jeudi 7 juin 2012

Comédies des 2000s : conclusion

La décennie de comédies afro-américaines s'ouvre sur un documentaire de Spike Lee sur quatre grands comiques réunis dans le spectacle The Original Kings of Comedy.
Force est de constater que les choses ont bien avancé depuis les années 70 et le phénomène de la blaxploitation puis le recul des 80s ; on assiste plutôt la confirmation de la tendance amorcée dans les années 90 qui va vers une "normalisation" des rôles afro-américains. Ainsi, bonnes ou mauvaises, ces comédies semblent avoir délaissé les bouffons noirs asexués. Et, si l'on retrouve ça et là quelques vieilles caricatures, et la recette facile du buddy movie inter-racial (Bronx à Bel Air, Showtime, National Security, I Spy et The Man), celà ne représente plus qu'une petite part des productions et des succès au box office.
Le nombre de films s'est considérablement accru, ainsi que la part des Afro-Américains dans la production ou la réalisation. Le sous-genre le plus prisé s'impose comme la comédie sentimentale.

Comédies sentimentales
A l'intérieur du genre "comédies", se développe un véritable sous-groupe très lucratif : la comédie romantique. Pas une année sans deux ou trois gros titres relevant de cette alchimie bien dosée entre humour et romance. Atteignant le rang de film culte, Two Can Play That Game ouvre la voie. Puis des dizaines se succèdent reprenant souvent les mêmes ingrédients, voire les mêmes acteurs : The Ladies Man, Kingdom Come, Bringing Down the House, The Fighting TemptationsBreakin' All the Rules, Are We There Yet ?, Guess Who, The Honeymooners, Last Holiday, Phat Girlz, Three Can Play That Game, Who Made the Potatoe Salad ?, The Perfect Holiday, This Christmas, Love For Sale, 

Quelques uns sortent du lot comme Deliver Us from Eva qui offre enfin un vrai rôle à Gabrielle Union, I Think I Love My Wife (remake par Chris Rock d'un film d'Eric Roehmer) ou le déjanté She Hate Me signé Spike Lee.

And Tyler Perry is coming...
Le phénomène de ces années 2000 est incontestablement Tyler Perry, acteur, réalisateur et scénariste. Il livre plus d'une dizaine de films dont la plupart sont des comédies dramatiques avec fil conducteur le personnage d'une grand-mère allumée autant que moraliste, Madea. Elle débarque dans Diary Of A Mad Black Woman puis revient à rythme quasi annuel dans Madea's Family Reunion, Meet the Browns, Madea Goes to Jail, I Can Do Bad All By Myself, Madea's Big Happy Family
Deuxième franchise à succès Why Did I Get Married ? et Why Did I Get Married Too ? rassemble Janet Jackson, Tasha Smith ou Michael Jay White.
La comparaison avec Spike Lee me paraît pertinente, et légèrement provocatrice quand on sait l'animosité qui règne entre les deux. Non pas que Perry en ait le talent (je pense au contraire qu'il en est loin d'en avoir la finesse et les qualité de cinéaste), mais leurs parcours pour percer dans l'industrie cinématographique montrent des similitudes. D'abord par les moyens de production : de petits films indépendants, mais avec des succès financier et d'estime (auprès de publics différents cependant). Ensuite, Perry fait évoluer ses films dans un petit monde bien délimité : la bourgeoisie afro-américaine, qu'il traite avec des angles de prédilection : les drames conjugaux, la violence, la famille, la maltraitance, la maladie...
Enfin comme Spike Lee, Tyler Perry s'adjoint une bande avec laquelle il travaille de façon presque continu : de la ribambelle d'actrices et d'acteurs connus (dont certains représentent un morceau de l'histoire artistique afro-américaine) jusqu'à certains figurants -en particuliers chanteurs et musiciens- en passant par une équipe technique resserrée.

Sport

Les années 2000 font aussi la part belle aux comédies sportives. Le basket se place bien en tête avec Juwanna Man, Like Mike et sa séquelle, The Cookout, Rebound, Frankenhood, Just Wright... mais l'on retrouve aussi le base ball avec Mr. 3000, le football -l' "américain" bien sûr pas le soccer- avec The Longshots (film très agréable sur fond de chômage et de crise industrielle, qui permet de découvrir la jeune Keke Palmer), le roller comme hobby de la jeunesse afro-américaine dans les très bons Roll Bounce et ATL, et même le golf avec Who's Your Caddy ?
Barbiers et coiffeuses...
Lancée par Ice Cube et son Barbershop, la mode des films de salon pour hommes ou femmes explosent (et retombe tout aussi rapidement).
En deux ans, plusieurs films sortent mettant en scène coiffeuses et barbiers : Hair Show, Barbershop 2 : Back in Business, Nora's Hair Salon, Beauty Shop, The Salon avec en tête d'affiches des actrices et acteurs banckable comme Mo'Nique, Ice Cube, Jenifer Lewis, Queen Latifah ou Vivica A. Fox.
Malgré leur redondance et leurs irrégularités, ces films mettent la loupe sur un lieu central de la socialisation afro-américaine. En 2009, Chris Rock consacre même un très bon documentaire sur les problématiques capillaires : Good Hair.

Les femmes arrivent enfin !
Si l'on excepte Whoopi Goldberg dans les 80s, les femmes n'avaient que des rôles subalternes dans les comédies black... et par là-même, bien que connues et talentueuses, les actrices afro-américaines étaient cantonnées aux rôles d'épouses et/ou de bombes sexuelles.
Avec les comédies sentimentales qui se développent, nombres d'actrices arrivent sur le devant de la scène : Gabrielle Union, Jada Pinkett Smith, Vivica A. Fox, Queen Latifah, Zoe Saldana, Mo'Nique... toutes ces excellentes actrices ont souvent commencé dans des seconds rôles plus ou moins dénudés, les années 2000 leur offrent des seconds rôles conséquents (mettant souvent en avant leur charme, mais ne les limitant pas à ça) et des premiers rôles forts et jusqu'alors inédits. The Longshots propose même de déconstruire les genres en donnant la vedette à une adolescente douée au football et qui s'impose dans une équipe de mecs !

C'est aussi le tour des réalisatrices. Bien qu'encore limité, le phénomène est notable. Et leur travail est indéniablement différent, proposant un autre regard sur la sexualité et une autre représentation des femmes. C'est le cas de Jennifer Sharp et Nnegest Likké, à qui l'on doit respectivement I'm Through with White Girls (The Inevitable Undoing of Jay Brooks) et Phat Girlz.
Dans un tout autre style, Kasi Lemmons réalise un très intéressant biopic avec Don Cheadle, avec en toile de fond les droits civiques et le black power : Talk To Me.

Hip hop comedies
Bien entendu, la représentation des femmes comme objet sexuel a toujours court, et spécifiquement dans les films hip hop, de The Wash à Soul Plane en passant par How High, The Cookout, Who's Your Caddy ?, The Janky Promoters ou Something Like a Business.
Le problème est que ces comédies, pourtant essentiellement réalisées et:ou produites par des Afro-Américains, concentrent tous les clichés racistes que Hollywood a pratiquement effacé de ses logiciels : le black buck à la sexualité insatiable, les coons fainéants à la démarche non-chalante, les tragic mulattoes aux charmes venimeux et les grosses mamas moralistes.
C'est de mon point de vue le pire constat (et la confirmation d'un processus entamé dans les années 90) : Hollywood a réussi à s'affranchir en parti des stéréotypes séculaires tant dénoncés par les associations antiracistes, les "autorisant" au réalisateurs afro-américains qu'ils produisent.
Cependant tous les projets issu du milieu du rap ne sont pas identiques. Ainsi, le plus abouti de ces films est aussi le moins couteux : Gangsta Rap : The Glockumentary, faux documentaire plus vrai que nature réalisé par Damon "Coke" Daniels.

Encore plus à la marge des comédies hip hop ordinaires, Michel Gondry et Dave Chappelle livrent l'excellent Block Party, sorte de making of d'un énorme concert gratuit réunissant les grands noms du rap US dans les rues de Brooklyn.

Eddie Murphy, valeur (moins) sûre...
Troisième décennie comme tête d'affiche pour Eddie Murphy ! D'un coté, il s'oriente vers des comédies familiales (Dr. Dolittle 2, Daddy Day Care, The Haunted Mansion, Imagine That) et d'un autre reste sur le registre qui a fait son succès, celui du héros aux longues tirades, aux multiples combines et tout de même au grand cœur (Showtime, The adventures of Pluto Nash, I Spy). Autant les premiers sont de relatifs succès (mérités de surcroit), autant ses comédies d'action -où il partage l'affiche avec De Niro ou Owen Wilson- sentent le réchauffé et se traduisent par des échecs cuisants (qui ne remboursent pas leur budget de production). Avec Norbit et Meet Dave, il récidive dans le genre ultra-lourdingue où il incarne plusieurs personnages... Il est à ce sujet intéressant de voir ce qu'en pense son doubleur français, le grand Med Hondo. Non chroniqué ici, le grand succès de Murphy de ces dernières années reste l'âne de Shreck.

Lien
Son "élève" Martin Lawrence marche dans ses pas en jouant dans des comédies d'action répétitives et rarement très inspirées, telles que Le chevalier black, National Security et Big Mamma. Dans ce dernier cas, le concept original -qui arrive à éviter les poncifs attendus- est vite effacé pour produire deux séquelles nullissimes (Big Momma's House 2 et Big Momma : Like Father, Like Son) qui pour le coup n'oublient aucun ingrédient de mauvais goût !
Heureusement, des films comme Welcome Home Roscoe Jenkins, College Road Trip ou Death at Funeral (et même Bad Boys II) viennent rappeler que Martin Lawrence peut jouer autre chose jouer des rôles comiques sans être le bouffons de service...

Parodies et remakes
Acheter un scénario de série ou de film étranger est une pratique répandue à Hollywood, ce phénomène touche aussi le cinéma afro-américain. D'une part, il y a les adaptations assez classiques de séries mythiques comme Starsky & Hutch, Fat Albert et moins connues comme I Spy et The Honeymooners. Bien sûr il y a aussi des remakes de films : Chris Rock s'attaque au réalisateur français Eric Rohmer avec I Think I Love My Wife, il joue aussi dans Death At A Funeral aux cotés de Martin Lawrence, Loretta Devine, Zoe Saldana, Danny Glover et bien d'autres. Kevin Rodney Sullivan propose Guess Who qui revisite, sous une forme inversée et pour le moins maladroite, la comédie culte avec Sideny Poitier : Guess Who's Coming to Dinner.
Signe des temps, il est intéressant de noter que The Honeymooners, Are We Done Yet ? ou encore I Think I Love My Wife sont des remakes où les personnages principaux blancs remplacés par des Afro-Américains.

Du coté des parodies, la famille Wayans est toujours à la manœuvre dans ce sous-genre avec Scary Movie et Scary Movie 2 de Keenen Ivory et Dance Flick de Damien Dante. Le talentueux réalisateur Gary Hardwick fait une tentative dans cette veine, avec l'inégal Universal Remote.
On trouve aussi un nombre conséquent de comédies qui reprennent les codes des soul movies ; c'est le cas du déjanté Pootie Tang, du très cool Undercover Brother et de la déclinaison juive de la blax avec l'étonnant The Hebrew Hammer.
Mention spéciale pour l'excellent Black Dynamite, véritable hommage à la blaxploitation qui dépasse largement le pastiche et reste le projet cinématographique afro-américain de cette dernière décennie !


2000
Bamboozled
Big Momma's House
The Ladies Man
The Original Kings of Comedy
Next Friday
Scary Movie
The Wash

2001
Black Knight
Down To Earth
Dr. Dolittle 2
How high
Kingdom Come
Pootie Tang
Scary Movie 2
Two Can Play That Game

2002
The adventures of Pluto Nash
All About the Benjamins
Barbershop
The Boat Trip
Friday After Next
I Spy
Juwanna Mann
Like Mike
Showtime
Undercover Brother

2003
Baadasssss ! How to Get the Man's Foot Outta Your Ass
Bad Santa
Bad Boys II
Bringing Down the House
Daddy Day Care
Deliver Us from Eva
The Fighting Temptations
The Haunted Mansion
Head of State
The Hebrew Hammer
National Security

2004
Barbershop 2 Back in Business
Breakin' All The Rules
The Cookout
Fat Albert
Hair Show
Mr. 3000
My Baby's Daddy
She Hate Me
Soul Plane
Starsky & Hutch
White Chicks

2005
Are We There Yet ?
Beauty Shop
Block Party
Diary Of A Mad Black Woman
Guess Who
The Honeymooners
Lil' Pimp
King's Ransom
The Man
Rebound
Roll Bounce
The Salon

2006
ATL
Big Momma's House 2
Last Holiday
Little Man
Madea's Family Reunion
Phat Girlz
Who Made the Potatoe Salad ?

2007
Are We Done Yet ?
Daddy Day Camp
Gangsta Rap : The Glockumentary
The Hustle
I'm Through with White Girls (The Inevitable Undoing of Jay Brooks)
I Think I Love My Wife
The Perfect Holiday
Norbit
Talk to Me
This Christmas
Three Can Play That Game
Universal Remote
Who's Your Caddy ?
Why Did I Get Married ?

2008
Be Kind Rewind
College Road Trip
First Sunday
Love For Sale
Meet Dave
Meet The Browns
The Longshots
Soul Men
Welcome Home, Roscoe Jenkins

2009
Black Dynamite
Dance Flick
Frankenhood
Good Hair (Documentaire)
Imagine That
I Can Do Bad All by Myself
The Janky Promoters
Madea Goes to Jail
Next Day Air

2010
Death At a Funeral 
Just Wright 
Lottery Ticket 
Our Family Wedding
Something Like a Business
Speed-Dating
Why Did I Get Married Too ?

2011
35 and Ticking 
Big Mommas : Like Father, Like Son 
Jumping the Broom
Madea's Big Happy Family