vendredi 2 juillet 2010

Dance Flick

...20 ans plus, c'est au tour d'une nouvelle génération de se lancer dans une nouvelle parodie, cette fois consacrée aux films musicaux et de danse...

DANCE FLICK - Damien Dante Wayans (2009)

 

Thomas Uncles (Damon Wayans Jr.) est un jeune street dancer adepte des battles, sous la coupe d'un caïd obèse -Sugar Bear (David Alan Grier)- à qui il doit rembourser un prêt.
Megan White (Shoshana Bush) se consacre à la danse classique et rêve de gloire dans sa banlieue cossue. Mais lorsque sa mère meurt, elle va vivre avec son père (Chris Elliott) dans les bas-fond de la ville. Elle y intègre le lycée fréquenté par Thomas et se lit d'amitié avec sa sœur Charity (Essence Atkins), une jeune mère pas très douée.
Liés par leur passion commune pour la danse, Thomas et Megan tombent amoureux...
Voilà une bien étrange lignée que celle des Wayans, à chaque génération ils investissent la parodie des genres marquants de leur époque : I'm Gonna Git You Sucka pour la blaxploitation, Don't Be A Menace... pour les urban movies et Scary Movie pour les films d'horreur d'adolescents. Ici le petit dernier Damien Dante Wayans s'attaque au genre des comédies musicales et autres films de danse. Il confie le rôle principal à son cousin Damon Wayans Jr. (Blankman et My Wife and Kids) et la partition à son oncle Dwayne.
C'est en outre le film où apparaissent un maximum de membres de la famille Wayans, des plus connus (Keenen Ivory, Marlon et Shawn qui jouent, écrivent et produisent et leur sœur Kim) aux plus anonymes (Cara Mia, Michael, Craig, Chaunte et Gregory Wayans Benson Jr.).

Outre cette appétence à donner des rôles à leurs familles, les Wayans se caractérisent par leurs parodies d'autres films et séries. Celui-ci est axé sur les films de danse et de musique et les références sont légions. Elles empruntent aussi bien aux classiques Flashdance, Fame, Dirty Dancing ou même Singin' in the Rain
qu'aux films de facture plus récente comme Stomp the Yard, Ray, Save the Last Dance, High School Musical, Roll Bounce, Hairspray ou Dreamgirls.
Quant à juger ce genre de travail, l'affaire relève clairement du goût et, sans atteindre le niveau des comédies sus-citées, l'on retrouve l'humour tantôt ciselé, tantôt bien gras qui fait la marque des Wayans.

Au niveau du casting, il y a bien sûr quelques habitués des projets de la famille : David Alan Grier, Casey Lee ou l'acteur blanc Lochlyn Munro (qui apparaît plusieurs fois mais ne figure étonnamment pas au générique). Il y a aussi Essence Atkins (How High, Deliver Us from Eva, Preacher's Kid, Love For Sale ou encore les séries Half & Half et Are We There Yet ?), Affion Crockett (For da Love of Money, Universal Remote, Welcome Home, Roscoe Jenkins, Soul Men), Tuffy Questell (Bamboozled)...

I'm Gonna Git You Sucka

Presque 10 ans avant Don't Be a Menace... Keenen Ivory Wayans ouvre la voie des parodies bien senties, avec cet hommage appuyé à la blaxploitation, ses héros, ses stéréotypes et ses coté bis...


I'M GONNA GIT YOU SUCKA
Keenen Ivory Wayans (1988)


Jack Spade (Keenen Ivory Wayans) retourne dans le foyer maternel après l'"O.G." ("Over Gold", une overdose d'or) de son frère; celui-ci avait de mauvaises fréquentations et des dettes contractées auprès du caïd local, Mister Big.
Spade se rend au concours annuel des gangs, il y rencontre John Slade (Bernie Casey), héros de la lutte anti-gang et ancien amant de sa mère (Ja'net DuBois), espérant s'en faire un allié.
Ils s'enjoignent rapidement l'aide de Hammer et Slammer (Isaac Hayes & Jim Brown), puis de Kung-Fu Joe (Steve James) et Flyguy, un pimp à l'ancienne (Antonio Fargas). Ensemble, ils vont nettoyer le quartier...

L'ambiance des productions soul est bien retranscrite : les traits marquant de la période sont pasticher avec humour, mais toujours avec une sentiment de respect affectueux. Ces traits sont grossis volontairement : on aperçoit le cascadeur doublant Ja'net DuBois, on rencontre l'incontournable militant révolutionnaire paranoïaque (Clarence Williams III) dont les chérubins blancs et blonds récitent des rédactions sur ce "Blanc pouilleux de Lincoln", la chanteuse de club -incarnée par Kim Wayans- qui en fait des tonnes en chantant "Oh When the Saints". La palme allant peut-être à ce dialogue entre Jim brown et K. I. Wayans :
"- Qu'est-ce qui te fait croire que tu peux être un "black heroe" ?
- Je suis un ancien joueur de football."

Il y a aussi des parodies d'Abby, de The Mack (avec le concours de pimp de l'année gagné -forcément !- par Antonio Fargas), des films d'action soul, du sow télévisé culte Soul Train et de Jim Kelly. Ainsi qu'une vanne récurrente sur les thèmes musicaux avec un Bernie Casey déambulant dans la rue sur le thème de Shaft interprété un groupe qui marche dans ses pas.

Les stars de l'époque (Bernie Casey, Isaac Hayes et Jim Brown) et les secondes gueules jouent le jeu à fond, à l'image des Ja'net DuBois (Five on the Black Hand Side, A Piece Of the Action, la série TV culte Roots), Marilyn Coleman (Willie Dynamite, Disco Godfather et le plus récent Menace II Society), les cascadeurs Bob Minor et Tony Brubaker, l'incontournable Antonio "Huggie" Fargas.
Mais aussi des acteurs plus jeunes comme Chris Rock, Kadeem Hardison (qui jouera un des rôles principaux de Panther, et apparaît dans School Daze, White Men Can't Jump, Vampire in Brooklyn, The 6th Man, Showtime), Robin Harris et nombre d'autres, les Wayans au premier rang, ayant collaboré à l'excellent Hollywood Shuffle de Robert Towsend qui fait donc assez logiquement une brève apparition.

Enfin, cette production offre aussi un rôle à un dinosaure du cinéma noir : Jester Hairston, musicien et acteur qui participe aux mythiques The Green Pastures, Carmen Jones, The Sun Shines Bright de John Ford, à Lilies of the Field et In the Heat of the Night avec Sidney Poitier, et à quelques films soul comme Lady Sings The Blues ou The Bingo Long Traveling All-Stars & Motor Kings.



Don't Be A Menace...

Comment bien conclure cette série de chroniques de films urbains des années 90 par des réalisateurs afro-américains ? En évoquant cette parodie déjantée et hilarante, signée par les frères Wayans.

DON'T BE A MENACE TO SOUTH CENTRAL
WHILE DRINKING YOUR JUICE IN THE HOOD
Paris Barclay (1996)



Ashtray (Shawn Wayans) est confié à son père (qui semble plus jeune que lui) pour lui apprendre à être un homme.
Accompagné de Loc Dog (Marlon Wayans), Preach, le prêcheur afro-centriste fanatique des femmes blanches et Crazy Legs, paralysé suite à un drive-by, qui rêve de devenir danseur, Tray se rend à une party où il tombe amoureux de Dashiki, une jolie jeune mère de sept enfants (de pères différents). Elle tombe enceinte quelque minutes après leur premier rapport...
Tray ne sait pas s'il doit quitter le ghetto avec sa bien-aimée ou rester glander au quartier avec ses potes. En attendant de prendre un décision, il continue sa petite vie faite de visites à sa grand-mère (Helen Martin), de parties de pêche avec son jeune père ou de sorties avec Loc Dog, Crazy Legs et Preach.

Ce film se présente comme une parodie des films sur le ghetto La trame de reprend celles de Boyz N the Hood (avec le prénom détourné "Tre" en "Ashtray" qui veut dire "cendrier" : une blague qui donne le ton de l'humour Wayans) et Menace II Society, mais l'on retrouve des pastiches des scènes les plus marquantes de la période de Juice à Dead Presidents, en passant par Poetic Justice, New Jack City ou même Jungle Fever.
L'humour de Shawn et Marlon Wayans, il faut adhérer, c'est sûr. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas c'est un peu du Zucker-Abraham-Zucker afro-américain et on leur doit la série des Scary Movie. Je suis plutôt bon public pour ce qui concerne les comédies, donc pour moi ce film est vraiment tordant.
Sa force est de mettre un focus sur les pires stéréotypes du genre "movie in the hood" et de les caricaturer à outrance. Certains acteurs reprennent même des rôles qu'ils jouaient dans les films originaux tels que Omar Epps (dans Higher Learning) ou Toshi Toda (l'épicier de la mythique scène d'ouverture de Menace II Society).

Les parodies se succèdent et sont toutes réussies, à la fois lourdingues et pertinentes, comme la scène du drugstore où l'épicière coréenne et son mari suivent partout Tray et Loc-Dog alors qu'un Blanc se sert allègrement dans les rayons et la caisse, ou encore lorsque la mère de Tray affirme : "Désolé, les femmes noires positives n'ont pas leur place dans ces films".

La famille Wayans est représésentée dans toutes ses composantes : Shawn et Marlon bien sûr, les architectes du projet, Keenen Ivory qui scande "message !" à chaque passage moraliste, mais aussi Kim, le neveu Damien Dante...
La directrice de casting Jaki Brown met aussi le grappin sur Bernie Mac et deux stars blax' : Antonio Fargas et l'increvable Helen Martin qui joue les grand-mère depuis 30 ans (en commençant pas Cotton Comes to Harlem jusqu'à Bulworth, en passant par A Hero Aint'...)


lundi 28 juin 2010

Menace II Society

Film culte et générationnel s'il en est, Menace II Society révèle le talent des Hughes Brothers qui sont au manette d'une des productions -à mon avis- les plus réussies de ce nouveau cinéma réaliste noir.

MENACE II SOCIETY
Albert & Allen Hughes (1993)


Kaydee Lawson, surnommé Caine, est né dans les années 70, dans le ghetto de Watts, où la drogue a remplacé les émeutes. Il découvre tôt l'alcool, le jeu, la drogue et les armes à feu et doit moins son éducation à ses parents drogués et dealers qu'aux "conseils" de Pernell. Un jour, il voit même son père (Samuel L. Jackson) tuer un homme.
Watts, 1993 : Caine (Tyrin Turner) a dix-huit ans, ses parents sont morts et il vit chez ses grands-parents (Marilyn Coleman et Arnold Johnson) et décroche de peu son diplôme. Mais surtout, il traîne avec ses potes : Son cousin Harold, l'incontrôlable O-Dog, Stacy, A-Wax et Sharif -un ancien membre de gang fraîchement devenu black muslim,.
Caine vend de la drogue pour aider Ronnie (Jada Pinkett Smith) et Anthony, la femme et le fils de Pernell qui est en prison.
Drive-by shootings, règlements de compte, violence gratuite... voilà le quotidien de Caine, tiraillés entre les ses amis, les embrouilles de la rue et la vie paisible proposée par Ronnie.
La réalisation des frères Hughes est lêchée et donne au film un réalisme saisissant, un coté presque documentaire que l'on retrouve dans certaines productions étiquetées "blaxploitation". C'est un film sombre et sans concession, une tragédie rythmée par la violence. Celle quasi-gratuite des personnages bien sûr, mais surtout la violence du déterminisme tragique à l’œuvre dans la jeunesse des ghettos sans avenir.
De ce point de vue, le film est plus dur encore que Boyz N the Hood, puisque ni les études ni le militantisme ne représentent une alternative à la violence gratuite et la pauvreté. Le destin de Caine est l'antithèse de l' "american way of life", non pas une dénonciation de celui-ci et du modèle de la réussite individuelle par le travail ou les affaires, mais plutôt la démonstration que le "rêve américain" est tout simplement un mythe improbable, en tout cas pour la jeunesse afro-américaine.

Malheureusement, à l'image The Mack (dont les Hughes Brothers sont de vrais fans, comme on le constate dans le documentaire Mackin Ain't Easy), Menace II Society participe à son corps défendant au problème qu'il dénonce. Ces films sont à la fois des chroniques sociales sans concession sur une société inégalitaire et violente, mais ils posent aussi en modèle des dealers misogynes, des pimps clinquants ou des membres de gang sans limite. Ironie du cinéma...

Le jeune Tyrin Turner est très convaincant et Jada Pinkett Smith est tout simplement parfaite et, bien que cantonnée dans un rôle subalterne, représente un personnage important et positif. L'on croise des seconds rôles comme Samuel L. Jackson (comme souvent en ce début d'années 90), des acteurs de la vague soul cinema des années 70 comme Arnold Johnson et Marilyn Coleman, ou encore Bill Duke en flic bedonnant et -genre et "street credibility" obligent- les rappeurs Too Short, Yo-Yo, MC Eiht, Pooh Man... Le légendaire 2Pac commença même par incarner de O-Dog, mais il se fait virer du casting après avoir agressé Allen Hughes.

Menace II Society

Film culte et générationnel s'il en est, Menace II Society révèle le talent des Hughes Brothers qui sont au manette d'une des productions -à mon avis- les plus réussies de ce nouveau cinéma réaliste noir.

MENACE II SOCIETY
Albert & Allen Hughes (1993)



Kaydee Lawson, surnommé Caine, est né dans les années 70, dans le ghetto de Watts, où la drogue a remplacé les émeutes. Il découvre tôt l'alcool, le jeu, la drogue et les armes à feu et doit moins son éducation à ses parents drogués et dealers qu'aux "conseils" de Pernell. Un jour, il voit même son père (Samuel L. Jackson) tuer un homme.
Watts, 1993 : Caine (Tyrin Turner) a dix-huit ans, ses parents sont morts et il vit chez ses grands-parents (Marilyn Coleman et Arnold Johnson) et décroche de peu son diplôme. Mais surtout, il traîne avec ses potes : Son cousin Harold, l'incontrôlable O-Dog, Stacy, A-Wax et Sharif -un ancien membre de gang fraîchement devenu black muslim,.
Caine vend de la drogue pour aider Ronnie (Jada Pinkett Smith) et Anthony, la femme et le fils de Pernell qui est en prison.
Drive-by shootings, règlements de compte, violence gratuite... voilà le quotidien de Caine, tiraillés entre les ses amis, les embrouilles de la rue et la vie paisible proposée par Ronnie.
La réalisation des frères Hughes est lêchée et donne au film un réalisme saisissant, un coté presque documentaire que l'on retrouve dans certaines productions étiquetées "blaxploitation". C'est un film sombre et sans concession, une tragédie rythmée par la violence. Celle quasi-gratuite des personnages bien sûr, mais surtout la violence du déterminisme tragique à l’œuvre dans la jeunesse des ghettos sans avenir.
De ce point de vue, le film est plus dur encore que Boyz N the Hood, puisque ni les études ni le militantisme ne représentent une alternative à la violence gratuite et la pauvreté. Le destin de Caine est l'antithèse de l' "american way of life", non pas une dénonciation de celui-ci et du modèle de la réussite individuelle par le travail ou les affaires, mais plutôt la démonstration que le "rêve américain" est tout simplement un mythe improbable, en tout cas pour la jeunesse afro-américaine.

Malheureusement, à l'image The Mack (dont les Hughes Brothers sont de vrais fans, comme on le constate dans le documentaire Mackin Ain't Easy), Menace II Society participe à son corps défendant au problème qu'il dénonce. Ces films sont à la fois des chroniques sociales sans concession sur une société inégalitaire et violente, mais ils posent aussi en modèle des dealers misogynes, des pimps clinquants ou des membres de gang sans limite. Ironie du cinéma...

Le jeune Tyrin Turner est très convaincant et Jada Pinkett Smith est tout simplement parfaite et, bien que cantonnée dans un rôle subalterne, représente un personnage important et positif. L'on croise des seconds rôles comme Samuel L. Jackson (comme souvent en ce début d'années 90), des acteurs de la vague soul cinema des années 70 comme Arnold Johnson et Marilyn Coleman, ou encore Bill Duke en flic bedonnant et -genre et "street credibility" obligent- les rappeurs Too Short, Yo-Yo, MC Eiht, Pooh Man... Le légendaire 2Pac commença même par incarner de O-Dog, mais il se fait virer du casting après avoir agressé Allen Hughes.

vendredi 25 juin 2010

Boyz N the Hood

Au même titre que Mario VanPeebles et son remarquable New Jack City, John Singleton signe un premier film qui marque le renouveau du cinéma afro-américain fait par, pour et avec des Afro-Américains.

BOYZ N THE HOOD - John Singleton (1991)


Reva (Angela Bassett) est la mère du jeune Tre, qu'elle se sent incapable d'élever. Elle le confie à son père, Furious Style (Laurence Fishburne) pour « en faire un homme ». Furious va s'occuper de Tre, lui inculquer des valeurs, le faire participer aux tâches et le forger pour vivre dans South Central. Un jour, son ami Darin "Doughboy", 10 ans, est envoyé en maison de correction pour un vol.
7 ans plus tard, lorsqu'il sort, une fête est donné en son honneur. Tout le monde a bien changé dans le quartier : Tre et Ricky (Cuba Gooding Jr. & Morris Chestnut) se préparent pour l'université, ce dernier grace à une bourse qu'il essaie de décrocher.
Les ambûches ne manquent pas, et Tre, Darin (Ice Cube) et Ricky se trouvent au prise avec la violence des gangs, de la police raciste et du déterminisme social...
Boyz N the Hood est projeté lors du Festival de Cannes, en 1991 : il est ovationné, et quelques mois plus tard se voit consacrer avec deux nominations aux Oscars en tant que "Meilleur réalisateur" et "Meilleur scénario", inédites dans ces catégories pour un Afro-Américain. Il faut dire que BNtH est une réussite technique, accompagnée par une BO -parfois très sirupeuse- de Stanley Clarke. Singleton signe là un premier film qui fait date et marque une certaine renaissance du cinéma afro-américain. C'est sur le propos que je reste plus circonspect.

Furious et Tre sont la représentation de l’Afro-Américain de la classe moyenne, habitant des quartiers résidentiels gangrenés par le chômage, la violence la drogue et les brutalités policières… Ils sont marqués par le modèle de la réussite individuelle, essentiellement par les études, le travail, le maintien de soi et l'idéologie du nationalisme noir. La longue tirade que Furious inflige à Tre et Ricky en est le parfait exemple : « faut se battre pour conserver notre quartier tel qu’il est, il faut rester black, c'est pour ça il faut faire du fric black, il faut faire comme les Juifs, les Italiens, les Mexicains et les Coréens font. […] Pourquoi est-ce qu'il y a un marchand d'armes à tous les coins de rue dans les quartiers noirs ? Je vais vous dire pourquoi. Pour la même raison qu'il y a un magasin d'alcool à tous les coins de rue dans les quartiers noirs. Pourquoi ? Parce qu'ils veulent qu'on s'entretue. Le meilleur moyen de tuer un peuple c'est de lui enlever le moyen de se reproduire."
Anne Crémieux analyse très justement : « ce discours séparatiste accuse un pouvoir indéterminé, qui se résume en un pronom. « ils », désignant l'extérieur, le reste de la société qui a intérêt pour des raisons financières telles que la spéculation immobilière à contrôler et même à exterminer le peuple noir. Cependant, si la cause se mesure à l'échelle de toute la société et dépasse même les frontières du pays par voie aérienne et maritime, la solution se mesure à l'échelle de l'individu. Furious Styles a un discours politique global, mais il fait appel à une résistance individuelle par la réflexion personnelle. Il ne cherche pas à organiser la révolution, ni même la contestation. Il a la démarche d'un pasteur, non d'un révolutionnaire." C’est d’ailleurs ce rôle que lui attribut Ricky en le comparant à un prédicateur ou Darin qui le qualifie "du genre Malcolm X-Farrakhan".
Un film très moraliste dans l'ensemble, mais qui reflète en même temps une option possible pour la classe moyenne noire des années 90, désabusée par le militantisme et tournée vers la conquête de l'american dream. En même temps, tout en y souscrivant, Singleton montre que certains en sont exclus à travers le destin tragique de Darin...

Enfin, il faut signaler un casting particulièrement réussi, en particulier quant à la performance de Laurence Fishburne. Il révèle aussi Cuba Gooding Jr, Chris Tucker et le rappeur Ice Cube. Dommage pour les deux brèves apparitions d'Angela Bassett (Betty Shabbazz dans Malcolm X, puis Panther) qui méritait mieux, mais ces films ne brillent pas par la place accordée aux femmes. A noter aussi l'expertise de Bob Minor en tant que coordinateur des cascades et le casting dirigé par Jaki Brown.

dimanche 20 juin 2010

New Jack City

En 1971, Melvin Van Peebles avait lancé -à son corps défendant- la vague de la Blaxploitation avec son mythique Sweet Sweetback's Baadasssss Song. Vingt ans plus tard, et parallèlement à Spike Lee et son explosif Do the Rigth Thing, au Boyz N the Hood de John Singleton et à Juice de Ernest R. Dickerson, Mario Van Peebles (qui avait fait ses premiers pas dans le chef d'oeuvre avant-gardiste de son père) contribue lui aussi à asseoir une mode cinématographique : les "urban films", les films sur le ghetto et les problèmes sociaux des Afro-Américains.

NEW JACK CITY - Mario VanPeebles (1991)



Nino Brown (Wesley Snipes) et son gang des CMN -pour Cash Money Brothers- est la valeur montante du deal de cocaïne à New-York.
Scotty Appleton (Ice T) et son collègue Nick traquent la drogue dans la Grosse Pomme. Ils se servent de Pookie (Chris Rock), un petit junkie et dealer sans envergure pour infiltrer les CMN.
L'infiltration tourne court avec la mort de Pookie.
Appleton décide alors de rejoindre à son tour la bande de Nino ; il va s'y faire accepter et devenir un des plus proches de Nino Brown, déclenchant les jalousies. Mais ce dernier sombre peu à peu dans la paranoïa et la mégalomanie...

Le soundtrack fait partie des meilleurs du genre avec de grand nom du rap US. Bien entendu, certains -qui deviendront des grands voire des légendes du mouvement hip-hop- font leur apparition à l'écran tel Ice T bien sûr mais Fab 5 Freddy, ou Flavor Fav de Public Ennemy. L'ambiance "street credibiliy" traversera l'Atlantique puisque dans la VF le doublage d'Ice T est assuré par un certain Joey Starr.

Celà peut paraître insignifiant, mais Van Peebles renoue avec les scènes d'amour entre Afro-Américain. Depuis une décennie, on pouvait noter une régression de ce point de vue. Là où les héros de la blaxploitation, femmes ou hommes, assumaient leur sexualité et que les scènes sensuelles -y compris "inter-raciales"- étaient une avancée permise par le genre (malgrès les dérives voyeuristes) ; les années 80 marquent un véritable reflux, où les Noirs sont cantonnés à des rôles comiques et désexués tels les icones Eddy Murphy et Whoopie Goldberg, ou à l'inverse à des prédateurs sexuels (Danny Glover dans La Couleur Pourpre et Mister T dans Rocky III étant les meilleurs exemples) ; tandis que les corps enlacés ne sont plus montrés et par là, la sexualité noire niée. Or, on sait combien les préjugés sexuels ont été entretenus pour favoriser le racisme et la ségrégation. Cette réhabilitation -entamée en 86 par She's Gotta Have It de Spike Lee- est donc un des aspects positifs du film.

Mario VanPeebles réussit aussi l'exploit de ne pas présenter des personnages manichéens, et en particulier de créer -grâce aux talents de Wesley Snipes- un Nino Brown à la fois détestable et victime d'une société inégalitaire et raciste.

Là où son père et son Sweetback... avait été le succès indépendant de 1971, la première réalisation de Mario VanPeebles rapporte plus de 45.000.000 $ pour un budget de 8 millions et se révèle le plus gros succès indépendant de 1992.

Van Peebles redonne un rôle Tracy Camilla Johns (la Nola Darling de She's Gotta Have It), utilise aussi l'inusable second rôle Thalmus Rasulala (Blacula, Willie Dynamite, Friday Foster...), Bill Cobbs (Greased Lightning, A Hero Ain't Nothin'... et The Hitter) et Clebert Ford. Enfin, il donne sa chance au jeune Chris Rock (qui jouera une parodie de gangsta dans CB4 quelques années plus tard).
Il s'appuie sur une grosse équipe technique dont, entre autres, les cascadeurs Jeff Ward et David S. Lomax et le costumier Bernard Johnson (Don't Play Us Cheap, Claudine, Willie Dynamite et The Bingo Long Traveling All-Stars & Motor King).

jeudi 17 juin 2010

Brav - Prolétariat

Ça faisait quelques temps que je n'avais pas mis de clips de rap, mais difficile de passer à coté de cette chanson de Brav (le complice de Tiers-Monde dans le groupe Bouchées Doubles).
Voilà tout est dans le titre. Bonne écoute et bon visionnage...
...en attendant l'album.