mardi 24 mars 2009

Joan : «J’ai reçu un tir de flash ball dans l’œil»

Parce que la police se permet tout...
Parce que Joan est un de mes camarades...
Parce que le BAC qui a fait ça ne sera jamais inquiété...
Parce que l'énervement enlève les mots...


La Dépêche raconte :
« J’ai un œil en moins. J’y vois tout noir. La rétine est décollée, avec un hématome interne, le plancher orbital fracturé. Le pronostic des médecins est réservé… » Joan, 25 ans, est hospitalisé depuis jeudi soir au service d’ophtalmologie du CHU Purpan. Il va subir dans les prochains jours deux interventions délicates, pour tenter de lui sauver son œil. C’est la triste conséquence pour cet étudiant en L3 au Mirail qui s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, jeudi soir, en marge de la manif interprofessionnelle de Toulouse. Joan a été atteint au visage, vraisemblablement par un tir de flash ball, lors des incidents qui ont éclaté devant le magasin Monoprix au centre ville en début de soirée entre les forces de l’ordre et les manifestants du mouvement étudiant. Les policiers de la Bac et de la compagnie d’intervention ont fait usage de ces armes, tirant des balles en caoutchouc, pour repousser les manifestants qui venaient d’effectuer un « blocage économique » aux entrées du magasin.
Quelques uns d’entre eux étaient entrés à l’intérieur, pour une action « d’auto distribution » symbolique aux plus démunis, méthode apparentée aux Robins des bois.
« J’étais à la manif et je suis resté dans la cortège étudiant. On s’est retrouvé devant Monoprix. Je suis resté aux abords. je n’étais pas dans la chaîne humaine qui bloquait le magasin. Et puis, ça a basculé. Les flics ont chargé. J’ai entendu des bruits de détonation. Un attroupement s’est formé, je me suis replié à l’intérieur pour ne pas rester isolé. On s’est mis à reculer doucement.
A MOINS DE DIX METRES
On était contre la ligne des CRS. Ils m’ont tiré dessus alors que j’étais à moins de 10 mètres d’eux. J’étais effectivement au premier rang, confiant, entrain de dire on recule, on s’en va. Je n’ai absolument pas jeté de canettes ni de projectiles. Je suis sûr que c’est une balle de flash ball qui m’a touché, vu la force et l’impact… On m’a clairement visé ».
Mael, 19 ans, étudiant et pompier volontaire a prodigué les premiers soins à Joan, transporté par ses camardes à l’intérieur du Virgin Mégastore. « On a attendu près de trois quarts d’heure avant que les secours, bloqués derrière la ligne de police, puissent accéder jusqu’à nous ».
« Il est certain que je ne récupérerai pas la totalité de ma vision, un petit peu dans le meilleur des cas », confie Joan, « je trouve que c’est complètement disproportionné et injuste. Sincèrement, je ne comprends pas pourquoi ils ont tiré… »

samedi 21 mars 2009

Mo' Better Blues

Allez, on continue sur la lancée des Spike Lee avec le sublime Mo' Better Blues (pour "more better blues", difficilement traduisible en français, c'est une expression typiquement afro-américaine). A l'image de She's Gotta Have It, on est pas dans le registre des films ouvertement revendicatifs de Spike Lee, plutôt dans un film esthétique, où l'image et la musique priment. Bien sûr, il y a toujours des allusions claires ou très fines chez Spike Lee quant aux problèmes raciaux aux USA et même sur ce film les plus folles critiques l'ont accusé d'antisémitisme (parce que les patrons de la boîte sont juifs)... Mais ce film s'apprécie comme un véritable drame, la chronique d'une époque et la biographie d'un jazzman handicapé des relations sociales.

MO' BETTER BLUES - Spike Lee (1990)



Bleek Gilliam (Denzell Washington) est un trompettiste de génie. Il se produit tous les soirs avec son groupe dans un cabaret. Mais voilà, tout n'est pas rose au pays des jazzmen. Les zicos, mené par l'autre saxo, Shadow (Wesley Snipes), veulent une augmentation que Giant (Spike Lee), le manager n'a pas l'air de réussir à l'obtenir ; Indigo et Clarke, les maîtresses de Bleek aimeraient bien, chacune de son coté, avoir Bleek pour elle seule ; Giant a des problèmes avec le jeu, et il aimerait que son pote Bleek l'aide un peu.
...mais Bleek n'aime que sa trompette et le monde autour de lui le fatigue. Sauf qu'à trop délaisser la vrai vie, elle vous rattrape.
Un film sublime. Spike Lee nous offre des plans de toute beauté, avec un rouge tamisé sublime Le casting est au point avec un Denzell Washington très inspiré et Wesley Snipes dans un rôle qui lui va comme un gant (loin des rôles de brutes qu'Hollywood lui réserve). Spike Lee, comme souvent, nous offre sa stature de freluquet en incarnant un manager largement incompétent.
Toute la petite famille Lee est là, comme d'habitude : Spike offre à sa soeur, Joey Lee, un rôle enfin à sa mesure et elle amène beaucoup de fraîcheur. Bill Lee (le père) a un petit rôle vers la fin, mais c'est surtout lui qui assure la partition du film... et ça en jète !
En guest, Samuel L. Jackson dans campe un caïd local assez savoureux et l'acteur de la Blaxploitation Dick Anthony Williams (Up Tight, The Mack, Five on the Black Hand Side...).

mardi 17 mars 2009

She's Gotta Have It

Depuis 10 ans, peu de nouveautés dans les comédies estampillées "blacks"... Mais voilà qu'un petit réalisateur de Brooklyn vient dynamiter le genre ! Un film -que l'on trouve en France sous le titre Nola Darling n'en fait qu'à sa tête- plein de trouvailles esthétiques et un scénario étonnant et décalé.

SHE'S GOTTA HAVE IT - Spike Lee (1986)


Nola Darling (Tracy Camilla Johns) est une jeune artiste, une femme indépendante qui vit sa vie comme elle l'entend. Elle a ses trois amants masculins : le poète romantique Jamie Overstreet, le B-boy militant Mars Blackmon et le parvenu misogyne Greer Childs (Tommy Redmond Hicks, Spike Lee & John Canada Terrell) et une amante (Raye Dowell).
Alors, bien sûr, Nola est accusée d'être une "freak", une obsédée sexuelle.

Un film superbe, présenté sous forme de faux reportage et tourné en noir et blanc (un peu à la manière de Charles Burnett dans Killer of Sheep). On y explore l'univers de Nola, alternant interviews et flash-back. On vit ses histoires avec chacun de ses amants, sa copine lesbienne, sa bio racontée par ses proches...
She’s Gotta Have It est le premier film de Spike Lee. Il le produit lui-même, avec sa maison de production 40 Acres and a mule (en référence à la promesse faite aux esclaves par les Yankees de recevoir une terre et une mule, promesse non-tenue bien évidemment). A la fin du générique, Spike Lee pose, poing ganté et fermé en l'air. Les bases sont jetées...
Au niveau des chiffres et récompenses, le film -indépendant donc- rapporte 11 millions de dollars, pour un budget initial de 175 000 dollars. Pour ce film, Lee reçoit le Prix de la Jeunesse à Cannes en 1986.

Nola Darling c'est l’anti-stéréotype. Nola Darling brouille en effet les codes auxquels nous ont habitués les films blax' par exemple. Elle cultive une multitude de goûts, comme le prouve son attirance égale pour Greer, Mars et Jamie. Et Spike Lee montre la sexualité noire d’une façon totalement inédite, a fortiori pour une femme noire. A croire que tous ceux qui ont pu critiquer le maître Lee sur sa supposée misogynie n'ont jamais vu ce film. Dommage par ailleurs que ce personnage de femmes "indépendantes" ait été complètement délaissé par le nouveau cinéma afro-américain...

Toute la famille Lee est là : sa sœur Joie joue l'ancienne colloc' de Nola, tandis que son père Jim Lee compose la Bande-Originale du film et incarne le père de Nola... Ainsi que ceux qui vont devenir ses complices de longues années : le producteur Monty Ross, le chef op' Ernest R. Dickerson, le responsable des décors Wynn Thomas, l'homme à tout faire Marcus Turner...
Et outre les acteurs principaux, on déniche les copains de la première heure comme Reginald Hudlin (qui deviendra réalisateur de succès comme House Party, Boomerang et The Great White Hype), Eric Payne, le rappeur Fab 5 Freddy, Erik Dellums...
A signaler, Mars Blackmon (interprété par Spike Lee himself) est un B-boy génialissime, "black and proud" et qui se vante d’être à l’origine de la candidature de Jesse Jackson à la présidentielle américaine : « Vous avez vu, il s’est présenté à cause de moi, Mars Blackmon. Je lui ai donné l’idée. "Présente-toi, Jesse !" ». Le personnage sera réutilisé par Nike qui tourne quelques spots pour ses célèbres baskets.

lundi 16 mars 2009

Black Samson

Acteur et cascadeur, Charles Bail débute dans la réalisation avec Black Samson...

BLACK SAMSON - Charles Bail (1974)

Samson (Rockne Tarkington) tient un bar, il fait le service et corrige les clients qui importunent les danseuses. Armé de son bâton et flanqué de son lion Hoodoo, Samson protège aussi les habitants du quartier.
Mais la famille Nappa ambitionne d'inonder ce quartier de ses produits stupéfiants, en particulier  Johnny (William Smith) soucieux de prouver à son oncle Joe (Tito Vandis) ses qualités de chef.
Johnny Nappa multiplie les coups bas pour arriver à ses fins : coups de pression, infiltration d'une danseuse à sa solde, enlèvement de la petite amie de Samson, Leslie (Carol Speed)...
L'ancien joueur de football Rockne Tarkington (vu dans peu de films soul excepté The Great White Hope, Melinda et Black Starlet) prête son physique impressionnant à la déclinaison blaxploitation du mythe de Samson (sauf qu'il ne tire pas sa force de son superbe afro, mais de son bâton). D'abord acteur et cascadeur, Charles Bail se lance dans la réalisation, sans grand génie pour la mise en scène ou la direction d'acteur, il récidive cependant l'année suivante avec la coproduction Warner/Shaw Cleopatra Jones and the Casino of Gold. Les séquences de bagarres sont heureusement bien orchestrées et Bail mobilise tout un pool de cascadeurs afro-américains parmi les meilleurs tels Bob Minor, Tony Brubaker, Peaches Jones, Marvin Walters, Gene LeBell, Terry Leonard, Ernest Robinson... mais aussi blancs comme Hank Calia, Nick Dimitri,Charlie Picerni, Wayne King Sr., Phil Adams. Si bien que plus de la moitié du casting est l'auteur de ses propres cascades.
Quant à l'équipe technique, beaucoup de similitudes entre ce Black Samson, Black Starlet et Sweet Jesus, Preacherman : le chef décorateur Ed Cosby, Henning Schellerup (directeur de la photographie des deux premiers et réalisateur du troisième, ainsi que de deux autres films obscurs :  The Black Bunch et The Black Alley Cats).

Black Samson est donc un blaxploitation assez typique avec son héros quasi-invincible protégeant ses frères et sœurs de la drogue et de la mafia italo-américaine. Si plusieurs réflexions sur le racisme et la pauvreté fusent, l'ensemble n'est que prétexte à dérouler le script et à provoquer bastons et courses poursuites (agrémentées de courtes scènes de danse topless). La scène finale enchaîne une bonne course-poursuite -avec le bâton de Samson dépassant par l'ouverture du toit !- et l'aide de dizaines d'habitants venus prêter main forte à leur héros ; très intéressante image de la solidarité communautaire pas si fréquente que ça dans les films blax.

Habitué des rôles de méchant dans la blaxploitation : Hammer, une apparition dans The Thing With Two Heads, Sweet Jesus, Preacherman, Boss Nigger, William Smith s'avère le meilleur personnage de ce film et campe à la perfection un méchant raciste et misogyne. Son homme de main est joué par Joe Tornatore (Sweet Sweetback's Baadasssss Song, Cleopatra Jones, Top of the Heap...) et son oncle pragmatique par Tito Vandis (A Piece of the Action).
Carol "Abby" Speed incarne la petite amie du héros et l'on peut reconnaître dans les rues des seconds couteaux tels Damu King (Shaft, Top of the Heap, Black Girl, Sweet Jesus..., The Black Godfather, Blackjack), Marilyn Joi (Hammer, Coffy, Detroit 9000, Hitman, Black Starlet, The Candy Tangerine Man, Black Samurai), Junero Jennings (The Mack, Slaughter's Big Rip-Off, Three the Hard Way,...), Ken Bell (The Black Godfather) et le vieil acteur Napoleon Whiting (débutant dans les années 50, il fut longtemps cantonné aux rôle de serviteurs et autre Pullman porter).

dimanche 15 mars 2009

Cleopatra Jones & The Casino Of Gold

CLEOPATRA JONES & THE CASINO OF GOLD
Charles Bail (1975)


Cleopatra Jones (Tamara Dobson) est de retour. Elle arrive à Hong Kong pour sauver les frères Jonhson (Albert Popwell & Caro Kenyatta), ses camarades pratiquant le kung-fu afro. Elle se retrouve aux prises avec les sbires de la machiévélique et lesbienne patronne du casino d'or : Bianca "the Dragon Lady" Javin (Stella Stevens), qui retient prisonniers les frères Johnson. Cleo est aidée, à son insu, par son alter-ego asiatique, la belle Mi Ling Fong (Ni Tien) et ses poignards brodés de rouge...
Pour ce deuxième opus, on quitte les décors urbains du premier volet pour s'enfoncer dans Hong-Kong et ses marchés, ses places bondées, ses ruelles étroites et ses ninjas par milliers.
C'est une co-production de la Warner et de la Shaw Brothers, la mythique compagnie de Hong Kong, ce qui explique l'abandon du décor urbain, le casting essentiellement chinois et le soundtrack beaucoup moins soul/funk que pour le premier volet.
On passe tout de même un bon moment avec ce film qui alterne action (avec un final haut en couleur de plus de 20 minutes), humour bon enfant et tout de même un certain esprit "black 'n proud".
La réalisation est confiée Charles Bail ; celui-ci avait déjà fait une petite incursion dans la blaxploitation avec Black Samson (et il est aussi cascadeur sur Cleopatra Jones).

On retrouve Caro Kenyatta et Albert Popwell, seuls seconds rôles rescapés du film original, à qui le scénario offre une plus grande importance.
La belle Stella Stevens (que l'on voit aussi dans Slaughter) nous offre un énième rôle de méchante lesbienne, ce qui devient tout de même un peu lassant...

samedi 14 mars 2009

Le retour du rap français

Allez, je vais pas rester avec comme premier message la fifre au fils Sarko et à ce rappeur de bas étage. Alors, un p'tit Kery James pour se remettre et pour patienter en attendant la sortie du nouvel album Réel (le 27 avril), voilà le clip du Retour du rap français avec Médine, Keny Arkana, Béné, des membres de la Mafia K'1 Fry, Kamelancien...
Hardcore ! Jusqu'à la mort !

jeudi 12 mars 2009

"Génération Mobutu" ? Non merci sale con, moi c'est plutôt Patrice Lumumba

Poison, ça c'est une nom de scène qu'il fait vibrer les banlieues du 9-2 les Hauts-de-Seine !!

Ah bon, personne ne connaît Poison ?!?
Mais si, c'est le rappeur qui se fait faire ses prods par le fils Sarko (rappellez-vous).

On connaissait pas vraiment son faciès à Poison si ce n'est à travers cette jolie photo au coté du fiston-à-son-papa :


Bon après, ça peut arriver à tout le monde de faire des erreurs. Mais qui eût cru que ce jeune garçon puisse être un si parfait imbécile. Le voilà qui sort un album titré "Génération Mobutu" et que cet espèce d'Oncle Tom bling-bling se revendique dans le clip du même nom comme le fils caché du dictateur sanguinaire :
Rappellons que le groupe La Rumeur a subi un harcèlement judiciaire pour avoir dénoncer les bavures policières, que le groupe gentillet Sniper a été accusé d'antisémitisme parce qu'ils avaient un avis sur la colonisation israëlienne, que en son temps NTM s'était vertement tancé pour avoir "pisser sur la police". Mais curieusement un rappeur se réclamant d'un meurtrier de masse, usurpateur de surcroit, y a pas la moindre petite plainte, pas le plus petit entrefilet dans la presse...

Un petit rappel s'impose.
30 juin 1960, le Congo conquiert son indépendance. Alors que la Belgique, la puissance coloniale, et le roi présent lors de la cérémonie attendait des remerciements, Patrice Lumumba -premier ministre depuis une semaine, mais combattant anticoloniste qui a déjà passé des mois dans les geôles belges- s'adresse "aux Congolais et Congolaises, aux combattants de l'indépendance" et dénonce les ravages du colonialisme et l'exploitation des femmes et des hommes du Congo ainsi que des richesses. Rapidement, la Belgique qui croiyait pouvoir continuer à piller le Congo "plus démocratiquement" se rend compte que ces intérêts vont être sérieusement mis en échec. Il fomente et soutienne la sécession de la province la plus riche, le Katango et tente, avec la CIA, d'assassiner à plus reprises le premier ministre congolais.
Mais c'est son ministre des armées, Joseph Désiré Mobutu avec l'aide de la Belgique et des Etats-Unis qui va précipiter sa chute et celle des espoirs d'égalité et de liberté du peuple congolais.
Obligé de fuir, il tente de rejoindre ses partisans regroupé à Kisangani... Trqué par Mobutu, l'ONU lui refuse l'asile dans une de ses ambassades, les casques bleues l'empêchent d'entrer. il sera arrêter, amener au Katanga, emprisonner, tuer puis découper en morceau et enterré. Il faudra au moins dix années pour que ces propres partisans connaissent cette histoire.
Mobutu, avec l'aide des Etats-Unis va décimer les troupes loyalistes, prendre le pouvoir et laisser libre cours à sa mégalomanie en rebaptisant le fleuve et le pays Zaïre, en mettant en place un culte de la personnalité et en asseyant son autorité sur des massacres de masse.
Pour plus d'information, l'excellent documentaire de Raoul Peck, ainsi que son film.

Get on the Bus

J'en parlai plus bas, Spike Lee est sujet à controverses. Controverses sucitées c'est sûr par son sens habile de la provocation mais surtout par des critiques -français en particulier- qui ne comprennent rien aux problématiques qu'il peut traiter !
Quand il sort des films "pour manger", pas de problèmes, quand il fait des films pointus et politiques, on hurle au racisme anti-blanc ! Or Spike Lee a un avis, c'est sûr comme chacun de nous, il a des idées politiques (que je ne suis pas sûr de partager dans le détail) mais ses films sont beaucoup plus complexes que l'on veut nous le faire croire. Ils sont souvent subtils avec une galerie de personnages aussi divers que variés et qui ont tous une raison d'agir et de penser comme ils le font... Ces films les plus complexes sont donc souvent caricaturés voire tout bonnement censurés discrètement. Voilà l'exemple de Get On the Bus qu'on ne trouve qu'en zone 1 (lisible uniquement sur les lecteurs DVD US)

GET ON THE BUS - Spike Lee (1996)


Un bus part de L.A. pour Washington avec une quinzaine d'Afro-Américains se rendant à la Million Men March, organisé en 1995 par la Nation of Islam de Luis Farakhan. Réunis par cet évènement qu'ils jugent historique et leur appartenance à la Communauté noire, ces hommes n'en sont pas moins différents.

L'organisateur, un couple homosexuel, un Républicain, un père et son fils (menotté à son père, sur ordre d'un juge), le vieux Jeremiah et son djembe, un jeune muslim, le flic (métis de surcroît), un étudiant de l'UCLA, un acteur raté, macho et misogyne...




Autant dire que ça s'engueule sévère dans ce bus, ça donne des conseils ou ça parade entre deux haltes dans un bar de rednecks et une aire de repos où des sistas ne comprennent pas pourquoi elles ne peuvent pas participer à la marche... Et pour couronner le tout, le bus tombe en panne, et un nouveau chauffer, blanc et juif, prend le relais...

Avec un sujet qui aurait pu être tantinnet épineux, Spike Lee (qui a été, voire est encore, memebre de la NOI) s'en sort avec un brio incroyable. Ce film est vraiment magistral, à l'image de l'interprétation du mythique Ossie Davis. Mais on pourrait presque en dire autant de tous les autres acteurs qui campent à merveille leurs personnages, enlisés dans leurs propres contradictions. Ces personnages sont tous réunis par la même cause, le même rendez-vous et à priori l'appartenance à la même communauté. Et en même temps, ils sont incroyablement différents, si ce n'est antagoniques dans leurs positionnements politiques ou religieux, dans leur regard sur les femmes, la famille, la morale, sur leurs vécus, leurs métiers, leurs attentes ou leurs positions sociales... Et c'est ce qui fait toute la force de ce film et de cette histoire. C'est ce qui en fait pour moi un film emblématique de la "pensée Spike Lee", faite de contradictions, de complexité et de volonté de laisser au spectateur le choix de ces héros.C'est pas le film le plus esthétique de Spike Lee, mais le cocktail d'émotion, de politique, de tranches d'humanité..., qu'il sait si bien doser est là.


samedi 7 mars 2009

Spike Lee censuré ? Pensez-vous...

Le 1er Octobre devait sortir le dernier film de Spike Lee (rappellez-vous).
Or, depuis...
...rien !
Rien de rien !!
Aucune explication. Les salles l'avaient programmées, certaines mêmes avec décos spéciales et tout. Mais rien ne sortait...
Mais depuis le début de la semaine, on commence à y voir plus clair : TFM, le distributeur (filliale de TF1), se refuse à distribuer le film sous le fallacieux prétexte que les critiques étaient mauvaises (rappellons qu'on lui doit Les Randonneurs à Saint-Tropez, Iznogoud, Dead or Alive... que des films ayant eu les faveurs des critiques). Spike Lee est un habitué des censures déguisées en France ; difficile de se procurer sa filmo, certains films -comme par hasard les plus politiques- ne sont pas édités en zone2, il a fallu longtemps pour que les grandes enseignes hors de Paris daignent à mettre en rayon ces productions...

Mais pour une fois une (petite) résistance s'organise. Notamment à travers ce docu :

jeudi 19 février 2009

"La Guadeloupe a été construite sur des rapports de classe et de race"

Comment comprendre ce qui se passe aujourd'hui en Guadeloupe ? Déjà en consultant les infos à la source, comme le site du LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon, le collectif contre l'exploitation qui regroupe plus d'une quarantaine de syndicats et d'associations), celui de l'UGTG (l'Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe) ou même de consulter les journaux télévisés de RFO, beaucoup plus fournis que ceux de France.
Suivent le clip Chez moi de Casey, sur la Martinique qui repose certaines bases loin des clichés ensoleillés et de la Compagnie Créole. Ensuite, une mise au point (qui date du début du mois de février et trouvée sur ce blog) de Elie Domota, le porte-parole du LKP qui explique à merveille les ressorts du racisme et de l'exploitation en Guadeloupe.



"Extrait de la déclaration de M. ELIE DOMOTA du LKP
Rappel du contexte :
Le mercredi 28 janvier 2008, lors des négociations entre le collectif Lyannaj Kont Pwofitasyon, les élus , les représentants des socio professionnels et l’encadrement de l’Etat, le préfet quitte les négociations. L’ambiance est lourde. Monsieur Willy ANGELE, président du MEDEF Guadeloupe affirme qu’il est prêt à travailler sur un projet de territoire s’il le faut, il exprime, à travers son expérience de Mai 1967, son aversion pour les débordements violents et ne veut pas voir son pays se déchirer comme le firent les Tutsis et les Hutus.

Je tiens à réagir au propos concernant les hutus et tutsis. Je salue Monsieur ARCONTE, directeur du Travail qui est resté dans cette réunion, je ne sais pas s’il est Hutu ou Tutsi.
Tout simplement pour affirmer monsieur ANGELE (patron du MEDEF Guadeloupe), que nous ne pouvons nier que vous, madame KOURY (présidente de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Pointe A Pitre) M. PAYEN (membre du Comité Economique et Social) soyez des guadeloupéens, ce n’est pas notre propos. Ce que nous affirmons est que la société guadeloupéenne s’est construite sur des rapports de race et de classe depuis 400 ans. Aujourd’hui dans la pyramide, le pouvoir correspond à une couleur, on vient de le constater (les représentants de l’Etat ont quitté les négociations).
En Guadeloupe actuellement, au sommet de la pyramide, on retrouve les blancs et les européens, au bas de l’échelle se situent les nègres et les indiens, c’est un constat. On nous parle de paix sociale ! La paix sociale ne peut exister dans un pays quand la majorité de ses enfants est exclue du travail, est exclue du savoir, est exclue des responsabilités (…) Aujourd’hui, en analysant les 50 plus grandes entreprises en Guadeloupe, leurs cadres ne sont pas des guadeloupéens d’origine africaine ou indienne, c’est la vérité ! En observant les administrations, les services de l’Etat, les chefs de services et les cadres ne sont pas majoritairement des guadeloupéens d’origine africaine ou indienne !
Dire le contraire, c’est mentir, c’est la vérité !
Quels sont les services que les guadeloupéens d’origine africaine et indienne gèrent en Guadeloupe ?
Ce sont les services qui relèvent de la gestion de la misère ! La CMU (la Couverture Maladie Universelle), monsieur YACOU, le RMI (le Revenu Minimum d’Insertion) monsieur LUBETH, le pôle emploi ANPE-ASSEDIC monsieur DUMURIER, la CAF et l’API (l’Allocation Parent Isolé) monsieur SAINT-CLEMENT. Les guadeloupéens d’origine africaine et indienne gèrent la misère des guadeloupéens ! Dans tous les autres services de l’Etat qui exercent un pouvoir, tant dans leur direction que dans leur staff d’encadrement, on ne trouve pas de guadeloupéens d’origine africaine ou indienne !
Bien évidement, on nous parle de formation, c’est faux archi faux !
Nous connaissons des diplômés « à la tonne », ils ne travaillent pas en Guadeloupe ! Dernièrement, j’ai reçu une jeune femme diplômée en ressources humaines qui postulait sur un poste à Air France ; on lui a proposé un poste d’hôtesse de l’air. Sur ce poste a été recrutée une personne venant de France avec moins de diplômes qu’elle !
Nous l’interprétons ainsi, des questions de couleur de peau, la réalité telle que nous la percevons. En France, concernant les offres marchandes dans le secteur privé, 6% des ces offres sont gérées par l’intérim et les cabinets de consultants. En Guadeloupe 50% des ces offres sont gérées par ce secteur ! Et qui dirigent ces cabinets d’intérim et de consultants ? Qui y travaillent ? Ce ne sont pas majoritairement des guadeloupéens d’origine africaine et indienne !
Aujourd’hui en Guadeloupe, on embauche du personnel sous le sigle BBR ! Un bleu blanc rouge ! J’ai travaillé en France, il m’a été demandé d’embaucher un BBR, un 01 codification informatique 01 signifiant « nationalité française » ! Ou un vrai 01 signifiant un français blanc ! Voilà ce qui se passe sur la discrimination raciale à l’embauche. Cela explique pourquoi de jeunes diplômés guadeloupéens et martiniquais ont déjà mis en ligne plusieurs blogs dont http://antildiscrim.skyrock.com/ où ils expriment ce qui leur arrive, la victimisation dans le système !
C’est la vérité, la Guadeloupe a été construite sur des rapports de classe et de race qui perdurent depuis 400 ans !
Le système de la plantation a été maintenu, prenons des exemples monsieur ANGELE. Prenons des entreprises comme CARREFOUR, MR BRICOLAGE, est ce que la photographie de leur encadrement correspond à la réalité ethnique de la Guadeloupe, à la réalité sociale ?
NON et NON !
C’est une évidence !
Face à cette situation, nous affirmons pour répondre à votre remarque sur les Tutsis et Hutus, que nous ne sommes pas du tout dans ce schéma, nous ne contestons pas que vous soyez guadeloupéen tout comme monsieur PAYEN, sinon on se mettra à contester le caractère guadeloupéen de n’importe qui ! Nous l’affirmons de nouveau, la paix sociale ne peut exister dans un pays quand la majorité d’un peuple est exclue ! Et aujourd’hui en Guadeloupe, 99,99% des chômeurs sont des guadeloupéens d’origine africaine et indienne !
Prenons encore des exemples, à Jarry, des commerces qui ont ouverts récemment comme Décathlon, Kiabi, Casino. Je travaille à l’ANPE, qui était chargée de réaliser le recrutement de Décathlon.
Nous avons travaillé à la sélection, aux offres d’emploi comme il le fallait. Par la suite, un cabinet de consultants payé par le groupe HAYOT a « nettoyé » le travail, ensuite le personnel est venu de Paris ! Je suis persuadé qu’en visitant ce magasin n’importe qui a été interpellé, nous n’interdisons à personne de travailler, par le fait qu’il est surprenant d’embaucher un personnel venant de PARIS pour être caissière à Pointe A pitre ! Lorsque nous posons ce problème, on nous taxe de racisme ! Nous résidons dans un pays de 1600 km2, 460 000 habitants, 60 000 chômeurs, nous avons avec la Guyane le plus important taux de chômage ! Nous avons vu récemment un courrier de monsieur VION (hôtelier) affirmant qu’on soit de la Creuse, de la Guadeloupe, de la Corrèze ou de la Normandie on est français.
Ce n’est pas aussi simple monsieur VION !
Comment voulez vous que la paix sociale existe en Guadeloupe si les guadeloupéens ne peuvent pas y travailler ! J’ai eu l’occasion de vous rencontrer madame Jeanny Marc (maire de Deshaies, député de la 3è circonscription) sur ces questions concernant particulièrement l’hôtel Fort Royal.
Un jour est arrivée à l’ANPE une offre d’emploi pour l’embauche de 40 personnes ayant comme tâches de couper de l’herbe, laver la vaisselle, nettoyer les chambres, faire les lits, porter les bagages, avec comme contrainte « anglais lu parlé et écrit obligatoire ! » Cela signifie que si nos enfants formés au lycée hôtelier avec un niveau bac+2 ou bac+3 parlent anglais couramment, c’est cela leur destinée que de laver la vaisselle dans un hôtel à Deshaies ? Nous avons de nombreux jeunes diplômés en Guadeloupe qui sont obligés de procéder à l’ensachage de clous dans des entreprises à Jarry ou réalisent des sandwichs dans des fast-foods ! C’est cela qui leur arrive car ils refusent de partir et de quitter leur pays espérant à terme trouver un job ! D’autres par contre, partent, prennent l’avion ! Une fois arrivés par exemple en Allemagne ou ailleurs, c’est fini : ils ne reviendront qu’en vacances, un fois peut être, ils fonderont une famille, leurs enfants seront allemands, australiens ou autre et c’est ainsi que la Guadeloupe perd ses forces vives !
Le processus que nous venons de décrire concernant l’hôtel Fort Royal est très subtil, vous le savez bien monsieur ARCONTE : dès qu’une offre d’emploi a été déposée dans le service public de l’emploi et que cette offre n’a pas été satisfaite dans un délai de 30 jours, car pour cette offre on n’aurait trouvé personne en Guadeloupe, dans ce cas la législation permet d’opérer « l’introduction de main d’oeuvre étrangère » ! C’est ainsi que tout naturellement 45 suédois ont pris les postes dans un hôtel appartenant à la collectivité régionale !!! Cela nous permet d’affirmer haut et fort qu’il faut une priorité d’embauche aux guadeloupéens en Guadeloupe ! Il faut que ce qui se passe au sommet corresponde à la situation ethnique et sociologique du pays !
Cela est la règle dans tous les pays !
Pourquoi aujourd’hui en France à partir de ce qui s’est déroulé au Etats-Unis, Christine KELLY a été nommée au CSA, on a avec empressement nommé une préfète d’origine Camerounaise sans même s’apercevoir que madame PIERROT guadeloupéenne de Trois-Rivières occupe depuis longtemps ce type de poste ! Ces questions nous les posons sans haine de façon justement à ne pas arriver à la haine !
Car si l’embrasement des banlieues a eu lieu il y a 2 ans, c’était justement parce que ces jeunes se sentant exclus affirmaient : « Nous sommes français ! » De ce fait une série de mesures furent appliquées, train pour l’emploi, etc… Ici nous sommes toujours dans le même système, un système construit sur des rapports de classe et de race depuis 400 ans ! Nous ne reviendrons pas sur les chiffres, nous sommes les premiers concernant les jeunes filles mères, nous sommes les premiers avec les guyanais pour le SIDA, nous sommes les premiers dans nombre d’aspects négatifs ! Par contre dans le domaine sportif, lorsqu’il s’agit du capitanat de l’équipe de France de foot, réaliser des performances en athlétisme, nous sommes demandés !
Au point pour nous d’intégrer les domaines où nous sommes cantonnés ! Lilian THURAM est un grand sportif mais tout nos enfants, seront-ils des Lilian THURAM ? Seront ils des Teddy RINER ? Non ! Cela signifie que tout nos enfants ont droit à la réussite !
Quand j’étais petit, je lisais BLEK, YATACA, ZAMBLA et AKIM ! Comme tous les jeunes de mon âge ! En grandissant, un adulte m’a interpellé me déclarant « Domota, quelque chose ne va pas : le héros, tout seul le plus fort dans la foret, commande tous les nègres, tous les serpents, tous les gorilles, toutes les bêtes, le seul blanc commande tout le monde ! »
Alors évidemment on se réfère au héros !
Les héros des guadeloupéens aujourd’hui, qui sont ils ? Thierry HENRY, Lilian THURAM !
L’épanouissement, la réussite par le sport sont des notions fondamentales !
Admettons que nos enfants ne peuvent avoir comme seuls modèles Thierry HENRY et Lilian THURAM ! Il faut que nos enfants aient comme modèle Nicolo, d’autres personnes s’illustrant dans d’autres domaines, il faut que nos enfants osent affirmer : « je voudrais être un jour monsieur Météo ! »
Depuis 25 ans c’est toujours le même actuellement M. R. MAZURIE ! Nous devons viser l’excellence mais pour la Guadeloupe ! Nos enfants dans leur développement, lorsqu’ils regardent la télévision ne voient personne qui leur ressemble !
Dans les activités professionnelles, celui qui symbolise la réussite ne nous ressemble pas ! Par contre celui qui est dans la rue nous ressemble ! On finira par intégrer si nous sommes croyants que c’est une malédiction ! Rappelons nous lorsque CHAM fut banni, « Tu seras l’esclave de tes frères », n’est ce pas monsieur LUREL, vous parliez de Dieu précédemment. CHAM était l’esclave de JAPHET et de SEM. SEM étant la lignée des sémites les juifs et les arabes, JAPHET celle des blancs !
Depuis la nuit des temps était écrit que les nègres seraient les esclaves des juifs des blancs et des arabes ! Nous finirons par intégrer cette soi-disant malédiction ! Ou bien nos enfants finiront par se dire à quoi bon aller à l’école, continuer à faires des études d’agriculture, de toutes les façons nous sommes au pied de la croix, restons dans la rue, prenons les armes !
Voilà le modèle de société vers lequel nous nous dirigeons, que nous devons condamner combattre et nous mettre ensemble pour en changer le cours et ne pas nous diriger vers une impasse !
Car nous dans cette assemblée, nous pouvons penser que nous avons réussi notre parcours social : j’ai 42 ans et 3 enfants ; je suis directeur adjoint à l’ANPE. J’ai réussi quoi aujourd’hui ? Un parcours personnel ? Mais que laissons nous pour nos enfants ?
Un pays meurtri !
Nous avons eu la démonstration aujourd’hui que nous devons prendre notre destin en main car la politique publique de l’Etat français, ne répond pas à nos exigences ! Monsieur LUREL, rassurez-vous, nous ne sommes pas dans une démarche politicienne car chaque fois que vous vous exprimez, vous êtes toujours en train de régler les comptes avec d’autres mais cela ne peut s’adresser à nous. Notre démarche vise à régler les exigences sociales prioritaires du peuple guadeloupéen en souffrance aujourd’hui !
Ajoutons concernant les Hutus et les Tutsis et le respect de la démocratie : le gouvernement Pétain était légitime (s’adressant à monsieur ANGELE), le code noir était légitime (rectification de monsieur ANGELE : « Pas légitime, légal »), pardon il était légal ; donc vous êtes pour la légalité. C’est pour cela que j’affirme que tout a une limite et que c’est donc le fait qui fait le droit ! Si nos ancêtres n’avaient pas estimé que le Code Noir légal ne fût pas illégitime, nous en serions toujours à l’esclavage !
Je voulais simplement apporter cette nuance pour affirmer que ce n’est pas parce que un concept est légal qu’il soit correct. Aussi nous avons entendu les propositions de monsieur LUREL, celles de monsieur GILOT, celles de madame Jeanny Marc. Nous souhaitons travailler sur vos propositions et nous vous serions gré de nous les faire parvenir par écrit, de façon que nous puissions les étudier nous aussi."
Ce week-end, dans toutes les grandes villes de France, appel à se rassembler pour soutenir les peuples des Antilles, la grève générale et leurs justes revendications, et contre la répression et le pourrissement opéré par l'Etat français.
Vendredi 20 février
Blois, 18h00, Préfecture
Tours, 18h, Place Jean Jaurès.
Samedi 21 février
Lille, 15h, Place de la République.
Paris, 14 h, République.
Toulouse, 14h, Préfecture.

mercredi 18 février 2009

Solidarité avec la Guadeloupe et la Martinique !

Parce que un camarade syndicaliste a été tué hier soir...
Parce que l'Etat français a laissé pourrir la situation...
Parce que les revendications des peuples des Antilles sont justes et légitimes...

Solidarité avec la Guadeloupe
et la Martinique !

lundi 16 février 2009

Naissance d'une Nation... et du cinéma raciste hollywoodien

Et si on reprenait du début ??

Je parle souvent de la Blaxploition. Mais si ce "courant" du cinéma américain me semble important -outre ses couleurs flashies, ses pimps, ses héroïnes charismatiques et ses black panthers- c'est parce qu'il tranche radicalement avec l'images et les rôles des Africains-Américains véhiculés depuis presque un siècle par le cinéma d'Hollywood. Jusque dans les années 60 -à de très rares exceptions près- l'industrie hollywoodienne a cantonné les Noirs dans des rôles au mieux de nounous débonnaires et de serviteurs fidèles, au pire de perverses métisses, de débiles ou de violeurs.

THE BIRTH OF A NATION - David Wark Griffith (1915)
« Le gouvernement avait dissout en 1870 cette organisation violemment raciste et qui préfigurait par certains côtés les fascismes mussolinien et hitlérien. Mais le Klan avait en fait survécu, et les réactionnaires sudistes rêvaient de sa renaissance. Elle se produisit en effet ultérieurement, sur une grande échelle, à partir de l’automne 1915. […] Le livre de Thomas Dixon, le film de Griffith, par leur apologie du Klan furent des oeuvres de propagande qui contribuèrent à faire renaître l’organisation terroriste. »
(SADOUL Georges, Histoire générale du cinéma)

The Birth of a Nation est le premier grand film américain. Griffith va imposer une réalisation nouvelle, faite de changements de plan et de montage. La prouesse est aussi technique, puisqu’il invente le long métrage en filmant sur quatre bobines (jusqu’alors la norme étant une, voire deux pour les plus hardis). Il dure près de trois heures. Peu modeste, Griffith semble conscient de la place de son oeuvre dans l’histoire naissante du cinéma ; pour preuve le film débute par ce plaidoyer : « Une place pour le septième art. Nous ne craignons pas de paraître indécents ou obscènes aux yeux de la censure, mais nous revendiquons comme un droit la liberté de montrer la face obscure des choses pour mieux en éclairer la face vertueuse. La même liberté qui est accordée à l’art de la littérature, cet art auquel nous devons la Bible et l’oeuvre de Shakespeare. »
Par ailleurs, il est resté dans l’histoire du cinéma comme le premier film « à grand spectacle ». Il mobilise plusieurs centaines de figurants et met en images des reconstitutions historiques -du moins ce que Griffith considère comme l’Histoire- de batailles épiques de la Guerre de Sécession et affrontements des armées de Lee et de Grant, de l’assassinat d’Abraham Lincoln…
Pour le scénario de son film, David Wark Griffith s’inspire très largement des écrits racistes du pasteur Thomas Dixon et en particulier de The Clansman (comme précisé dans l’introduction du film). Le film met en scène une famille de propriétaires, les Cameron, dans la ville de Piemont. Ils sont pris dans les affres de la Guerre de sécession : pillés par les Yankees et mis sous la coupe des Noirs, menés par le mulâtre Sylas Lynch. Le Ku Klux Klan, créé par un des fils de la famille, viendra à bout de la terreur noire et restaurera les valeurs du Sud (« Grâce au Ku Klux Klan, le Sud a été sauvé de l’anarchie du régime noir. »).

Ce film produit les cinq figures noires majeures (à lire en anglais : Donald Bogle, Toms, Coons, Mullattoes, Mammies and Bucks) du cinéma américain, hollywoodien en particulier : le Tom, le coon, la mulâtre malheureuse, la mammy et le black buck. Dans The Birth of a Nation, ces figures sont réparties entre cinq personnages noirs majeurs : Mammy, Lydia Brown, « le serviteur » des Cameron, Sylas Lynch et Gus. Ceux-ci peuvent être classés en deux catégories distinctes et opposées : d’abord les Noirs qui restent fidèles aux Cameron, les propriétaires blancs, ces Noirs qui connaissent et respectent les lois du Sud. En second lieu, les Noirs qui veulent l’égalité, ceux qui s’émancipent, se libèrent au prix du sang voire de « l’oppression raciale » des Noirs sur les Blancs.

-->Les serviteurs fidèles : « le serviteur » et Mammy
Dans la première catégorie, on retrouve essentiellement les domestiques d’intérieur, en l’occurrence Mammy et « le serviteur » (servant tous les deux chez les Cameron) et le majordome de Stoneman (l’ami nordiste des Cameron).
Mammy est grosse, d'un certain âge. Elle est forte de caractère et commande aux autres noirs. Elle est comme un membre de la famille Cameron ; elle est présente dans la première scène où l'on voit les Cameron. Elle est à l'unisson sentimental de ses maîtres : attendrie pour les scènes d'amour filial, compatissante aux malheurs de ses propriétaires.
Le serviteur est un personnage à qui le film n'attribue aucun nom. Il est une des figures communes du nègre : le coon. Il est victime des Noirs libres qui lui reprochent d’être encore au service de ses maîtres et qui tentent de le pendre6. Naïf, niais et fidèle, il se tient le dos courbé, la tête affaissée entre les épaules et les yeux écarquillés. Ces deux personnages sont ouvertement sudistes, pro-esclavagistes -même si rien n’est clairement affiché dans ce sens- et fidèles, malgré leur liberté acquise -officiellement- face à leurs anciens maîtres. On trouve des exemples de cette fidélité à plusieurs reprises lorsque Mammy réprimande un noir se moquant de son maître -soutenue par l’interstice : « Leurs braves serviteurs leur viennent en aide. »-, ou qu’avec « le serviteur », ils organisent la libération de Cameron, emprisonné par les Yankees qui le livrent à la foule noire en furie.

La figure du Tom, le serviteur fidèle, est mise en avant par The Birth of a Nation. Ainsi, le majordome de Stoneman, le nordiste libéral, est un Tom. En effet, ce n’est pas un esclave, il est d’ailleurs présenté comme « un Noir libre du Nord » ; mais sa liberté n’est pas visible à l’image, il n’existe que pour son maître, seulement pour le servir : il lui sert de majordome, de porteur, de cocher…

-->La menace noire : les mulâtres et les violeurs
L’autre catégorie rassemble les noirs au service des yankees. Les mulâtres sont des métis représentés avec la peau plus claire) et sont présentés objectivement par Griffith comme les personnages les plus dangereux, avec les violeurs. Or, ces deux dangers sont la mise en image de ce que les suprémacistes du Klan redoutent et condamnent par-dessus tout : la miscegenation, le métissage ; miscegenation synonyme à leurs yeux de la fin de la pureté de la race blanche. Il promeut -si ce n’est consciemment, du moins dans les faits- la preuve que le métissage est un échec, voire un danger, puisque les Noirs les plus malfaisants, et possédant du pouvoir, sont des mulâtres. Lydia Brown, Sylas Lynch, et même Gus (qui n’est pas un mulâtre) sont là pour personnifier la même idée, celle du Ku Klux Klan : « le nègre qui charrie dans son sang le désir forcené du mélange des races, est plus dangereux qu’une bête sauvage et il doit être et sera sous contrôle. »
Lydia Brown, présentée comme une « mulâtre », n'apparaît que dans la première partie du film (et l'introduction de la deuxième). Elle nous est d'emblée présentée comme réticente envers les blancs et ne remplissant pas correctement ses tâches de service. Elle est vicieuse, calculatrice, sexuelle... Elle est plus tard montré comme les autres Noirs, incapables d’exprimer ses sentiments en dehors de l'exubérance. Comme, par exemple, lors de la réunion d’intronisation de Sylas Lynch où elle fait de grands yeux écarquillés et tape frénétiquement des mains, en signe d’acquiescement.
Sylas Lynch n'apparaît qu'au début de la deuxième partie. Ses traits sont caucasiens (il ressemble plus à une caricature antisémite du début du XIXème en Europe qu'à une caricature d'un Nègre) et il est en effet qualifié de « mulâtre chef des noirs. ». Il doit son rang à un blanc puissant, le nordiste Stoneman. Lynch se sert de son pouvoir pour construire un parti noir qui dirige peu à peu la ville de Piemont et ses habitants blancs, et ce par tous les moyens : inciter les noirs à ne plus travailler, leur donner des habits et à manger, faire des réunions et promettre aux Noirs l’égalité, empêcher les blancs de voter ou lorsqu’il tue d’ "innocents" Klansmen. Le sommet de son ignominie est la tentative de viol perpétrée contre la fille de son protecteur, la virginale Elsie Stoneman. Il la brutalise, les yeux exorbités, la mâchoire avancée et les doigts recroquevillés comme des serres.

Mais les signes préparant le spectateur à cette tentative de viol -empêchée par les chevaliers du Klan- sont nombreux : il la regarde avec ses gros yeux et sa mâchoires avancée -l'air envieux- puis il l’espionne dans la forêt ou s’oppose à son prétendant, le fils des Cameron…
Le dernier personnage, Gus, n'apparaît vraiment que dans quelques scènes, dont une centrale ; celle de la longue (plus de 10 minutes) poursuite et de la tentative de viol de la jeune Flora Cameron. Alors qu’elle joue avec un écureuil dans la forêt, il l’accoste, lui fait des avances qu’elle refuse en s’enfuyant. Il la poursuit, et elle préfère mourir en se jetant d’une falaise. Gus se cache et « les hommes de la ville se mettent à la recherche du coupable, afin qu’il soit légalement jugé par le sombre tribunal de l’Empire Invisible. » Largement complaisant, le réalisateur nous montrera Gus jugé et pendu par les hommes du Ku Klux Klan.

-->Des Noirs dépendants du Blanc
Dans les deux cas, qu’ils soient fidèles ou dangereux, les Noirs sont placés comme dépendants du blanc. Même les soldats du Nord sont présentés comme manipulés par les blancs, leur attitude (pillages, lynchages, oisiveté, profits extorqués aux sudistes…) sont la conséquence des politiques de Lincoln et des Yankees. Mais même dans la narration, les Noirs sont tributaires des Blancs : l’oisiveté des Noirs est incitée par les Blancs, les Blanches attirent les « mâles nègres », l’émancipation est accordée par les Blancs, les propriétaires sudistes, et leurs esclaves, sont oppressés par les blancs, dont les noirs ne sont que le jouet…
Bien entendu, ces deux fractions majeures sont en opposition. Mammy les traite de « Petite vermine du Nord » ou s’étonne (en condamnant) de leur nouveau statut « des noirs libres du Nord ! » ; tandis que les « noirs libres » organisent le lynchage des esclaves refusant l’émancipation.
Mais quelque soit le « bord » représenté par le noir, les caractéristiques physiques et morales varient peu : yeux globuleux et fuyants, faciès lâches, épaules voutées, tête tirant vers le bas, lèvres proéminentes, mâchoire inférieure avancée en signe de mécontentement ou d’attaque…
De nombreuses critiques s’élevèrent à la sortie du film, mais ce long métrage marque le début non seulement du cinéma hollywoodien, mais aussi la production et l’implantation dans le cinéma des figures noires, négatives et/ou dépendantes du Blanc. Hollywood prospéra aussi bien que ces représentations...

Ces 5 figures noires vont être réutilisée de façon caricaturale tout au long de l'histoire du cinéma ou de la télévision américaine (de Autant en Emporte le Vent à Forrest Gump ou La Couleur Pourpre, en passant par la série Desperate Housewives). A de rares exceptions près, c'est dans les années 70, avec le cinéma de Blaxploitation que l'on va voir arriver des figures noires positives, des héros tout ce qu'il y a de surhumains comme Hollywood n'en avait jamais créé que pour les Blancs...

Allez, je vous laisse avec ce montage de scènes du film sur le Burn, Hollywood, Burn ! de Public Ennemy !

mardi 10 février 2009

France3 : Quand on est Noir, on est célèbre si on fait du sport ou de la chanson

Alors que je préparais la cuisine hier soir, et en fond sonore, y avait Question pour un champion. Bon… le décors est planté.

Arrivé à la partie des questionnaires, Julien Lepers propose donc à la première candidate de choisir un des quatre questionnaire ; mon attention est complètement happée lorsque j’entends que la candidate choisit « les Afro-Américains célèbres ». Ni une, ni deux je laisse mon économe et mes légumes sur ma planche et me précipite dans la pièce abritant la télé.
Suit la présentation de la candidate, en première année de pharmacie, et le lancement du questionnaire.Je suis fébrile, repasse mes classiques dans ma tête pour épater mes amis.
Première question sur l’acteur de Docteur Doolittle : haussement de sourcils de la candidate qui annonce la réponse Eddie Murphy. Eddie Murphy ! Ce que le cinéma américain a produit de plus avilissant et dévalorisant depuis Crissy dans Autant en Emporte le Vent !!! Le questionnaire commence mal.
Et là, s’enchaîne les Michael Jordan, James Brown, Michael Jackson, Hale Berry… Voui, voui, voui. Vous ne rêvez pas.

A l’heure où un président afro-américain officie à la Maison Blanche, France3 et Julien Lepers ne trouve comme « Afro-Américains célèbres » que des chanteurs, acteurs ou sportifs. Pas un « Black Panther Party », ou un « Malcolm Little, dit Malcolm X » ; pas de question sur l'inventeur du beurre de cacahuète, James Washington Carver ou sur la poétesse Maya Angelou ; pas même une question sur l’origine d’Obama ou une question sur le révérend Martin Luther King !!!
France3 et Lepers utilisent le plus ancien des procédés racistes qui consistent à cantonner les Noirs à leurs compétences physiques et artistiques (indéniables dans ces cas-là par ailleurs). Et le pire, c’est qu’ils ne s’en sont peut-être même pas rendu compte.

Honteux !!

mercredi 4 février 2009

Médine, l'arabian panther

A mon avis le rappeur qui mérite le plus d'attention par les temps bling-bling qui courent.



Originaire du Havre, Médine en est à son 5ème album solo (après 11 Septembre, Jihad, Table d'écoute et Don't Panik). c'est sans doute le plus aboutit. La couleur de l'album est très soul brother. Arabian Panther ; le titre pose les bases de l'album, la pochette rappelle la célèbre photo de Huey Newton avec le fusil et la lance.

Un album résolument tourné vers les combats pour l'égalité, la justice sociale et la tolérance. Et un max de références aux mouvements, à la culture et aux leaders afro-américains. Des hommages à MalcolmX, le révérend King, Huey Newton et Bobby Seale (les fondateurs du Black Panther Party), à Rosa Parks ou Betty Chabbaz (la veuve de Malcolm)... et la cerise sur le gateau est un énorme morceau de plus de 7 minutes : Enfant du destin (Kunta Kinte) qui raconte le début du livre et de la série TV de Alex Haley (historien et biographe de Malcolm X) sur ces ancêtres du village de Djoufouré (Gambie) aux champs de conton du Sud.

Je vous incite à visiter son blog et son nouveau site et visionner ses clips précédents (comme Etat des lieux, 11 Septembre, Lecture aléatoire ...)

Alors les bas-du-front vont bougonner parce que "quand même il est un peu muslim, non ? Quand même hein ?!?" Et puis y a sa barbe (qui nous vaut d'ailleurs une chanson plutôt légère et sympathique dans le dernier album)... Médine est musulman, ça fait partie de son être, c'est comme ça ; je pense que ça ne le disqualifie pas d'emblée. Et en plus quand on se prend un peu à écouter ses chansons, on y trouve beaucoup moins de prosélytisme religieux que de véritables hommmages aux combats collectifs du XXème siècle et à leurs représentants (de Martin Luther King à Mandela en passant par Arafat, Castro ou Lumumba).
Et au lieu de s'enfermer dans un délire théologique, Médine continue d'explorer des sujets très différents, d'écouter des chanteurs français ou de la soul, de se nourrir de livres ou de reportages. Et la chanson Besoin de révolution montre bien cette évolution : comme réponse à son Besoin de résolution d'il y a quleques années, Médine déplace le curseur des questions indiviuelles à des réponses collectives.

Le tracklist :

01: Self defense
02: Peplum
03: Portrait Chinois
04: RER D
05: Don't panik
06: A l'ombre du mâle , feat. Nneka
07: Pantherlude (ils peuvent)
08: Enfant du destin (Kounta Kinte)
09: Panther blues, feat. Tiers Monde
10: Code barbe
11: Camp delta
12: Besoin de révolution
13: Arabospiritual

Un album énorme pour un rappeur hors-normes !

Et pour se quitter en beauté, ce clip tiré du blog

dimanche 1 février 2009

Kery James, le retour du rap français

Kery James sortira un nouvel album en avril !!!
Enattendant on se replonge dans Thug Life


samedi 31 janvier 2009

Festival Black Revolution

Voilà ce qui s'annonce comme un festival avec du lourd, du très lourd !!!
(Et bien sûr, je peux pas y aller)
Alors, histoire de faire tourner l'info au maximum et assurer la promotion de ce festival, voilà les infos officielles...

" BLACK REVOLUTION veut mettre en avant la dimension libertaire du peuple noir américain qui explosa dans les années 1960 et 1970 sur les scènes politique (croisade pour les droits civiques de Martin Luther King, Malcom X, les Black Panthers), sportive (Muhammad Ali) et culturelle (Wattstax, le Woodstock black), en dénonçant les siècles d’oppression qu’il avait subis, et son évolution jusqu’à aujourd’hui, à l’heure où la culture noire américaine connaît un succès international avec la musique rap, la présence d’acteurs noirs au box-office, et l’arrivée de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. L’accession des cinéastes et acteurs noirs à la production commerciale est aussi le fruit d’une longue lutte pour le droit à l’expression par l’image. Le cinéma afro-américain n’est pas né avec le phénomène Blaxploitation seventies mais au début du siècle et a toujours poursuivi un même objectif : donner aux Noirs américains une visibilité à l’écran et dans le même temps en construire une image positive. EST-CE AINSI QUE LES HOMMES VIVENT? questionne la manière dont le cinéma est témoin et acteur de notre temps, comment les cinéastes réfléchissent sur notre civilisation, notre condition humaine, et prennent acte, a un moment donné, des problèmes ou des mutations de l’histoire pour nous aider à penser le monde. La neuvième édition de “EST-CE AINSI…” se place sous le signe de la culture afro-américaine et présentera les nombreux visages du cinéma noir, entre exploitation commerciale, dénonciation politique, recherche identitaire et artistique, à travers près de cent films, sans barrière de durée ou de genre, de nombreuses rencontres avec des cinéastes ou représentants de la société civile, et des concerts :
- Des avant-premières : Medicine for Melancholy (2008) de Barry Jenkins, Confessionsofa Ex-doofus-itchyfooted Mutha (2008) de Melvin Van Peebles…
- Des œuvres rares ou inédites : Black Liberation (1964) d’Edouard De Laurot, Black Panthers (1968) d’Agnès Varda, Jean Genet parle d’Angela Davis (1972) de Carole Roussopoulos…
- Des classiques : The Cool World (1963) de Shirley Clarke, Jimi Plays Monterey (1967) de D.A. Pennebaker, Sankofa (1993) de Haile Gerima, Beat Street (1984) de Stan Lathan, Boyz’n the Hood (1991) de John Singleton…
- Hommage à Charles Burnett, en sa présence
- Hommage à Melvin Van Peebles, en sa présence
- Carte blanche à Hamé du groupe La Rumeur, en sa présence
- Nuit Blaxploitation
- Invités : Lech Kowalski, Jean-Louis Comolli, Marc Marder, Julien Sévéon, Janine Euvrard, Catherine Ruelle…
- Concerts rap
- Ciné-mix : Ghost Dog : The Way of the Samurai (1999) de Jim Jarmush par Radio Mentale

Les infos pratiques = Lieu : Cinéma l’Écran Adresse : Place du Caquet Ville : Saint-denis 93200 Métro : Basilique de Saint-Denis/Ligne 13 Téléphone : 01 49 33 66 88
Site : http://www.lecranstdenis.org/
Tarif : 6,00 € / 5,00 €TR"

Bref vous l'aurez compris, pour les Parisens et ceux qui sont en vacances (ce qui n'est malheureusement pas mon cas), le festival le plus énorme jamais vu !!!
Une concentration de légendes du cinéma noir (VanPeebles, Burnett...), des films et docus ultra-rares !
On peut télécharger le programme complet ici. plus que quelques jours à attendre...

Kery James feat. Kassovitz

Kery et Mathieu Kassowitz collabore pour le clip XY ! A voir et à partager !

mardi 30 décembre 2008

Black Dynamite, le retour du baadasssss soul cinema

Black Dynamite, rien que le nom ça pète.
Quand on voit l'affiche, les pupilles commencent à frétiller, la bouche devient pateuse, le cerveau se met en mode alerte.
Alors, une fois qu'on a vu le site du film et le scénario qui tient en deux lignes magnifiquement écrites :
"When “The Man” murders his brother, pumps heroin into local orphanages, and floods the ghetto with adulterated malt liquor, Black Dynamite is the one hero willing to fight all the way from the blood-soaked city streets to the hallowed halls of the Honky House."
...ça devient difficile de contenir les émotions qui affluent.
Rajoutez à ça un trailer de ouf', et on est pris de totale frénésie.

On reparlera certainement (en sortie salle, espérons, au moins en sortie DVD) de ce qui s'annonce comme une grosse bombe pour tous les fans de soul cinema, un vrai film Blaxploitation 30 ans après.
En attendant, on peut toujours flâner sur le site officiel du film (où l'on peut trouver un topo intéressant -en anglais- sur la blaxploitation et ses conditions d'émergence, une petite filmographie,...) ou matter et rematter interminablement le trailer :




vendredi 26 décembre 2008

Shaft in Africa

Après Shaft et Shaft's Big Score, Gordon Parks abandonne la caméra. John Guillermin envoie le privé de Harlem en Afrique et le titre français annonce la couleur : Shaft contre les trafiquants d'hommes...

SHAFT IN AFRICA - John Guillermin (1973)


Le recrutement de John Shaft (Richard Roundtree) est cette fois des plus déconcertant : enlevé par un géant africain, il est soumis à toute sorte de tests pour être enfin engagé par l'Emir Ramila (Cy Grant) afin de démanteler un réseau d'esclavage moderne.

Aidé de temps à autre par la belle Aleme (Vonetta McGee), la fille de l'Emir, le détective afro-américain va se retrouver sur les terres d'Afrique. De la capitale éthiopienne à celle de la France en passant par la Mauritanie, Shaft partage les cales des passeurs avec les clandestins, la chambre de la lubrique Jazar (Neda Arneric) ou encore des logements parisiens insalubres.
Shaft remonte la fillière des clandestins exploités organisé par le perfide Amafi (Frank Finlay)...

Gordon Parks laisse tomber son héros. Il laisse la place pour la réalisation à John Guillermin, tandis que Tydiman est remplacé par Stirling Silliphant (scénariste inspiré de In the Heat of the Night et The Liberation of L.B. Jones). La MGM exploite jusqu'au bout la franchise (en vendant dans la foulée les droits à la télévision, avec quatre mois plus tard le premier épisode The Enforcers).
Le résultat est un épisode totalement différent, totalement "bis", où l'ambiance soul est quasi absente (exceptée Vonetta McGee, le casting  s'en ressent), et le ton plus proche d'une déclinaison afro-américaine de James Bond (avec autant de conquêtes féminines que de contrées visitées).
Exit Isaac Hayes et Gordon Parks, la BO est confiée à Johnny Pate, compositeur entre autres de la BOF géniale de Brother on the Run, (et les Four Tops pour la chanson-titre) ; pour beaucoup de mélomane, elle dépasse la version originale de Hayes.

On se délecte d'un Shaft déambulant dans les rues parisiennes idéalisées ou entrant dans un troquet typique ; on sourit en voyant Orly, des voitures et leurs plaques minéralogiques, une affiche "Banania" (douce ironie totalement fortuite), des accents et plus généralement de la représentation des Français (en particulier des policiers), avec un chouïa d'exagération sur l'immonde pays raciste que serait la France comparée USA.
Cela pourrait juste être anecdotique, si ce n'était un pan de la critique plus générale de cette évolution du personnage et de l'esprit du film. Le joli succès des opus précédents a aiguisé les convoitises, mais à vouloir faire survivre Shaft à ses créateurs Tydiman et Parks, c'est au prix de l'abandon pur et simple de l'esprit initial (comme dans la série TV, mais de manière plus subtile). Ainsi, le héros garde tous ses attributs : il reste au top niveau bagarre, non-chaland et peu diplomate, viril, défenseur des opprimés... Mais cette dernière qualité, il ne la mets plus au service de la communauté afro-américaine mais de la lointaine Afrique, dénonçant à raison l'esclavage moderne en Europe ou l'excision (mais pour mieux "oublier" la situation encore rude des Noirs aux USA). La même année, Superfly T.N.T. (lui aussi dépaysé en Afrique) souffre des mêmes faiblesses.
La représentation de l'Afrique et des Africains (réduits à l'état de figurants) est d'ailleurs particulièrement caricaturale et correspond à une vision "exotique", loin du "réalisme" revendiqué dans les deux premiers films.

Ce nouvel univers fait de ce Shaft in Africa le plus "bis" de la franchise, comme un mélange entre Savage ! et Honeybaby, Honeybaby. Violence et sexe sont les ingrédients de la réussite (finie les scènes d'amour à travers filtres et miroirs, ici le sexe est un incontestable argument de vente), et l'aspect "black and proud" est une composante du personnage, sans être déterminante à aucun moment. On passe cependant un bon moment, avec des scènes d'action sporadiques, culminant en un final explosif.

Vonetta McGee ne sert pas à grand chose malheureuseument ; elle surgit même de manière totalement improbable au milieu de nulle part, couche avec Shaft puis disparaît aussitôt...
Si l'on croise quelques seconds couteaux de la blax comme Frank McRae  (Cool Breeze, 1941, 48 Hrs., Another 48 Hrs.) et Jho Jhenkins (The Arena), l'essentiel du casting est international avec le Guyannais Thomas Baptiste (Honeybaby, Honeybaby), la Yougoslave Neda Arneri, l'Indien Marne Maitlan, le Français Jacques Marin et Jacques Herlin et l'espagnol Aldo Sambrell (qui rejoue avec Roundtree dans Charley-One-Eye).