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mardi 8 février 2011

Boomerang

Grâce à la présence et au scénario d'Eddie Murphy, Reginald Hudlin décroche un budget de 40 millions de dollars qu'il utilise à merveille pour cette comédie romantique révolutionnaire pour l'époque (puisque des relations amoureuses d'Afro-américains).

BOOMERANG - Reginald Hudlin (1992)



Marcus Graham (Eddie Murphy) est responsable de la publicité dans une firme de cosmétique. C'est aussi un dragueur insatiable, doublé d'un machiste patenté qui discute de ses conquêtes avec ses collègues et amis (Martin Lawrence & David Alan Grier).
Mais sa vie sentimentale et professionnelle bascule lorsque débarque une nouvelle patronne, Jacqueline Broyer (Robin Givens). Ils couchent ensemble et Marcus semble tomber amoureux d'elle (d'autant qu'elle a des pieds parfaits). Mais c'est Jacqueline qui se joue de lui et profite d'un imper sur la campagne de pub de la top-model Strangé (Grace Jones) pour le mettre sur la touche.
Aidé par Angela (Halle Berry), Marcus tente de se venger...

Dès les premières minutes le personnage de Murphy et ses acolytes tranchent avec les précédents films. Effectivement, ils parlent le plus librement du monde de leurs sexualités et l'on assiste aux premières scènes d'amour d'Eddie après 10 ans de carrière. Rare sont les acteurs à se prévaloir d'une telle chasteté ! Mais pour avoir ce rôle de séducteur, il doit écrire lui même le scénario avec Reginald Hudlin (auréolé du succès de House Party).
La force du film réside dans la complexité de ses personnages principaux. En effet, une fois posée la virilité et le succès de Murphy, les rôles s'inversent et le bourreau des cœurs devient la victime de l'intriguante Robin Givens. D'ailleurs la volonté de ne pas tomber dans le manichéisme fait verser l'intrigue dans les bons sentiments et le romantisme à peu de frais ; seul petit hic de cette très agréable comédie.

Le casting dirigé par Aleta Chappelle est tout simplement énorme, mélangeant à l'envie les étoiles comme les seconds couteaux du cinéma afro-américain des 40 dernières années.
Il fait la part belle à des rôles subalternes représentatifs du cinéma soul comme le père fondateur Melvin Van Peebles, l'incomparable Leonard Jackson (Five on the Black Hand Side, Ganja & Hess, Car Wash, The Color Purple), l'ancienne sex-symbol Eartha Kitt (elle apparaît déjà dans Friday Foster), Bebe Drake, Alyce Webb (débutante dans le mythique Cotton Comes to Harlem), Grace Jones... par là, Hudlin et Murphy posent leur production dans les pas des anciens ; volonté réaffirmée avec force avec la participation du pèLienre spirituel du cinéma noir engagé : Melvin Van Peebles.

Est aussi représentée la jeune génération : Martin Lawrence et David Alan Grier (qui ont travaillé quasiment tout le film en impro avec Murphy), Robin Givens, Tisha Campbell, Chris Rock, John Canada Terrell (un des rôles principaux de She's Gotta Have It), John Witherspoon, Lela Rochon (qui sort tout juste d'une autre relation cinématographique avec Murphy dans Harlem Nights), Daryl Mitchell, Irv Dotten, Gene Allen et des caméos en vendeur à la sauvette des deux frères Hudlin, Reginald le réalisateur et Warrington le producteur.
Le DVD propose quelques scènes coupées dont celle ci-dessous, et bien sûr les commentaires de Hudlin. Et le film se regarde amplement une deuxième fois avec ceux-ci : le choix des acteurs, les secrets de tournage (et les retouches d'Eartha Kitt à ses répliques qu'elle juge des fois trop vulgaires), les fou-rires en plateau...


jeudi 17 juin 2010

House Party

Alors que la vague "new jack" en est à ses balbutiements, le perspicace Reginald Hudlin concocte cette comédie légère et sympathique distribué par New Line Cinema.


HOUSE PARTY - Reginald Hudlin (1990)


Play (Christopher Martin) profite de l'absence de ses parents pour organiser une énorme fête chez lui ; il prévient ses deux amis, Kid et le DJ à mauvaise haleine Bilal (Christopher Reid & Martin Lawrence). Mais pour Kid, rien ne va se dérouler avec simplicité.
Il a une altercation avec les trois gros bras (la Full force) du lycée et écope d'un avertissement. Il tente de cacher la sanction à son père, Pop (Robin Harris), mais celui-ci tombe dessus et lui interdit d'aller à la party.
Kid arrive à se faufiler alors que son père somnole mais les ennuis vont continuer : les gros bras du lycée veulent se venger et lui casser la gueule tandis que deux policiers blancs le harcèlent...

En présentant un court métrage titré House Party, Reginald Hudlin boucle ses études de cinéma à Harvard en 1983. Sept années après, produit par son frère Warrington (lui-même réalisateur de documentaires et proche du cinéma indépendant), il parvient à faire aboutir son scénario et se charge de la réalisation d'un long du même nom. Le succès en salle et en VHS est total et le film rapporte plus de 25 millions de dollars (pour un budget de production extrêmement bas de 2,5 millions). Le réalisateur se crée même des petits gimmicks qu'il dans plusieurs de ses films : ici, le père regarde à la télé le cultissime Dolemite, ou encore les deux frères Hudlin font une brève apparition...

L'intrigue est légère, c'est sûr. Mais c'est la multitude de saynètes annexes, les descriptions, les rebondissements et la pléiade de personnages secondaires qui donnent à ce film un attrait certain. Hudlin sait donner vie à ses personnages et, avec l'air de ne pas y toucher, il évoque la condition des Afro-Américains, et particulièrement des jeunes. Violence inter-communautaire, harcèlement policier... mais finalement c'est bien le sentiment de vouloir vivre sa vie qui émerge, volonté simple et légitime mais difficile d'accès pour la jeunesse noire des années 90.
Ainsi, 20 ans plus tard, cette comédie prend même un air de reportage nostalgique sur le hip-hop old school (aussi bien la danse, le dee-jaying ou les "battles") et les préoccupations de la jeunesse.

C'est d'ailleurs le duo rap Jazzy Jeff & the Fresh Prince (dans lequel officiait le jeune Will Smith) qui était pressenti par Hudlin pour camper les héros. C'est finalement Kid'n Play, composé des deux Christopher, Martin et Reid, qui décroche le haut de l'affiche. Et la coupe de Kid va d'ailleurs s'imposer dans presque toute la vague des films urbains, et dans la jeunesse en général. Une autre "team" présente ici : les peu connus mais pourtant prolixes producteurs de Full Force (Bowlegged Lou, Paul Anthony et B-Fine) qui jouent les bad boys.
Le casting est impressionnant, puisque des dizaines de seconds rôles se succèdent tels John Witherspoon, Tisha Campbell, Anthony Johnson, le chanteur George Clinton, Randy Harris, A.J. Johnson, Verda Bridges, Alexander Folk, l'ex-footballeur Cedrick Hardman, Daryl Mitchell, Gene Allen, Richard McGregor, Irv Dotten... Ainsi que des représentants de la vague soul : J. Jay Saunders (Slaughter's Big Rip Off et Cornbread, Earl and Me), Norma Donaldson (Across 110th Street et Willie Dynamite) et Bebe Drake...
Mention spéciale pour Robin Harris qui décède subitement, fauché en pleine carrière prometteuse avec des prestations remarqués dans seulement 5 films : I'm Gonna Git You Sucka, Do the Right Thing, Harlem Nights, Mo' Better Blues et celui-ci.
Fort du succès d'estime et des recettes du titre, les studios se lancent -comme de bien entendu- dans la confection d'un second, puis d'un troisième volet au cinéma et s'arrête après une ultime version TV où tous les acteurs d'origine ont disparus.