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jeudi 21 novembre 2013

Carbon Copy

Pour reprendre la publication de mes billets sur les Afro-Américains et le cinéma hollywoodien, un petit détour par les années 80 et le premier film de Denzel Washington...

CARBON COPY - Michael Schultz (1981)

Walter Whitney (George Segal) est un brillant businessman et vit avec sa femme et sa fille dans une "all-white community" à San Marino en Californie.Walter cache un lourd secret, celui de sa confession juive qu'il a soigneusement occultée pour assurer sa promotion dans son milieu raciste.
Mais un autre problème vient dérégler sa respectabilité : l'arrivée d'un fils inconnu, Rodger Porter (Denzel Washington), fruit d'une brève et ancienne relation avec une Afro-Américaine...
Enième comédie du réalisateur afro-américain Michael Schultz, Carbon Copy offre un premier rôle d'importance à Denzel Washington. C'est probablement son seul apport au cinéma...
Dans ce grand frère du Made in America de Whoppi Goldberg, on retient surtout la trame politiquement problématique, en l'occurence le rapide déclin d'un homme blanc, dont tous les éléments de la vie s'écroulent lorsque débarque son fils afro-américain.

Certains décalages entre la famille blanche BCBG et le jeune Denzel sont cocasses. Il arrive même de rire sincèrement parfois, mais il y a tout de même quelque chose de suranné dans ce Carbon Copy. Produit par la RKO alors renaissante dans un contexte politique général des plus réactionnaire, Michael Schultz ne parvient pas à faire vraiment déborder son film du chemin balisé du politiquement correct (de l'époque). La démonstration gentilment anti-raciste est donc des plus attendus et, à contrario, la fin apparaît tellement dramatique que les publics sont trop désorientés.

Très ancré dans son époque donc et plutôt associé à un recul de l'image des Noirs au cinéma, le film est quasi-introuvable et rarement diffusé à la télé. Gageons que sans la présence de Denzel Washington, il serait tombé dans oubli total.
A noter Paul Winfield, acteur des magnifiques Sounder et Gordon's War, qui joue un petit rôle.

samedi 25 mai 2013

Original Gangstas

En ces années 90, toujours peu de projets pour Jim Brown. C'est fort logiquement qu'il revient aux fondamentaux avec ce Original Gangstas, ou il retrouve Pam Grier et Paul Winfield (comme dans Mars Attacks ! la même année), son vieil ami Fred Williamson, Richard Roundtree et d'autres représentants de la blaxploitation...

ORIGINAL GANGSTAS - Larry Cohen (1996)

Le gang des Rebels sème la terreur à Gary, Indiana. Ils assassinent d'abord un jeune basketteur puis tentent de supprimer le vieux Bookman, témoin de la fusillade et prêt à parler aux flics... Son fils, John (Fred Williamson) -un ancien footballeur qui a quitté le ghetto- revient pour venger son père et veut détruire les Rebels, par tous les moyens nécessaires. Séparés, la mère le père du jeune assassiné, Laurie Thompson et Jake Trevor (Jim Brown & Pam Grier), s'allient avec lui. John, Laurie et Jack, créateurs des Rebels 20 ans plus tôt, vont tout mettre en œuvre pour empêcher le gang de sévir à nouveau et de pourrir la vie des habitants du quartier.
Tout y passe : de la tentative de médiation par le pasteur (Paul Winfield), à des cours d'autodéfense pour tout le quartier, en passant par une infructueuse collaboration avec la police de l'Inspecteur Slatten (Robert Forster). Mais c'est en retrouvant leurs vieux camarades de gang (Richard Roundtree & Ron O'Neal) que les choses vont s'accélérer...
Le projet, apparemment pharaonique, ne coûte que 5 millions de dollars ; ainsi comme les résultats d'exploitation ne sont pas fabuleux, la perte financière reste limitée. Larry Cohen (Black Caesar et Hell Up in Harlem) est aux commandes et reprend sa caméra pour mettre en scène les 5 grandes stars de la blaxploitation : Fred Williamson, Pam Grier, Jim Brown, Ron "Super Fly" O'Neal, Richard "Shaft" Roundtree !

Si les scènes de gang sont largement convenues (le chef sans âme, le fou de la gâchette au look de pimp, la guerre avec les autres gangs...), les scènes avec les héros des 70s sont bien menées. Comment ne pas adorer la scène où la dream team de la blaxploitation chargent en ligne sur les loubards ?
Bien sûr, on peut comparer les kilos en plus des uns et des autres, mais les scènes d'action sont rondement menées. La scène du cours de self défense organisé par Pam Grier est vraiment géniale. Et Cohen s'amuse à truffer son film de private jokes dignes d'un fan adolescent.

Des 70s aux 90s, les problèmes de pauvreté, de violence, de drogue et de racisme demeurent. Mais la désindustrialisation est passé par là, et l'insouciance ambiante, les costumes colorés et les luttes émancipatrices qui irriguaient la blax' ont disparues. Ainsi, le film peut ressembler à un mea culpa (les ex-Rebels ont créés un monstre qu'il faut empêcher de nuire) et peut éventuellement être interprété comme un espèce d'enterrement de la blax' et de ses gangsters sympathiques...

Cinq ans avant le Jackie Brown de Tarantino, Larry Cohen réunit Pam Grier et Robert Forster, deux acteurs représentatifs du cinéma d'exploitation. En outre, à par les cinq stars de la blaxploitation déjà citées, on retrouve quelques autres représentant des soul movies, comme Paul Winfield (Sounder, Trouble Man, Gordon's War, la mini-série King ou A Hero Ain't Nothin' But a Sandwich entre autres) ou Isabel Sanford (Guess Who's Coming To Dinner, Hickey and Boggs, Soul Soldier, Lady Sings the Blues puis Sprung)
Bien entendu, quelques acteurs de la nouvelle génération viennent compléter la distribustion comme Godfrey (The Cookout, Soul Plane, Phat Girlz), le maquereau The Bishop Don Magic Juan ou encore les rapeurs Yukmouth, Scarface, Bushwick Bill et Shyheim Franklin du Wu-Tang Clan.

mercredi 22 mai 2013

Mars Attacks !

Effet collatéral de son Mars Attacks !, Tim Burton permet aux deux ex-star blax Jim Brown et Pam Grier de revenir dans une production de qualité...

MARS ATTACKS ! - Tim Burton (1996)

Alors que les Martiens s'apprêtent à atterrir sur le sol américain, le President Dale (Jack Nicholson) prépare leur arrivée, s'intéressant plus aux retombées médiatiques qu'aux stratégies défensives. Or, les petits hommes verts s'avèrent moins pacifiques que prévu et envahissent méthodiquement la Terre.
Alors que le President Dale, sa femme et leur fille (Glenn Close & Natalie Portman) se retranchent dans la Maison Blanche, des anonymes vont lutter contre les envahisseurs ! Que ce soient un jeune homme du Kansas Richie Norris et sa grand-mère (Lukas Haas & Sylvia Sidney) ou un ancien boxeur (Jim Brown) qui rêve de retrouver son foyer...
Les compteurs s'égalisent entre le coût de productions et les bénéfices engendrés (autour de 100 millions de dollars chacun). Mars Attacks ! peut être classée comme une parodie, un pastiche des films d'invasions extra-terrestres, à la fois nostalgique d'une certain cinéma des années 50s à 70s et critique des superproductions des 90s (présenté à tord comme une réponse "intelligente" à Independence Day, or on peut déjà trouver dans ce dernier nombre d'indices d'un second degré équivalent). Tim Burton y allie avec brio humour et action, et une bonne dose de cynisme sur le monde politique et médiatique.

Le casting rassemble de grandes stars de l'époque : Jack Nicholson, Pierce Brosnan, Natalie Portman, Glenn Close, Danny DeVito, Sarah Jessica Parker, Michael J. Fox, Jack Black... ou encore Tom Jones, en caricature de lui-même : hilarant ! Mais la place de ce film sur ce blog est due à l'utilisation de Pam Grier et Jim Brown, signant le début d'un certaint retour en grâce sur grand écran.

On passe, encore aujourd'hui -peut-être même plus !?- un bon moment en regardant ce film ; mais Tim Burton se perd probablement un peu en consacrant un si gros budget pour des effets spéciaux qui auraient gagné à plus d'amateurisme assumé. Cependant les effets sont réussis, et confié à une vieille connaissances des amateurs des films blax les plus spectaculairement mauvais : Michael Fink. Celui-ci s'essaya à la réalisation avec Black Force et Velvet Smooth, puis se reconvertit avec succès dans les effets visuels.
Dernière déception : le rôle du président des USA devait être confié à Warren Beatty qui refusa, malheureusement.

Preuves de sa nostalgie des films anciens, Burton offre quelques rôles à d'illustres ancêtres du cinéma tels Sylvia Sidney, Rance Howard, John Finnegan ou encore Rod Steiger (le shériff dans In the Heat of the Night) et à trois stars de la blaxploitation : le musculeux Jim Brown et la sex symbol des années soul Pam Grier. Paul Winfield, le troisième, est moins connu et cantonné aux rôles de soutien. Ces trois ambassadeurs des années soul se retrouvent la même année dans Original Gangstas.
Les enfants de Grier et Brown sont joués par Brandon Hammond (Menace II Society, Tales from the Hood, Waiting to Exhale, Space Jam, Soul Food, Blue Hill Avenue) et Ray J (Steel, A Day in the Life).
Quelques acteurs blancs de second plan reviennent dans quelques films "black", tels Joe Don Baker (Golden Needles, The Distinguished Gentleman et Panther) et J. Kenneth Campbell (Bulworth, Blue Streak, Guess Who).

samedi 27 octobre 2012

Trouble Man

Retour à la blax avec Fureur noire, film d'action assez typique de la Blaxploitation...

TROUBLE MAN - Ivan Dixon (1972)

Mister T. (Robert Hooks) est un détective privé, mais il trempe aussi dans pas mal d'affaires louches. Entre deux parties de billard (où il excelle), Mister T. redresse les tords, secourt la veuve et l'orphelin et aide ses amis.
Chalky Price (Paul Winfield) et son associé Pete (Ralph Waite) demande de l'aide à Mr. T, prétextant des braquages de leur tripot clandestin... mais c'est un piège qu'ils lui tendent. Ils mettent en place un faux braquage pour couvrir le meurtre d'un homme de main de Big (Julius Harris), un rival.
La police et Big tiennent "T" pour responsable. Mais la police n'a aucune preuve, et Mister T convainct le malfrat de son innocence.
Il tente alors d'organiser une rencontre entre Chalky et Big...
Ivan Dixon débute comme doublure de Sidney Poitier dans La Chaîne, joue dans de nombreux films pré-blaxploitation dont le drame Nothing But a Man où il tient le premier rôle. Il réalise quelques épisodes de séries comme The Bill Cosby Show ou Room 222.
Mais son fait de gloire reste pour moi l'étonnant brûlot révolutionnaire The Spook Who Sat by the Door.

Moins militant, son Trouble Man, est considéré à juste titre comme un soul movie classique au personnage central plutôt sympathique. En effet, Robert Hooks campe un héros classe, froid, qui multiplie les conquêtes (on échappe pas au genre !) et ne trempe pas dans la prostitution. De surcroit, il balance des punchlines magiques telles que : "Let Whitey ride in the back of the bus this trip" (quelque chose comme "dans cette voiture, c'est le Blanc qui monte à l'arrière"). Bref, on en arrive presque à regretter que le projet n'ait pas eu de suite.Le scénario de John D.F. Black (à qui l'on doit l'adaptation de Shaft) est bien ficelé, les personnages secondaires bien travaillés, les décors diversifiés, et la B.O. de Marvin Gaye, assisté de J.J. Johnson et Robert O. Ragland, est devenue culte.

Le casting suit : avec Robert Hooks (rare dans les films de la Blaxploitation, surtout dans un rôle-titre), Paul Winfield, Julius Harris, Paula Kelly, Ralph Waite, le jazzman Bill Henderson, Stack Pierce (qui jouera en 1991, après Raymond St. Jacques, Ed "Cercueil" Johnson, dans A Rage In Harlem), Lawrence Cook, Virginia Capers, Tracy Reed dans un petit rôle de dernière minute, Ed Cambridge, Jeannie Bell...
Etonnante spécificité du DVD, il y a des versions originale, française et espagnole ; par contre, pour la VF les 6 premières minutes sont en VO sous-titrée en français puis passe brusquement en langue française.

mercredi 14 avril 2010

A Hero Ain't Nothin' But a Sandwich

Adapté du roman éponyme d'Alice Childress, ce film antérieur à la vague de la blaxploitation s'attaque au problème de la drogue dans la Communauté afro-américaine et sa jeunesse en particulier.

A HERO AIN'T NOTHIN' BUT A SANDWICH
Ralph Nelson (1978)


Benjie est un jeune garçon ; son père est parti sans explication du foyer, tandis qu'il vit vit avec sa mère Sweets (Cicely Tyson), Butler son beau-père (Paul Winfield) et grand-mère Helen (Helen Martin).
Benjie semble brillant -aux moins dans le cour du professeur Nigeria (Glynn Turman).
Mais le jeune adolescent est en proie à des troubles, en proie à l'incompréhension de l'abandon de la famille par son père, à des sentiments d'injuste et de révolte... Petit à petit, influencé par ses copains, il sombre dans l'héroïne. Jusqu'à son internement...
Tourné à South Central, le film est vraiment poignant et réaliste, sans fausse tragédie ; tout y paraît d'une cruelle réalité (malgré une fin différente du roman). Ce drame est accompagné par une partition signée par Tom McIntosh (assistant de Isaac Hayes sur Shaft et compositeur du trop peu connu The Bus Is Coming).

La scène de shoot avec Kevin Hooks est d'une certaine violence sourde tout en étant plutôt pudique. Le jeune Larry B. Scott présente un personnage plus que convaincant. Et la performance de Kevin Hooks est aussi très remarquable ; il campe avec une perversité sadique un dealer (on est loin des pimps flamboyant de l'âge d'or de la blax').

Non seulement le casting réunit une palette d'acteurs, mais en plus l'interprétation est au rendez-vous (ce qui n'est pas toujours le cas dans les films blax'). Quant au couple Cicely Tyson/Paul Winfield, il est tout simplement parfait. Étonnant Glynn Turman dans le rôle d'un atypique professeur qui enseigne les grands noms des luttes afro-américaines : Douglass, Malcolm X, W.E.B. Dubois, Nat Turner, Marcus Garvey.
A signaler aussi Helen Martin (qui joue dans Cotton Comes to Harlem mais s'impose surtout comme second rôle dans nombre de comédies des années 90 : Hollywood Shuffle, House Party 2, Beverly Hills Cop 3, Don't Be a Menace..., I Got the Hook Up, Bulworth), Arthur French (Car Wash, The Wiz, Fingers, Malcolm X, ou encore Crooklyn), le jeune Eric Blunt (Car Wash), Arnold Johnson (il joue le premier rôle dans Putney Swope, puis apparaît dans Shaft et même Menace II Society)...

vendredi 26 mars 2010

Sounder

Vingt avant La couleur pourpre, Sounder est un drame qui prend comme fond la vie d'Afro-Américains dans le Sud au début du siècle. A l'opposé du film de Spielberg, loin des fioritures et du racisme latent, ce film trop peu connu de Martin Ritt est tout en finesse, en émotion et en respect...

SOUNDER - Martin Ritt (1972)





Louisianne, 1933. Les Morgan (Paul Winfield et Cicely Tyson), des métayers afro-américains vivent dans leur ferme avec leurs trois enfants et leur chien, Sounder. Une vie difficile dans un Sud raciste, où les Noirs subissent plus durement encore les conséquences de la crise de 1929.

Mais la quiétude de la petite famille tourne court avec l'arrestation de Nathan pour le vol d'un porc. Il est condamné à de la prison et envoyé en camp de travail.
Le jeune David (Kevin Hooks) traverse le pays -avec le chien Sounder- pour rendre visite à son père au camp de travail... il fait la rencontre d'une institutrice.
Un film poignant, sans manichéisme et sans effet de style excessif. Ritt prend son temps, il filme des scènes de vie quotidienne avec une retenue bienvenue, s'appesantit sur les paysages, joue avec les couleurs et les ombres ; le bluesman Taj Mahal compose une très belle partition (et agrémente le film de ses apparitions en chanson). Le résultat est tout bonnement splendide.
Le chien qui donne son titre au film est une allégorie, il représente la famille Morgan qui tient bon et persévère malgré les blessures. Mais le véritable héros, c'est Kevin Hooks, un enfant perdu dans le monde des adultes.Les deux acteurs principaux, Winfield et Tyson, seront nominés aux Oscars (mais l'époque n'était pas encore à récompenser les Afro-Américains avec de tels prix), ainsi que le scénariste Lonne Elder III (pour son adaptation du livre éponyme). Il y a aussi Janet MacLachlan, qui s'était jusqu'alors distinguée dans des seconds rôles dans Up Tight !, Halls of Anger et ...tick... tick... tick...
A part ces acteurs principaux, pas de noms récurrents de la blax' dans le casting (la plupart des acteurs, Blancs et Noirs, sont des habitants des villes de Louisiane où est tourné le film et jouent leur propre rôle). Par contre on retrouve quelques techniciens tel que le directeur de casting Joe Scully et le perchman Robert Rogow.

Le film aura droit à une suite 4 ans plus tard (la famille Morgan est toujours présente, mais les acteurs sont complètement changés). En 2004, Kevin Hooks, devenu réalisateur (notamment de séries TV ou de films tels que Strictly Business , Fled ou Passenger 57), fera un remake télévisé où l'on retrouve Paul Winfield.