dimanche 16 septembre 2012

Wattstax

Le documentaire Wattstax a toute sa place dans la courte liste des films blaxploitation ouvertement militants...

WATTSTAX -  Mel Stuart (1973)

" On a tous quelque chose à dire, mais certains ne sont jamais entendus.Il y a plus de 7 ans, les gens de Watts ont fait front, et ont exigé d'être entendus. Un dimanche d'août dernier, au Colisée de Los Angeles, plus de 100 000 Noirs se sont rassemblés pour commémorer ce moment de l'histoire américaine. Pendant plus de six heures, le public a écouté, vibré, chanté, dansé, et crié le verbe vivant dans une expression pleine d'émotions de l'expérience noire. Voici le film de cette expérience, et de ce que certains ont à dire. "
Ce sont les mots d'introduction de Richard Pryor. Ils résument à perfection l'essence de ce film qui est plus qu'un simple concert. Wattstax, c'est le Woodstock afro-américain, un festival organisé par Stax Records (qui mobilise  ses artistes les plus en vue) dans le quartier de Watts, à Los Angeles, d'où partirent les émeutes dans les ghettos afro-américains en 1965.
Des Bar-Kays et leur Son of Shaft à Kim Weston, de  Jimmy Jones aux Staple Singers, en passant par The Dramatics (qui apparaissent dans l'allumé Darktown Strutters), The Emotions ou encore Rufus Thomas, magistral, qui joue avec le public, incitant des centaines de spectateurs à sauter les barrières pour venir danser puis les y renvoie en quelques secondes, provoquant des suées aux agents de sécurité !Ce sont les plus grands artistes de la firme qui défilent dans le Colisée de Los Angeles ; le clou du spectacle étant évidemment le "Black Moses" Isaac Hayes déboulant en limousine et introduit par Jesse Jackson.
Cependant Wattstax est plus qu'une simple compilation de titres live. C'est un film documentaire qui décortique la vie des Afro-Américains dans la période des 70s donnant la parole au public, à de jeunes acteurs originaires de Watts tels Ted Lange (second rôle durant la période blax, il sera connu dix ans plus tard comme Isaac de La croisière s'amuse), Erik Kilpatrick (Black Girl, la série The White Shadows, New Jack City, Deep Cover, Hoodlum) ou encore Fred Berry (qui connaîtra la gloire dans What's Happening !!).
Plusieurs sujets sont abordés, collant plus ou moins aux thèmes des chansons et illustrés par des sketches souvent hilarants de Richard Pryor. Inconnus et artistes évoquent les émeutes de 65, le racisme et le chômage qui frappe la Communauté, la religion, l'amour et les relations hommes/femmes...

Ce film possède une âme et transmet à la perfection l'ambiance, les préoccupations et les combats de l'époque pour les Noirs américains.

Nombre de personnalités afro-américaines participent à l'organisation (à l'image de Melvin Van Peebles, originaire de Watts, qui drive les techniciens et introduit The Staple Singers). Le pasteur Jesse Jackson, remplaçant de Martin Luther King à la tête de la SCLC, enflamme plusieurs fois le public en accueillant Isaac Hayes sur la scène ou en ouvrant le festival sur un vibrant discours conclu par le poème I am Somebody, repris par les spectateurs le poing levé.

Et le public justement est un personnage à part entière de ce documentaire. Les places pour assister aux réjouissances ont été distribuées pour un seul petit dollars permettant à 100 000 personnes de remplir le stade du Colisée. Les spectateurs -parmi lesquels on peut reconnaître Ossie Davis et Ruby Dee- sont fabuleusement filmés , s'amusant, vibrant au son des chansons et des discours, dansant, riant et partageant avec insouciance ce grand moment de culture populaire.

lundi 10 septembre 2012

The Spook Who Sat by the Door

On continue sur les films militants avec l'incroyable film d'Ivan Dixon : Notre agent de Harlem

THE SPOOK WHO SAT BY THE DOOR 
- Ivan Dixon (1973)

Le sénateur Hennington (Joseph Mascolo) en pleine réélection a l'idée d'ouvrir la CIA à des membres noirs. Voilà donc l'agence qui intègrent donc une promotion exclusivement d'hommes afro-américains. Le seul à parvenir au bout de la formation est Dan Freeman (Lawrence Cook), un travailleur social de Chicago, apparemment bien sous tous rapport.
Mais au bout de quelques années de travaux ingrats au sein de l'agence, Dan Freeman démissionne et retourne à Chicago reprenant son boulot ,au contact des pauvres du ghetto. Freeman a une idée en tête : recruter des militants nationalistes noirs pour les entraîner à la guérilla urbaine en vue d'opérations politique. Il crée les "Freedom Fighters"...
Le titre est à double sens. "The spook who sat by the door" fait référence aux premiers temps de l'affirmative action lorsque les entreprises remplissaient leur quotas raciaux en engageant un portier noir. Le mot spook peut être entendu aussi comme agent secret... et il résume la double problématique avancée par Ivan Dixon : le questionnement de l'affirmative action et l'actualité de la révolution noire.

Malgré un lieu commun qui fantasme la blaxploitation comme un courant militant, rares sont les films vraiment politiques ; et dans ce petit cercle fermé de moins d'une dizaine de titres, The Spook... est le seul à présenter positivement un groupe paramilitaire organisé capable de rivaliser efficacement avec les forces de l' "ordre".
Dixon semble suivre les préceptes de Melvin Van Peebles qui dans son journal de tournage de Sweetback... affirmait que "le film ne pourra pas se contenter d'être un simple discours didactique projeté [...] dans un cinéma vide, à l'exception de dix ou vingt frères déjà convaincus qui me taperont sur l'épaule en me disant que le film dit vraiment la vérité. [...] Il doit être capable d'exister comme un produit commercial viable sinon il n'aura aucun pouvoir". C'est clairement l'ambition d'Ivan Dixon qui construit son film avant tout comme un film d'action et d'espionnage de facture assez classique ; la différence c'est que le héros est un révolutionnaire et que le réalisateur, complaisant, prend le temps d'expliciter sa pensée politique. Rare ! Dixon fait oeuvre de pédagogie ; il fait s'affronter les deux grandes tendances des militants afro-américains, expose -parfois un peu lourdement- les thèses de chacun et parvient à divertir les adeptes de films d'action et d'espionnage tout en développant un discours contestataire.

Entre la musique signée Herbie Hancock, de bons dialogues et un rythme soutenu, on passe plus qu'un bon moment devant The Spook... Et, même si je ne m'explique pas comment ce film put être diffusé sans encombre, il reçoit à sa sortie un accueil enthousiaste, dans la population afro-américaine en particulier. Le fait qu'il ait longtemps été difficilement visionnable (Warner l'a réédité en DVD à la demande) n'a pas terni sa réputation, qui s'en est même trouvée renforcée comme le film le plus ouvertement révolutionnaire de la blaxploitation. Dans les bonus DVD, on peut voit le réalisateur et acteur Robert Towsend témoignant de l'effet positif que lui fit ce héros révolutionnaire, en comparaison des Super Fly, Shaft et autres Willie Dynamite.

Et c'est vrai que Lawrence Cook incarne un autre style de héros, moins viril et arrogant mais tout aussi efficace ! Après de petits rôles dans  The Man, Cotton Comes to Harlem, The Landlord et Trouble Man, Cook accède là au rôle plus intéressant de sa carrière (suivront entre autres Lord Shango et Posse, le western post-blaxploitation de Mario Van Peebles).
En outre, il y a pas mal de seconds rôles de l'époque tels que Paula Kelly (Cool Breeze, Top of the Heap, Three Tough Guys, Uptown Saturday Night, Drum, Jo Jo Dancer..., D.R.O.P. Squad), J.A. Preston (qui tournera dans nombres de séries), Doug Johnson (The Lost Man, Buck and the Preacher, Cleopatra Jones, Let's Do It Again, Stir Crazy), Paul Butler (The Blues Brothers, To Sleep with Anger, Strictly Business), Don Blakely (Shaft's Big Score !, Harlem Nights, Pulp Fiction), Beverly Gill (Scream Blacula Scream), Colostine Boatwright (Cooley High), Lenart Norris (Mahogany) et Joseph Mascolo (le méchant de Shaft's Big Score !) qui incarne un sénateur prêt à toutt pour sa réélection.

mercredi 5 septembre 2012

The Final Comedown

Là où Top of the Heap utilise le burlesque pour sortir son héros du quotidien, celui d'Emeute à Los Angeles opte pour l'action politique pour changer le cours de sa vie  et de ses frères sœurs...

THE FINAL COMEDOWN - Oscar Williams (1972)


Johnny Johnson (Billy Dee Williams) est le chef d'un groupe de militants afro-américains. Avec ses camarades, il déclenche une opération qui tourne mal et finit en fusillade ; Johnny est touché. Retranché dans une ruelle en attendant un docteur et l'assaut de la police, Johnny se remémore des passages de sa vie : son enfance, ses expériences amoureuses, sa révolte contre ses parents, sa rencontre avec le dirigeant nationaliste noir Imir (Raymond St. Jacques), l'impossibilité d'avoir un job décent à cause de sa couleur...
Oscar Williams écrit et réalise ce véritable brûlot politique ; il livre un film incroyable, aussi percutant que Sweet Sweetback... bien que artistiquement moins innovant. Contrairement à Melvin Van Peebles, Oscar Williams continuera de tourner après ce film ultra-politique : la comédie -légère mais politique- Five on the Black Hand Side, Hot Potato avec Jim Kelly, Death Drug avec Philip Michael Thomas et il signe les scenarii de Truck Turner et Black Belt Jones.

Sous l'impulsion de Roger Corman, le pape du cinéma bis, le film est remonté, agrémenté de 20 minutes supplémentaires et ressortis sous le nom Blast ! C'est un petit studio français qui, Le chat qui fume, qui en propose la version "director's cut", avec en prime des sous-titres français de très bonne facture (ainsi qu'une débauche de bonus).
Le budget est serré, les scènes d'action légèrement surjouée mais bien stylisée et les cascadeurs sont à l'honneur entre Henry Kingi, Clifford Strong  (D.C. Cab, I'm Gonna Git You Sucka, Ghost Dad, il joue aussi dans Harlem Nights) et Ernest Robinson (Halls of Anger, The Spook Who Sat by the Door, Cleopatra Jones, Black Samson, The Black Six, Dr. Black, Mr. Hyde). Le tout accompagné de la musique endiablée du compositeur Wade Marcus et du monstrueux guitariste de jazz Grant Green.

Avec des moyens rudimentaires, le scénariste/réalisateur impose son rythme, malmène le spectateur avec une violence crue et maîtrisée, et le plonge dans une ambiance suffocante de guérilla urbaine et des flashbacks qui permettent de comprendre le parcours d'un jeune afro-américain ordinaire qui pense à l'avenir, au travail et aux filles mais se trouve en butte face au racisme institué et l'exemple de parents méritants, mais trop soumis aux Blancs selon le jeune héros en quête d'indépendance tant familiale que politique...
Le film est un condensé de toutes les problématiques de l'époque pour la communauté afro-américaine, rien ne semble laissé au hasard : du travail du père cireur de chaussure à la solidarité des blancs libéraux et travailleurs juifs, de la représentation de la sexualité (avec une intense scène d'amour) aux petites phrases et aux regards apparemment anodins mais chargé du racisme ordinaire, de l'ami traumatisé par ce qu'il a fait et vu au Vietnam aux harcèlements policiers contre les militants...
Par contre, sans en dévoiler beaucoup, c'est le nihilisme et le désespoir qui prennent le pas sur la résistance et l'espoir.

Étonnamment le jeune débutant Billy Dee Williams ne sera pas non plus handicapé par ce rôle politique : il devient le dandy incontournable de la période (Lady Sings the Blues, Hit !, The Take, Mahogany, The Bingo Long Traveling...) et atteint la renommée avec sa participation aux deux derniers volets de Star Wars.
Le casting est assez resseré. Il y a D'Urville Martin, plutôt habitué à des blaxploitation movies plus groovy, dont la liste est d'ailleurs impressionnante : Black Like Me, Guess Who's Coming to Dinner, Watermelon Man, The Legend of Nigger Charley, Hammer, Black Caesar, Book of Numbers, The Soul of Nigger Charley, Hell Up in Harlem, The Zebra Killer, Sheba, Baby, Boss Nigger, Dolemite, Disco 9000, Death Journey, Black Samurai, Blind Rage...
En "guest", apparaît le grand Raymond St. Jacques, acteur phare qui s'engage réellement en apportant sa caution et sa renommée au film.
D'autres sont moins connus, tels Ed Cambridge (Trouble Man, Cool Breeze, Melinda, Friday Foster, Soul of the Game, Deep Cover), Cal Wilson (Halls of Anger, The Great White Hope, Five on the Black Hand Side, Baby Needs a New Pair of Shoes, Disco 9000), Morris D. Erby (The Lost Man, A Man Called Adam) ou Pamela Jones (Buck and the Preacher, The Limit, Passing Through).

jeudi 30 août 2012

Top of the Heap

Cet OVNI blaxploitation est un peu un rejeton illégitime de Shaft, produit grâce aux cachets d'un des acteurs secondaires : Christopher St. John.

TOP OF THE HEAP - Christopher St. John (1972)
George Lattimer (Christopher St. John) est un des rares agents afro-américains de la police de Washington. Au boulot, il subit d'un coté le racisme de ses collègues majoritairement blancs (capables de l'arrêter et l'insulter lorsqu'il n'est pas en uniforme), de l'autre les accusations de traîtrise proférées par les gens de la rue. Niveau personnel, ça n'est pas non plus la panacée. Il jongle entre sa femme qui le fatigue, sa maîtresse et sa fille droguée.
Pour s'évader de cette vie morose, George fantasme dur ; il se rêve tantôt astronaute, tantôt explorant l'Afrique, tantôt soignée par une infirmière dénudée...

Avec Sweet Sweetback's Baadasssss Song, Melvin Van Peebles avait l'ambition de créer un cinéma afro-américain indépendant, avec sa touche, sa mise en scène, ses scénari originaux... Christopher St. John est de fait un de ses disciples.
Il incarnait le militant Ben Bufford dans Shaft ; l'argent qu'il touche pour ce gros succès, il le réinjecte dans ce projet indépendant totalement original, qui ne ressemble à rien des dizaines de films classés dans la blaxploitation. Pourtant, il en possède les caractéristiques principales comme le réalisateur et l'acteur principal afro-américain, des déambulations urbaines et une sombre photographie des rapports sociaux et raciaux ainsi qu'un soundtrack de J.J. Johnson (Man and Boy, Across 110th Street, Cleopatra Jones, Willie Dynamite, ...).
Avec de maigres moyens, Christopher St. John réalise une œuvre riche qui, malheureusement, ne sort que dans quelques salles ; il doit probablement de ne pas avoir sombré dans un oubli total à sa projection dans plusieurs festivals internationaux.

Dans la forme comme dans le fond, Top of the Heap est un film anti-système. Le "héros" est sensiblement différent de celui que l'on croise dans les films soul. Ni un super flic, ni un ripoux. Ni une bête de sexe, ni un Oncle Tom asexué. Et c'est justement cet ordinaire que questionne St. John à travers les problèmes existentiels de son personnage. Il interroge la monotonie de la vie urbaine moderne, les mensonges et les mesquineries, la façon dont fonctionne l’ascension sociale pour les Afro-Américains.
La seule actrice un peu connue est Paula Kelly ; elle tourne dans plusieurs films blax importants comme Cool Breeze, Trouble Man, The Spook Who Sat by the Door, Three Tough Guys, Lost in the Stars, Uptown Saturday Night, Drum. Elle parvient à survivre dans les années 80 avec Jo Jo Dancer, Your Life Is Calling, D.R.O.P. Squad ou encore les séries Night Cour et Santa Barbara.
Pour le reste, on croise quelques seconds couteaux habitués du cinéma afro-américain indépendant comme Damu King (Shaft, Black Girl, Sweet Jesus, Preacherman, Black Samson, The Black Godfather, Black Starlet, Blackjack), Ji-Tu Cumbuka (Up Tight !, Blacula, Dr. Black, Mr. Hyde, Mandingo, Moving, Brewster's Millions, Harlem Nights), Jerry Jones (comparse de Rudy Ray Moore dans Dolemite, The Human Tornado et Disco Godfather, il joue également dans Hit ! et Hit Man), Almeria Quinn (Friday Foster, Blue Collar) et le boxeur Ken Norton. Ou encore l'acteur blanc Joe Tornatore, qui participe à plusieurs blax importants : Sweet Sweetback..., Cleopatra Jones, Sweet Jesus, Preacherman et Black Samson.

dimanche 26 août 2012

Shaft : Still The Man



SHAFT : STILL THE MAN - Kevin Gorman (2000)

En avance sur son temps, Gordon Parks avait fait un making of à son Shaft : Soul on Cinema.
Pour accompagner son spin off Shaft 2000, John Singleton reprend l'idée avec ce Still the Man. A mon sens, il s'en sert surtout pour souligner et expliquer les rapports avec la trilogie originale, et ce making of s'apparente plus à un bon coup de pub et un passage obligé à l'heure du DVD et des bonus...



mercredi 22 août 2012

Shaft 2000

30 ans après le premier film mettant en scène John Shaft, John Singleton s'attaque à une suite...


SHAFT - John Singleton (2000)


Un jeune noir (Mekhi Phifer) est retrouvé mort devant un bar branché de New York. John Shaft (Samuel L. Jackson) se retrouve sur l'affaire et arrête le principal suspect : Walter Wade Jr. (Christian Bale), le fils d'un riche promoteur immobilier. Excédé par les remarques racistes du jeune milliardaire, Shaft le frappe et se fait suspendre alors que Wade est libéré sous caution...

Deux ans plus tard, Shaft a été muté aux stups, dans un commissariat de Harlem. Avec son équipe, il mène un guerre contre les dealers. Mais lorsqu'il est informé du retour de Wade sur le sol américain, Shaft le cueille à sa descente de l'avion ; mais lorsque celui-ci est à nouveau libéré, Shaft démissionne sur les conseils de son oncle (Richerd Roundtree) et décide de faire les choses à sa manière !

D'autant que lors de son bref séjour en prison, Wade a fait la connaissance d'un caïd de Harlem : Peoples Hernandez (Jeffrey Wright). Les deux hommes trouvent vite leurs intérêts à s'allier pour empêcher se venger de Shaft...

On peut juger de deux points de vue ce film ; d'une part en tant que film policier d'action moderne. D'autre part, en tant que remake (ou plus exactement le spin-off) de Shaft, LE film emblématique de la blaxploitation, qui sauva la MGM de la faillite et qui rassembla les talents du réalisateur Gordon Parks, de l'acteur Richard Roundtree et du "Black Moses" Isaac Hayes.

En tant que film d'action, il n'y pas grand chose à reprocher :  courses poursuites à travers New York, bastons à main nue ou au couteau, méchants savoureusement allumés... Et là où l'on pouvait reprocher à la série TV Shaft d'avoir mis la pédale sur la violence, on a ici des fusillades bien sanguinolentes. Cependant, on aurait pu attendre mieux de John Singleton, capable de livrer un Boyz N the Hood comme un 2 Fast 2 Furious.
La réussite au box office est d'ailleurs éclatante, avec plus 100 millions de recette (pour un budget assez important de 46 millions).

Pour ce qui est de l'affiliation à la franchise originale, elle me laisse sur ma fin. Le "père" de Shaft, le photographe et réalisateur Gordon Parks, donne pourtant son onction au film, en faisant un rapide caméo dans un bar connu de Harle. Idem pour Richard Roundtree qui reprend le rôle du John Shaft "historique" qui vient prodiguer ses conseils à son neveu.
L'idée originale de Singleton était d'en faire son fils, et de mettre les deux en vedettes ; mais les producteurs ne l'ont pas suivi ; pas plus qu'ils n'ont accepté Don Cheadle comme acteur principal.
Samuel Jackson s'en tire finalement très bien et, légèrement plus violent que son prédécesseur, il en affiche la non-chalance et la classe. Il s'avère en plus un allié de John Singleton face aux producteurs prêts à dénaturer le personnage... Le résultat ne lui a pas plu et il refuse de rempiler pour d'autres opus (dont un devant être, semble-t'il, confié à Richard Roundtreer lui-même pour le réaliser !)

En somme, on passe un bon moment devant ce film d'action... si l'on parvient à oublier que nous sommes face à la version modernisée de Shaft ! Et j'imagine que les fans de films d'action regrettent, eux, les "hommages" à la blaxploitation.

Christian Bale campe un affreux petit arriviste mais est l'autre méchant lui fait de l'ombre : Jeffrey Wright, qui se fait remarquer dans son rôle de caïd
Pour le reste, ça fourmille de seconds rôles plus ou moins réussis : l'ex Miss America Vanessa Williams (Soul Food, Hoodlum, personnage central des dernières saisons de Desperates Housewives), Mekhi Phifer (à jamais associé au Docteur Pratt de Urgences), Ruben Santiago-Hudson (Coming to America, American Gangster et les séries Law & Order et Castle), Stu "Large" Riley (Woo, The Best Man, The Adventures of Pluto Nash), le rapeur Busta Rhymes (plutôt rare sur les écrans : Who's the Man ?), Gano Grills (Ghost Dog, Gangsta Cop, Bamboozled, Marci X), Sonja Sohn (Slam, la série géniale The Wire), Lanette Ware (Pootie Tang, Bad Company)  le rapeur Bonz Malone (Slam, Life et Brooklyn Babylon), le footballeur Lawrence Taylor...

samedi 11 août 2012

Décès de Al Freeman Jr.

Albert Freeman Jr. est mort à 78 ans, ce vendredi 9 Août.

Acteur puis enseignant, il a débuté dans le cinéma quand les Noirs y étaient encore rares. Bien sûr, ses premiers rôles furent d'insignifiants garçon d’ascenseur, chauffeur de taxi et autre serviteur. Son premier vrai rôle, il le décroche le rôle d'un militant dans un film progressiste : Black Like Me (l'adaptation du livre de John Howard Griffin, Dans la peau d'un Noir).
Puis il décroche enfin un premier rôle dans Dutchman, écrit par Amiri Baraka. Il joue des rôles de soutien auprès de Frank Sinatra dans Le Détective, et de Fred Astaire et Petula Clark dans La Vallée du Bonheur ou de Sidney Poitier dans The Lost Man. (d'ailleurs pour la petite histoire, Freeman jouer le rôle de Poitier dans la comédie musicale adaptée de Lilies of the Field)
En 1971, il se lance dans la réalisation avec A Fable, un film malheureusement introuvable.
Etonnament Al Freeman Jr. "échappe" à la vague blax' et prend plutôt le chemin des séries comme Hot L Baltimore et surtout la série télévisée One Life to Live grace à laquelle il décroche l'Emmy Howard du meilleur acteur en 1979. Il est le premier Afro-Américain à obtenir ce prix !

La même année, dans Roots : The Next Generations, il incarne le leader Malcolm X (dans la période précédent son assassinat, lorsqu'il travaille à sa biographie avec Alex Hailey, interprété par James Earl Jones). Treize ans plus tard, ce n'est donc pas sans raison que Spike Lee lui confie le rôle d’Elijah Muhammad dans son Malcolm X. Nouvelle récompense, cette fois plus politique : la NAACP « Image Awards for achievement in the arts and entertainment ».
Après de sporadiques apapritions dans diverses séries, il tire sa révérence à la caméra de Maya Angelou dans Down in the Delta. Il se consacre ensuite à l'enseignement du cinéma et du jeu à l'Howard University de Washington.

C'est une part du cinéma afro-américain qui s'en va...

mardi 31 juillet 2012

Shaft - The Murder Machine

La première et unique saison s'arrête sur La machine à tuer.

SHAFT - Episode 7
THE MURDER MACHINE - Lawrence Dobkin (1974)

Le Lieutenant Al Rossi (Eddie Barth) vient de recueillir des aveux importants d'un repenti, capable de faire tomber un caïd important.
De son coté, John Shaft (Richard Roundtree) s'apprête à marier des amis à lui qui doivent sceller leur union au tribunal, au moment même où le prisonnier de Rossi va comparaître.
C'est ce moment qu'un tueur à gage (Clu Gulager) très consciencieux choisit pour abattre le traître ; le marié meurt lors de l'attentat. Shaft en fait une affaire personnelle et veut mettre la main sur ce tueur introuvable, qui en retour veut l'éliminer car il est le seul à pouvoir le reconnaître...
Toujours trop long et pas assez dynamique à mon goût, ce dernier opus des aventures du privé de Harlem bénéficie toutefois d'un scénario et de personnages intéressants, en particulier celui du tueur à gage incarné par Clu Gulager qui, entre deux assassinats, vit une vie de famille des plus ordinaires.

Toujours est-il qu'après sept épisodes, la série s'achève sur de mauvais bilans d'audience, et la version mi-chèvre mi-chou de Shaft qu'ont tentée de populariser les producteurs n'a pas prise : trop édulcorée pour le public originel et trop commune en tant que série policière pour capter le grand public.
Très reconnaissable avec sa boule à zéro et sa barbiche, Sid Haig apparaît dans une scène mais n'est pas crédité au générique.
Signalons dans un tout petit rôle la présence de Bill Walker, un acteur qui débute dans les années 40 dans des rôles de servant et d'employé des wagons-lits Pullman, il joue dans Riot, The Great White Hope, tick... tick... tick..., A Piece of the Action ou encore The Wiz ; fils d'un esclave affranchi, Walker milite pour les droits civiques et contracte l'un des premiers mariages inter-racial d'Hollywood (avec l'actrice canadienne Peggy Cartwright).

Shaft - The Capricorn Murders

L'affaire Capricorne : avant-dernier épisode, mais toujours peu d'âme dans cette aventure télévisuelle de John Shaft...

SHAFT - Episode 6
THE CAPRICORN MURDERS - Allen Reisner (1974)

Gil Kirkwood (David Hedison), le propriétaire de la société Capricorn INternational est aux abois, sa situation financière le pousse tenter de tuer sa femme Joanna (Cathy Lee Crosby), riche d'un collier de plusieurs millions de dollars. Celle-ci réchappe de l'incendie dans lequel son mari espérait la voir mourrir, mais le collier a disparu du coffre.
Avec un homme de main (Robert Phillips) pas très agréable dans les pattes, John Shaft (Richard Roundtree) doit protéger Johanna, retrouver le collier et dénouer un meurtre...

Le début de ce sixième volet laisse espérer avec une machiavélique machination et une tentative de meurtre au lance-flamme... mais le rythme est par trop saccadé, certaines scènes   particulièrement cheap.

Maintes fois comparse de Jim Brown (The Dirty Dozen, Slaughter, The Slams et I Escaped from Devil's Island), Robert Phillips traîne ici sa gueule cassée qui fait de lui un méchant caricatural à souhait. il joue aussi dans Detroit 9000, Mean Johnny Barrows, Cry freedom...L'équipe technique compte aussi quelques pointures comme le technicien du son Hal Watkins (Shaft, Top of the Heap, Shaft's Big Score, Hammer, Shaft in Africa, Brothers et Penitentiary), le monteur et producteur George Folsey Jr. qui participe à quelques projets blax (Black Caesar, Bone, Bucktown ou J.D.'s Revenge), à deux autres épisodes de la série Shaft (The kidnapping et The Murder Machine) puis des films de John Landis (The Blues Brothers, Trading Places, Coming to America)