jeudi 17 juin 2010

House Party

Alors que la vague "new jack" en est à ses balbutiements, le perspicace Reginald Hudlin concocte cette comédie légère et sympathique distribué par New Line Cinema.


HOUSE PARTY - Reginald Hudlin (1990)


Play (Christopher Martin) profite de l'absence de ses parents pour organiser une énorme fête chez lui ; il prévient ses deux amis, Kid et le DJ à mauvaise haleine Bilal (Christopher Reid & Martin Lawrence). Mais pour Kid, rien ne va se dérouler avec simplicité.
Il a une altercation avec les trois gros bras (la Full force) du lycée et écope d'un avertissement. Il tente de cacher la sanction à son père, Pop (Robin Harris), mais celui-ci tombe dessus et lui interdit d'aller à la party.
Kid arrive à se faufiler alors que son père somnole mais les ennuis vont continuer : les gros bras du lycée veulent se venger et lui casser la gueule tandis que deux policiers blancs le harcèlent...

En présentant un court métrage titré House Party, Reginald Hudlin boucle ses études de cinéma à Harvard en 1983. Sept années après, produit par son frère Warrington (lui-même réalisateur de documentaires et proche du cinéma indépendant), il parvient à faire aboutir son scénario et se charge de la réalisation d'un long du même nom. Le succès en salle et en VHS est total et le film rapporte plus de 25 millions de dollars (pour un budget de production extrêmement bas de 2,5 millions). Le réalisateur se crée même des petits gimmicks qu'il dans plusieurs de ses films : ici, le père regarde à la télé le cultissime Dolemite, ou encore les deux frères Hudlin font une brève apparition...

L'intrigue est légère, c'est sûr. Mais c'est la multitude de saynètes annexes, les descriptions, les rebondissements et la pléiade de personnages secondaires qui donnent à ce film un attrait certain. Hudlin sait donner vie à ses personnages et, avec l'air de ne pas y toucher, il évoque la condition des Afro-Américains, et particulièrement des jeunes. Violence inter-communautaire, harcèlement policier... mais finalement c'est bien le sentiment de vouloir vivre sa vie qui émerge, volonté simple et légitime mais difficile d'accès pour la jeunesse noire des années 90.
Ainsi, 20 ans plus tard, cette comédie prend même un air de reportage nostalgique sur le hip-hop old school (aussi bien la danse, le dee-jaying ou les "battles") et les préoccupations de la jeunesse.

C'est d'ailleurs le duo rap Jazzy Jeff & the Fresh Prince (dans lequel officiait le jeune Will Smith) qui était pressenti par Hudlin pour camper les héros. C'est finalement Kid'n Play, composé des deux Christopher, Martin et Reid, qui décroche le haut de l'affiche. Et la coupe de Kid va d'ailleurs s'imposer dans presque toute la vague des films urbains, et dans la jeunesse en général. Une autre "team" présente ici : les peu connus mais pourtant prolixes producteurs de Full Force (Bowlegged Lou, Paul Anthony et B-Fine) qui jouent les bad boys.
Le casting est impressionnant, puisque des dizaines de seconds rôles se succèdent tels John Witherspoon, Tisha Campbell, Anthony Johnson, le chanteur George Clinton, Randy Harris, A.J. Johnson, Verda Bridges, Alexander Folk, l'ex-footballeur Cedrick Hardman, Daryl Mitchell, Gene Allen, Richard McGregor, Irv Dotten... Ainsi que des représentants de la vague soul : J. Jay Saunders (Slaughter's Big Rip Off et Cornbread, Earl and Me), Norma Donaldson (Across 110th Street et Willie Dynamite) et Bebe Drake...
Mention spéciale pour Robin Harris qui décède subitement, fauché en pleine carrière prometteuse avec des prestations remarqués dans seulement 5 films : I'm Gonna Git You Sucka, Do the Right Thing, Harlem Nights, Mo' Better Blues et celui-ci.
Fort du succès d'estime et des recettes du titre, les studios se lancent -comme de bien entendu- dans la confection d'un second, puis d'un troisième volet au cinéma et s'arrête après une ultime version TV où tous les acteurs d'origine ont disparus.

mardi 15 juin 2010

La "Soul Cat Collection" s'agrandit

C'est tout chaud ! Le Chat Qui Fume vient mettre en vente sa deuxième série de DVD blaxploitation.

Après l'édition de The Final Comedown et The Black Godfather, la "Soul Cat Collection" s'allonge de trois titres avec The Klansman, Darktown Strutters et Black Samouraï. Les DVD sont des Zone2 (lisibles sur nos lecteurs DVD européens) et truffés de bonus concoctés par Foxy Bronx, de trailers et autres extraits inédits. Le prix est modique (9,95€ par DVD, ou 39,95€ pour les cinq).
Alors, vite achetez !


D’Al Adamson (1977) avec Jim Kelly, Marylin Joy, Bill Roy, Roberto Contreras, Biff Yeager…

Bonus : court métrage Fred Williamson à New York / interview de Ron Van Clief / extrait de Velvet Smooth /extrait de Death Promise /10 bandes-annonces rares (Black Samson - Black Samouraï - Blind Rage - Ebony, Ivory And Jade - Savage Sisters - Sudden Death - Tatoo Connection - The Black Dragon's Revenge - The Guy From Harlem - Three The Hard Way - TNT Jackson) / bande-annonce du film / bonus caché.


De William Witney (1975) avec Trina Parks, Edna Richardson, Bettye Sweet, Shirley Washington, Roger E. Mosley, Christopher Joy...


Bonus : documentaire sur la Blaxploitation par Foxy Bronx (2ème partie) / 10 bandes-annonces rares (Abby - Black Angels - Black Bunch - Black Girl - Black Joy - Honey Baby Honey Baby - Hot Pants Holyday - Kenner - Super Dude - Thomasine And Bushrod) / extrait de Death Drug / galerie photos / bonus caché.



De Terence Young (1974) avec Richard Burton, Lee Marvin, O.J. Simpson, Lola Falana, Linda Evans, Jeanne Bell…

Bonus : 10 bandes-annonces rares (Black Alley Cats - Black Heat - Black Shampoo - Book Of Numbers - Coonskin - The Education Of Sonny Carson - Honky - The Klansman - Nigger Lover - Trick Baby - Zebra Killer) / 2 clips de l’actrice Lola Falana / extrait de Brotherhood Of Death / medley audio « Kill The Klan » / galerie photos / bonus caché.

dimanche 13 juin 2010

Juice

Ernest Roscoe Dickerson -longtemps chef opérateur attitré de Spike Lee- commença son bout de chemin en tant que réalisateur après l'aventure Malcolm X, et s'inscrivant dans la veine des films urbains (tels que les précurseurs Boyz N the Hood et New Jack City, et le cultissime Menace II Society).

JUICE - Ernest R. Dickerson (1992)



Harlem, 1991. Roland Bishop (2pac Shakur), Quincy "Q" Powell (Omar Epps), Raheem Porter (Khalil Kain) et Erin "Steel" Thurman (Jermaine Hopkins) sèchent les cours et utilisent leur temps libre à traîner dans les rues, à squatter une salle d'arcade où ils s'affrontent à Street Fighter et volent des 33 tours de rap. Leurs journées sont aussi rythmées par les embrouilles avec un gang de latinos et le harcèlement de la police.
Les quatre amis -qui se surnomment "The Wrecking Crew"- se convainquent de faire un braquage. Q hésite : il a réussi une audition pour devenir DJ et doit se produire le samedi soir.
Finalement, il accepte et le crew braque un vieil épicier. Mais Bishop pète un plomb et assassine le commerçant sans raison, puis Raheem qui s'opposait à lui...

Pour cette première réalisation, Dickerson vise juste. S'appuyant sur un excellent soundtrack, il propose un film en deux parties bien maîtrisées ; la première, plus proche du documentaire bon-enfant sur la vie des ados de Harlem, une sorte de Cooley High transposé dans les années 90, et la deuxième beaucoup plus sombre suit la fuite en avant dans la violence de Bishop/2Pac et tombe dans le drame psychologique et le thriller haletant.
Difficile de ne pas chercher d'analogie dans la forme avec le maître Spike Lee, dont on reconnaît l'influence ne serait-ce que dans la scène d'ouverture où un rap survolté qui accompagne les quatre protagonistes dans leur réveil (quasiment calquée sur Do the Right Thing).

Le casting fait la part belle aux pionniers du mouvement hip-hop à travers un des personnages principaux : le quasi-légendaire 2Pac qui s'en tire très bien alternant le gangster sans scrupule et le bon garçon incompris. Apparaissent aussi Queen Latifah, Fab 5 Freddy, Dr. Dre et Ed Lover (qui tiendront les premiers rôles l'année suivante dans Who's the Man ?), EPMD (Erick Sermon et Parrish Smith), Treach, Special Ed, DJ Red Alert...
On a aussi droit à Samuel L. Jackson, Rony Clanton (le mémorable Sonny Carson) en inspecteur de police et à Lauren Jones qui joue la mère de Raheem (ex-femme de Michael Schultz qui assure le casting de Cooley High, et qui joue de petits rôles dans The Liberation de L.B. Jones et Car Wash).
Enfin, Ernest R. Dickerson s'appuie sur le monteur Sam Pollard (lui aussi complice de Spike Lee), les cascadeurs David S. Lomax et Jeff Ward, et l'incontournable directrice de casting black Jaki Brown.

mercredi 9 juin 2010

Bones

Le filon des films fantastiques blacks ne s'est jamais vraiment tari. Je ne compte pas m'étendre vraiment sur ces productions post-blax', juste évoquer ce film -assez proche de la trame de JD's Revenge- de l'ancien fidèle chef op' de Spike Lee, Ernest Roscoe Dickerson (qui accompagne Lee de She's Gotta Have It jusqu'à Malcolm X, puis récemment Miracle At Santa Anna).

BONES - Ernest Dickerson (2001)


Dans les années 70, le mac Jimmy Bones (Snoop Doggy Dogg) règne sur son quartier, qui l'apprécie. Mais il est assassiné. Sa maison devient une bâtisse hantée, fuie par les habitants.
Vingt ans plus tard, sa veuve Pearl (Pam Grier) a élevé seule sa fille Cynthia. Shotgun, son ancien bras droit vit toujours en face de la maison et tente de distancer les curieux. Eddie Mack continue de dealer et l'officier Lupovich (Michael T. Weiss) se sucre sur l'argent des trafics.
Jeremiah Peet, lui, a quitté le quartier pour élever ses enfants dans une banlieue pavillonaire. Pourtant, ses deux fils et leur bande rachètent la maison maudite pour en faire une discothèque...
L'esprit de Jimmy commence à s'agiter et projète sa vengeance.

Le générique est astucieux et la réalisation est plutôt une réussite ; Dickerson donne un vrai rythme au film sans surenchère gore. Précisément, les scènes stressantes et fantastiques sont toujours léchées, et prétexte à une photo très stylisée. L'humour et un propos vaguement social sont là aussi pour tempérer l'ambiance d'épouvante, à l'image du capitaliste noir sans scrupule ou encore dans la réplique tordante : "L'industrie du poulet est aux mains du Ku Klux Klan ! T'as déjà vu un poulet noir ?"

Ernest Dickerson se fait (et nous fait) un joli cadeau, dans les flash-backs imprégnés de soul cinema ! Avec un filtre orangé, Dickerson nous propose un véritable hommage à la blaxploitation et à ses pimps . Et qui de plus qualifié en 2000 que le rappeur Snoop Doggy Dogg ? C'est aussi la note négative du film ; autant la performance de Snoop en pimp façon Willie Dynamite, est plutôt sympathique, autant dans la deuxième partie du film et son interprétation de l'esprit vengeur est assez faible.
L'interprétation de Pam Grier est sans surprise. Par contre, le petit plaisir du casting réside dans le rôle de Michael T. Weiss (le héros de la série TV Le Caméléon) qui campe un flic obèse aux pratiques douteuses.Caché derrière sa fenêtre, même ses fans aurant du mal à reconnaître la grande danseuse Jeni Le Gon (aperçu dans Stormy Weather et de nombreux rôles de "noire" comme dans Sundown)

Bref, un film très acceptable (voire étonnant si l'on part avec un a priori négatif) grace à la réalisation inventive et stylisée de Ernest Roscoe Dickerson et à l'interprétation des acteurs. Sans compter que pour le fan que je suis, un film avec Pam Grier ne peut pas être totalement un mauvais film...

lundi 7 juin 2010

Dr. Black, Mr. Hyde

Ultime déclinaison blax des grands personnages de l'univers fantastique après Blackentstein et Blacula...

DR. BLACK, MR. HYDE - William Crain (1956)
Le docteur Henry Pride (Bernie Casey) est un brillant scientifique qui travaille sur un sérum révolutionnaire, avec comme partenaire le Docteur Worth (Rosalind Cash). En guise de test, Pride injecte le produit à un rat et une patiente mourante d'un hopital de Watts... malgré les résultats peu probants, le Dr. Pride s'inocule le sérum à lui-même. Les effets ne tardent pas à se faire sentir : sa peau blanchit tandis que ses traits deviennent difformes. Il s'attaque alors à des prostitués...
Les Lieutenants Jackson et O'Connor (Ji-Tu Cumbuka & Milt Kogan) enquêtent dans le milieu des pimps et des dealers pour trouver l'auteur des mystérieux massacres.
Le film est produit par Charles Walker, pour le moins éclectique dans ses occupations : il joue dans A Piece of the Action, signe le scénario de Mean Johnny Barrows, végète dans des dizaines de séries et apparaît brièvement dans A Thin Line Between Love and Hate, Set It Off, Trippin', La famille Foldingue et Soul Plane.
Il est réalisé par William Crain, auteur quatre ans auparavant de Blacula. La comparaison s'arrête là : le scénario est bâclé, les décors simplistes (le laboratoire se limite à une pièce blanche flanquée d'un bureau de quelques flacons et d'une cage de rats), les effets spéciaux idem, quant au final il tient de King Kong mais en ultra-cheap ; c'est clair Crain compose avec son budget rachitique.
La musique de Johnny Pate n'agrémente les séquences que parcimonieusement. Dommage car elle impose à bon escient une ambiance pesante ou un peu d'énergie à grands coups de pédale wah-wah.

Reste une tête d'affiche assez solide pour porter le film presqu'entièrement, en la personne de Bernie Casey. Les seconds rôles typiques des films soul sont confiés à des actrices et acteurs déjà habitué au genre : assistante pour Rosalind Cash, inspecteur pour Ji-Tu Cumbuka (Up Tight !, Top of the Heap, Blacula, Mandingo, Ebony, Ivory and Jade, Moving, Harlem Nights), barman pour Sam Laws (Cool Breeze, Hitman, Sweet Jesus, Preacherman, Truck Turner, Darktown Strutters, The Bingo Long Traveling...), prostitués pour Marie O'Henry (Three the Hard Way et Deliver Us From Evil) et Cora Lee Day (The Human Tornado, Passing Through, Daughters of the Dust, Tina), pimp pour Stu Gilliam (The Mack, The Meteor Man), docteur hindou pour Rai Tasco (Black Starlet, The Black Gestapo, To Sleep with Anger, Sprung et The Green Mile) et garde pour Bob Minor.

dimanche 6 juin 2010

JD's Revenge

Pour clore cette série sur les films d'épouvante ou de SF à la sauce blaxploitation, j'évoquerai ce Vengeance d'outre-tombe, un polar fantastique d'Arthur Marks.

JD'S REVENGE - Arthur Marks (1976)
Au début des annés 40, J.D. Walker -une petite frappe de la Nouvelle Orléans- est tué, accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis...
Trente ans plus tard, Ike (Glynn Turman) vit une vie tranquille, faite d'études en droit, de match de foot et de sortie avec sa compagne Christella (Joan Pringle). Un soir de sortie avec des amis, il participe à un spectacle d'hypnose. Pendant la scéance, il voit une drôle de scène.
Irrésistiblement attiré par le tonitruant pasteur Elija Bliss (Louis Gossett Jr.), il assiste à ses prêches et il rencontre sa fille Roberta (Alice Jubert) qui ressemble trait pour trait à celle de ses visions...
La paranoïa s'installe. Petit à petit le voilà possédé par l'esprit, il est en prise à de véritables crises de schyzophrénie ; il bat Christella, agresse une cliente de son taxi et singe coiffure et costume du défunt J.D. Walker et marche dans ses pas pour découvrir la vérité sur sa mort.

On ne peut pas accuser Arthur Marks d'avoir épuisé le filon de la blax'. Il en a au contraire exploré les nombreuses possibilités : chacun de ses films traite de thèmes différents, met en avant des actrices et acteurs différents et s'intéresse à des genres différents (le film policier avec Detroit 9000, l'action testostéronnée à la Bucktown, l'espionnage et le charme dans Friday Foster et la comédie avec The Monkey Hustle). C'est dans un polar fantastique, plus ou moins d'horreur, qu'il nous entraîne cette fois.
Grace à un scénario plutôt bien ficelé et une bonne BO (qui ressemble presque à un rap de RZA lors de la scène finale), Arthur Marks nous transporte à travers les quartiers chauds de New Orleans, les clubs de striptease glauques, les églises noires et les entrepôts crasseux.

Les sous-titres ne donnent pas entière satisfaction pour ce qui est de l'exactitude, à l'image du docteur proposant à Glynn de fumer un peu de beuh alors que le sous-titres français parle de repos... Mais on ne va pas bouder notre plaisir puisque ce JD's Revenge est facilement disponible dans la collection Soul Cinema.
Performance sans accroc de Glynn Turman qui alterne à merveille les rôles d'étudiant modèle et de dangereux psychopathe. Une vraie performance.
Celui qui incarna Fiddler dans Roots, Louis Gossett Jr. campe un pasteur prêchant contre le diable blanc, dans la plus pure tradition de Chester Himes.
On reconnaît quelques seconds rôles habituels : Alice Jubert, Fuddle Bagley, Stephanie Faulkner, David McKnight et surtout l'incroyable Bob Minor en mari cocufié dans la scène ci-dessous.


samedi 5 juin 2010

Tales From the Hood

Après une comédie sur un groupe de musique (Fear of a Black Hat), Rusty Cundieff change totalement de genre avec ses Contes de la crypte revisités à la sauce "black".

TALES FROM THE HOOD - Rusty Cundieff (1995)


Trois gangstas de South Central (Joe Torry, Samuel Monroe Jr. & De'aundre Bonds) débarquent dans l'entreprise de pompes funèbres de Monsieur Simms (Clarence Williams III) pour mettre la main sur de la dope qu'il aurait récupérer. Le vieux croque-mort leur raconte toutes sortes d'histoires sur les macchabées présents dans sa morgue.
Celle d'un flic afro-américain témoin impuissant du meurtre d'un militant, Martin Moorehouse (Tom Wright)...
Ou encore celle du petit Walter (Brandon Hammond) arborant des traces de coup, infligés par un mystérieux monstre, d'un politicien ambitieux et sans scrupule -ancien klansman- qui vit dans une maison (dont le propriétaire originel a pendu ses esclaves après l'abolition). Il conclut par l'anecdote concernant Crazy K (Lamont Bentley), membre de gang, emprisonné et "rééduqué" par le Docteur Cushing (Rosalind Cash)...
Rélalisé par le prometteur Rusty Cundieff, le film est produit par Spike Lee via sa société 40 acres and a mule pour un budget sommaire d'à peine 6 millions, il en rapporte 11.
Le film se décompose donc en quatre historiettes distinctes : "Rogue cop revelation", "Boys do get bruised", "KKK comeuppance" et "Hard core convert". Pour un fan de films d'horreur, le résultat paraîtra probablement sans grand intérêt, plutôt cheap (en particulier le dernier segment) et trop hésitant. Mais c'est bien en tant que film d'horreur afro-américain qu'il faut l'appréhender. La violence et le surnaturel sont au service du propos : contre la drogue et les guerres de gang fratricides, les politiciens au racisme apparemment policé, les violences domestiques...

Ce qui est prorprement incroyable c'est surtout le casting concocté par Roby Reed et Tony Lee. Les trois jeunes n'ont pas percé véritablement, se contentant au mieux de quelques films durant les années 90 : Joe Torry dans House Party, Talkin' Dirty After Dark, Strictly Business, Poetic Justice, House Party 3, Fled, Sprung et Hair Show, Samuel Monroe Jr. dans Menace II Society, Don't Be a Menace... et Set It Off, et De'aundre Bonds dans Get on the Bus, The Wood. Brandon Hammond ne connaîtra une carrière que jeune, jouant les gamins dans Menace II Society, Waiting to Exhale, Space Jam et Soul Food.
Pour le reste se sont des actrices et acteurs confirmés et reconnus qui tiennent des rôles plus ou moins brefs : David Alan Grier -utilisé à contre-emploi, dans un registre d'homme violent qu'on lui connaît peu-, Paula Jai Parker, Tom Wright, Clarence Williams III, Roger Guenveur Smith, Tim Hutchinson, Bobby McGee, Ricky Harris, T'Keyah Crystal Keymáh, Lamont Bentley et Anthony Griffith (qui jouait Eldridge Cleaver dans Panther). La génération de la blaxploitation est également représentée, avec un de ses grandes actrices : Rosalind Cash (Melinda, Amazing Grace, Dr. Black, Mr. Hyde, The Monkey Hu$tle, Cornbread, Earl and Me et Death Drug) qui joue là son dernier film. Il y aussi Art Evans qui débuta dans Claudine, Amazing Grace, Leadbelly et Youngblood, végète dans des séries dans les 80s des films plus moderne comme School Daze, CB4 et The Great White Hype)
Coté équipe technique, on décèle la marotte de Cundieff et Lee : employer des Afro-Américains à tous les niveaux. Les costumes sont assurés par Tracey White, les cascades par Eddie L. Watkins, Preston L. Holmes comme "production consultant" et Dawn Gilliam comme scripte (rôle qu'elle tient aussi sur Boyz n the Hood, Fear of a Black Hat, Tina, Poetic Justice, Sister Act 2, Vampire in Brooklyn et Men of Honor).

mardi 1 juin 2010

Space Is the Place

Jazzman de talent, Sun Ra -et son "Intergalactic Arkestra"- a enregistré plus de 200 albums. Vaguement inspiré par la Nation of Islam, il change de nom (apparemment Sonny Blount) pour devenir Sun Ra. Mais ces élucubrations vont plus loin que la mythologie de la NOI. Il affirme en effet avoir été enlevé par des extraterrestres venant de Saturne (ou y être né) ; c'est la ligne directrice du space opéra qu'il sort en 1974.

SPACE IS THE PLACE - John Coney (1974)


Sun Ra découvre une planète accueillante, à la nature luxuriante, et veut y installer les Afro-Américains. C'est la musique qui va servir à les transporter à travers l'espace.
Il se téléporte en 1943 à Chicago, dans un club où il jouait à l'époque. Il y rencontre The Overseer (Raymond Johnson), un pimp surnaturel. Ils se lancent dans un duel de cartes -réprésentant des épreuves- pour déterminer l'avenir des Afro-Américains.
La partie s'effectue dans les années 70, à Oakland en Californie, où Sun Ra atterrit avec son vaisseau et tente de convertir les jeunes Noirs, il organise interventions en radio, concerts et album pour répandre son message prophétique.



Délires égyptologiques, fantaisie surréaliste et science-fiction ésotérique, voilà comment l'on pourrait résumer cet étrange film. Tourné en 1972, il ne sort sur les écrans que deux ans plus tard. Sun Ra assure le scénario, le rôle principal et bien sûr la B.O. de ce space opéra psychédélique complètement déjanté.
On a droit à plusieurs scènes géniales à l'image de celle où il tente de convertir à son idée de jeunes militants des droits civiques, les duels de carte dans un désert intemporel ou encore

Le discours n'est pas si louffoque. Et le délire cosmique de Sun Ra puise ses influences dans la tradition chrétienne afro-américaine si particulière, l'idéologie complotiste de la Nation of Islam, et les thèses de Cheik Akanta Diop.
The Overseer, le mac, représente les fléaux de la communauté afro-américaine (la drogue, la prostitution, la violence,...), tandis que Ra incarne une autre société possible et idéale. Tandis que Jimmy Fey (incarné par Christopher Brooks) tient le rôle d'arbitre dans cette bataille.
Le terme Arkestra n'est pas anondin non plus puisqu'il est la contraction de "ark" ("arche") et "orchestra" ; on y retrouve l'idée de la musique comme passage vers un monde meilleur et une forte imprégnation religieuse avec le mythe de Noé.

Quant aux acteurs, on reconnait Christopher Brooks (le héros de Alabama's Ghost et le surprenant Jesus Christ dans The Mack), Raymond Johnson (The Human Tornado), Morgan Upton (The Klansman, Bucktown), Jack Baker (que l'on croise dans Friday Foster, puis s'illustre plus tard dans des films porno aux titres évocateurs : Return to Sex Fifth Avenue, The Color Black, Deep Throat Fantasy...). La plupart des autres actrices et acteurs sont des membres de l'Arkestra.