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mardi 1 juin 2010

Space Is the Place

Jazzman de talent, Sun Ra -et son "Intergalactic Arkestra"- a enregistré plus de 200 albums. Vaguement inspiré par la Nation of Islam, il change de nom (apparemment Sonny Blount) pour devenir Sun Ra. Mais ces élucubrations vont plus loin que la mythologie de la NOI. Il affirme en effet avoir été enlevé par des extraterrestres venant de Saturne (ou y être né) ; c'est la ligne directrice du space opéra qu'il sort en 1974.

SPACE IS THE PLACE - John Coney (1974)


Sun Ra découvre une planète accueillante, à la nature luxuriante, et veut y installer les Afro-Américains. C'est la musique qui va servir à les transporter à travers l'espace.
Il se téléporte en 1943 à Chicago, dans un club où il jouait à l'époque. Il y rencontre The Overseer (Raymond Johnson), un pimp surnaturel. Ils se lancent dans un duel de cartes -réprésentant des épreuves- pour déterminer l'avenir des Afro-Américains.
La partie s'effectue dans les années 70, à Oakland en Californie, où Sun Ra atterrit avec son vaisseau et tente de convertir les jeunes Noirs, il organise interventions en radio, concerts et album pour répandre son message prophétique.



Délires égyptologiques, fantaisie surréaliste et science-fiction ésotérique, voilà comment l'on pourrait résumer cet étrange film. Tourné en 1972, il ne sort sur les écrans que deux ans plus tard. Sun Ra assure le scénario, le rôle principal et bien sûr la B.O. de ce space opéra psychédélique complètement déjanté.
On a droit à plusieurs scènes géniales à l'image de celle où il tente de convertir à son idée de jeunes militants des droits civiques, les duels de carte dans un désert intemporel ou encore

Le discours n'est pas si louffoque. Et le délire cosmique de Sun Ra puise ses influences dans la tradition chrétienne afro-américaine si particulière, l'idéologie complotiste de la Nation of Islam, et les thèses de Cheik Akanta Diop.
The Overseer, le mac, représente les fléaux de la communauté afro-américaine (la drogue, la prostitution, la violence,...), tandis que Ra incarne une autre société possible et idéale. Tandis que Jimmy Fey (incarné par Christopher Brooks) tient le rôle d'arbitre dans cette bataille.
Le terme Arkestra n'est pas anondin non plus puisqu'il est la contraction de "ark" ("arche") et "orchestra" ; on y retrouve l'idée de la musique comme passage vers un monde meilleur et une forte imprégnation religieuse avec le mythe de Noé.

Quant aux acteurs, on reconnait Christopher Brooks (le héros de Alabama's Ghost et le surprenant Jesus Christ dans The Mack), Raymond Johnson (The Human Tornado), Morgan Upton (The Klansman, Bucktown), Jack Baker (que l'on croise dans Friday Foster, puis s'illustre plus tard dans des films porno aux titres évocateurs : Return to Sex Fifth Avenue, The Color Black, Deep Throat Fantasy...). La plupart des autres actrices et acteurs sont des membres de l'Arkestra.

dimanche 14 février 2010

Bucktown

Casting de rêve pour ce film musclé qui rassemble pour la première fois deux des grandes figures de la Blaxploitation : Pam Grier et l'ex-joueur de football, Fred "the Hammer" Williamson.

BUCKTOWN - Arthur Marks (1975)


Duke (Fred Williamson) arrive à Bucktown pour enterrer son frère, un patron de bar officiellement décédé d'une pneumonie... Duke reprend le bar, mais il se rend vite compte que la police locale est corrompue jusqu'à l'os, et tient le maire sous sa coupe.
Bien sûr, il refuse de payer et se retrouve avec de gros ennuis... Entre-temps, Aretha (Pam Grier) est tombé sous son charme. Mais leur première nuit d'amour se conclue par une fusillade en règle de la maison de Duke par la police.
Duke appelle à la rescousse son ami Roy (Thalmus Rasulala) et ses gars. En quelques jours, la ville est nettoyée de ses policiers véreux, mais Roy et ses hommes prennent rapidement leur place et extorquent à leur tour de l'argent aux habitants de Bucktown. Duke est laissé tranquille par son pote Roy, mais un des méchants gorilles (Tony King) décide de foutre la merde en tabassant un ami de Duke. C'est le début des problèmes...

Arthur Marks connaît son boulot : la réal est impec'. Et il sait quels acteurs engager pour faire un film qui marche, alors il alingne les têtes d'affiche : Pam Grier, Fred Williamson et Thalmus Rasulala. On peut que le rôle de Pam Grier soit assez peu développé, dommage... Arthur Marks se rattrape la même année en lui offrant le rôle principal de Friday Foster ; il réalise aussi d'autres films phares de la blaxploitation : Detroit 9000, J.D.'s Revenge et The Monkey Hustle.
Les seconds rôles sont truffés d'habitués des films blax' : Tony King, Tierre Turner, Bernie Hamilton, Art Lund (comme en guise de revanche, puisqu'il incarne le commissaire de Black Caesar), Bob Minor à la cascade, et un certain Carl Weathers -qui deviendra le mythique Apollo Creed dans la série des Rocky- joue ici dans son premier long métrage.
Le film est résolument tourné vers l'action : le dézingage des flics véreux, l'utilisation d'un prototype militaire, la scène de baston "à la loyale" entre Roy et Duke...
La B.O. est assuré par Johnny Pate (à qui l'on doit les excellents soundtracks de Brother on the Run,   Shaft in Africa, Dr. Black, Mr. Hyde et la série Shaft).