samedi 5 février 2011

Mo' Money

Produit par la Columbia et réalisé par Peter MacDonald (Rambo III), Mo' Money, plus de Blé s'avère être un film très divertissant et rempli de rebondissements.

MO' MONEY - Peter MacDonald (1992)

Johnny Stewart (Damon Wayans) est un escroc à la petite semaine, rescapé de multiples fois des griffes de la Justice.
Lorsqu'il rencontre la jolie Amber Evans (Stacey Dash), il tombe sur le charme. Et, pour mieux la draguer et être prêt d'elle, il décroche un poste au service courrier de l'entreprise de cartes de crédit où elle travaille.
La tentation est trop grande : il pique des cartes de crédits et avec son frère Seymour (Marlon Wayans) ils dilapident l'argent en bijoux, fringues, matériel hifi, tandis que Johnny s'en sert pour combler Amber de cadeaux.
Non seulement la magouille de Johnny est éventé, mais il se retrouve surtout dans une vaste vaste réseau criminel qui le dépasse...
C'est le premier film d'envergure de Damon Wayans (qui partage ce début de notoriété avec son frère Marlon) porté par un scénario de son cru.
Alors que le début se présente comme une comédie presque sentimentale, l'intrigue verse tout à coup dans le polar bien ficelé, ponctué de scènes d'action explosives.
Finalement un film assez complet qui s'impose dans les salles et remporte un succès auprès du public qui permet aux Wayans de se faire un nom et de financer leurs projets à venir.

Le casting dirigé par Aleta Chappelle rassemble son petit lot de seconds rôles : Peter MacDonald, Harry Lennix, Jimmy Woodard, Irma P. Hall (qui débute dans Book of Numbers), Salli Richardson, Pat "Soul" Scaggs, James Spinks...Lien et un caméo de Bob Minor en agent de la sécurité et crédité comme responsable des cascades. Bernie Mac, quant à lui, fait ses premiers pas devant la caméra (il enchaîne rapidement avec Who's the Man ?, House Party 3, Above the Rim, Friday, Get on the Bus, Don't Be a Menace..., B*A*P*S, How to Be a Player, Booty Call, The Players Club, Life et sera reconnu du grand public avec Ocean's Eleven et ses séquelles, Bad Santa et son premier rôle principal : Mr. 3000).

jeudi 3 février 2011

Strictly Business

Jeune acteur lors de la vague des films soul, Kevin Hooks va s'imposer dans la décennie 90 comme un réalisateur d'action movie et gagner ses galons grâce au détonnant Passenger 57. Pour l'heure il débute avec cette comédie...

STRICTLY BUSINESS - Kevin Hooks (1991)



Bobby (Tommy Davidson) est un fêtard dégourdi avec les filles, il travaille comme préposé au courrier dans une grande entreprise new-yorkaise de l'immobilier. Waymon (Joseph C. Phillips), lui, est haut placé dans l'entreprise et espère même en prendre la co-direction, à condition de mener à bien la signature de nouveaux contrats juteux ; par contre sa vie sentimentale est plutôt morose, tiraillé qu'il est entre sa compagne tyranique et son amour secret, la belle Natalie (Halle Berry).
Les deux hommes vont s'entraîder : Bobby apprenant à Waymon à conquérir Nathalie, en échange de quoi il l'aide à progresser dans l'entreprise en le prenant comme stagiaire.

Kevin Hooks réalise là son premier film, remplaçant au pied levé le réalisateur remercié par Warner Bros. Mais sa carrière a commencé voilà deux décennies en tant qu'acteur dans des drames tels que le sublime Sounder, Aaron Loves Angela de Gordon Parks, A Hero Ain't Nothin' But a Sandwich ou encore le feuilleton sportif The White Shadow. Il devient réalisateur dans les années 80, mais uniquement de séries TV. Ainsi, son premier essai sur grand écran s'avère relativement concluant, bien que le succès ne soit pas totalement au rendez-vous, dans une année pourtant lucrative pour la nouvelle vague afro-américaine. Le producteur Nelson George se fait rare ensuite, bien qu'il travaille entre autres avec Chris Rock, avec qui il produit CB4 et Good Hair.

Le scénario mêle romance, comédie et revêt même un intérêt sociologique dans sa description des rapports sociaux dans la communauté noire, qui a vu depuis plusieurs années certains de ses membres s'élever dans la hiérarchie sociale. Loin d'être assommant, Strictly Business décrit tout cela avec un certain recul et un regard parfois satyrique. A signaler aussi une scène d'amour entre Phillips et Berry, encore rare pour l'époque.

Le casting sympathique réunit de jeunes talents afro-américains tels que Tommy Davidson, Anne-Marie Johnson, Isaiah Washington, Ellis Williams, Joe Torry, Paul Butler (acteur de second rang, et de séries en particulier, qui débute cependant dans le brulôt politique The Spook Who Sat By the Door, et joue dans l'excellent To Sleep with Anger de Charles Burnett et le culte The Blues Brothers), ainsi que les deux stars en devenir Halle Berry et Samuel L. Jackson (incontournable second rôle des films des jeunes réalisateurs afro-américains de la fin des 80s et du début des 90s). Ce sont aussi les débuts de Toy Van Lierop aux maquillages (Lean on Me, See No Evil, Hear No Evil, Boomerang, Vampire in Brooklyn, Mister G., The Nutty Professor, Life, Bowfinger, The Best Man, Hitch, You Don't Mess with the Zohan, I Am Legend, Precious...).

mardi 1 février 2011

Jungle Fever

Grand succès commercial (le budget de production de 14 millions de dollars rapporte plus de deux fois plus), voilà encore un film du" Woodie Allen noir" qui fît couler l'encre des râleurs.. Mais toujours pas l'ombre de racisme ou de mysogynie, juste un regard personnel et non édulcoré.

JUNGLE FEVER - Spike Lee (1991)

Flipper Purify (Wesley Snipes) est un bon père de famille. Dans sa boîte d'architectes, une nouvelle secrétaire Italo-Américaine (Annabella Sciorra) est engagée alors qu'il avait demandé une Afro-Américaine. Cet épisode lui démontre qu'il n'est pas pris au sérieux dans cette entreprise dirigée par des Blancs (dont il est pourtant un des principaux maître d'oeuvre) ; et, en même temps, il couche avec Angie, cette nouvelle secrétaire.
C'est le début de la descente aux enfers pour Flipper : quitté par sa femme (Lonette McKee), sévèrement jugé par ses amis, mis au ban par son père (Ossie Davis)... Angie, elle, est battue et insultée par son père, expulsée de chez elle, elle est aussi jugée par ses proches.
On assiste en parallèle à une autre lente descente aux enfers. Celle de Gator (Samuel L. Jackson), le frère de Flipper, qui sombre dans la drogue...
Régis Dubois (dans Le cinéma des Noirs Américains, entre intégration et contestation) résume parfaitement le film : "Jungle Fever fait, à l'instar de ses protagonistes, le constat amer du racisme aux Etats-Unis. C'est un drame urbain âpre et sans concession, provocateur et dérangeant, qui offre une vision on ne peut plus pessimiste des relations interraciales, doublée d'une exploration tout aussi pessimiste et alarmante des ravages de la drogue".

Rien n'est complaisant, comme d'habitude. Spike Lee met en avant une multitude position sur les relations interraciales : les plus bêtement racistes (la plupart des Italo-Américains), les fantasmes, les jugements moraux (le père de Flipper), les interrogations des femmes noires (ce qui donne lieu à une scène géniale), les romantiques qui se foutent de la couleur (le pauvre Paulie -John Turturro- finalement un des héros du film)...
Comme dans School Daze, Lee plonge aux tréfonds de la conséquence de plusieurs siècles d'esclavage et de séparation : les différences de teinte de peau, et leur importance (étonnante et mésestimée de notre coté de l'Atlantique) dans les relations sociales.
Pas de réponses, juste des pistes, des mises en garde loin "des films de Walt Disney" comme le dit Flipper.

L'humour est au rendez-vous. La patte de Spike Lee est toujours présente avec ses rouges saturés, ses décors qui défilent sans que les personnages bougent, son attrait pour filmer les corps (dont une scène d'amour interraciale inédite et révolutionnaire pour l'époque)...
Le générique est excellent ; la caméra de Lee nous fait traverser Harlem (en tout cas, sa version de Harlem), tandis que des panneaux de signalisation en surimpression annoncent le casting.

Gros casting d'ailleurs : Wesley Snipes dans le rôle principal (que l'on avait vu dans le précédent Lee, Mo' Better Blues), Annabella Sciorra, Halle Berry dont c'est le premier long métrage, le grand Anthony Quinn qui joue le père de John Turturro (Spike Lee lui donne là le meilleur rôle de leur longue collaboration, avec peut-être son interprétation du parrain dans She Hate Me), Samuel L. Jackson (pour sa dernière collaboration avec Lee, il gagnera avec ce rôle le "meilleur second rôle" du Festival de Cannes).
Il y a aussi la toujours splendide Lonette McKee -qui débute au crépuscule de la blaxploitation dans Sparkle et Which Way Is Up ? puis Cotton Club, Malcolm X, Men of Honor, ATL-, la rappeuse Queen Latifah, Tyra Ferrell, Charles Q. Murphy, Theresa Randle... Et, comme dans Do the Right Thing, on retrouve LE couple du cinéma noir : Ruby Dee et Ossie Davis.
Coté blanc et latino, citons Miguel Sandoval et Rick Aiello dans le rôle des flics (les officiers Ponte et Long, comme dans Do the Right Thing), Tim Robbins, Frank Vincent...
Bref, un bon Spike Lee, et de toute façon, un incontournable.

lundi 31 janvier 2011

House Party 2

Les producteurs George Jackson et Doug McHenry n'ont pas attendu pour lancer le chantier d'une séquelle au très réussi House Party.

HOUSE PARTY 2
George Jackson & Doug McHenry (1991)


Suite à la mort de son père, Kid (Christopher Reid) reçoit de la part de la paroisse une bourse d'étude. Il rentre donc à l'université, la même que sa petite amie Sidney (Tisha Campbell).
Play (Christopher Martin) a une opportunité pour enregistrer une démo avec son compère Kid. Ce dernier est trop occupé par ses études et décline l'offre, mais Play utilise à son insu l'argent de l'inscription.
Tout part en vrille pour Kid : la séduisante productrice s'évapore avec l'argent, Sidney s'éloigne, son prof lui demande une dissert et il est obligé en sus de travailler dans un fast food...
Pour recouvrer leurs fonds, Bilal (Martin Lawrence), Play et Kid organisent donc une fête.
Le film est forcément dédicacé à Robin "Pops" Harris, qui jouait le prère de Kid dans le premier volet.
Plus généralement, c'est filmé avec un certain talent (pour un budget très serré d'à peine 5 millions), et garde l'esprit léger du premier opus. Le personnage du prof de civilisation afro-américaine incarné par Georg Stanford Brown et la militante féministe jouée par Queen Latifah apportent une dose de réflexion, sans être assomant.
Une suite plutôt réussie donc, dans la lignée des personnages et de l'ambiance créées par Reginald Hudlin. Comme lui, George Jackson et Doug McHenry font rire sans infliger au public des caricatures grotesques de la communauté afro-américaine.
Au casting, beaucoup reprennent leur précédent rôle : le duo Kid N' Play -Christopher Reid et Christopher Martin- et le trio Full Force, Martin Lawrence, Tisha Campbell, Gene Allen et Daryl Mitchell. Queen Latifah se rajoute à la bande tandis que les plus anciens sont toujours à l'honneur avec Georg Stanford Brown, Helen Martin, Tony Burton, Georges Fisher (qui fut le coordinateur des cascades de Melinda et Blacula) et les cascadeurs de la blax' Julius LeFlore et Bob Minor. Enfin, notons une brève apparition de Whoopie Goldberg, même pas créditée au générique.

jeudi 27 janvier 2011

House Party

Alors que la vague "new jack" en est à ses balbutiements, le perspicace Reginald Hudlin concocte cette comédie légère et sympathique distribué par New Line Cinema.


HOUSE PARTY - Reginald Hudlin (1990)

Play (Christopher Martin) profite de l'absence de ses parents pour organiser une énorme fête chez lui ; il prévient ses deux amis, Kid et le DJ à mauvaise haleine Bilal (Christopher Reid & Martin Lawrence). Mais pour Kid, rien ne va se dérouler avec simplicité.
Il a une altercation avec les trois gros bras (la Full force) du lycée et écope d'un avertissement. Il tente de cacher la sanction à son père, Pop (Robin Harris), mais celui-ci tombe dessus et lui interdit d'aller à la party.
Kid arrive à se faufiler alors que son père somnole mais les ennuis vont continuer : les gros bras du lycée veulent se venger et lui casser la gueule tandis que deux policiers blancs le harcèlent...

En présentant un court métrage titré House Party, Reginald Hudlin boucle ses études de cinéma à Harvard en 1983. Sept années après, produit par son frère Warrington (lui-même réalisateur de documentaires et proche du cinéma indépendant), il parvient à faire aboutir son scénario et se charge de la réalisation d'un long du même nom. Le succès en salle et en VHS est total et le film rapporte plus de 25 millions de dollars (pour un budget de production extrêmement bas de 2,5 millions). Le réalisateur se crée même des petits gimmicks qu'il dans plusieurs de ses films : ici, le père regarde à la télé le cultissime Dolemite, ou encore les deux frères Hudlin font une brève apparition...

L'intrigue est légère, c'est sûr. Mais c'est la multitude de saynètes annexes, les descriptions, les rebondissements et la pléiade de personnages secondaires qui donnent à ce film un attrait certain. Hudlin sait donner vie à ses personnages et, avec l'air de ne pas y toucher, il évoque la condition des Afro-Américains, et particulièrement des jeunes. Violence inter-communautaire, harcèlement policier... mais finalement c'est bien le sentiment de vouloir vivre sa vie qui émerge, volonté simple et légitime mais difficile d'accès pour la jeunesse noire des années 90.
Ainsi, 20 ans plus tard, cette comédie prend même un air de reportage nostalgique sur le hip-hop old school (aussi bien la danse, le dee-jaying ou les "battles") et les préoccupations de la jeunesse.

C'est d'ailleurs le duo rap Jazzy Jeff & the Fresh Prince (dans lequel officiait le jeune Will Smith) qui était pressenti par Hudlin pour camper les héros. C'est finalement Kid'n Play, composé des deux Christopher, Martin et Reid, qui décroche le haut de l'affiche. Et la coupe de Kid va d'ailleurs s'imposer dans presque toute la vague des films urbains, et dans la jeunesse en général. Une autre "team" présente ici : les peu connus mais pourtant prolixes producteurs de Full Force (Bowlegged Lou, Paul Anthony et B-Fine) qui jouent les bad boys.
Le casting est impressionnant, puisque des dizaines de seconds rôles se succèdent tels John Witherspoon, Tisha Campbell, Anthony Johnson, le chanteur George Clinton, Randy Harris, A.J. Johnson, Verda Bridges, Alexander Folk, l'ex-footballeur Cedrick Hardman, Daryl Mitchell, Gene Allen, Richard McGregor, Irv Dotten... Ainsi que des représentants de la vague soul : J. Jay Saunders (Slaughter's Big Rip Off et Cornbread, Earl and Me), Norma Donaldson (Across 110th Street et Willie Dynamite) et Bebe Drake...
Mention spéciale pour Robin Harris qui décède subitement, fauché en pleine carrière prometteuse avec des prestations remarqués dans seulement 5 films : I'm Gonna Git You Sucka, Do the Right Thing, Harlem Nights, Mo' Better Blues et celui-ci.
Fort du succès d'estime et des recettes du titre, les studios se lancent -comme de bien entendu- dans la confection d'un second, puis d'un troisième volet au cinéma et s'arrête après une ultime version TV où tous les acteurs d'origine ont disparus.

mercredi 26 janvier 2011

Ghost Dad

Les années 90 débutent bien mal avec cet affligeante pitrerie, malheureusement signée Sidney Poitier...

GHOST DAD - Sidney Poitier (1990)


Elliot Hopper (Bill Cosby) est veuf, il élève ses trois enfants mais se consacre surtout à son travail.
Tout bascule suite à une course en taxi, où le conducteur, sataniste, finit par projeter la voiture dans le fleuve... Elliot tombe dans le comas et son fantôme vient visiter ses enfants. Ceux-ci peuvent le voir dans l'obscurité et parviennent même à l'entendre. Sous sa forme ectoplasmique, il tente de maintenir son travail et ses revenus tout en rattrapant le temps perdu avec ses enfants...

Catastrophique ! C'est le qualificatif le plus approprié pour cette piètre comédie de fantômes. Budget serré et utilisé sans talent, scénario bancal, effets spéciaux dépassé, mauvais acteurs, réalisation insipide, blagues ratées... Rien ne sauve ce film.
Quel gâchis ! Alors que Poitier fut le prometteur et percutant réalisateur de Buck and the Preacher, A Warm December, Uptown Saturday Night et Let's Do It Again, ces films n'ont cessé de décliner (A Piece of the Action et Stir Crazy) pour se conclure par ça.
Bill Cosby et Denise Nicholas -presqu'inexistante- suivent tout de même leur ami dans cette descente aux enfers...

lundi 24 janvier 2011

Comédies des 80s : conclusion

La Trinité "comique" : Pryor - Murphy - Goldberg
Trois personnalités afro-américaines tiennent clairement le haut de l'affiche de ces comédies "blacks" des années 80. D'abord Richard Pryor, rescapé des films soul des 70s, à qui les studios réservent de bien piètres rôles : un bagnard looser dans Stir Crazy, un chauffeur de bus d'enfant dans Bustin' Loose, l'esclave ludique d'un gosse de riche dans The Toy, un héritier dans Brewster's Millions un père de famille faiblard dans Moving et un aveugle aux yeux exorbités dans See No Evil, Hear No Evil. Ensuite, Eddie Murphy lui vole la vedette, avec des premiers rôles dans des cartons au box office comme les inratables Un fauteuil pour deux, la trilogie du Flic de Beverly Hills et Un Prince à New-York. Enfin, la sémillante Whoopi Goldberg incarne un pendant féminin de Murphy, et joue des héroïnes quasi-similaires (mais qualitativement différentes) dans Jumpin' Jack Flash, et les catastrophiques Burglar et Fatal Beauty.

Nouveaux réalisateurs, thèmes inédits
Or, en cette fin de décennie, l'on sent frémir un renouvellement créatif afro-américain. Et surtout celui-ci arrive à s'incarner malgré les lieux-communs véhiculés et les pesanteurs imposées par les grands studios. En deux années, trois films vont révolutionner les comédies blacks, et même le cinéma en général et la représentation des Afro-Américains : She's Gotta Have It de Spike Lee d'abord, mais l'on est dans un cinéma expérimental, très "nouvelle vague" et peu populaire... Ensuite arrivent Hollywood Shuffle et I'm Gonna Git You Sucka -respectivement de Robert Towsend et de Keenen Ivory Wayans- des comédies "grand public", mais aussi acerbes et pertinentes.
Et l'arrivée sur le marché de tels produits s'accompagne -étonnemment ?- d'une belle réussite financière que les producteurs hollywoodiens sont bien obligés de prendre en compte. Fort de son triomphe dans le stand up Eddie Murphy Raw (dont il confie la réalisation à Robert Towsend), Eddie commence à avoir un droit de regard sur les scénarios. Dans un premier temps en collaborant à celui du Flic de Beverly Hills II, puis en faisant réaliser par John Landis un scénario de son cru : Un prince à New-York (Landis avait réalisé le cultissime Blues Brothers qui faisait la part belle aux artistes afro-américains).
Spike Lee quant à lui revient en 1988 avec une comédie, School Daze, sur les différences de couleurs dans les universités afro-américaine, confirmant ainsi la patte des réalisateurs afo-américains à l'humour caustique et réaliste voire, osons le mot, politique.
Toutes ces productions ont en commun des rôles "normalisés" et diversifiés, une multiplicité de thèmes abordés, de permettre une représentation de la sexualité et enfin l'émergence de talents (qu'ils soient actrices et acteurs, ou chef opérateurs, techniciens, directeurs de casting, costumiers...) : je pense pêle-mêle à Tisha Campbell, Samuel L. Jackson, Damon et Keenen Ivory Wayans, John Witherspoon, Laurence Fishburne, Kadeem Hardison, Ruth E. Carter, Wynn Thomas, Ernest R. Dickerson...

samedi 22 janvier 2011

Harlem Nights

Seule réalisation du comédien Eddie Murphy, Les nuits de Harlem réunit les deux stars comiques années 80 : le maître Richard Pryor et l'élève Eddie Murphy.

HARLEM NIGHTS - Eddie Murphy (1989)

"Sugar" Ray (Richard Pryor) est propriétaire d'un tripot illégal. Un soir, le petit Quick tue un homme qui tentait de le poignarder ; Ray adopte alors le jeune garçon.
20 ans plus tard le tripot est devenu un club huppé de Harlem (où l'on vend illégalement alcool et prostituées), duquel "Sugar" Ray et Quick (Eddie Murphy) tirent de substantiels bénéfices.
Mais Bugsy Calhoune (Michael Lerner), un parrain local, ne voit pas d'un bon oeil la prospérité de ces Afro-Américains. Il veut une part conséquente du gateau ou menace de faire fermer l'établissement. Pour mettre la pression sur Ray et ses comparses, Calhoune s'appuie sur le lieutenant Phil Cantone, un flic véreux.
"Sugar" Ray hésite à tout laisser tomber, mais aider des ses comparses -Quick, Bennie "Snake Eyes" Wilson
, la souteneuse Vera (Redd Foxx & Della Reese) et d'autres- il va mettre sur pied un plan pour retourner la situation...
Cette comédie policière a été éreintée par les critiques, tandis qu'Eddie Murphy s'est vu qualifié de pire réalisateur et pire scénariste de l'année.
Pourtant, il s'agit d'un sympathique divertissement, servi par une bonne BO d'Herbie Hancock. A mon sens, il s'agit d'un des meilleurs rôles d'Eddie Murphy, et incontestablement de son meilleur dans la décennie. On sent bien en tout cas que le comédien, en passant derrière la caméra, a voulu sortir du rôle qui lui collait à la peau. Il campe un personnage plutôt flegmatique, classe, réfléchi et déterminé. C'est même, me semble-t'il, la première relation sexuelle de Murphy à l'écran. Par ailleurs, il évolue dans un univers et avec des personnages afro-américains, alors que les Blancs s'avèrent presque tous être des salauds. des ingrédients plus proche des films blax' que de ses comédies des années 80.
A l'instar Sideny Poitier, ce film tend à prouver que pour sortir des stéréotypes, les acteurs noirs sont les mieux placés pour s'en extraire en réalisant ou scénarisant eux-mêmes. Dommage qu'Eddie n'ait pas persévéré, apparemment atteint par les critiques.

Le casting -dégotté par Robi Reed- réunit pas mal de têtes connues, premiers ou seconds couteaux.
Un mot d'abord sur Richard Pryor à qui Murphy offre le rôle de père adoptif. Tout un symbole ! D'autant plus que Murphy comme Pryor restent sobres et ne surjouent pas, même lors des scènes comiques, et cassent donc ce qui fît leur succès respectif, le noir jovial au bagou incessant. Se côtoient aussi plusieurs génération d'acteurs afro-américains : Redd Foxx (le héros de la série Sanford And Son), le légendaire danseur de claquettes Howard "Sandman" Sims, Stan Shaw, Ji-Tu Cumbuka, Don Blakely, la survoltée Della Reese ou encore Rudy Challenger pour les plus anciens ; Bobby McGee, Lela Rochon (une des quatre héroïne de Waiting To Exhale), Steve White, Charles Q. Murphy (le frère d'Eddie), Reynaldo Rey, Kathleen Bradley, Jasmine Guy ou encore Nona Gaye (la fille de Marvin Gaye, qui débute ici au cinéma, et que l'on retrouvera dans les séquelles de Matrix et dans Ali).
Du coté du casting blanc, là aussi, il faut noter les réussites :Danny Aiello (Sal le pizzaïolo de Do the Right Thing) génial en petit flic de quartier cynique et envieux, ainsi que son fils Rick (le flic récurrent des films de Spike Lee), Eugene Robert Glazer (qui joue dans Hollywood Shuffle et I'm Gonna Git You Sucka) et Michael Lerner.

See No Evil, Hear No Evil

Malgré les bonnes surprise du dernier tiers de la décennie 80, la dernière comédie que j'évoquerai -Pas nous, pas nous- est malheureusement plus proche des navets comme The Toy que de la satyre de Robert Towsend ou du prometteur Coming to America.


SEE NO EVIL, HEAR NO EVIL - Arthur Hiller (1989)
Wally Karue (Richard Pryor) est aveugle ; il est aussi un parieur invétéré à la recherche d'un emploi. Il est embauché par Dave Lyons (Gene Wilder), un sourd -qui lit sur les lèvres- qui possèdent un petit kiosque. Mais un meurtre a lieu devant la boutique : Wally a entendu le coup de feu et senti le parfum de la meurtrière, Dave a vu ses jambes... et les deux sont vite considérer comme les principaux suspects.
Et tout se corse quand Eve -la meurtrière- et Kirgo (Joan Severance & Kevin Spacey) remettent la main sur les infortunés témoins. Wally et Dave sont obligés de démêler cette affaire, tout en échappant aux gangsters et à la police.

Lourd est le moindre des qualificatifs que l'on peut employer pour résumer ce film. Le duo Pryor/Wilder avait déjà sévit dans Stir Crazy au début de la décennie, et leur reformation ne se fait pas sous les meilleurs auspices... Encore une fois les talents de comédien des uns et des autres n'est pas en cause ; c'est plutôt le script -pourtant supervisé et retouché par Pryor- qui est en cause. Et le sentiment qui prévaut, surtout lorsqu'on a vu Trading Places, Hollywood Shuffle ou I'm Gonna Git You Sucka, c'est que ce film n'a pas pris le tournant des comédies modernes : la réalisation est des plus conventionnelles tandis que les ressorts comiques entre les deux personnages relèvent d'un duo des années 60.

Et, pour se recentrer sur l'angle par lequel j'évoque ces films -la question raciale, elle est presque invisible ici, relégués au second plan par les handicaps des deux protagonistes.
Mais on retrouve tout de même quelques traits marquants de la représentation des Noirs véhiculé par les comédies des années 80s. D'abord la différentiation sexuelle : le héros blanc -pas plus joli que le noir- embrasse un femme et la courtise, quand le noir se contente de parler de sexe sans passer à l'acte (il se fait passer pour un gynéco mondialement connu). D'autre part, la cécité du personnage de Pryor l'oblige à jouer constamment les yeux grand ouverts, faisant rouler ses pupilles comme les caricatures du début du siècle.
Les deux méchants sont assez tout de même caricaturalement savoureux : le dandy sans scrupule incarné par un Kevin Spacey tout jeunot, et la beauté venimeuse de Joan Severance.