jeudi 21 juillet 2011

Up Tight !

Distribué par la Paramount, Point noir est le premier film sorti d'un grand studio à s'intéresser de prêt à l'effervescence politique dans la communauté afro-américaine... Cela donne un film magistral au casting pléthorique et réalisé par Jules Dassin, victime des purges anti-communistes des années 50...

UP TIGHT ! - Jules Dassin (1968)

Cleveland, 1968, quatre jours après l’assassinat de Martin Luther King. Johnny Wells (Max Julien) est à la tête d'un petit groupe d'activistes "black Power", il dévalise un entrepôt de munitions et met la main sur un important stock d'armes. Tank (Julian Mayfield) -un ouvrier au chômage porté sur l'alcool- aurait du faire partie du coup, mais lorsque ses camarades viennent le chercher, il est trop saoul ; il est exclue de l'organisation. En plus, il a des problèmes avec sa petite amie, Laurie (Ruby Dee).
Bien sûr, la police recherche les coupables du vol (qui se termine en fusillade avec un gardien) et met à prix la tête de Johnny. Tank cède aux sirènes de Clarence (Roscoe Lee Browne), un indic, et dénonce son ami et ex-camarade contre un forte récompense.
Le groupe militant dirigé par B.G. (Raymond St. Jacques) va alors tout faire pour mettre la main sur le traître...

Jules Dassin signe là un excellent film. L'idée la plus lumineuse -d'autant plus qu'elle est menée à bien- consiste en l'adaptation du classique de John Ford : The Informer. Le script original de 1935 situait l'intrigue en Irlande et suivait un traître à l'IRA ; c'est avec beaucoup de finesse que Dassin adapte le scénario -avec l'aide de Julian Mayfield (qui joue Tank) et Ruby Dee- dans le Cleveland de 1968, où la communauté noire vient de perdre un de ses principal leader, et que le combat politique non-violent vient symboliquement mourir avec lui, nombre de militants choisissant la voie de l'auto-défense et du "Black Power".

Formellement, rien de très révolutionnaire dans la réalisation de Jule Dassin. Sur les titres de Booker T. & the M.G.s -mieux connus que le film lui-même- , Dassin nous fait voyager à travers la ville de Cleveland (rarement utilisée comme décor), encore secouée par les émeutes consécutives à l'assassinat de Luther King :les rues sombres, les terrains vagues, les chantiers de constructions fleurissant, les ponts métalliques géants... Il sait cependant la tension de chaque scène, l'effervescence consécutive au meurtre du révérend King, les contradictions intérieures de Tank. Le résultat donne un polar urbain politique comme finalement la blaxploitation en offre bien peu. Enfin, on ne sait pas vraiment avec lequel de ses nombreux personnages Dassin est le plus proche, ni s'il soutient les revendications du "black power" ; il montre juste une empathie véritable et un respect pour chacun et pour le combat pour les droits civiques.

Ce qui fait aussi son caractère magistral, c'est l'impressionnant casting mêlant des comédiens confirmés tel l'imposant Raymond St. Jacques, la splendide et combative Ruby Dee et Roscoe Lee Browne ; des acteurs plutôt habitués à des seconds rôles comme Janet MacLachlan, Max Julien et Juanita Moore (elle débute tôt avec Cabin in the Sky, et on la retrouve aux cotés de Max Julien dans The Mack et Thomasine & Bushrod) ; d'autres enfin qui font leurs classes et retourneront plus ou moins dans les productions soul qui vont se multiplier : Dick Anthony Williams -qui pour une fois ne joue un pimp exhubérant-, Robert DoQui, Ji-Tu Cumbuka (Top of the Heap, Blacula, Mandingo, Dr. Black, Mr. Hyde, Racines, Ebony, Ivory and Jade, Moving, Harlem Nights), Ketty Lester (Blacula, Uptown Saturday Night, House Party 3), Van Kirksey (Cotton Comes to Harlem et Scream Blacula Scream), Anthony Chisholm, John Wesley, Leon Bibb... La romancière Alice Childress (à qui l'on doit entre autre A Hero Ain't Nothin' But a Sandwich) fait une brève apparition.

mardi 19 juillet 2011

Putney Swope

Incroyable comédie, Putney Swope s'avère une satyre à l'humour grinçant contre la société de consommation et les mœurs américaines...

PUTNEY SWOPE - Robert Downey Sr. (1969)


Le président du Conseil d'Administration d'une agence publicitaire décède en pleine séance. Les autres membres votent donc au pied levé avec l'interdiction de voter pour eux-même. Leurs suffrages se portent sur celui pour qui personne n'est censé voter : Putney Swope (Arnold Johnson), le seul Noir de l'assistance.
Sa première décision consiste à renommé l'agence qui devient "Truth and Soul, Inc." et s'entourer d'une équipe afro-américaine. Il décide de faire désormais des spots publicitaires qui disent la vérité. Les autorités vont voir d'un mauvais œil cette agence incontrôlable...
Très peu et mal distribué aux Etats-Unis, Putney Swope est présenté à la quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes, toujours friand de ce genre de comédie burlesque et cynique. Car Downey Sr. propose bien une farce politique totalement incroyable qui manie tout les cauchemars de l'Amérique de l'époque : une dénonciation de la publicité, des Afro-Américains riches, influents et autonomes, un refus de la guerre et des drogues "légales"... Il pousse la provocation jusqu'à représenter son héros habillé comme l'ennemi ultime des USA : Fidel Castro !

Outre le fond impertinent et drôle, le film est formellement intéressant. Première idée iconoclaste : la longue scène d'ouverture, suivie du générique où un administrateur égraine les votes pour "Swope" alors que défilent sobrement les noms des acteurs et l'équipe technique (parmis laquelle, Arthur Marks -le talentueux réalisateur de Detroit 9000, JD's Revenge, et The Monkey Hustle, Bucktown et Friday Foster- y officie aux lumières). La réalisation est percutante. Downey Sr. use tour à tour d'un style faussement documentaire avec caméra-épaule, de plans montés rapidement, de la couleur pour les spots pub d'un autre genre (si ce n'est d'une autre dimension).

Revenons et concluons sur le fond. Putney Swope n'est pas un film lourd et manichéen ; il s'agit bien d'une comédie. Downey Sr. dénonce et fait rire par l'absurde, à l'image de la publicité avec "Miss redneck New Jersey", ou de la domestique blonde -harcelée par la femme de Swope- qui témoigne à la télé que servir le couple un bonheur...
L'acteur principal, Arnold Johnson, participe à Shaft, A Hero Ain't Nothin' But a Sandwich puis dans les 90s il apparaît dans The Five Heartbeats ou encore Menace II Society. Putney Swope est son seul premier rôle ; il ne brille pas par son jeu et aurait eu du mal à retenir ses répliques, si bien que c'est Downey Sr. lui-même qui double les dialogues ; procédé qui rajoute un peu plus un coté décalé.

Si les autres acteurs sont peu connus, tels Anthony Chisholm (Uptight ! et Cotton Comes to Harlem), Leopoldo Mandeville (Black Sister's Revenge), la mention spéciale va à Antonio Fargas qui interprète un surréaliste arabe, monté sur ressort -Fargas gagne là incontestablement ses galons et apparaîtra dans les plus grands hits de la blaxploitation. On croise aussi le chanteur Al Green, ainsi que Marlene Clark qui n'est pas créditée au générique. Du coté des acteurs blancs, il y a Allan Arbus (méchant génial dans Coffy) et Allen Garfield -qui joue dans d'autres films "black" (The Organization, Cotton Club et Beverly Hills Cop II).

vendredi 15 juillet 2011

The Learning Tree

On connaît Gordon Parks pour son désormais mythique Shaft. Il signe son second film pour un grand studio hollywoodien (dont le titre français, Les sentiers de la violence, est totalement raté) deux ans avant, et on est loin des rues de New-York et du détective funky...

THE LEARNING TREE - Gordon Parks (1969)


Newt et Marcus (Kyle Johnson & Alex Clarke) sont deux jeunes garçons qui vivent dans un village rural du Kansas, dans les années 20. Ils font ensemble l'expérience de la ségrégation raciale et des injustices. Ils découvrent aussi l'amour, la haine, la morale et la conscience... Et les deux garçons prennent des chemins différents. Newt se retrouve confronter à un cas de conscience majeur : un homme est accusé à tord d'un meurtre, mais Newt connaît le vrai coupable...
Gordon Parks porte la triple casquette de réalisateur, compositeur et scénariste. Pour le cinéma , il adapte le roman en partie autobiographique qu'il avait publié en 1964. C'est un petit bijoux cinématographique trop méconnu, sorti deux ans avant le funky et mythique Shaft, Gordon Parks livre ce drame puissant, tendre et poignant (compréhensible, puisqu'il s'agit d'un récit inspiré de sa jeunesse).
Parks décrit le Kansas des années 20 où l'on fouette les voleurs de pommes (surtout si le voleur est un enfant noir et que celui qui tient le fouet est blanc) ; dans cette contrée remplie de rednecks finis au pipi, l'église, la famille et le juke-joint semblent les seuls asiles pour un Afro-Américain. Martin Ritt -avec Sounder- lui emboîte le pas, mais la blaxploitation laisse de coté ce genre (pour lequel il faut un talent certain pour éviter l'ennui, c'est sûr). Il se prend à filmer la nature (des champs de fleurs colorées, la rivière qui dégèle, les couchers ou les levers de soleil magnifiques...).

Sur le fond, Gordon Parks ne dénonce pas de front le racisme de son pays ; la morale tend plus à montrer qu'il y a des "bons" et des "méchants" dans chaque communauté. Malgré cette approche, le constat de la ségrégation n'en est finalement que plus fort (surtout rapporté à ce qui se fait à l'époque dans les films d'Hollywood, c'est à dire rien !). Si l'on met de coté l'intrigue principale (qui rapproche le film d'un drame classique), ce sont les multiples scènes de la vie quotidienne qui portent toute la violence sourde que subit un jeune Noir dans les années 20 et 30 : les humiliations ordinaires liées à la "séparation" dans les lieux publics, dans l'enseignement, les les brimades et les "niggers" incessants...

Kyle Johnson et Alex Clarke ne rejoueront que très rarement (Brother on the Run pour l'un, et Halls of Anger pour l'autre). Certains acteurs débutent une carrière : Thomas Anderson (The Legend of Nigger Charley, Shaft's Big Score, Trick Baby, Don't Play Us Cheap), Phillip Roye (The Black Godfather et Mean Johnny Barrows), Mira Waters (The Greatest) et Estelle Evans (que l'on peut apercevoir dans quelques séries de l'époque ainsi que la dernière comédie de la trilogie de Sidney Poitier : A Piece of the Action).... D'autres ont fait leurs débuts dans des films plus anciens, tels Joel Fluellen (Cabin in the Sky, A Raisin in the Sun, The Great White Hope, Thomasine & Bushrod et The Bingo Long Traveling...) et Richard Ward (The Cool World, Black Like Me, Nothing But a Man, Brother John, Across 110th Street, Mandingo).

mardi 12 juillet 2011

Nothing But a Man

Toujours au rang des œuvres précurseuses du cinéma soul et de la blaxploitation, ce Nothing But a Man présente de nombreuses qualités, dont une rare pour l'époque, celle de montrer un homme noir "ordinaire" aux prises avec les problèmes et les bonheurs de la vie...

NOTHING BUT A MAN - Michael Rœmer (1964)
Duff Anderson (Ivan Dixon) est un employé des chemins de fer, tout ce qu'il y a de plus ordinaire : il travaille dur, décompresse au juke joint et prie à l'église. C'est là qu'il rencontre Josie Dawson (Abbey Lincoln), une institutrice et aussi la fille du pasteur. Ils flirtent... et se marient rapidement.
Duff perd plusieurs emplois car il refuse de céder aux exigences et aux humiliations de ses patrons ou clients blancs. En outre, il doit composer avec un père alcoolique (Julius Harris) et un enfant d'une précédente liaison...
Ce drame est écrit et produit par Michael Roemer et Robert M. Young, le premier réalise et le second est chef op'. Les deux artisans du projet voyagèrent dans le Sud pour capter la réalité de la vie des Afro-Américains.
Il a reçu de nombreuses critiques favorables malgré une diffusion limitée. Prisé des Blancs progressistes et des festivals étrangers, il acquiert aussi un succès important dans la communauté noire, considéré longtemps comme une référence (il a même la réputation d'être le préféré de Malcolm X). Récemment, le film a bénéficié d'une édition en DVD, dans une très belle copie, accompagnée de nombreux bonus et commentaires.

Le personnage principal évolue dans le vieux Sud raciste, et face au blancs ordinaires qui le méprisent il veut se faire respecter. Le discours n'est pas politique à proprement parler, mais cette résistance individuelle est symbolique du mouvement des droits civiques qui se propage dans l'Amérique des années 60. Et, face à Duff qui aspire à travailler dignement, à l'égalité et au respect, le personnage du pasteur, son beau-père, représente la frange minoritaire des Afro-Américains qui acceptent par "tranquillité" la ségrégation et les brimades... Quant à la réalisation, elle est plutôt classique, ce qui n'enlève rien au caractère pionnier de ce film qui décrit avec respect la vie dans le Sud pour un homme noir "ordinaire".

Le casting est rétrospectivement important puisque plusieurs têtes d'affiche récurrentes des films soul y font leurs armes : c'est le cas de Yaphet Kotto, Moses Gunn, Esther Rolle et Julius Harris. Ce dernier est magistral dans son rôle d'alcoolique pathétique et l'on ne peut que regretter sa sous-utilisation dans la période suivante. Ivan Dixon s'en sort bien pour son premier -et unique- rôle principal (on se souviendra de lui comme réalisateur des incontournables Trouble Man et The Spook Who Sat by the Door). La chanteuse Abbey Lincoln, elle, ne reviendra que rarement sur les écrans -malgré une bonne prestation- et oriente surtout sa carrière dans la musique (on la retrouve cependant, et logiquement, dans Mo' Better Blues de Spike Lee).
On croise aussi Stanley Greene (Cotton Comes to Harlem, Amazing Grace, Lord Shango, The Wiz), Mel Stewart (qui interprète de Blue Howard dans Trick Baby), Gertrude Jeannette (Cotton Comes to Harlem, Shaft, The Legend of Nigger Charley, Black Girl), Richard Ward (The Cool World, Black Like Me, The Learning Tree, Brother John, Across 110th Street, Mandingo), Jay Brooks (The Cool World et Baby Needs a New Pair of Shoes)  et Gloria Foster à la carrière longue mais peu remplie (The Cool World, pas mal de séries TV avant de réapparaître sous les traits de l'Oracle dans Matrix).

vendredi 8 juillet 2011

The Cool World

Harlem Story s'intéresse aux jeunes Noirs, ce qui est en soi assez nouveau. Cependant, la sublime réalisation au style réaliste de Shirley Clarke la classe dans la catégorie des avant-guardistes trop peu considérés, voire écarté de l'histoire officielle du cinéma...

THE COOL WORLD - Shirley Clarke (1964)
Duke Curtis (Hampton Clanton) est un jeune adolescent de Harlem. Pour devenir président des Royal Pythons, un "gang" de petites frappes, il se procure un flingue auprès de Priest (Carl Lee), un caïd du quartier. Pour prendre la tête du gang, il va devoir évincer Blood (Clarence Williams III), rapporter de l'argent par tous les moyens et s'attaquer au gang rival : les Loups.
Shirley Clarke est une réalisatrice assez atypique. Adhérente du Parti Communiste américain dans les années 40, elle est d'abord danseuse puis son parcours artistique la pousse vers le cinéma (elle sera la seule femme participante de la vague du "New American Cinema"). Elle s'intéresse aux marges et aux marginaux, à celles et ceux qui sont exclus ou oubliés des dominants. C'était le cas dans The connection, ça l'est encore avec The Cool World, un des premiers films indépendants autour de la communauté noire. Et pour Duke, être le "biggest man on the street" c'est l'aboutissement d'un parcours à la marge pour atteindre la consécration sociale.

Clarke adapte le roman éponyme de Warren Miller (passé quatre an plus tôt par la case Broadway avec de jeunes comédiens prometteurs : Raymond St. Jacques , James Earl Jones et Calvin Lockhart).
Avec un style qui se veut réaliste et une musique jazz omniprésente, on peut la classer aisément au rang des précurseuses du cinéma soul des 70s, et plus généralement comme une avant-guardiste qui dynamite les codes moraux, scénaristiques et artistiques du 7ème art (on peut imaginer que ce film fut une des inspirations artistiques de Melvin Van Peebles pour son Sweet Sweetback...)

Les bus bondés, les rues débordantes de vie, les prêcheurs et l'omniprésence da la religion... plus qu'un décor, Harlem est un personnage à part entière de ce film à la limite du documentaire. Mais Clarke ne présente pas une vision fantasmée de Harlem ; le film est plus proche du réalisme littéraire de Chester Himes que de la bonhommie des "all black cast" ou des classiques de la blaxploitation. Ainsi, Clarke aborde aussi des sujets plus dérangeant : la misère, les violences faites aux femmes, l'évolution d'un jeune afro-américain dans un univers de violence... Le traitement de ses problématiques est si bien réussi, qu'à aucun moment on en peut présupposer d'un quelconque racisme (écueil évident pour une blanche qui aborde la violence et la misère dans la communauté afro-américaine).
Elle filme sans lourdeur, sans discours moraliste et démonstratif et atteint un objectif clair : montrer sans démontrer. Il y a bien un fil conducteur ténu en guise dé scénario, mais le film s'vère une succession de saynètes, comme une déambulation dans Harlem et dans la tête de Duke.

Hampton Clanton, qui joue le personnage principal, reprendra son vraie nom par la suit : Rony Clanton, et tiendra le premier rôle dans The Education of Sonny Carson. La plupart des autres acteurs ne feront qu'une poignée de films : Carl Lee (A Man Called Adam, Gordon's War, Superfly), Gary Bolling (Amazing Grace), Gloria Foster (Nothing But a Man, des séries et surtout le rôle de l'Oracle dans Matrix). Certains connaîtront une carrière plus importante, à l'image d'Antonio Fargas -qui joue un très petit rôle (je dois même avouer que je n'ai pas réussi à le repérer)-, Clarence Williams III , Mel Stewart (son rôle-phare sera celui de Blue Howard dans Trick Baby, mais on peut aussi l'apercevoir dans Nothing But a Man, Hammer, Let's Do It Again, Racines 2, Made in America) ou encore Richard Ward (Nothing But a Man, Black Like Me, The Learning Tree, Brother John, Across 110th Street, Mandingo) et Jay Brooks (Nothing But a Man et Baby Needs a New Pair of Shoes).
Pour l'équipe techinque, très limitée, signalons Hugh A. Robertson qui est crédité comme monteur son ; il le sera comme monteur sur Shaft et en réalise le making-off Soul on Cinema, puis l'année suivante Melinda.

mercredi 6 juillet 2011

Black Like Me

Bien qu'il ne soit pas le film du siècle (ni même de l'année 64), Black Like Me concourt à la lente imposition du racisme et des Afro-Américains comme thème central possible dans le cinéma.

BLACK LIKE ME - Carl Lerner (1964)
John Finley Horton (James Whitmore) est un journaliste blanc ; il se grimme en noir et traverse une partie des Etats-Unis, de New Orleans à Atlanta. Dans son voyage dans le Sud profond, il tire une série d'articles. Les Noirs qu'il rencontre sont amicaux, ouverts... ce qui constitue déjà une expérience inédite pour lui. Mais les Blancs se montrent eux suffisants, violents, pervers...
Un mot sur le livre éponyme de John Howard Griffin, publié en français sous le titre Dans la peau d'un Noir. S'il ne lui valut pas un grand succès chez les Afro-Américains, Griffin fut par contre soutenu par les Blancs libéraux d'un coté et, d'un autre, sa famille et lui reçurent des menaces incessantes et quittèrent le Texas pour plus de sureté.
Le propos de cette adaptation sur grand écran reste plutôt progressiste, utilisant l'allégorie de la ligne centrale de la route pour symboliser la "ligne de couleur" (terme utilisé par W.E.B. DuBois, un des premiers intellectuels Afro-Américains). Plusieurs scènes sonnent justes, en particulier les réactions des Blancs devant Horton : la scène de la plage (ci-dessous), les différents chauffeurs qui le prennent en stop et s'intéressent avec un regard pervers à ses pratiques sexuelles...

Mais, de mon point de vue, le principal problème du film réside dans l'acteur principal. D'une part, on ne peut croire une seconde que cet homme est afro-américain, ce qui entame déjà la crédibilté du film. Par ailleurs, cette évidente différence renvoie invariablement au grimage du héros, qui rappelle donc les blackfaces des minstrel show du demi-siècle précédent. Non pas que le film soit raciste, ni le personnage caricatural, mais il utilise à son corps défendant un des artifices du vieux racisme de la société du spectacle.
En le comparant au plus léger Watermelon Man -de Melvin van Peebles- on se dit que le réalisateur Carl Lerner aurait mieux fait de prendre un acteur noir comme personnage principal, qu'il aurait blanchi pour les rares scènes où le journaliste apparaît sous son vrai visage.Lien
Le héros est incarné par James Whitmore. Du coté des acteurs noirs citons Roscoe Lee Browne (malheureusement relégué à des rôles secondaires, cet acteur au faciès inoubliable joue entre autres dans Up Tight !, The Liberation of L.B. Jones, Super Fly T.N.T., Uptown Saturday Night, Jumpin' Jack Flash). Nombre d'autres ont une carrière très limitée, comme Al Freeman Jr. (il joue dans Roots : the Next Generation le rôle de Malcolm X, et dans le film biographique de Spike Lee celui d'Elijah Muhammad), P. Jay Sidney (The Joe Louis Story, Brother John, Trading Places), Billie Allen (The Wiz), Eva Jessye (Hallelujah ! et Slaves). Certains font leur premier d'une carrière plus fournie tels le grand Raymond St. Jacques, D'Urville Martin ou Richard Ward (The Cool World, Nothing But a Man, The Learning Tree, Brother John, Across 110th Street, Mandingo). Enfin, un acteur blanc réapparaît dans plusieurs films traitant des Afro-Américians : David Huddleston, qui joue dans Slaves, The Klansman et The Greatest.

vendredi 1 juillet 2011

Fled

Le plus intéressant des dérivés de La chaîne est réalisé par Kevin Hooks qui, avec son Liens d'acier, fait glisser l'intrigue vers le film policier plus tourné vers l'action...

FLED - Kevin Hooks (1996)


Luke Dodge (Stephen Baldwin) est un hacker de talent, emprisonné pour avoir détourné 25 millions de dollars... Il se retrouve à purger une peine de travaux forcés. Suite à une bagarre, Dodge est enchaîné à Charles Piper (Laurence Fishburne) ; les deux détenus trouvent le moyen de s'évader et se lancent dans une frénétique cavale qui les mène jusqu'à Atlanta.
Mais Dodge a, à son insu, piraté des infos à même de démanteler un important réseau mafieu. Leurs poursuivants ne se limitent donc pas au Lieutenant Clark (Robert Hooks) et ses policiers. Les hommes de main de Rico Santiago ont d'autres méthodes et d'autres objectifs : empêcher par tous les moyens que Dodge divulgue les précieuses informations...
De l'histoire originale de The Defiant Ones, Fled ne conserve que l'idée première : un duo d'évadés enchaînés que tout oppose. La "chaîne" qui les relie saute dans la première demi-heure, et dans leur fuite, ils redoutent plus les flics ripoux et les gangsters... Ce qui en fait un piètre remake, mais un fort acceptable film d'action.
Rempli d'humour et de clins d’œil, la mécanique fonctionne bien ; de même pour le duo Fishburne/Baldwin. La réalisation est d'une certaine qualité et le budget de production bien utilisé. Les scènes d'action sont bien ficelés et le final nous propose une course-poursuite à motos du meilleur effet.
Kevin Hooks tombe dans la réalisation de films presque par hasard avec la comédie sentimentale Strictly Business. Il se spécialise par la suite dans les films d'action musclés. Or Kevin Hooks ne vient pas de nulle part : fils de l'acteur Robert Hooks, Kevin a fait ses classes comme acteur dans la période blax' et reste influencer par les revendications de voir des personnages noirs positifs. Il arrive à mettre en image un duo interracial réussi où le Noir n'est pas le comique et le faire-valoir (comme dans cette période, par exemple dans la série des Fatal Weapon).

Niveau casting, on est servi avec les têtes d'affiche Laurence Fishburne et Stephen Baldwin et les seconds rôles : Salma Hayek, Ken Jenkins. Pour ce qui est du casting spécifiquement afro-américain, Hooks s'aadjoint les talents de son vétéran de père Robert Hooks, ainsi que de Joe Torry (House Party, Strictly Business, Poetic Justice, House Party 3, Tales from the Hood, Sprung, Hair Show), Bill Bellamy (Who's the Man?, Lottery Ticket,...), le cascadeur Henry Kingi Jr., Angela Elayne Gibbs (Cleopatra Jones, Together Brothers et surtout de séries TV, c'est la fille de Marla Gibbs, une actrice à la carrière plus développée).