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lundi 16 juillet 2012

Soul on Cinema - Filming Shaft on Location



SOUL ON CINEMA
FILMING SHAFT ON LOCATION

Hugh A. Robertson (1971)


Pratique encore rare à l'époque, Gordon Parks prend soin de faire filmer le tournage de son Shaft. Bien lui en a pris, car on savoure avec intérêt ce making of de quelques scènes de bagarre et surtout d'un enregistrement avec Isaac Hayes qui joue sous les directives de Parks.
Ce documentaire est réalisé par le monteur de Shaft : Hugh A. Robertson. Monteur son sur The Cool World en 1964, il réalise Melinda avec Calvin Lockhart, Rosalind Cash, Vonetta McGee et Jim Kelly.

vendredi 15 juillet 2011

The Learning Tree

On connaît Gordon Parks pour son désormais mythique Shaft. Il signe son second film pour un grand studio hollywoodien (dont le titre français, Les sentiers de la violence, est totalement raté) deux ans avant, et on est loin des rues de New-York et du détective funky...

THE LEARNING TREE - Gordon Parks (1969)


Newt et Marcus (Kyle Johnson & Alex Clarke) sont deux jeunes garçons qui vivent dans un village rural du Kansas, dans les années 20. Ils font ensemble l'expérience de la ségrégation raciale et des injustices. Ils découvrent aussi l'amour, la haine, la morale et la conscience... Et les deux garçons prennent des chemins différents. Newt se retrouve confronter à un cas de conscience majeur : un homme est accusé à tord d'un meurtre, mais Newt connaît le vrai coupable...
Gordon Parks porte la triple casquette de réalisateur, compositeur et scénariste. Pour le cinéma , il adapte le roman en partie autobiographique qu'il avait publié en 1964. C'est un petit bijoux cinématographique trop méconnu, sorti deux ans avant le funky et mythique Shaft, Gordon Parks livre ce drame puissant, tendre et poignant (compréhensible, puisqu'il s'agit d'un récit inspiré de sa jeunesse).
Parks décrit le Kansas des années 20 où l'on fouette les voleurs de pommes (surtout si le voleur est un enfant noir et que celui qui tient le fouet est blanc) ; dans cette contrée remplie de rednecks finis au pipi, l'église, la famille et le juke-joint semblent les seuls asiles pour un Afro-Américain. Martin Ritt -avec Sounder- lui emboîte le pas, mais la blaxploitation laisse de coté ce genre (pour lequel il faut un talent certain pour éviter l'ennui, c'est sûr). Il se prend à filmer la nature (des champs de fleurs colorées, la rivière qui dégèle, les couchers ou les levers de soleil magnifiques...).

Sur le fond, Gordon Parks ne dénonce pas de front le racisme de son pays ; la morale tend plus à montrer qu'il y a des "bons" et des "méchants" dans chaque communauté. Malgré cette approche, le constat de la ségrégation n'en est finalement que plus fort (surtout rapporté à ce qui se fait à l'époque dans les films d'Hollywood, c'est à dire rien !). Si l'on met de coté l'intrigue principale (qui rapproche le film d'un drame classique), ce sont les multiples scènes de la vie quotidienne qui portent toute la violence sourde que subit un jeune Noir dans les années 20 et 30 : les humiliations ordinaires liées à la "séparation" dans les lieux publics, dans l'enseignement, les les brimades et les "niggers" incessants...

Kyle Johnson et Alex Clarke ne rejoueront que très rarement (Brother on the Run pour l'un, et Halls of Anger pour l'autre). Certains acteurs débutent une carrière : Thomas Anderson (The Legend of Nigger Charley, Shaft's Big Score, Trick Baby, Don't Play Us Cheap), Phillip Roye (The Black Godfather et Mean Johnny Barrows), Mira Waters (The Greatest) et Estelle Evans (que l'on peut apercevoir dans quelques séries de l'époque ainsi que la dernière comédie de la trilogie de Sidney Poitier : A Piece of the Action).... D'autres ont fait leurs débuts dans des films plus anciens, tels Joel Fluellen (Cabin in the Sky, A Raisin in the Sun, The Great White Hope, Thomasine & Bushrod et The Bingo Long Traveling...) et Richard Ward (The Cool World, Black Like Me, Nothing But a Man, Brother John, Across 110th Street, Mandingo).

samedi 28 mai 2011

How To Eat Your Watermelon in White Company (And Enjoy It)

Il faut attendre 2005 pour avoir droit à un documentaire (au titre interminable comme les affectionne Melvin Van Peebles) qui rende hommage à ce grand précurseur et touche-à-tout avant-guardiste qu'est Melvin Van Peebles...

HOW TO EAT YOUR WATERMELON
IN WHITE COMPANY (AND ENJOY IT)
Joe Angio (2005)



A travers les étapes de la confection d'une statue en cire de Van Peebles, Joe Angio décompose la vie de Melvin VanPeebles. Son enfance est son adolescence sont rapidement évoquées pour s'appesantir sur son exil en Europe et singulièrement en France. Il y intègre l'équipe d'Hari Kiri (l'ancêtre impertinent de Charlie Hebdo), et publie dans ce journal, écrit des contes, participe avec Wolinsky à l'adaptation de La reine des pommes de Chester Himes...
Ce long séjour français se conclue en beauté avec la réalisation de La Permission. Puis, c'est le retour aux Etats-Unis, l'incursion dans la musique, puis la sortie de Watermelon Man, une comédie produite par la Columbia.
Le projet Sweet Sweetback... le fait connaître du grand public et entrer dans la légende comme un réalisateur avant-guardiste black listé par les grands studios. S'ensuit une incursion moins connue à Broadway avec deux comédies musicales : Ain't Supposed to Die a Natural Death, puis Dont' Play Us Cheap (dont la première version est un long métrage longtemps invisible).

Le documentaire aborde même la brève carrière de trader à Wall Sreet et son livre sur le sujet Bold Money, nous emmènant jusqu'à la remise de la décoration de Chevalier de la Légion d'Honneur !
Ce documentaire, malheureusement pas disponible en version sous-titrée, est d'un rare intérêt pour qui connaît ou veut connaître Melvin Van Peebles. Il présente le grand avantage de ne pas se centrer uniquement sur Sweet Sweetback... (sur lequel on sait déjà beaucoup, à travers le livre de tournage, le documentaire Classified X, puis le film de son fils Mario : Baadasssss !).
On apprend des choses donc, en particulier de la part des intervenants -famille, amis, collaborateurs...- et chaque témoignage construit un peu plus la "légende" Van Peebles. Mises bout à bout ses expériences dans la presse satyrique et l'écriture de contes, dans le cinéma, la musique et le théâtre, dans la finance... tout cela renforce cette idée que Melvin est un être génial, persévérant et qui va là où personne ne l'attend.

Malgré les attendus, les intervenants sont nombreux et pertinents : Gébé et Wolinsky d'Hara Kiri, les réalisateurs Gordon Parks et Spike Lee, le musicien Gil Scott-Heron... Ses enfants témoignent aussi, dont bien Mario Van Peebles, qui livre un avis sans concession sur la "blaxploitation", soulignant qu'elle a permis l'éclosion d'actrices et d'acteurs afro-américains, mais qu'elle a "perverti le message", regrettant le remplacement du héros révolutionnaire Sweetback par le héros dealer Superfly.

jeudi 25 décembre 2008

Shaft's Big Score !

Les nouveaux exploits de Shaft : la suite que Gordon Parks offre à son héros presqu'invicible John Shaft. 

SHAFT’S BIG SCORE ! - Gordon Parks (1972)

Juste avant de mourir dans l'explosion de son entreprise funéraire, Cal Asby (Robert Kya-Hill) a le temps de planquer un joli tas de billets et de prévenir son ami  John Shaft (Richard Roundtree) qu'il a de sérieux problèmes. Shaft est aussi l'amant de sa soeur Arna (Rosalind Miles), il fait donc de la résolution de ce meurtre une affaire personnelle !
Grâce à ses liens avec le Capitaine Bollin (Julius Harris) et les gangsters Bumpy Jonas et Willy (Moses Gunn & Drew Bundini Brown), les soupçons de Shaft s'orientent rapidement vers Johnny Kelly (Wally Taylor), l'associé de Cal qui a une grosse ardoise chez le mafieu raffiné mais intraitable : Gus Mascola (Joseph Mascolo).
Shaft est prêt à tout pour démasquer les assassins de son ami...
Produit pour moins de 2 millions de dollars, ce deuxième volet rapporte plus de 10 millions ! Réussite incontestable, Parks a investi son surplus financier dans un casting plus étoffé (dont Julius Harris, découvert dans Nothing But a Man), des décors branchés et un final énorme qui en nous en met plein les mirettes, avec mitraillage en règle dans un cimetière, poursuite en voiture, en bateau et en hélicoptère !

D'un point de vue technique, c'est probablement le plus réussi de la trilogie ; il y manque pourtant de l'âme de Harlem. Le décor s'est déplacé dans les quartier plus huppés, ce qui donne un très bon méchant maniéré et pervers incarné par Joseph Mascolo (qui joue aussi dans The Spook Who Sat by the Door), mais on y perd en ambiance urbaine. Les immeubles délabrés sont remplacés par de lumineux appartements design et des clubs branchés.
Cependant, ce dépaysement n'empêche détails et allusions plus ou moins marquées du sceau du "black power" : tension raciale au commissariat, chauffeur blanc, victoire du héros afro-américain sur les mafieux blancs... et toujours un aspect très sexualisé du héros qui multiplie les conquêtes. Tout en montrant quelques seins (coutume frivole de l'époque plutôt que voyeurisme intéressé), Parks filme les scènes d'amour à travers des filtres ou des miroirs déformants. Il n'en reste pas moins que la sexualité des Noirs est encore un tabou visuel dont Gordon Parks se joue visiblement.

Malgré de nombreux dialogues et de rares scènes d'action, la mise en scène est réussie et la réalisation parvient à donner un rythme, jusqu'à l'apothéose finale à classer parmi le tiercé gagnant des meilleures fusillades de la blaxploitation (quelques images sont reprises dans The Kidnapping) ! On retiendra aussi la scène du club, sorte de clip qui alterne show exotique de danseuses aux costumes flamboyants avec les sombres escaliers où Shaft se fait tabasser.

En sourdine le thème mythique d'Isaac Hayes, officiellement indisponible pour enregistrer, Gordon Parks se charge du soundtrack, résolument plus jazzy (il avait déjà une solide expérience avec la BOF de son premier long métrage The Learning Tree).

Drew Bundini Brown a pris un peu de galon et se retrouve en troisième position au générique, juster derrière Moses Gun, lui aussi rescapé du premier opus. De nouveaux personnages sont introduits : Julius Harris devient le nouveau lieutenant/ami de Shaft, Rosalind Miles (The Black Six, Friday Foster), Don Blakely (dans les 90s, il apparaît dans Harlem Nights et Pulp Fiction), Thomas Anderson (The Learning Tree, Trick Baby, The Legend of Nigger Charley et Don't Play Us Cheap), Wally Taylor (Cotton Comes to Harlem, Cool Breeze, Lord Shango, Crossroads, The Golden Child), Robert Kya-Hill (seulement quelques films dont Slaves) et la plantureuse Kathy Imrie, quasiment absente des écrans par la suite.
Coté équipe technique, Gordon Parks reconduit les responsables de chaque équipe de Shaft : le chef op' Urs Furrer, le costumier Joe Aulisi, Martin Bell au maquillage, les ingénieurs du son Hal Watkins et Lee Bost et le décorateur Robert Drumheller... Ainsi que Alex Stevens et Marvin Walters à la coordination des cascades.

mercredi 24 décembre 2008

Shaft

"- Who's the black private dick
that's a sex machine to all the chicks ?
- Shaft !"
C'est sur cette chanson mythique de feu Isaac Hayes que débute le premier film du héros le plus représentatif du cinéma de blaxploitation : Shaft (titré Les nuits rouges de Harlem pour la sortie française).

SHAFT - Gordon Parks (1971)

John Shaft (Richard Roundtree) est un détective privé qui officie à Harlem. Il est engagé par Bumpy Jonas (Moses Gunn), un gros caïd qui fait dans la prostitution et la drogue, pour retrouver sa fille kidnappéé, semble-t'il, par Ben Buford (Christopher St. John) et ses hommes qui composent un groupe de militants "Black Power". Bien qu'il n'aime pas beaucoup les activités de Bumpy, Shaft accepte la mission contre un salaire plus que correct.
Il met à contribution son réseau d'indics et sa connaissance de Harlem pour retrouver Ben. Lorsqu'il met la main dessus, le groupe de militants et Shaft sont victimes d'une fusillade... Et, entre le témoignage de Ben et les informations de l'inspecteur Androzzi (Charles Cioffi), Shaft comprend que la fille de Bumpy a été en fait enlevée par la mafia, passablement énervée de voir le caïd local lui raffler ses parts de marché...
Alors que la MGM était au bord de la faillite, le salut vient d'un petit photographe moustachu qui a l'idée d'adapter un roman à succès d'Ernest Tidyman ; ce dernier co-écrit le scénario avec John D.F. Black (scénariste de séries, on lui doit aussi Trouble Man).
Gordon Parks a réalisé deux ans avant The Learning Tree, un drame biographique poignant, mais la consécration lui vient de ce film emblématique d'une époque, et annonciateur de la déferlante de productions afro-américaines : la blaxploitation !

On comprend aisément le succès tant communautaire que "grand public" de ce film. Le rythme est soutenu, l'action bien maîtrisée, l'intrigue tient la route et les personnages secondaires sont bien trouvés ; rajoutons à ça la musique, véritable personnage du film, envoutante et qui colle si parfaitement aux situations... et tous les ingrédients d'un bon polar sont réunis.
Ce qui en fait un film quasi-cathartique pour la jeunesse afro-américaine c'est que jusqu'alors les points positifs que je viens d'égrainer s'appliquaient à des héros blancs pour un public blanc. Or voilà que déboule un super héros afro-américain, qui vient de la rue et ne s'en laisse pas compter, un héros qui couche avec des femmes (et des Blanches !), aide la communauté, lutte et triomphe des mauvais Blancs...

La scène d'ouverture condense tout ce qui fera l'identité de la blaxploitation : héros intrépide aux manières de bad boy, déambulation urbaine avec son cortège de commerces et d'enseignes lumieuses (jusqu'à barbershop, commerce représentatif entre tous pour les Afro-Américains), musique omniprésente signée d'une star de la soul)...
Si le film n'est pas politique au premier chef, la nouvelle image des Afro-Américains qu'il véhicule est tout de même un fait politique, comme la traduction sur grand écran du slogan Black is beautiful !
Shaft est donc un grand classique de la blaxploitation et même du cinéma des 70s, facile d'accès pour se lancer dans la Blaxploitation avec une BO de rêve par Isaac Hayes, une intrique qui tient la route, un héros qui a la classe incarné par Richard Roundtree ; le rôle qui lui collera à la peau (dans trois autres films : Shaft's Big Score, Shaft in Africa et Shaft 2000 et une série TV de 7 épisodes). Outre Moses Gunn, déjà connu, le casting regorge d'actrices  et d'acteurs qui font leurs premiers pas dans la blaxploitation et qui réapparaîtrons souvent : Antonio Fargas, Tony King, Al Kirk, Ed Bernard, Tommy Lane, Lee Steele, Alan Weeks, Gertrude Jeannette... Christopher St. John quant à lui écrit, réalise et joue dans le très bon Top of the Heap.
A signaler aussi la présence Drew Bundini Brown, proche de Muhammad Ali ; entraineur et soigneur, il serait même l'auteur du célèbre "Float like a butterfly, sting like a bee", Jamie Foxx lui prête ses traits dans le Ali de Mickael Mann. Drew Bundini Brown eut sa petite carrière d'acteur : on le retrouve dans Aaron Loves Angela, The Greatest, Penitentiary III ou encore The color Purple de Spielberg.

Il existe un court documentaire sur le tournage de Shaft : Soul on Cinema, Filming Shaft on Location.