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samedi 22 février 2014

Superfly

Je vous propose pour les prochaines chroniques un retour sur un film emblématique de la blaxploitation : Superfly !


SUPERFLY - Gordon Parks Jr. (1972)

Priest (Ron O'Neal) est un dealer important de Harlem. Mais il en marre de cette vie et décide de raccrocher. Il compte finir  sur un dernier coup avec son pote Eddie (Carl Lee). Un million à se partager après avoir revendu 30 kg de cocaïne pure et après la belle vie !
Pour la matière première, il peut compter sur Scatter (Julius Harris), son ancien mentor rangé des affaires.
Mais les choses tournent mal après l'arrestation d'un de ses petits vendeurs, Fat Freddie (Charles McGregor), qui donne des infos à la police...
Premier film pour Gordon Parks Jr. (il n'en réalise que quatre - Thomasine & Bushrod, Three the Hard Way et Aaron Loves Angela), et le succès est direct. Produit pour seulement 300 000 $, il en rapporterait près de 30 millions, Superfly marque les esprits de son temps et imprègne la culture populaire afro-américaine ; à l'image de la Cadillac Eldorado customisée qui lance la mode appelée "pimpmobile" (déclinée dans les années 2000 dans le realityshow Pimp my Ride).

Si l'on doit retenir un seul parallèle avec le Shaft de son père, c'est dans la scène d'ouverture ; on retrouve un sens particulier pour planter le décor. Deux petites frappes déambulent dans Harlem, accompagné de la chanson Little Child Runnin' Wild de Curtis Mayfield. La musique et les deux personnages annexes provoquent une plongée magique dans le Harlem des années 70s.
Il faut dire que sa musique et les différents titres (celui évoqué précédemment ou encore Freddie's Dead, Pusherman ou Superfly) sont intimement lié à la réussite du film. La musique et la voix envoûtantes de Mayfield sont un acteur à part entière de cette production devenue culte et sont, comme la mode du pimpin', repris amplement par les rapeurs des 90s (dont par exemple l'hommage à la blax' de Snoop Dogg : Doggy Dogg World).

C'est le premier rôle d'ampleur pour Ron O'Neal (qui en avait tenu un petit dans The Organization). Totalement identifié à son personnage, il ne parviendra pas vraiment à rebondir au fil du temps, contrairement aux Jim Brown, Pam Grier et autre Fred Williamson.
Le reste de la distribution est composée d'actrices et acteurs de la période : Carl Lee (pour la petite histoire, il joue dans The Cool World le rôle d'un caïd appelé... Priest !), Sheila Frazier qui rejouera pour les Parks père et fils (The Super Cops et Three the Hard Way) et retrouve Ron O'Neal dans Superfly T.N.T. et The Hitter, ou bien encore Julius Harris, Charles McGregor et K.C., véritable pimp qui fournit la Cadillac du héros, assure la sécurité du tournage moyennant une place au générique et un petit salaire  (idem dans Across 110th Street et That's the Way of the World).

Le producteur Sig Shore avait débuté dans le cinéma en distribuant des films étrangers comme Les 400 coups et Hiroshima Mon Amour ou encore Black Jesus (un film italien pré-blaxploitation, basé sur la vie de Partice Lumumba) ; il trouve ici une franchise qu'il exploite jusqu'au bout en produisant la séquelle Superfly T.N.T., puis récidive en 1990 avec The Return of Superfly qu'il réalise. Le scénariste Phillip Fenty écrit les deux premiers opus (puis écrit et réalise The Baron avec Calvin Lockhart).

Comme pour Black Caesar ou The Mack, le film tombe presqu'à son corps défendant, dans le piège de la glorification du deal et la banalisation de la drogue au mieux, dans la persistance d'un cliché présentant les Afro-Américains comme des délinquants au pire. Bien sûr, on ne peut faire le procès à Gordon Parks d'avoir sciemment voulu l'un ou l'autre ; la volonté du héros de vouloir arrêter, tout comme le dénouement tendent à prouver le contraire mais Priest fonctionne pour la jeunesse noire des 70s comme Scarface aujourd'hui, une sorte de modèle du gars d'en bas qui s'en sort par tous les moyens.
Le film sera d'ailleurs sur la liste noire de la Coalition Against Blaxploitation menée par le révérend Jesse Jackson (qui rassemble entre autres la puissante NAACP et le SCLC créés par Luther King).


mercredi 26 octobre 2011

Blues Brothers 2000

Difficile de résister aux sirènes susurrant de faire une séquelle à un si gros succès que The Blues Brothers, John Landis y succombe près de 20 ans plus tard ; on évite le pire, mais le meilleur n'est pas toujours au rendez-vous...

BLUES BROTHERS 2000 - John Landis (1998)



Après 18 ans de prison, Elwood Blues (Dan Aykroyd) recouvre la liberté, mais Jake est mort, ainsi que Curtis... Son batteur Willie Hall, qui a tient un club de striptease, le recueille et lui permet de remonter sur scène. Mais Willie est l'objet de racket par la mafia russe. Elwood lui donne un coup de main pour s'en débarrasser, aidé par Mack McTeer (John Goodman) qui devient son nouvel acolyte. Le duo est accompagné de Buster, un orphelin de dix ans, et ensemble ils vont tenter de remonter le groupe.
Elwood a aussi appris que Curtis -son père spirituel- aurait eu un fils illlégitime : (Joe Morton) et se persuade que celui-ci doit rejoindre le groupe.
Mais ce dernier est policier, et peu amène devant ce frère sorti de nulle part. Elwood, Mack McTeer et Buster se trouvent rapidement avec la police aux trousses, la mafia russe et une groupuscule néo-nazi...
Les acteurs de métier se font rares (exceptés les deux nouveaux venus Joe Morton et John Goodman). Et ce sont définitivement les vedettes de la musique qui font le show !
Il y a toujours Aretha Franklin et James Brown, dans les mêmes rôles que dans le premier opus, et John Landis se paie le luxe d'aligner les grands du blues et de la soul : B.B. King, Erykah Badu, Eric Clapton, Isaac Hayes, Sam Moore, Junior Wells, Lonnie Brooks, Wilson Pickett, Billy Preston, KoKo Taylor, Gary U.S. Bonds, Jon Faddis, Bo Diddley... Mais la quantité ne fait la qualité. Et il faut bien avouer que cette séquelle est plus poussive, plus attendue et même légèrement réchauffée (à l'image du trop attendu carambolage de voitures de flic) ! Le nouveau trio de tête est moins percutant et même Dan Aykroyd a perdu de son charisme original. Et puis, que viennent faire des stripteaseuses dans les Blues Brothers !?! On ne peut que regretter qu'à la fraîcheur du classique premier volet, aient succédé les considérations financières et les recettes faciles d'un film à succès.

Cependant, il y a encore de bonnes scènes à l'image de la congrégation baptiste animée par James Brown et Sam Moore, ou l'épisode vaudou avec Erykah Badu suivi du battle avec les Louisiana Gator Boys qui réunit des talents incroyables.

mercredi 1 décembre 2010

Bustin' Loose

Le duo Pryor/Schultz prend fin avec ce road movie enfantin, dont le tournage est impacté par les problèmes personnels de l'acteur.


BUSTIN' LOOSE - Oz Scott & Michael Schultz (1981)

Joe Braxton (Richard Pryor) est un petit délinquant en liberté conditionnelle. Il la viole en essayant de braquer un entrepôt de téléviseurs. Malgré sa piètre défense au tribunal, le juge le condamne à une mise à l'épreuve et prolonge sa liberté conditionnelle.
Son contrôleur de conditionnelle est à la colle avec une institutrice (Cicely Tyson) dans une école spécialisée. Joe est donc chargé de conduire les enfants dans une ferme de Pennsylvanie.
Le chemin ne se passe pas sans encombre. Cependant, petit à petit, Joe se prend d'empathie et commence à s'intéresser au sort de ces enfants... et de la jolie institutrice. Mais une fois arrivé à bon port, c'est maintenant la ferme qui risque d'être saisi, Vivian n'ayant pas réussi à obtenir un prêt de 15000 $...
Pryor co-écrit et produit cette nouvelle comédie. Plus étonnant par contre, le scénariste Lonne Elder III collabore à ce film très moyen au regard des excellents Lady Sings the Blues, Sounder ou encore de la biographie télévisée d'Harriet Tubman : A Woman Called Moses.

Comme d'habitude, Pryor endosse plusieurs costumes et sort de son rôle purement comique pour s'essayer aux sentiments. Mais c'est bien sûr dégoulinant, sirupeux (comme de nombreux films avec des enfants) et sans l'once d'un propos politique, à l'image de la scène avec le Ku Klux Klan reconvertit pour l'occasion en sympathiques dépanneurs.
Non pas qu'on ne rigole pas, Pryor est plutôt en forme (en tout cas devant la caméra, puisque le tournage dut s'interrompre plusieurs mois, après que l'acteur, sous l'emprise de la cocaïne et de l'acool se soit immolé par le feu). Mais l'on voit se dégrader les comédies que nous propose Michael Schultz et nous rentrons donc bien dans les années 80 et l'ère des comédies "blacks" pas dérageantes pour un sou...

Cicely Tyson, si poignante dans Sounder, n'a pas un rôle à sa mesure. Elle ne reviendra que rarement sur grand écran (une seule fois avant le très bon Hoodlum en 1997). Habitués des apparitions dans les films de Schultz, on croise Earl Billings, Paul Mooney et Morgan Roberts.


dimanche 14 février 2010

Bucktown

Casting de rêve pour ce film musclé qui rassemble pour la première fois deux des grandes figures de la Blaxploitation : Pam Grier et l'ex-joueur de football, Fred "the Hammer" Williamson.

BUCKTOWN - Arthur Marks (1975)


Duke (Fred Williamson) arrive à Bucktown pour enterrer son frère, un patron de bar officiellement décédé d'une pneumonie... Duke reprend le bar, mais il se rend vite compte que la police locale est corrompue jusqu'à l'os, et tient le maire sous sa coupe.
Bien sûr, il refuse de payer et se retrouve avec de gros ennuis... Entre-temps, Aretha (Pam Grier) est tombé sous son charme. Mais leur première nuit d'amour se conclue par une fusillade en règle de la maison de Duke par la police.
Duke appelle à la rescousse son ami Roy (Thalmus Rasulala) et ses gars. En quelques jours, la ville est nettoyée de ses policiers véreux, mais Roy et ses hommes prennent rapidement leur place et extorquent à leur tour de l'argent aux habitants de Bucktown. Duke est laissé tranquille par son pote Roy, mais un des méchants gorilles (Tony King) décide de foutre la merde en tabassant un ami de Duke. C'est le début des problèmes...

Arthur Marks connaît son boulot : la réal est impec'. Et il sait quels acteurs engager pour faire un film qui marche, alors il alingne les têtes d'affiche : Pam Grier, Fred Williamson et Thalmus Rasulala. On peut que le rôle de Pam Grier soit assez peu développé, dommage... Arthur Marks se rattrape la même année en lui offrant le rôle principal de Friday Foster ; il réalise aussi d'autres films phares de la blaxploitation : Detroit 9000, J.D.'s Revenge et The Monkey Hustle.
Les seconds rôles sont truffés d'habitués des films blax' : Tony King, Tierre Turner, Bernie Hamilton, Art Lund (comme en guise de revanche, puisqu'il incarne le commissaire de Black Caesar), Bob Minor à la cascade, et un certain Carl Weathers -qui deviendra le mythique Apollo Creed dans la série des Rocky- joue ici dans son premier long métrage.
Le film est résolument tourné vers l'action : le dézingage des flics véreux, l'utilisation d'un prototype militaire, la scène de baston "à la loyale" entre Roy et Duke...
La B.O. est assuré par Johnny Pate (à qui l'on doit les excellents soundtracks de Brother on the Run,   Shaft in Africa, Dr. Black, Mr. Hyde et la série Shaft).

lundi 16 mars 2009

Black Samson

Acteur et cascadeur, Charles Bail débute dans la réalisation avec Black Samson...

BLACK SAMSON - Charles Bail (1974)

Samson (Rockne Tarkington) tient un bar, il fait le service et corrige les clients qui importunent les danseuses. Armé de son bâton et flanqué de son lion Hoodoo, Samson protège aussi les habitants du quartier.
Mais la famille Nappa ambitionne d'inonder ce quartier de ses produits stupéfiants, en particulier  Johnny (William Smith) soucieux de prouver à son oncle Joe (Tito Vandis) ses qualités de chef.
Johnny Nappa multiplie les coups bas pour arriver à ses fins : coups de pression, infiltration d'une danseuse à sa solde, enlèvement de la petite amie de Samson, Leslie (Carol Speed)...
L'ancien joueur de football Rockne Tarkington (vu dans peu de films soul excepté The Great White Hope, Melinda et Black Starlet) prête son physique impressionnant à la déclinaison blaxploitation du mythe de Samson (sauf qu'il ne tire pas sa force de son superbe afro, mais de son bâton). D'abord acteur et cascadeur, Charles Bail se lance dans la réalisation, sans grand génie pour la mise en scène ou la direction d'acteur, il récidive cependant l'année suivante avec la coproduction Warner/Shaw Cleopatra Jones and the Casino of Gold. Les séquences de bagarres sont heureusement bien orchestrées et Bail mobilise tout un pool de cascadeurs afro-américains parmi les meilleurs tels Bob Minor, Tony Brubaker, Peaches Jones, Marvin Walters, Gene LeBell, Terry Leonard, Ernest Robinson... mais aussi blancs comme Hank Calia, Nick Dimitri,Charlie Picerni, Wayne King Sr., Phil Adams. Si bien que plus de la moitié du casting est l'auteur de ses propres cascades.
Quant à l'équipe technique, beaucoup de similitudes entre ce Black Samson, Black Starlet et Sweet Jesus, Preacherman : le chef décorateur Ed Cosby, Henning Schellerup (directeur de la photographie des deux premiers et réalisateur du troisième, ainsi que de deux autres films obscurs :  The Black Bunch et The Black Alley Cats).

Black Samson est donc un blaxploitation assez typique avec son héros quasi-invincible protégeant ses frères et sœurs de la drogue et de la mafia italo-américaine. Si plusieurs réflexions sur le racisme et la pauvreté fusent, l'ensemble n'est que prétexte à dérouler le script et à provoquer bastons et courses poursuites (agrémentées de courtes scènes de danse topless). La scène finale enchaîne une bonne course-poursuite -avec le bâton de Samson dépassant par l'ouverture du toit !- et l'aide de dizaines d'habitants venus prêter main forte à leur héros ; très intéressante image de la solidarité communautaire pas si fréquente que ça dans les films blax.

Habitué des rôles de méchant dans la blaxploitation : Hammer, une apparition dans The Thing With Two Heads, Sweet Jesus, Preacherman, Boss Nigger, William Smith s'avère le meilleur personnage de ce film et campe à la perfection un méchant raciste et misogyne. Son homme de main est joué par Joe Tornatore (Sweet Sweetback's Baadasssss Song, Cleopatra Jones, Top of the Heap...) et son oncle pragmatique par Tito Vandis (A Piece of the Action).
Carol "Abby" Speed incarne la petite amie du héros et l'on peut reconnaître dans les rues des seconds couteaux tels Damu King (Shaft, Top of the Heap, Black Girl, Sweet Jesus..., The Black Godfather, Blackjack), Marilyn Joi (Hammer, Coffy, Detroit 9000, Hitman, Black Starlet, The Candy Tangerine Man, Black Samurai), Junero Jennings (The Mack, Slaughter's Big Rip-Off, Three the Hard Way,...), Ken Bell (The Black Godfather) et le vieil acteur Napoleon Whiting (débutant dans les années 50, il fut longtemps cantonné aux rôle de serviteurs et autre Pullman porter).