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mardi 1 octobre 2013

Brewster's Millions

Le titre français Comment claquer un million de dollars par jour ? résume parfaitement le synopsis et l'on serait bien avisé de ne pas aller chercher plus loin...

BREWSTER'S MILLIONS - Walter Hill (1985)

Montgomery Brewster (Richard Pryor) est joueur chez les Bulls, une équipe de baseball qui évolue dans une ligue secondaire. Arrêté suite à une bagarre, Brewster son ami Spike Nolan (John Candy) voient leur caution payé contre la prommesse de se rendre à New-York.
Là-bas, Montgomery Brewster apprend qu'il est le bénéficiaire d'un formidable héritage de 300 millions de dollars. Cependant pour toucher cette somme, il y a une condition : dépenser un million dollar par jour pendant un mois ! L'avocate Angela Drake (Lonette McKee) se retrouve mandater par la banque pour s'assurer que Brewster remplit les conditions...
Comment le talentueux Walter Hill a-t'il pu commettre une comédie si ordinaire ? On le retient essentiellement comme réalisateur du cutissime The Warriors, mais aussi de l'incontournable buddy movie 48 Hrs.
Le scénario est tiré d'un best seller de 1902 et l'adaptation est signée du duo de scénaristes Timothy Harris et Herschel Weingrod à qui l'on doit Space Jam et surtout Trading Places ; retrouve d'ailleurs ici le même esprit autour d'un moralisme gentillet qui remet en cause l'argent-roi. Mais la comparaison s'arrête là.

Même s'il a incontestablement mal vieilli, ce film est représentatif de ces comédies des années 80 où les acteurs afro-américains sont cantonnés aux rôles de bouffons et de beaux parleurs. C'est ici fait, en plus, avec une réalisation des plus conventionnelle, un manque d'humour flagrant et une galerie de personnages tous plus marqués 80s les uns que les autres.
Les mimiques et le bagout de Richard Pryor lassent et (s')épuisent. Entamé avec The Toy, le comique débute une descente aux enfers artistiques qu'il aura grand peine à quitter (en tout cas en tête d'affiche, il se retrouvera en acteur de soutien dans les très bons Mad Dog Time et Lost Highway)

La VF est doublée par Med Hondo, la voix d'Eddie Murphy. La belle Lonette McKee est limitée par un rôle inconsistant. On peut apercevoir, en garde du corps en uniforme, un second rôle récurrent dans les films "blacks" : Ji-Tu Cumbuka (Up Tight !, Top of the Heap, Blacula, Dr. Black, Mr. Hyde, Mandingo, Moving, Harlem Nights).

lundi 11 juin 2012

Antilles sur Seine

Commençons notre exploration des rares comédies françaises réalisées et jouées par des Noirs. Très sous-estimé, cet Antilles sur Seine est pour moi un petit bijoux tant il regorge de détails qui lui confèrent presque un label "Black Power"...

ANTILLES SUR SEINE - Pascal Légitimus (2000)

Horace Ste Rose (Med Hondo) est le mère de Grand-Bourg, la capitale de Marie-Galante, dont les terrains sont convoités par des promoteurs sans scrupule. Et lors d'un voyage à Paris, sa femme est kidnappée. La rançon ? Elle consiste bien sûr à céder les terrains en question.
Les fils Ste Rose, Freddy et Manuel (Edouard Montoute & Thierry Desroses), un animateur d'une radio locale et un chirurgien de la Salpétrière, se rendent auprès de leur père. Les trois hommes décident de prendre les choses en main et débarquent à Paris.
L'enquête est confiée au lieutenant Herman (Chantal Lauby), mais sa hiérarchie freine ses  recherches.
Un ancien agents des RG, Gertrude Boisec (Georges Mathieu) apporte sa précieuse aide aux Ste Rose et leur assure le soutien de la communauté antillaise de la capitale, des policiers aux balayeurs, des professions hospitalières aux postiers, des personnels d'EDF-GDF aux conducteurs de métro...

Le casting est alléchant, mais le scénario et la réalisation sont très basiques. Pourtant, Pascal Légitimus signe un film vraiment réfléchi, aux références multiples et derrière une comédie apparemment bon-enfant, on peut découvrir un manifeste pour une juste représentation des Noirs à l'écran et une ode à la solidarité communautaire.
Rien de manichéen cependant : il y a des bons et des méchants, des riches et des pauvres, des salauds comme des altruistes, des rigolos et des sérieux... bref tout sauf les bénis-oui-oui comiques ou gros bras qui servent de faire-valoir (même lorsque le propos relève d'un anti-racisme bon teint) aux quelques productions audiovisuelles françaises qui "utilisent" des actrices et acteurs de "couleur".
Malgré tout, le film peine à dépasser 500 000 milles entrées. D'abord, il faut bien avouer que l'affiche comme la bande-annonce ne donnent pas envie (mais surtout elles sont à des lieues de ce que propose le film) ; la cause de ce succès mitigé, c'est plutôt que la France n'était pas prête à transformer une comédie présentée comme "communautaire" en succès. Dommage !

Artisan principal de ce projet, et dans la lignée des grands réalisateurs afro-américains de Van Peebles à Spike Lee, Pascal Légitimus tient presque toutes les rennes et porte les casquettes de réalisateur, scénariste, acteur et compositeur (et comme eux, s'entoure de sa famille : avec son père Théo bien sûr, et les musiciens Clément et Dominique).
Et, comme les grands comédiens Richard Pryor, Eddie Murphy ou Martin Lawrence, Légitimus campe plusieurs personnages : un animateur de radio, le grand-père Ste Rose, un chauffeur de taxi, une postière et une concierge blanche. Ces personnages sympathiques sont par moment caricaturaux, mais il est utile de noter que c'est l'artisan principal du film qui les concentre sur lui-même, comme pour en conjurer les méfaits.

Le casting est composé de quasiment tout ce que la télévision et le cinéma français compte d'actrices et acteurs noirs : Edouard Montoute, Thierry Desroses, Jacques et Jean-Michel Martial, Greg Germain, Laure Moutoussamy, Lucien Jean-Baptiste, Ricky Tribord, Anthony Kavanagh, Mylène Wagram, Otis Ba ou encore Luc Saint-Eloy, un acteur "black listé" après ses prises de position publique durant une cérémonie des Césars.
Le rôle principal est confié à Med Hondo, originaire d'Afrique, réalisateur, acteur de cinéma, de télé et de théâtre, il est -malheureusement- connu de tous pour sa voix, puisqu'il double depuis 30 ans le comique Eddie Murphy dans les versions françaises ; on peut -et on doit absolument !- le voir aux cotés de plusieurs membres de la famille Légitimus dans Les verts pâturages. Légitimus exploite à fond cette injustice artistique en lui offrant un rôle respectable d'homme combattif d'une part, et en lui faisant doubler avec "sa" voix de Murphy un chauffeur de taxi (scène que partage plus bas).
Dans une autre scène sont réunies plusieurs autres voix comme célébrissime Maïk Darah (qui double Whoopy Goldberg ou Monica dans Friends.

Il y a aussi pas mal d'acteurs blanc. Bien entendu ses accolytes des Inconnus : Bernard Campan et Didier Bourdon, ainsi que Daniel Russo, Georges Mathieu, Serge Riaboukine, Hélène Vincent...  et, plus étonnant le duo comique Chevallier et Laspalès. Quant à Chantal Lauby, elle apporte son coté décalé qu'on lui connaît et son duo avec son subordonné souffre-douleur, incarné par Pierre-Olivier Mornas, fonctionne à merveille !

Le guest des guests c'est Melvin Van Peebles, le père du cinéma indépendant afro-américain et précurseur, à son corps défendant de la blaxploitation. Avec cette apparition, c'est plus qu'un clin d’œil que fait Légitimus, c'est l'affirmation de sa démarche artistique et l'affirmation d'une filiation. Même si on est loin de l'aspect politique du révolutionnaire Sweet Sweetback..., convoquer Van Peebles n'est pas anecdotique. Ainsi, et pour conclure, Pascal Légitimus profite de sa renommée pour essayer de créer un cinéma des Noirs de France, un cinéma qui offre de vrais rôles aux actrices et acteurs "de couleur".
Pour cela rien n'est laissé au hasard dans cette comédie faussement gentillette où chaque micro-détail est calibré pour rendre hommage au travail des actrices et acteurs noirs et plaider en faveur d'une meilleure représentation de ce que Luc Saint-Eloy appellait "les minorités visibles".

dimanche 10 juin 2012

Comédies françaises "noires"

La France est toujours décalée par rapport aux Etats-Unis. Lorsqu'il s'agit du système de santé ou de la "guerre contre le terrorisme", c'est toujours bon à prendre... mais pour ce qui est de la représentations des "minorités visibles", il faut bien avouer que les productions hexagonales affichent un retard considérable !

Les Noirs et Arabes de France et les Afro-Américains n'ont certes pas des parcours similaires, liés à l'histoire coloniale pour les et à l'esclavage pour les autres. Le racisme s'y décline donc de manières différentes, de même que les résistances, les combats pour l'égalité et l'expression des cultures "minoritaires".
D'un point de vue audio-visuel, les Afro-Américains ont réussi à imposer leur présence à l'écran, la diversité des rôles et des histoires et une autre "normalisation" que la culture WASP ; ils ont créés et/ou trouvés des débouchés à leurs productions, en direction de leur communauté pour certaines, à vocation plus universaliste pour d'autres. Mais toujours est-il que chaque genre cinématographique est investi par les Afro-Américains, et à tous les niveaux de la production.

En France, les Noirs (et les Arabes) sont cantonnés aux seconds rôles, aux flics débonnaires ou aux "racailles" plus ou moins sympathiques. Aucune actrice ou aucun acteur noir n'arrivent à la renommée d'un Depardieu ou d'une Deneuve... et le César de Omar Sy, pour intéressant qu'il soit, n'est que l'arbre qui cache la forêt.
Quand les films urbains étaient en vogue outre-Atlantique, on a eu droit en France à des équivalents comme La Haine, Ma 6-T va crack-er ou Raï. Mais le phénomène est resté très limité et étrangement déconnecté des réalités des quartiers populaires.
Même du coté des comédies, la place est dure à prendre pour des réalisateurs noirs qui souhaitent éviter les clichés et proposer une autre vision. Quatre titres sortent du lot : Antilles sur Seine, une comédie géniale mais sous-estimée de Pascal Légitimus en 2000. Case Départ, une comédie décalée sur l'esclavage signée des amuseurs Thomas Ngijol et Fabrice Eboué. Quant à Lucien Jean-Baptiste, il semble s'imposer tranquillement avec deux films en quelques années : La première étoile et 30° Couleur.


J'en profite pour faire la publicité pour Les Noirs dans le cinéma français, le dernier livre de Régis Dubois (en vente ici) :

vendredi 7 octobre 2011

Les verts pâturages

Pièce de théâtre dans les années 30, adaptée au cinéma en 1936 et en cartoon (Clean Pastures) l'année suivante, The Green Pastures a droit à une déclinaison télévisée. Rien de très étonnant, mis à part que c'est une adaptation française...

LES VERTS PATURAGES -
Jean-Christophe Averty (1964)




Dans une école de Louisiane, le pasteur Deeshee (Robert Liensol) raconte à ses jeunes ouailles l'Ancien Testament. Les enfants se prennent à rêver des grands épisodes bibliques où les protagonistes sont Noirs : Dieu -assisté de l'Ange Gabriel (Med Hondo)- créant la Terre sous les yeux ébahis de ses chérubins, Adam et Ève succombant à la tentation, Noé (Théo Légitimus) affrontant le Déluge à bord de son Arche, la fuite des Hébreux dirigés par Moïse (Ibrahim Seck) hors d'Egypte...
Imaginez un soir de Noël où la télévision française propose un divertissement intelligent est déjà une gageure. Que ce divertissement soit interprété exclusivement par des Noirs commence à relever de la science-fiction. Quand ceux-ci déclinent les personnages de la Bible dans une version "noire", on frôle la révolution. Cette révolution a eu lieu le 24 Décembre 1964, en prime-time sur la RTF. Elle fut malheureusement tuée dans l’œuf par des critiques impitoyables usant de mauvaise foi, hurlant au blasphème et critiquant ouvertement l'arrivée des "bougnoules" à une heure familiale.
Cette œuvre insolite ne sera jamais rediffusée par les frileux programmateurs (pas même -à ce jour- sur RFO). C'est grâce à l'INA que l'on peut redécouvrir ce petit bijoux ; je ne saurais trop vous conseiller de l'acheter (ici), il est à un prix très abordable.

Le programme alterne tableaux -souvent comiques- à la mise en scène théâtrale, chorégraphies sur fond de gospel, et moment plus cinématographiques de facture classique (et même une courte et improbable partie documentaire).
Les effets spéciaux contribuaient par leur modernité au succès de l’œuvre originale ; ils sont ici remplacés par des décors en 2D dessinés et des trucages électroniques innovants qui rendent l’œuvre inédite d'un point de vue graphique.
Le propos est faussement naïf, et Jean-Christophe Averty réussit à merveille son pari d'adaptation, dépassant largement The Green Pastures. (mais la comparaison n'est pas forcément bienvenue tant leur ambition respective est différente).

La bande-son reprend les grands spiritual (Ol' Black Joe, When the Saints Go Marching In, Go Down, Moses, Go Tell It On The Mountain...) dans une interprétation réussie ; ils sont accompagnées de moments chorégraphiés avec maestria par Dirk Sanders.

Au niveau des acteurs, il y a le tout jeune Med Hondo dont on connaît en France la voix : il a doublé Eddie Murphy dans la plupart de ses VF. Beaucoup de membres la famille de Pascal Légitimus sont présents : sa grand-mère Darling, son oncle Gésip et surtout son père, Théo Légitimus qui incarne un Noé légèrement porté sur la bouteille.
Robert Liensol, Med Hondo et Théo Légitimus ont fait leurs classes ensemble, dans des pièces de théâtre ou Soleil Ô. Hondo et Légitimus se retrouvent dans Antilles sur Seine, comédie étonnante de Pascal Légitimus.
Citons encore la vedette ivoirienne Léonard Groguhet, Ibrahim Seck, Antoine Nisas (qui deviendra un couturier martiniquais de renommée internationale), le danseur René Deshauteurs et Maddly Bamy -une actrice jouant des seconds rôles auprès de Romy Schneider, Alain Delon ou Mireille Darc, elle est aussi une des "Claudettes" et, coté coeur, elle est connu comme la dernière compagne de Brel.
Averty leur propose dans ce film des rôles bien loin des domestiques, soubrettes et faire-valoir que le la télé et le cinéma français consentait à leur proposer...

mercredi 7 septembre 2011

Live and Let Die

Pour débuter cette année en douceur, évoquons Vivre et laisser mourir le James Bond qui débarque en pleine vague blaxploitation et fait la part belle aux actrices et acteurs afro-américains alors en vogue sur les grands écrans.

LIVE AND LET DIE - Guy Hamilton (1973)

Trois agents britanniques sont mystérieusement assassinés alors qu'ils enquêtaient sur les activité de Kananga (Yaphet Kotto), le dictateur de San Monique une île de l'archipel des Caraïbes. C'est bien sûr le travail de James Bond (Roger Moore) que de trouver le coupable de ces meurtres.
Il débarque d'abord à New-York, où il se trouve aux prises avec un un malfrat, local Mr. Big.
007 se rend vite compte que Kananga et Mr. Big sont une seule et même personne : il utilise ses différentes identités pour mettre en place un énorme trafic de drogue et devenir le plus important grossiste de New-York...
C'est pour enquêter et le démasquer que Bond part pour l'île de San Monique, aidé par une agent novice de la CIA, Rosie Carver (Gloria Hendry)...
United Artists et les producteurs des James Bond se révèlent les premiers à saisir le potentiel des castings partiellement afro-américains, en tout cas d'en éprouver les bénéfices : c'est le plus gros budget alloué depuis le début de la saga (12 millions) et rapporte plus de 160 millions.
En fait, ils doivent faire face à un changement de taille : Sean Connery a réfusé de rempiler une 7ème fois ; les producteurs doivent donc trouver un tas d'astuces pour assurer le succès de ce premier film avec Roger Moore... Dépayser Bond en Louisiane et aux Caraïbes en fait parti (comme l'absence de son ennemi juré du S.P.E.C.T.R.E.).
Ils ne se trompent pas sur le casting : Yaphet Kotto est auréolé de ses succès "grand public" avec The Liberation of L.B. Jones, Bone et surtout Across 110th Street ; il campe à merveille les vilains sans scrupule. La somptueuse Gloria Hendry s'offre en maillot de bain aux caméras ; elle ne joue qu'un rôle mineur mais se voit tout de même propulser "première James Bond Girl afro-américaine". Quant à Julius Harris, il faut bien avouer qu'il est l'homme de main estropié et machiavélique que l'on aime à rencontrer dans un James Bond. Rajoutez à ça le thème musical signé Paul et Linda McCartney et voilà les ingrédient du succès...

Cependant, cette épisode "black" laisse à désirer par l'image donnée des Noirs et les personnages confiés, ne reprenant donc que partiellement les codes de la blaxploitation.
Harlem et ses clubs, la Louisiane et ses jazz band urbains, les Caraïbes et leurs sorciers vaudou forment une carte postale idyllique. Mais presque tout les personnages noirs se trouvent être des méchants. Bien sûr on ne demande pas à un ennemi de Bond de faire dans la finesse ; les principaux vilains sont donc parfaitement retords. Le problème vient de personnages annexes, tel celui de Gloria Hendry et du chauffeur de taxi campé par Arnold Williams, qui cachent derrière leur sex-appeal ou leur jovialité un fond de traîtrise...

Pour le reste du casting afro-américain signalons Earl Jolly Brown (Black Belt Jones et Truck Turner), celui qui joue le sorcier vaudou Geoffrey Holder (que l'on ne retrouve étonnamment que dans Boomerang, 20 ans plus tard), Tommy Lane (Cotton Comes to Harlem, Shaft et Ganja & Hess, Arnold Williams (The Lost Man, Across 110th Street, Fox Style, Scream Blacula Scream), Ruth Kempf (JD's Revenge), Sylvia Kuumba Williams (Sounder). Du coté blanc, deux acteurs jouent régulièrement dans des films "black" : Clifton James (tick... tick... tick... et Black Like Me) et Stocker Fontelieu (Mandingo, The Toy, Big Momma's House 2). Enfin, dans une énorme équipe dédiées aux cascades co-dirigées par Eddie Smith, participent Bob Minor et Jophery C. Brown.