mercredi 19 janvier 2011

Do the Right Thing

Il y a 20 un gars invitait pour la première fois sa copine Michelle à ce film, il est depuis devenu président des Etats-Unis (et prix Nobel de la paix -sic !-). Nul doute que, même si les problèmes raciaux et sociaux demeurent, quelques pas ont été franchis...

DO THE RIGHT THING - Spike Lee (1989)


Il fait chaud à Bedford Stuyvesand, Brooklyn, NYC, très chaud. Mookie (Spike Lee) travaille pour Sal -qui aime le travail et sa pizzeria- et ses racistes de fils, Vito et Pino (Danny Aiello, Richard Edson & John Turturro).
Tout le monde se croise, souvent sans se voir : un vieux soûlaud mi-clochard mi-philosophe surnommé "Le Maire" (Ossie Davis), Smiley le simplet (Roger Guenveur Smith) qui vend des photos de Malcolm et de Luther King, Mother Sister (Ruby Dee), Radio Raheem (Bill Nunn) qui fait cracher du hip hop à fond de son poste stéréo, les Hispanos, les gamins qui ouvrent les bouches d'incendie pour se rafraîchir et la voix de l'animateur radio Mister Señor Love Daddy (Samuel L. Jackson)...
L'affaire se corse lorsque Buggin Out (Giancarlo Esposito) lance le boycott de la pizzeria de Sal pour l'absence d'Afro-Américains sur son mur remplie de photos. Et tout dérape définitivement quand Sal et ses fils s'embrouillent avec Radio Raheem.
Mookie a un choix à faire : "the right thing" !
A sa sortie, ce film sera dépeint comme un véritable brûlot, les bas-du-front y voient une incitation à la haine raciale et à l'émeute (les pires fantasmes circulent toujours à la sortie d'un film du maître Lee). Présenté à cannes, Wim Wenders -le président du jury cette année-là- s'opposa fermement à lui attribuer la palme. Spike Lee, aujourd'hui plus intégré au monde du cinéma, en a fêté en grande pompe, à l'été 2009, les 20 ans ; et le film n'a pas pris une ride !

La chaleur étouffante est présente tout le film, les couleur sont poussées, rougies, Spike Lee nous fait partager la montée en tension de cette journée suffocante, rivalisant de trouvaille technique, de plans sublimes et d'un tournage in situ.
Le film pose un regard plein de contradictions et de finesse sur les problèmes raciaux aux Etats-Unis, loin du manichéisme que ses opposants prêtent à Spike Lee. Il n'y a pas de "bonne réponse", il n'y a pas une communauté plus légitime, moins raciste... Pour autant le film n'est pas neutre, bien au contraire, c'est une prise de position de Spike Lee/Mookie à laquelle on peut ou pas adhérer. Il nous laisse le choix, entre "Le Maire" et lui, entre Martin Luther et Malcolm. Et l'on aurait tord d'opposer réellement les deux choix, je pense que Spike Lee nous offre les deux alternatives non comme opposées mais bien comme complémentaires, comme les facettes d'un même combat (à l'image des bagues de Radio Raheem), et la "victoire" de l'une de ces alternatives comme temporaire et inévitable.

La petite famille est encore au rendez-vous avec un petit rôle pour sa sœur Joie Lee, et la bande-son confiée au paternel, Bill Lee ; les acteurs fétiches aussi : Roger Guenveur Smith, Bill Nunn, Giancarlo Esposito... de même que les gloires du cinéma afro-américain Paul Benjamin (qui a joué dans quelques films blax' de bonne facture : Across the 110th Street, The Education Of Sonny Carson, Friday Foster...), "Le Maire" est joué par le grand acteur et réalisateur Ossie Davis et sa femme Ruby Dee incarne la vieille Mother Sister. A signaler aussi la présence de l'actrice, danseuse et chorégraphe (en particulier du show In Living Color) Rosie Perez, de Robin Harris (qui décède après son rôle de Pop dans House Party), ainsi que de Frankie Faison, Steve White, Leonard L. Thomas et des cascadeurs Eddy Smith -fondateur de la Black Stuntmen's Association- et David S. Lomax... le célèbre cascadeur afro-américain qui créa la .

School Daze

Deuxième film pour Spike Lee, et nouveau succès. Le jeune réalisateur pioche de-ci de-là : film humoristique, comédie musicale, teen movie, drame...

SCHOOL DAZE - Spike Lee (1988)



Vaughn "Dap" Dunlap (Laurence Fishburne) organise des manifs pour demander le retrait de fonds d'Afrique du Sud au Mission College, son unviersité. Mais il n'y a pas que des activistes à Mission, il y a aussi les fraternités et en particulier les Gamma Phi Gamma et leur pendant féminin, les Rayons Gamma, dirigés respectivement par Julian Eaves et Jane Toussaint (Giancarlo Esposito & Tisha Campbell). Les militants, à la peau plus foncée, les surnomment les "wannabes", et sont traités en retour de "jigaboos".
Mais pour corser le tout, la petite amie de Dap, Rachel (Kyme), veut intégrer une fraternité féminine et son cousin Half-Pint (Spike Lee) ses ennemis jurés des G-Phi-G. Et les revendications et les manifs commencent à inquiéter l'administration...
Le scénario est issu de l'expérience personnelle de Lee, lorsqu'il étudiait au mythique Morehouse College d'Atlanta. A la sortie du film, de nombreux directeurs d'universités noires se sont indignés de l'image véhiculée par le film. Et il faut dire que le tableau présenté est peu reluisant, en particulier en ce qui concerne les fraternités "grecques" présentées sous un angle bien peu engageant.
Les rapports de classe et de sexe sont détricotés selon le prisme racial, et en particulier le degré de pigmentation des étudiants. Plus qu'il ne dénonce, Spike Lee fait un état de la situation ; rien n'est facile et manichéen. Lorsque le propos se fait sérieux, Lee n'impose pas un point de vue, il en propose plusieurs. Bien sûr, comme dans Do the Right Thing, il montre sa préférence (incarnée dans le personnage de Laurence Fishburne et non lui-même, plus sujet à controverses), mais tout en laissant le spectateur faire son choix, en respectant par sa réalisation chacun de ses acteurs.

La réalisation justement est sublime. Tout semble millimétré, les ambiances différentes pour chaque saynète, les scènes de sexe sont suggestives, certaines à la limite du burlesque, celles de comédie musicale sont particulièrement réussies (à l'image de celle que je ne résiste pas à vous faire partager ci-dessous). Lee réussit même la performance d'une séquence de football sans jamais filmer le jeu lui-même. Bref, on sent poindre dans ce film les talents de mise en scène du "Woody Allen noir".
En plus, le tournage épique. Lee a fait installé les deux équipes dans des hotels différents : ceux qui incarnaient les "wannabes" avaient droits aux meilleures places et traitements, à l'inverse des "jigaboos". Le résultat renforce le réalisme : lors d'une scène, une bagarre éclate réellement entre les deux équipes et Lee laisse tourner les caméras...

Spike Lee met peu à peu en place son réseau d'acteurs et de techniciens : Bill Nunn, Samuel L. Jackson, Roger Guenveur Smith, Giancarlo Esposito, sa soeur Joie Lee et son frère Cinqué, Ossie Davis, Art Evans, Tyra Ferrell, les producteurs Monty Ross et Loretha C. Jones, Le chef opérateur Ernest Roscoe Dickerson, la directrice de casting Robi Reed, la costumière Ruth E. Carter, le monteur Barry Alexander Brown, le directeur artistique Wynn Thomas...
Niveau casting, il faut encore citer Kadeem Hardison, Kasi Lemmons qui deviendra réalisatrice entre des excellents Eve's Bayou et Talk To Me, la ravissante Tisha Campbell qui s'imposera dans de nombreuses productions afro-américaines, Joe Seneca, Alva Rogers et bien sûr l'acteur principal Laurence Fishburne qui débuta en 1975 dans Cornbread, Earl and Me, est aujourd'hui un acteur incontournable et reconnu pour ses rôles d'Ike Turner dans Tina, du père protecteur dans Boyz N the Hood, du gangster mythique Bumpy Johnson dans Hoodlum et de Morpheus dans la trilogie Matrix.


dimanche 16 janvier 2011

I'm Gonna Git You Sucka

10 ans après la fin de la blaxploitation, Keenen Ivory Wayans est le premier à rendre un hommage appuyé à la blaxploitation, ses héros, ses stéréotypes et ses coté bis. Voilà donc une comédie à la Y at'il un flic... version black comme savent en faire les Wayans.


I'M GONNA GIT YOU SUCKA
Keenen Ivory Wayans (1988)


Jack Spade (Keenen Ivory Wayans) retourne dans le foyer maternel après l'"O.G." ("Over Gold", une overdose d'or) de son frère; celui-ci avait de mauvaises fréquentations et des dettes contractées auprès du caïd local, Mister Big.
Spade se rend au concours annuel des gangs, il y rencontre John Slade (Bernie Casey), héros de la lutte anti-gang et ancien amant de sa mère (Ja'net DuBois), espérant s'en faire un allié.
Ils s'enjoignent rapidement l'aide de Hammer et Slammer (Isaac Hayes & Jim Brown), puis de Kung-Fu Joe (Steve James) et Flyguy, un pimp à l'ancienne (Antonio Fargas). Ensemble, ils vont nettoyer le quartier...

L'ambiance des productions soul est bien retranscrite : les traits marquant de la période sont pasticher avec humour, mais toujours avec une sentiment de respect affectueux. Ces traits sont grossis volontairement : on aperçoit le cascadeur doublant Ja'net DuBois, on rencontre l'incontournable militant révolutionnaire paranoïaque (Clarence Williams III) dont les chérubins blancs et blonds récitent des rédactions sur ce "Blanc pouilleux de Lincoln", la chanteuse de club -incarnée par Kim Wayans- qui en fait des tonnes en chantant "Oh When the Saints". La palme allant peut-être à ce dialogue entre Jim brown et K. I. Wayans :
"- Qu'est-ce qui te fait croire que tu peux être un "black heroe" ?
- Je suis un ancien joueur de football."

Il y a aussi des parodies d'Abby, de The Mack (avec le concours de pimp de l'année gagné -forcément !- par Antonio Fargas), des films d'action soul, du sow télévisé culte Soul Train et de Jim Kelly. Ainsi qu'une vanne récurrente sur les thèmes musicaux avec un Bernie Casey déambulant dans la rue sur le thème de Shaft interprété un groupe qui marche dans ses pas.

Les stars de l'époque (Bernie Casey, Isaac Hayes et Jim Brown) et les secondes gueules jouent le jeu à fond, à l'image des Ja'net DuBois (Five on the Black Hand Side, A Piece Of the Action, la série TV culte Roots), Marilyn Coleman (Willie Dynamite, Disco Godfather et le plus récent Menace II Society), les cascadeurs Bob Minor et Tony Brubaker, l'incontournable Antonio "Huggie" Fargas.
Mais aussi des acteurs plus jeunes comme Chris Rock, Kadeem Hardison (qui jouera un des rôles principaux de Panther, et apparaît dans School Daze, White Men Can't Jump, Vampire in Brooklyn, The 6th Man, Showtime), Robin Harris et nombre d'autres, les Wayans au premier rang, ayant collaboré à l'excellent Hollywood Shuffle de Robert Towsend qui fait donc assez logiquement une brève apparition.

Enfin, cette production offre aussi un rôle à un dinosaure du cinéma noir : Jester Hairston, musicien et acteur qui participe aux mythiques The Green Pastures, Carmen Jones, The Sun Shines Bright de John Ford, à Lilies of the Field et In the Heat of the Night avec Sidney Poitier, et à quelques films soul comme Lady Sings The Blues ou The Bingo Long Traveling All-Stars & Motor Kings.



samedi 15 janvier 2011

Coming to America

Après le succès de son spectacle Eddie Murphy Raw et son incursion en tant que scénariste dans Beverly Hills Cop II, Eddie Murphy écrit ce scénario original et arrive à mener à bien son projet, réalisé par John Landis. La renommée d'Un prince à New-York sera mondiale.

COMING TO AMERICA - John Landis (1988)



Le Prince Akeem (Eddie Murphy) s'ennuie ferme dans son royaume de Zamunda. En plus, pour ses 21 ans, ses royaux parents (James Earl Jones & Madge Sinclair) ont prévu de lui faire épouser un fille qu'il n'a jamais vu. Avec son serviteur et ami Semmi (Arsenio Hall), ils décident de quitter le royaume et d'aller aux Etats-Unis, dans le Queens à New-York ; le Prince veut trouver une femme qui l'aime pour ce qu'il est, pas pour ce qu'il possède.
Ils prennent un appart glauque dans le Queens, et découvrent peu à peu l'Amérique. Rakeem un jour aperçoit la jolie Lisa, il en tombe amoureux. Pour l'approcher, Akeem et Semmi travaillent dans le fast-food de son père, Cleo McDowell (John Amos). Mais ils ne sont que de simples employés, et Lisa est fiancé avec le beau et prétentieux Daryll (Eriq La Salle)...
La notoriété de Murphy lui permet de postuler au scénario de ses films. Et l'on note une différence de taille puisque l'intrigue se situe dorénavant dans la communauté afro-américaine.
Rappellant l'influence de Pryor, Eddie Murphy et Arsenio Hall jouent plusieurs personnages secondaires (et comme Richard Pryor, dans Which Way Is Up ?, ils incarnent des vieux ou des pasteurs). La plus intéressante de ces incarnations étant un vieux Juif traînant au barbershop. A son père spirituel Pryor, Eddie Murphy emprunte aussi le nom de "Zamunda".

Réalisé par le très bon John Landis (à qui l'on doit des blockbusters tels The Blues Brothers, An American Werewolf in London, Trading Places, le mauvais Flic de Beverly Hills 3, et bien sûr les clips Thriller et Black or White du King of Pop, Michael Jackson), le film reste ambiguë. D'un coté, il s'inscrit dans une lignée d'un certain cinéma afro-américain, par des clins d'oeil appuyés et des marqueurs culturels forts, un casting plutôt impressionnant. Pourtant, il y a une persistance des traits particuliers aux stéréotypes hollywoodiens comme l'invisibilité des relations sexuelles et une représentation de l'Afrique et des Africains directement issue des pires fantasmes américains et plus généralement colonialistes.

Coté casting secondaire, on a droit à Eriq La Salle (Benton dans Urgences) qui interprète un savoureux jeune premier arrogant, une brève apparition de Cuba Gooding Jr. (pour son premier rôle sur grand écran), Paula Brown, Tanya Lynne Lee. Dans ces années-là, il n'y a quasiment pas de casting afro-américain sans Samuel L. Jackson, ce film ne fait donc pas exception.
L'on retrouve ensuite des stars de la vaque "soul cinema" : James Earl Jones, Madge Sinclair, John Amos (qui, dans la série Roots, incarna Kunta Kinte, surnom dont les vieux du barbershop affublent affectueusement le prince Akeem), et un -trop- court passage avec Calvin Lockhart.
Coté technique, ont aussi fait leurs classes dans les productions soul des années 70 : le montage est assuré par George Folsey Jr. (qui -comme pour Un fauteuil pour deux- produit le film), les coiffures par Robert L. Stevenson et le maquillage par Rick Baker (que l'on avait vu en gorille dans The Thing With Two Heads) qui permet de véritables transformations des deux comédiens principaux.
Martin Lawrence plancherait sur un remake, Return To Africa, dont le personnage central, un ouvrier du Queens, apprend qu'il est l'héritier d'un royaume africain...

mercredi 12 janvier 2011

Eddie Murphy Raw

La star hollywoodienne et le réalisateur indépendant auteur de la comédie satyrique Hollywood Shuffle, respectivement Eddie Murphy et Robert Towsend collaborent pour ce film qui connut un succès important aux Etats-Unis.

EDDIE MURPHY RAW - Robert Towsend (1987)

Le film débute par une partie fictionnelle dans la famille Murphy où chaque enfant fait montre d'un talent particulier : chanson, danse... Le jeune Eddie, lui, se distingue par une blague animalière scato devant les yeux horrifiés des plus anciens !
Puis débute la phase plus classique du stand-up.
Eddie Murphy commence son show par les réactions de personnalités à son précédents spectacles, Delirious. Puis il enchaîne sur les femmes, le mariage et le divorce pour finir par un savoureux passage sur le film Rocky et les Italo-Américains.
Vu de ce coté de l'Atlantique, on n'a pas à l'esprit que la plupart des grands acteurs comiques afro-américains ont débuté sur les planches et que le cinéma ne fut qu'une nouvelle marche vers la renommée (et par forcément pour le meilleur) : Moms Mabley, Rudy Ray Moore, Richard Pryor... Un phénomène que l'on peut voir arriver en France depuis quelques années, au même moment où explose le stand-up à la française.
Murphy offre donc plus d'une heure de monologue, rebondissant autour de thèmes personnels sans vraiment de pause. Et l'on se rend compte une fois encore des talents de comédiens de celui-ci, que l'on sent poindre dans 48 Hours, Trading Places et Beverly Hills Cop, et auquel il donne libre court sur scène.
Les imitations, tour à tour, de Michael Jackson, Mister T. et Richard Pryor sont réussies et tout particulièrement celle de Bill Cosby qu'il réalise avec un incroyable talent.
Petite note négative cependant : son passage sur les femmes libérées et le divorce est pour le moins limite et macho... En tout cas, celà tranche avec les personnages asexués qu'il campe jusqu'alors dans les films dont il est à l'affiche et l'on voit que, libre des contraintes des studios, Murphy joue un tout autre personnage.

Keenen Ivory Wayans co-produit le film et co-signe le sketch introductif où l'on reconnaît plusieurs acteurs : Samuel L. Jackson, Billie Allen (actrice et danseuse que l'on peut croiser dans Black Like Me ou The Wiz), la toute jeune Tatyana Ali (la future Ashley Banks dans Le Prince de Bel-Air) qui fait sa première apparition sur les écrans, l'ancêtre Leonard Jackson (second couteau dans Ganja & Hess, The Baron, Car Wash et Boomerang et tête d'affiche de Five on the Black Hand Side, Super Spook et A Rage in Harlem), Clebert Ford, Birdie M. Hale, Kim et Damien Dante Wayans...
Toutes les "familles" du cinéma afro-américain sont ici réunies, puis que coté technique on retrouve le chef op et le directeur artistique de Spike Lee : Ernest Dickerson et Wynn Thomas. Uncle Ray Murphy quant à lui est crédité comme responsable de la sécurité.

dimanche 9 janvier 2011

Beverly Hills Cop 2

Fort du succès du premier opus, les producteurs remettent le couvert. A la différence que là, Murphy s'essaie à la co-écriture du scénario...

BEVERLY HILLS COP 2 - Tony Scott (1987)


Alors qu'un gang -menée par la beauté froide Karla Fry (Brigitte Nielsen)- écume les bijouteries de Beverly Hills, le commissaire Bogomil se fait tirer dessus. Son ami, l'inspecteur Axel Foley (Eddie Murphy) de Detroit, toujours aux marges de légalité, revient donc à Beverly Hills pour tirer les choses au clair.
Il est aidé dans ses recherches par les inspecteurs Rosewood et Taggart (Judge Reinhold & John Ashton), rétrogradés à la circulation. Champ de courses, maisons cossues, stand de tir, bureau d'affaires ou manoir Playboy, Foley écume la ville pour remonter la piste du gang et le défaire.
Tony Scott -tout auréolé du succès de Top Gun- réalise cette séquelle du désormais célèbre Axel Foley ; séquelle qui, à mon humble avis, reste le meilleur épisode à ce jour (puisqu'un quatrième opus serait en préparation). L'action y est plus présente et bien menée, les personnages secondaires plus fouillés (en particulier Rosewood et Taggart) et les méchants -en particulier Brigitte Nielsen- sont assez savoureux. Enfin, loin de s'essouffler les facéties de Murphy font rire et prouvent une fois encore ses talents d'interprétation, d'adaptation et d'improvisation ; la participation de Murphy au scénario n'y est probablement pas étrangère.
En gardant à l'esprit les critiques formulées ici qui sont toujours d'actualité dans ce volume. A ceci prêt que le personnage d'Eddie Murphy n'est plus totalement désexué ; les blagues et allusions viriles sont plus présentes, mais la vie amoureuse du héros reste pourtant invisible... improbable chasteté.

Hugh Hefner, le patron de Playboy se prête à la comédie, et offre son manoir et ses playmates.
Le casting "black" s'étoffe à peine : toujours Gilbert R. Hill, Tommy "Tiny" Lister, et pour les premières fois, c'est au tour de Chris Rock de faire ses premiers pas. Murphy s'entoure de sa petite famille avec un petit rôle pour son oncle, tandis que son cousin Ray Murphy Jr. débute dans la production ; il s'attache aussi les services d'un costumier particulier : Fetteroff F. Colen (qui le suit encore aujourd'hui).

jeudi 6 janvier 2011

Hollywood Shuffle

Avec ce Ticket pour Hollywood, Robert Towsend -qui débute en tant qu'acteur dans Cooley High- signe là sa première réalisation : une comédie particulièrement réussie et pertinente, ce qui commençait à manquer cruellement dans ces années 80 marquées par un recul de la représentation des Afro-Américain, circonscris à des rôles comiques insipides. Towsend vient dynamiter les stéréotypes...

HOLLYWOOD SHUFFLE - Robert Towsend (1986)

Bobby Taylor (Robert Towsend) rêve de devenir un acteur hollywoodien et répète pour ses auditions avec son petit frère. En attendant, il travaille dans un fast food, le Winky Dinky Dog, et ces collègues (John Witherspoon & Keenen Ivory Wayans) font tout pour le dissuader de devenir acteur.
Bobby passe des castings, croise un grand nombre d'actrices et acteurs en herbe, comme lui, et prêts à jouer tous les rôles. Mais ce sont surtout des rôles très stéréotypés que lui demandent les casteurs blancs, (et spécialement des rôles de sosie d'Eddie Murphy), une diction urbaine nasillarde et des tyrades empreintes de misogynie voire de racisme...
Bobby s'interroge beaucoup. Critiqués par ses collègues et amis, par sa grand-mère (Helen Martin) qui a connu la pire période pour les Noirs dans le cinéma d'Hollywood, tiraillés par ses rêves de gloire, ou anxieux de voir son frère admirer les pimps et les gangsters qu'on lui demande de jouer : il doit faire un choix.
Alors que la fin 70s et le début des 80s se sont accompagnés d'un recul certain dans les personnages donnés aux Noirs et les sujets traités, la période est marquée par la disparition quasi-complète des réalisateurs afro-américains. Ce double recul est un cercle vicieux que vient briser Robert Towsend. Dans la lignée des grands noms du cinéma afro-américain, il écrit, réalise et produit. Pour le scénario il est appuyé par Keenen Ivory Wayans. La famille est bien représentée et fait ses premiers pas devant ou derrière la caméra puis, outre Kennen Ivory, on retrouve Damon et la soeurette Kim. Et près d'une vingtaine d'actrices et d'acteurs de second plan se retrouvent aussi dans I'm Gonna Git You Sucka ou Dont Be A Menace...

Tout est pertinent et bien trouvé dans ce film prétention : les cours de "jive talking", les sosies d'Eddie Murphy, les changements de voix selon que les Noirs s'adressent à leurs à un collègue acteur, noir lui aussi, ou au casteurs blancs. Towsend s'essaie aussi -et avec succès- à des parodies de blockbusters ou de bisseries soul : Rambo, Mandingo, Indiana Jones, Amadeus, Dirty Harry, JD's Revenge... sont ainsi détournés avec un talent comique, un regard acéré et, en même temps, une sympathie non dissimulée.
Et le tout reste très léger, ni professoral, ni lourdement militant.

Il y a pléthore de gueules connues, et Towsend se délecte de multiplier les seconds rôles de toutes les grandes époques du cinéma : la blaxploitation bien sûr avec Helen Martin, David McKnight (le J.D. Walker de JD's Revenge), Franklyn Ajaye (Car Wash), Jesse Kitten (Mahogany), Steve James (The Education Of Sonny Carson, The Warriors ou encore Kung-Fu Joe dans I'm Gonna Git You Sucka), Le Tari (Brotherhood Of Death)... Mais aussi le vétéran des "all black cast", Nick Stewart qui joua dans Cabin In the Sky, Stormy Weather et Carmen Jones. La nouvelle génération est aussi représenté avec la famille Wayans, j'en ai parlé, mais aussi John Witherspoon, Jimmy Woodard, Paul Mooney, Nancy Cheryll Davis, Starletta DuPois...

mardi 4 janvier 2011

Fatal Beauty

Et Whoopi Goldberg s'enfonce un peu plus encore dans de bien piètres productions...

FATAL BEAUTY - Tom Holland (1987)



Rita Rizzoli (Whoopi Goldberg) est une inspectrice des stup' de Los Angeles. N'hésitant pas à s'affubler des déguisements des plus extravagants, elle traque les dealers.
Mais une drogue nouvelle fait des ravages : la bien-nommée "fatal beauty". Mike Marshak (Sam Elliott), qui travaille à l'origine pour les trafiquants enquête avec Rita.

Un film tombé aux oubliettes qui reçut un accueil mitigé et engrangea de faibles bénéfices. Whoopi Goldberg gâche une fois de plus son talent dans un piètre film d'action vaguement humoristique où tout est attendu et codifié, à l'image de la BOF d'Harold Faltermeyer (Le Flic de Beverly Hills).
Par contre, ce film est intéressant pour ce qu'il ne montre pas. J'ai souvent abordé l'invisibilisation de la sexualité des héros et héroïnes afro-américains dans les productions hollywoodiennes et singulièrement dans les comédies des années 80. Ici l'affaire prend une autre tournure, puisqu'une scène d'amour entre Whoopi Goldberg et Sam Elliott a été censurée... Mais cela n'aurait rien changé à l'ennui qu'on éprouve pendant cette mauvaise comédie d'action.
Et pour ce qui est des constantes, on retrouve toujours les coiffeurs Eddie M. Barron et Julia L. Walker au générique.

lundi 3 janvier 2011

Burglar

Produit par la firme canadienne Nelvana (spécialisé dans les films pour enfants) et distribué par Warner, Pie voleuse est un sous-Jumpin' Jack Flash...

BURGLAR - Hugh Wilson (1987)

Bernice Rhodenbarr (Whoopi Goldberg) tient une librairie spécialisée dans les livres rares et anciens. Mais son activité principale est plutôt les cambriolages de haut-niveau ! Ses petites affaires prospèrent...
...jusqu'au jour où un flic ripou, Ray Kirschman (G.W. Bailey), la fait chanter et lui demande d'effectuer un vol. Or le propriétaire rentre à l'improviste : réfugiée dans son dressing, Bernie assiste à ses ébats, mais tout celà vire au drame lorsqu'il est assassiné sous ses yeux. La partie se corse pour Bernie...
Une comédie pas drôle, un polar insipide et un film d'action longuet, voilà les ingrédients de ce nanard. D'abord, comme dans Jumpin' Jack Flash, toujours les mêmes critiques autour de la "déracialisation" et de l'absence de vie amoureuse du personnage principal (Bruce Willis était pressenti pour tenir le rôle). Mais, dans ce cas-là, il faut rajouter une sous-utilisation des talents de Whoopi qui, conjuguée à la platitude du scénario et de la réalisation, ne parvient pas à sauvegarder le spectateur d'un ennui mortel.