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dimanche 30 mars 2014

E! True Hollywood Story : Superfly - Ron O'Neal


SUPERFLY / RON O' NEAL
E! TRUE HOLLYWOOD STORY - (2000)

Diffusé depuis 1996 sur la chaine américaine E!, l'émission E! True Hollywood Storyconsacra un de ses numéros à Ron O' Neal et au phénomène Superfly.

Plus complet que One Last Deal, supplément du DVD, ce documentaire évoque le film Superfly du point de vue de la carrière de Ron O'Neal, un biais pertinent qui permet d'explorer les effets du film sur la production cinématographique, sur la carrière de son acteur principal et sur la société...
Au rang des témoins, les principaux artisans du projet encore en vie amènent leur petites anecdotes : le scénariste Philip Fenty, le producteur Sig Shore, les acteurs Sheila Frazier et Julius Harris... et surtout Ron O'Neal en personne.

Outre la présentation convenue du film et de sa BOF signée Curtis Mayfield, le docu revient sur les accusations de magnifier la drogue, le deal et la prostitution et sur l'invention, par ses détracteurs, du terme "blaxploitation". D'autres protagonistes de l'époque apportent leurs avis sur cette mode cinématographique ; parmis eux Gloria Hendry et Fred Williamson, les réalisateurs/acteurs Mario Van Peebles et Bill Duke, le réalisateur Jack Hill... et les spécialistes incontestables des Afro-Américains au cinéma Donald Bogle et David Walker.


samedi 1 mars 2014

Superfly T.N.T.

Superfly méritait-il une suite ? Pas sûr. Mais Ron O'Neal passe derrière la caméra pour cette séquelle sans grand intérêt...

SUPERFLY T.N.T. - Ron O'Neal (1973)

Après avoir délaissé ses activités de dealer, Priest  (Ron O'Neal) mène une vie tranquille à Rome avec sa petite amie Georgia (Sheila Frazier). Loin des rues new-yorkaises, il s'adonne aà l'équitation et au poker. C'est lors d'une de ses parties qui rencontre le Docteur Sonko (Roscoe Lee Browne), un révolutionnaire africain en exil. Ce dernier sollicite Priest pour l'aider dans son combat contre la puissance coloniale qui oppresse son pays, Umbia.
Sonko veut profiter de Priest pour fournir des armes à la rébellion...
Cette séquelle du cultissime Superfly dément l'adage selon lequel on serait mieux servi que pas soi-même. En effet, c'est Ron O'Neal lui-même qui réalise ce second volet des aventures de son alter ego Priest. Et il faut bien avouer que le charme n'opère plus. L'ambiance si particulière des ghettos US a été troquée pour les rues de Rome et la mythique Cadillac Eldorado contre une Lamborgini. Forcément moins percutante que la BOF de Curtis Mayfield, le groupe ghanéen Osibisa assure tout de même une partition tantôt envoutante tantôt envolée et qui colle aux différentes scènes.
On retiendra tout de même l'interprétation de Roscoe Lee Browne (Black Like Me, Up Tight !, The Liberation of L.B. Jones, Uptown Saturday Night, Jumpin' Jack Flash) ; forcer l'accent français rend son jeu parfois hésitant, mais dans l'ensemble il campe assez parfaitement le militant anti-colonialiste et s’imprègne de ce qu'il joue et s'avère convaincant dans ses diatribes enflammées pour convaincre Priest...

Priest a bien gardé ses costumes, mais dans les rues italiennes le charme pimp n'opère plus ; on sourit même à son accoutrement de jockey et à la manière dont il dompte des chevaux.
Quant à la réalisation de O'Neal elle est totalement catastrophique, sans aucune bribe de connaissance sur comment s'y prendre. Plans trop longs, montage nul, mauvaises (et rares) scènes d'action... tout est raté dans ce Superfly T.N.T. qui n'a d'explosif que le titre.

Pourtant les conditions étaient réunis pour faire quelque chose d'acceptable. Philip Fenty (qui réalise quatre plus tard The Baron) est toujours scénariste, assisté de O'Neal et du producteur Sig Shore. Plus étonnant, le journaliste et écrivain Alex Haley est lui aussi à l'origine de cette histoire (on le connaît surtout comme le biographe de Malcolm X ou encore l'écrivain de Roots) qui amène probablement l'idée de l'épopée africaine.
Etonnante coïncidence d'ailleurs pour ce voyage en Afrique de l'ancien dealer emblématique de la blaxploitation, puisque sort le même jour Shaft in Africa, autre héros blax' transporté sur ce continent. Ici, on a droit à un petit clip sur les artisans et enfants locaux et des inserts de la prison de l'île de Gorée en guise de "prise de conscience" du héros.

Niveau distribution, on retrouve Sheila Frazier dans son rôle assez pauvre de petite amie du héros et quelques seconds couteaux blancs dékà croisés ça et là, tels Dominic Barto (Shaft & Body and Soul) et William Berger (Three Tough Guys).


samedi 22 février 2014

Superfly

Je vous propose pour les prochaines chroniques un retour sur un film emblématique de la blaxploitation : Superfly !


SUPERFLY - Gordon Parks Jr. (1972)

Priest (Ron O'Neal) est un dealer important de Harlem. Mais il en marre de cette vie et décide de raccrocher. Il compte finir  sur un dernier coup avec son pote Eddie (Carl Lee). Un million à se partager après avoir revendu 30 kg de cocaïne pure et après la belle vie !
Pour la matière première, il peut compter sur Scatter (Julius Harris), son ancien mentor rangé des affaires.
Mais les choses tournent mal après l'arrestation d'un de ses petits vendeurs, Fat Freddie (Charles McGregor), qui donne des infos à la police...
Premier film pour Gordon Parks Jr. (il n'en réalise que quatre - Thomasine & Bushrod, Three the Hard Way et Aaron Loves Angela), et le succès est direct. Produit pour seulement 300 000 $, il en rapporterait près de 30 millions, Superfly marque les esprits de son temps et imprègne la culture populaire afro-américaine ; à l'image de la Cadillac Eldorado customisée qui lance la mode appelée "pimpmobile" (déclinée dans les années 2000 dans le realityshow Pimp my Ride).

Si l'on doit retenir un seul parallèle avec le Shaft de son père, c'est dans la scène d'ouverture ; on retrouve un sens particulier pour planter le décor. Deux petites frappes déambulent dans Harlem, accompagné de la chanson Little Child Runnin' Wild de Curtis Mayfield. La musique et les deux personnages annexes provoquent une plongée magique dans le Harlem des années 70s.
Il faut dire que sa musique et les différents titres (celui évoqué précédemment ou encore Freddie's Dead, Pusherman ou Superfly) sont intimement lié à la réussite du film. La musique et la voix envoûtantes de Mayfield sont un acteur à part entière de cette production devenue culte et sont, comme la mode du pimpin', repris amplement par les rapeurs des 90s (dont par exemple l'hommage à la blax' de Snoop Dogg : Doggy Dogg World).

C'est le premier rôle d'ampleur pour Ron O'Neal (qui en avait tenu un petit dans The Organization). Totalement identifié à son personnage, il ne parviendra pas vraiment à rebondir au fil du temps, contrairement aux Jim Brown, Pam Grier et autre Fred Williamson.
Le reste de la distribution est composée d'actrices et acteurs de la période : Carl Lee (pour la petite histoire, il joue dans The Cool World le rôle d'un caïd appelé... Priest !), Sheila Frazier qui rejouera pour les Parks père et fils (The Super Cops et Three the Hard Way) et retrouve Ron O'Neal dans Superfly T.N.T. et The Hitter, ou bien encore Julius Harris, Charles McGregor et K.C., véritable pimp qui fournit la Cadillac du héros, assure la sécurité du tournage moyennant une place au générique et un petit salaire  (idem dans Across 110th Street et That's the Way of the World).

Le producteur Sig Shore avait débuté dans le cinéma en distribuant des films étrangers comme Les 400 coups et Hiroshima Mon Amour ou encore Black Jesus (un film italien pré-blaxploitation, basé sur la vie de Partice Lumumba) ; il trouve ici une franchise qu'il exploite jusqu'au bout en produisant la séquelle Superfly T.N.T., puis récidive en 1990 avec The Return of Superfly qu'il réalise. Le scénariste Phillip Fenty écrit les deux premiers opus (puis écrit et réalise The Baron avec Calvin Lockhart).

Comme pour Black Caesar ou The Mack, le film tombe presqu'à son corps défendant, dans le piège de la glorification du deal et la banalisation de la drogue au mieux, dans la persistance d'un cliché présentant les Afro-Américains comme des délinquants au pire. Bien sûr, on ne peut faire le procès à Gordon Parks d'avoir sciemment voulu l'un ou l'autre ; la volonté du héros de vouloir arrêter, tout comme le dénouement tendent à prouver le contraire mais Priest fonctionne pour la jeunesse noire des 70s comme Scarface aujourd'hui, une sorte de modèle du gars d'en bas qui s'en sort par tous les moyens.
Le film sera d'ailleurs sur la liste noire de la Coalition Against Blaxploitation menée par le révérend Jesse Jackson (qui rassemble entre autres la puissante NAACP et le SCLC créés par Luther King).


mardi 4 juin 2013

Jim Brown All American

A partir de 1998, Spike Lee commence à réaliser des documentaires (comme 4 Little Girls et A Huey P. Newton Story). Il signe aussi une biographie du sportif du siècle : le footballeur et acteur Jim Brown, qu'il avait fait joué sur He Got Game...

JIM BROWN ALL AMERICAN - Spike Lee (2002)

Le documentaire commence par une rencontre avec l'équipe de football des Ravens et les stars venues les encourager : Jim Brown, le légendaire boxeur Joe Frazier et le non moins légendaire joueur de baseball Hank Aaron.
Rapidement, Spike Lee revient à une narration linéaire -qu'il confie à Jim Brown lui-même. De nombreux intervenants apportent leurs visions du personnage : sa famille -sa soeur Karen, sa femme Monique, son ex-femme Kim, ses fils- et d'autres personnalités comme Melvin VanPeebles, le spécialiste Donald Bogle, les actrices et acteurs Fred "The Hammer" Williamson, Sheila Frazier, Leon Isaac Kennedy, Bernie Casey, l'avocat médiatique Eddie Cochran...
D'abord sur l'enfance et l'adolescence dans une famille nombreuse et pauvre, dans ses premiers pas au lycée et dans le sport, son vécu de la ségrégation même lorsqu'il était reconnu (en particulier lorsqu'il sortait avec un Blanche).
Témoignage de ses entraîneurs et autres profs de sport, d'anciens joueurs, de journalistes, d'Oliver Stone (qui parle du joueur avec une emphase qui n'est pas feinte), ou de l'ancien joueur (lui aussi acteur de la blax') Bernie Casey.
Cette partie dure une bonne heure, mais -même si comme moi ce sport et ses interminables retransmissions télévisées vous est totalement étranger- la succession de vidéos de la star en action et les témoignages sportifs ou sociaux rendent ce passage très intéressant et présentent un Jim Brown sympathique, bagarreur et m'as-tu-vu.
Dès ses débuts, Jim Brown cherche des moyens pour essayer d'aider la Communauté afro-américaine. Il cofonde par exemple la Negro Industrial and Economic Union pour promouvoir l'économie afro-américaine. Sur un terrain plus politique, il apporte son soutien à Mohammed Ali qui refusait de s'engager pour la guerre du Vietnam.

Bien entendu, la reconversion du footballeur en acteur aux rôles virils est abordée. Contacté par la Columbia, il tourne son premier film, un western, Rio Conchos. Vient ensuite le culte The Dirty Dozen qui le fait définitivement reconnaître comme acteur puis 100 Rifles aux cotés de Burt Reynolds et Raquel Welsh (qui témoigne et n'a pas gardé un grand souvenir du footballeur)
Ce qui permet une intéressante discussion autour de la "virilité noire", et forcément une transition toute trouvée pour aborder la blaxploitation et en particulier Slaughter.
Dans la dernière partie, Spike Lee s'intéresse à la vie privée mouvementée de Jim Brown.
D'abord, les embrouilles avec Richard Pryor (et des extraits de spectacle où le comique lui en met plein la tête). L'envie -et le flair de Jim- pour produire Prince et son Purple Rain. Mais le projet avorte et les deux acteurs se brouillent...

Ensuite, le documentaire aborde les accusations de viol, et de violences conjugales, les rapports mensongers du FBI qui l'accuse d'appartenir à la Nation of Islam... puis l'investissement de Brown contre le fléau des gangs.
Tout celà se conclut sur un coté plus sentimental, avec des digressions sur la vie de famille, et Jim Brown Junior qui porte comme un fardeau et un objectif inaccessible le nom de son champion de père.

lundi 6 mai 2013

Three The Hard Way

L'année précédent Take a Hard Ride, Brown, Kelly et Williamson étaient réunis pour la première dans un film explosif...

THREE THE HARD WAY
Gordon Parks Jr. (1974)

Jimmy Lait (Jim Brown) est un producteur de musique. Son quotidien feutré prend un nouveau tour lorsque son ami House (Junero Jennings) s'échappe d'une mystérieuse prison où les Afro-Américains servent de cobayes. Ce témoin gênant est supprimé, tandis que ses assassins capturent  la compagne de Jimmy, Wendy (Sheila Frazier).
L'aide de Jagger, puis de l'expert en arts martiaux Mister Keyes (Fred Williamson & Jim Kelly), ne sera pas superflue pour Jimmy.
Entre fusillades et bastons, les trois amis mettent à jour un complot visant à empoisonner l'eau avec un produit tuant exclusivement les Afro-Américains. Ce projet fou est entretenu par Monroe Feather (Jay Robinson) et son organisation paramilitaire raciste...
Après le controversé mais cultissime Superfly, Gordon Parks Jr. livre selon moi un des meilleurs films d'action de la blaxploitation, et concentre tout ce qui fait l'attrait de ces black action movies si particulier, dont les mélodies accrocheuses de The Impressions.
D'abord, le trio d'acteurs bien utilisés (à contrario du gâchis, 10 plus tard, de One Down, Two to Go). La première scène où apparaît Jim Kelly, victime d'un coup monté, est vraiment énormissime ! Et on il renouvelle son désormais classique car wash fighting (comme dans Black Belt Jones). Le numéro de duettiste de Brown et Williamson fonctionne bien lui aussi.
Avec une telle réunion, c'est bien sûr l'action qui prime. Et on est plus que servi dans ce domaine avec une diversité des décors qui rivalise avec la surenchère dans les explosions... La réalisation est bien  maîtrisée avec tout le panel du genre (fusillades, kung-fu, courses poursuites, explosions...) et qui assume la surenchère avec un final magistral où nos trois durs Brown, Williamson et Kelly prennent d'assaut la base paramilitaire !
Le budget était donc au rendez-vous et très bien utilisé par Parks Jr. dont on excuse les quelques erreurs au montage tant l'ensemble est jubilatoire.
Pour ce qui est du montage justement, Three The Hard Way a connu trois versions différentes (qui sont détaillées par Foxy Bronx sur son site), entre pour des raisons de censure et de classement "R". Ici les captures d'écran viennent du quadruple DVD édité par Warner et comportant des sous-titres français. Toutes les conditions sont donc réunies pour vous procurer ce film !
Le scénario est léger et prétextes aux scènes susmentionnées. Mais tellement jouissif : un complot raciste et un poison ciblant exclusivement les Noirs ! Les deux hommages parodiques Undercover Brother et Black Dynamite reprennent d'ailleurs cette trame complotiste, et Malcolm D. Lee va jusqu'à nommer son méchant Feather...

La distribution est réussie, et en particulier les seconds rôles afro-américains comme la magnifique Sheila Frazier, habituée à tourner pour la famille Parks (Superfly et The Super Cops), Charles Mc Gregor (Come Back, Charleston Blue, Across 110th Street, Gordon's War, Blazing Saddles, Aaron Loves Angela, That's the Way of  the World, The Baron), les moins connus Junero Jennings (The Mack, Slaughter's Big Rip-Off, Black Samson) et Marie O'Henry (Dr. Black, Mr. Hyde, Joey, The Glove) et les cascadeurs Jophery C. Brown et Bob Minor.