolus : tous les codes du cinéma soul sont réunis pour notre plus grand bonheur, et haussent cette séquelle bien au-dessus de l'original.
Le scénariste Charles Eric Johnson (à qui l'on doit des titres aussi évocateurs que Hammer, That Man Bolt, The Monkey Hustle et Mean Mother) adapte le personnage créé par Don Williams et le place dans une ambiance urbaine et lui adjoint plusieurs seconds rôles très sympathiques. Gordon Douglas (réalisateur de They Call Me Mister Tibbs !) s'en sort très bien et propose une réalisation bien rythmée.

Pour d'obscure raison de droits et d'embrouilles entre l'AIP d'Arkoff et James Brown, le soundtrack de la version DVD a été remanié et, malgré le crédit au générique, le "Godfather of soul" et de son complice, le tromboniste Fred Wesley.

Le casting est authentiquement blax', avec Gloria Hendry, Dick Anthony Williams en pimp flamboyant et cambrioleur hors-pair, l'inimitable Scatman Crothers, Brock Peters (qui débute sa carrière dans l'adaptation culte Carmen Jones), J. Jay Saunders, Junero Jennings, Terry Leonard, Gene LeBell et Tony Brubaker. Du coté des méchants et des filles légères : Don Stroud qui avait déjà partagé l'affiche avec Brown dans tick...tick...tick..., deux jeunes blondes souvent dénudées : Judith M. Brown (dans les premiers WIP phillipins avec Pam Grier et Sid Haig, ainsi que dans Willie Dynamite) et Lisa Farringer (Cleopatra Jones, Coffy, Truck Turner et Foxy Brown).

mardi 8 mai 2012

The Players Club

Je profite de la chronique sur The Janky Promoters pour réparer un oubli : The Players Club le seul film d'Ice Cube en tant que réalisateur...

THE PLAYERS CLUB - Ice Cube (1998)



Diana Armstrong (LisaRaye) est une jeune fille indépendante ; elle quitte la maison familiale pour suivre ses études, tout en élevant seule son fils. Elle rencontre Tricks et Ronnie (Adele Givens & Chrystale Wilson) qui l'incitent à travailler dans le club de striptease de Dollar Bill (Bernie Mac). Diana étudie le jour et danse la nuit, en évitant au maximum de traîner dans les histoires louches de ses collègues.
Lorsque sa cousine Ebony (Monica Calhoun) débarque en ville quatre ans plus tard, Diana doit la prendre sous son aile. Ebony est embauchée à son tour au club, mais se trouve vite confronter à l'alcool, à l'argent facile et elle n'a pas la force de caractère de Diamond pour y résister.
Le budget est minime (5 millions de dollars) mais aligne une incroyable liste d'acteurs et actrices afro-américains : Jamie Foxx, Bernie Mac, LisaRaye, Faizon Love, Tommy "Tiny" Lister, Michael Clarke Duncan, Monica Calhoun, Anthony J. Johnson, Badja Djola, Alex Thomas, Terrence Howard, Charlie Q. Murphy, Oren Williams, Jossie Thacker, Adele Givens, Samuel Monroe Jr., Chrystale Wilson, Clyde Jones, Tracey Cherelle Jones... ainsi que les rapeurs Luther "Luke" Campbell et Master P.
Enfin Ice Cube s'adjoint les services de quelques "anciens" tels John "Kunta" Amos, Judyann Elder (Melinda et le téléfilm A Woman Called Moses) et Dick Anthony Williams (Up Tight !, The Lost Man, The Mack, Slaughter's Big Rip-Off et Five on the Black Hand Side).
Ces castings pléthoriques ne sont pas toujours gage de qualité ; cependant ici chacun est utilisé avec parcimonie, faisant du liant entre les différentes histoires qui se télescopent.

C'est le seul film d'Ice Cube comme réalisateur (il porte aussi les casquettes de producteur, scénariste et acteur). Il prend la bonne décision en ne reprenant pas plus tard la caméra, car ses talents pour la réalisation sont assez limités. Par contre, il est accompagné des professionnels consacrés du moment : le chef opérateur Malik Hassan Sayeed, les maquilleuses Debra Denson et Stacye P. Branche, la directrice de casting Kim Hardin (Monica R. Cooper), la monteuse Suzanne Hines ou encore les cascadeurs William Washington, April Weeden-Washington, Eddie L. Watkins et Big Daddy Wayne.

En plus, son scénario tient la route. Entre action, drame, humour et charmes, on ne s'ennuie pas et même on réfléchit ; en effet, Ice Cube propose derrière une apparente légèreté des thèmes pertinents. D'abord, mettre une femme au premier plan est plutôt une gageure et reste rare encore en cette fin des 90s ; ce personnage principal (confié à LisaRaye qui débute au cinéma) est en plus celui d'une femme forte et indépendante.
En outre, Ice Cube filme les séquences de strip avec une certaine retenue, et aborde de front certains sujets comme le marché du sexe, les violences faites aux femmes et même le viol.
Ensuite, on peut aussi imaginer qu'en utilisant à contre-emploi Dick Anthony Williams (habitué aux rôles de mac rutilant dans les 70s) comme un père de famille protecteur pas très heureux de savoir sa fille danser dénudée, Ice Cube pose un regard critique sur l'apologie des pimps dans les produits culturels afro-américains, de la blaxploitation aux urban films. Enfin, et sans dévoiler la fin en partie tragique, il se donne un -petit- rôle plutôt positif en posant les limites de l'acceptable.

Certaines scènes sont tout simplement jubilatoires comme cette danseuse fessant un flic en lui faisant hurler "I'm Black and I'm proud !" (et je ne résiste pas à vous la faire partager) :

samedi 18 février 2012

RIP Dick Anthony Williams

Dick Anthony Williams débute sur les planches, à Broadway, et se trouve reconnu par ses pairs avec plusieurs nominations pour des prix spécialisés dont les célèbres Tony Awards. Cependant, ce sont ses rôles de pimp dans les films de blaxploitation qui lui assurent une petite renommée.

Il débarque dans les salles obscures avec le grand thriller politique Up Tight ! et apparaît ensuite The Lost Man aux cotés de Sidney Poitier. Viennent ensuite les films blaxploitation (The Mack et Slaughter's Big Rip-Off) où il campe un personnage similaire, celui du mac rutilant. Il témoigne de cette époque dans le reportage Mackin' Ain't Easy. La comédie sociale Five on the Black Hand Side lui permet de diversifier ses compositions puisqu'il y tient le rôle d'un barbier.

Avec sa femme Gloria Edwards (Black Girl et Which Way Is Up ?), ils jouent ensemble dans l'épisode "Kill Huggy Bear" de Starsky and Hutch et incarnent un couple dans le téléfilm Sister, Sister écrit par Maya Angelou.

C'est aussi période de la fin du phénomène blax alors, comme beaucoup d'autre acteurs afro-américains, Dick Anthony Williams peine à se reconvertir et apparaît dans quelques séries et téléfilms (il joue même Malcolm X dans la série King sur la vie du leader pacifiste, et dans la série historique American Playhouse.
Niveau cinéma ses passages se font plus rares, il joue dans Tap, Mo' Better Blues, puis dans The Players Club, Steam et Blood and Bone.

Il est mort le 15 février 2012...

jeudi 21 juillet 2011

Up Tight !

Distribué par la Paramount, Point noir est le premier film sorti d'un grand studio à s'intéresser de prêt à l'effervescence politique dans la communauté afro-américaine... Cela donne un film magistral au casting pléthorique et réalisé par Jules Dassin, victime des purges anti-communistes des années 50...

UP TIGHT ! - Jules Dassin (1968)

Cleveland, 1968, quatre jours après l’assassinat de Martin Luther King. Johnny Wells (Max Julien) est à la tête d'un petit groupe d'activistes "black Power", il dévalise un entrepôt de munitions et met la main sur un important stock d'armes. Tank (Julian Mayfield) -un ouvrier au chômage porté sur l'alcool- aurait du faire partie du coup, mais lorsque ses camarades viennent le chercher, il est trop saoul ; il est exclue de l'organisation. En plus, il a des problèmes avec sa petite amie, Laurie (Ruby Dee).
Bien sûr, la police recherche les coupables du vol (qui se termine en fusillade avec un gardien) et met à prix la tête de Johnny. Tank cède aux sirènes de Clarence (Roscoe Lee Browne), un indic, et dénonce son ami et ex-camarade contre un forte récompense.
Le groupe militant dirigé par B.G. (Raymond St. Jacques) va alors tout faire pour mettre la main sur le traître...

Jules Dassin signe là un excellent film. L'idée la plus lumineuse -d'autant plus qu'elle est menée à bien- consiste en l'adaptation du classique de John Ford : The Informer. Le script original de 1935 situait l'intrigue en Irlande et suivait un traître à l'IRA ; c'est avec beaucoup de finesse que Dassin adapte le scénario -avec l'aide de Julian Mayfield (qui joue Tank) et Ruby Dee- dans le Cleveland de 1968, où la communauté noire vient de perdre un de ses principal leader, et que le combat politique non-violent vient symboliquement mourir avec lui, nombre de militants choisissant la voie de l'auto-défense et du "Black Power".

Formellement, rien de très révolutionnaire dans la réalisation de Jule Dassin. Sur les titres de Booker T. & the M.G.s -mieux connus que le film lui-même- , Dassin nous fait voyager à travers la ville de Cleveland (rarement utilisée comme décor), encore secouée par les émeutes consécutives à l'assassinat de Luther King :les rues sombres, les terrains vagues, les chantiers de constructions fleurissant, les ponts métalliques géants... Il sait cependant la tension de chaque scène, l'effervescence consécutive au meurtre du révérend King, les contradictions intérieures de Tank. Le résultat donne un polar urbain politique comme finalement la blaxploitation en offre bien peu. Enfin, on ne sait pas vraiment avec lequel de ses nombreux personnages Dassin est le plus proche, ni s'il soutient les revendications du "black power" ; il montre juste une empathie véritable et un respect pour chacun et pour le combat pour les droits civiques.

Ce qui fait aussi son caractère magistral, c'est l'impressionnant casting mêlant des comédiens confirmés tel l'imposant Raymond St. Jacques, la splendide et combative Ruby Dee et Roscoe Lee Browne ; des acteurs plutôt habitués à des seconds rôles comme Janet MacLachlan, Max Julien et Juanita Moore (elle débute tôt avec Cabin in the Sky, et on la retrouve aux cotés de Max Julien dans The Mack et Thomasine & Bushrod) ; d'autres enfin qui font leurs classes et retourneront plus ou moins dans les productions soul qui vont se multiplier : Dick Anthony Williams -qui pour une fois ne joue un pimp exhubérant-, Robert DoQui, Ji-Tu Cumbuka (Top of the Heap, Blacula, Mandingo, Dr. Black, Mr. Hyde, Racines, Ebony, Ivory and Jade, Moving, Harlem Nights), Ketty Lester (Blacula, Uptown Saturday Night, House Party 3), Van Kirksey (Cotton Comes to Harlem et Scream Blacula Scream), Anthony Chisholm, John Wesley, Leon Bibb... La romancière Alice Childress (à qui l'on doit entre autre A Hero Ain't Nothin' But a Sandwich) fait une brève apparition.

mardi 12 octobre 2010

Five on the Black Hand Side

Avec cette adaptation ciné d'une pièce de théâtre, Oscar Williams offre à mon avis à la Blaxploitation sa meilleure comédie et même un de ses meilleurs films.

FIVE ON THE BLACK HAND SIDE
Oscar Williams (1973)

A la veille du mariage de sa fille, Mrs. Brooks (Clarice Taylor) n'en peut plus ! Elle n'en peut plus de son mari (Leonard Jackson) tyrannique qui planifie ses journées, lui donne du "Mrs. Brooks, vous..." , qui ne lui a pas offert de robes depuis des années et qui ne compte pas le faire pour le mariage, pas plus qu'il ne lui a dit un simple "merci"...
Mr. Brooks (Leonard Jackson), lui, est patron d'un salon de coiffure, interdit aux femmes; c'est le petit bourgeois afro-américain par excellence : il croit à l'american way of life, au travail et à la morale... Ce qui ne plaît pas beaucoup à son benjamin, Gideon (Glynn Turman), qui préfère squatter les toits que l'appartement familial et opte clairement pour le black power plus que pour l'intégrationnisme de son frère, Booker T. (D'Urville Martin). Celui-ci peste pour qu'on l'appelle "Sharrief" mais son militantisme reste de façade pour son jeune frère qui lui reproche de mépriser les "sisters" en sortant avec une blanche.
Une situation explosive, donc, qui va rapidement dégénérer et opposer Mrs. Brooks et Gideon d'un coté et Mr. Brooks et Booker T., de l'autre. Au milieu, Gail qui aimerait bien se marier dans le calme et les traditions africaines...
En filmant les déboires de cette famille, Oscar Williams réussit à rebondir après le brulant The Final Comedown. Sur un ton comique, il reste pourtant dans un registre social et tente de montrer les dangers de la division de la communauté afro-américaine.
Il prône la solidarité féminine contre le patriarcat, la nécessaire unité, la lutte contre toutes les oppressions... Le film est toujours léger mais résolument afro-américain : ça déconne black, ça chante black, ça danse black (avec les danseuses et danseurs de Soul Train d'ailleurs).

Le personnage de Mr. Brooks -porté par le grand Leonard Jackson- est si horrible qu'il en est complètement génial. Toute comme à l'opposé la trop rare Clarice Taylor qui campe une Mrs Brooks qui redresse ses épaules et se coiffe afro pour s'opposer à son patriarche de mari. Le reste du casting est à l'image des deux précédents : parfait ! D'Urville Martin et Glynn Turman, bien sûr. Mais l'on croise aussi le dinosaure Godfrey Cambridge en guest au début, le DJ new-yorkais Frankie Crocker, la pétillante Ja'net DuBois, la volumineuse Virginia Capers, Philomena Nowlin (héroïne d'un obscur film d'action : Miss Melody Jones), Fred Daniel Scott, Cal Wilson et Dick Anthony Williams qui quitte ses habituels personnages de pimp pour endosser le tablier et les ciseaux d'un coiffeur.
Ce cocktail si bien dosé d'humour et d'un propos politique, pertinent, conjugués à l'ambiance afro (dont la BO de H.B. Barnum) et à un casting éclectique et très étoffé... tout celà contribue à faire de ce Five on the Black Hand Side un de mes films préférés de cette époque et une porte d'entrée pour celles et ceux qui veulent découvrir la blaxploitation.

samedi 21 mars 2009

Mo' Better Blues

Allez, on continue sur la lancée des Spike Lee avec le sublime Mo' Better Blues (pour "more better blues", difficilement traduisible en français, c'est une expression typiquement afro-américaine). A l'image de She's Gotta Have It, on est pas dans le registre des films ouvertement revendicatifs de Spike Lee, plutôt dans un film esthétique, où l'image et la musique priment. Bien sûr, il y a toujours des allusions claires ou très fines chez Spike Lee quant aux problèmes raciaux aux USA et même sur ce film les plus folles critiques l'ont accusé d'antisémitisme (parce que les patrons de la boîte sont juifs)... Mais ce film s'apprécie comme un véritable drame, la chronique d'une époque et la biographie d'un jazzman handicapé des relations sociales.

MO' BETTER BLUES - Spike Lee (1990)



Bleek Gilliam (Denzell Washington) est un trompettiste de génie. Il se produit tous les soirs avec son groupe dans un cabaret. Mais voilà, tout n'est pas rose au pays des jazzmen. Les zicos, mené par l'autre saxo, Shadow (Wesley Snipes), veulent une augmentation que Giant (Spike Lee), le manager n'a pas l'air de réussir à l'obtenir ; Indigo et Clarke, les maîtresses de Bleek aimeraient bien, chacune de son coté, avoir Bleek pour elle seule ; Giant a des problèmes avec le jeu, et il aimerait que son pote Bleek l'aide un peu.
...mais Bleek n'aime que sa trompette et le monde autour de lui le fatigue. Sauf qu'à trop délaisser la vrai vie, elle vous rattrape.
Un film sublime. Spike Lee nous offre des plans de toute beauté, avec un rouge tamisé sublime Le casting est au point avec un Denzell Washington très inspiré et Wesley Snipes dans un rôle qui lui va comme un gant (loin des rôles de brutes qu'Hollywood lui réserve). Spike Lee, comme souvent, nous offre sa stature de freluquet en incarnant un manager largement incompétent.
Toute la petite famille Lee est là, comme d'habitude : Spike offre à sa soeur, Joey Lee, un rôle enfin à sa mesure et elle amène beaucoup de fraîcheur. Bill Lee (le père) a un petit rôle vers la fin, mais c'est surtout lui qui assure la partition du film... et ça en jète !
En guest, Samuel L. Jackson dans campe un caïd local assez savoureux et l'acteur de la Blaxploitation Dick Anthony Williams (Up Tight, The Mack, Five on the Black Hand Side...).